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Louis XIV, l’immigration et son musée. Réflexions sur une polémique en cours

18 juin 2023|

La nouvelle exposition permanente du musée de l’immigration, officiellement inaugurée le 17 juin, suscite, comme on pouvait s’y attendre, une énième polémique dans les médias. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est l’affiche choisie par les organisateurs pour annoncer l’événement. On y voit le portrait de Louis XIV, peint par Hyacinthe Rigaut, avec cette mention « Louis XIV (mère espagnole, grand-mère autrichienne) : c’est fou tous ces étrangers qui ont fait l’histoire de France ».

Sans doute conscients que pour exister dans l’espace public d’aujourd’hui, il faut faire scandale, les animateurs de cette campagne publicitaire n’ont pas hésité à frapper fort. Ce qui a fait « grincer des dents » la journaliste Eugénie Bastié dans Le Figaro. Avant, il y avait « Nos ancêtres les Gaulois », maintenant il y a « Nos ancêtres les migrants », écrit-elle pour déplorer qu’on soit passé « du roman national à la fable multiculturaliste ».

L’article que Libération a consacré à cette nouvelle exposition permanente défend, bien sûr, le point de vue opposé. Pour contrer les critiques du Figaro et des autres médias de droite ou d’extrême droite, Libération a voulu convaincre ses lecteurs que cette nouvelle exposition permanente est un progrès par rapport à la précédente, qui fut présentée lors de l’ouverture de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI), en 2007. Ce verdict apparaît en toutes lettres dans les propos de Patrick Boucheron – tels qu’ils sont rapportés par Clémence Mary et Claire Moulène, les deux journalistes qui ont rédigé cet article. Lui-même ayant été officiellement chargé de « réorienter le musée » – ce qui aboutit à un rapport, en 2019, présenté par Libération comme une « boîte à outils théorique » –, la nouvelle exposition permanente peut être considérée comme la traduction muséographique de cette réorientation.

Selon Patrick Boucheron, le parcours que proposait la première exposition permanente serait « né de l’historiographie de son époque, loin d’être aussi riche et structurée qu’aujourd’hui ». S’il est évident que la recherche historique sur cette question s’est enrichie depuis 15 ans, on aurait aimé que le professeur du Collège de France nous explique en quoi consistait selon lui « l’historiographie de cette époque ».

Comme il ne l’a pas fait, je commencerai par en dire quelques mots. Il faut d’abord rappeler que l’histoire de l’immigration n’est devenue un objet légitime de la recherche historique française que dans les dernières décennies du XXe siècle. La CNHI a vu le jour pour intégrer dans le champ mémoriel les apports de ces recherches nouvelles.

L’idée que la France est un vieux pays d’immigration était alors fortement contestée par la droite et l’extrême droite. Pour donner une idée des enjeux à la fois scientifiques et politiques qui existaient sur ce sujet, le mieux est de revenir sur la démission de plusieurs membres du premier conseil scientifique mis en place au sein de la CNHI – juste avant son inauguration officielle –, démission visant à protester contre la création, par le nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Cette manière de résister collectivement au pouvoir d’État fit grand bruit à l’époque car c’est très rare dans le milieu universitaire. Toutefois, étant donné que, dans l’article de Libération, Patrick Weil et moi sommes présentés comme les instigateurs de cette démission collective, il est nécessaire de mentionner le nom de tous les collègues qui se sont engagés dans cette démarche publique.

Le communiqué officiel annonçant notre démission des instances officielles de la CNHI a été signé par huit membres du conseil scientifique, présentés ainsi : Marie-Claude Blanc-Chaléard, historienne (Paris 1) ; Geneviève Dreyfus-Armand, historienne (BDIC) ; Nancy L. Green, historienne (EHESS) ; Gérard Noiriel, historien (EHESS) ; Patrick Simon, démographe (INED) ; Vincent Viet, historien (IDHE) ; Marie-Christine Volovitch-Tavarès, historienne ; Patrick Weil, historien (CNRS-Paris1).

Et voici le texte qui, dans ce même communiqué, donnait les principales raisons de cette démission : « Rendre compte de la diversité des histoires et des mémoires individuelles et collectives, en faire l’histoire de tous, avec ses moments glorieux et ses zones d’ombre, aider ainsi au dépassement des préjugés et des stéréotypes, tels sont les enjeux qui nous ont mobilisés autour de ce projet. Or il n’est pas dans le rôle d’un État démocratique de définir l’identité. Associer “immigration” et “identité nationale” dans un ministère n’a jamais eu de précédent dans notre République. Là où le pari de la CNHI était celui du rassemblement tourné vers l’avenir, autour d’une histoire commune que tous étaient susceptibles de s’approprier, ce ministère menace au contraire d’installer la division et une polarisation dont l’histoire a montré les ravages. »

Ce comité scientifique regroupait la première génération des historiennes et historiens qui ont joué un rôle essentiel dans la naissance de l’histoire de l’immigration comme domaine légitime de la recherche universitaire. À ces huit noms, il faudrait en ajouter plusieurs autres, notamment ceux de Pierre Milza et de Janine Ponty. C’est grâce à cette génération pionnière que la recherche sur cette question a pu se développer par la suite, s’enrichir et se diversifier.

Curieusement, l’article de Libération présente notre démission de façon plutôt péjorative. Comme si nous avions délibérément abandonné le navire. « C’est donc la cale presque vide et sans boussole que le musée voit le jour », écrivent les deux journalistes. La moindre des choses aurait été de préciser qu’auparavant, et pendant plusieurs années, nous avions œuvré, de façon modeste et collective – pour remplir la cale et donner une boussole – au sein du Groupement d’intérêt public (Gip) chargé d’une réflexion sur la préfiguration de la CNHI, présidé par Jacques Toubon et dirigé par Luc Gruson. De plus, notre démission du comité scientifique n’a pas empêché que, à titre personnel, nous ayons gardé des liens avec les forces vives de la Cité.

La réflexion que nous avons menée au sein des groupes de travail mis en place au sein de ce Gip nous a conduit à écarter la perspective d’un musée au profit d’une cité d’histoire. C’était une façon d’accorder une large place aux associations engagées depuis longtemps dans des actions culturelles et mémorielles. Cette volonté de « démocratiser » le fonctionnement de la CNHI, de façon à en faire une sorte d’« intellectuel collectif », est devenue en partie obsolète quand la cité est devenue musée. Est-ce là un progrès ou une régression? Je laisse le soin aux lecteurs de ce blog d’en juger.

La façon dont Libération raconte cette histoire tend aussi à présenter Benjamin Stora comme le « sauveur » du musée. Selon ces deux journalistes, étant donné le « vide » créé par notre démission, c’est lui qui aurait « essuyé les premiers plâtres ». Elles vont jusqu’à lui attribuer l’ouverture de « la galerie des dons » dans le musée, alors qu’elle a été lancée dès 2008 ! Professeur des universités, inspecteur général de l’Éducation nationale, Benjamin Stora a été nommé président du Conseil d’orientation du Musée de l’immigration en 2014, à la place de Jacques Toubon. En 2021, Pap Ndiaye a remplacé Stora, avant d’être nommé ministre de l’Éducation nationale.

Aucun des deux n’a fait partie du noyau fondateur de la CNHI, ni du conseil scientifique. Ils sont arrivés sur le tard, pour exercer la fonction dirigeante que Toubon avait assurée auparavant. La séparation des fonctions (administrative et scientifique) qui existait quand ce haut fonctionnaire présidait la CNHI a disparu lorsque ces deux historiens – qui n’ont pas (c’est le moins qu’on puisse dire) le même rapport au pouvoir que les « démissionnaires » de la première heure – ont pris les commandes.

J’ajoute que si le conseil scientifique n’a pas été remplacé après notre démission, cela n’a pas empêché le Musée de l’histoire de l’immigration de mettre en place un conseil d’orientation et un comité scientifique, attaché au département de la recherche, qui a été présidé par l’historien Philippe Rygiel.

Est-ce la vocation d’un quotidien de gauche de valoriser les têtes d’affiches au détriment de celles et ceux qui se tiennent à distance du pouvoir ? Là encore, je laisse aux lecteurs le soin d’en juger. La raison majeure de notre démission concernait en effet la défense de l’autonomie de la recherche scientifique au sein de la CNHI. C’est ce que rappelle Patrick Weil, cité dans l’article de Libération : « Un musée d’histoire nationale n’a pas pour vocation d’influer sur les débats politiques mais de donner à réfléchir à tous en rappelant une histoire méconnue. »

Voilà pourquoi nous n’avons pas voulu devenir une courroie de transmission de la politique sarkozyste. Et pour la même raison, il n’était pas question pour nous d’accepter que la CNHI soit un relai du militantisme « décolonial », perspective illustrée dans l’article de Libération par les propos de Françoise Vergès.

Sur le carton d’invitation à l’inauguration de la nouvelle exposition permanente du musée de l’immigration figurent les noms de quatre ministres ayant apporté leur soutien à l’événement, dont celui de Gérald Darmanin, l’actuel ministre de l’Intérieur. Sa politique en matière d’immigration se situe dans le droit fil de celle de Sarkozy. Pourtant, à ma connaissance, aucun des universitaires concernés n’a protesté contre cette tentative de récupération. Mais il est vrai qu’aujourd’hui les intellectuels ne démissionnent plus !

J’en viens maintenant à ce que Patrick Boucheron appelle « l’historiographie de l’époque » pour faire comprendre sur quels points elle diverge de l’historiographie de l’immigration qu’il a lui-même défendue dans le rapport de 2019. Boucheron a raison de dire que, depuis 15 ans, la recherche sur cette question s’est beaucoup enrichie. Notamment grâce aux travaux des nouvelles générations d’enseignants-chercheurs que nous avons formées. Il est donc tout à fait légitime que la nouvelle exposition permanente leur fasse une large place.

Néanmoins, il existe des divergences de fond entre le type d’approche que nous avions privilégié au départ et celui d’aujourd’hui. La principale différence tient à la définition même de l’objet « immigration ». Les historiennes et les historiens ayant rejoint le premier conseil scientifique étaient tous des spécialistes de la période contemporaine parce que le mot « immigration », au sens actuel du terme, ne s’est diffusé dans la langue française qu’au début de la IIIe République, lorsque les classes populaires ont été véritablement intégrées dans l’État-nation.

Utiliser le mot « immigration » pour les périodes antérieures était à nos yeux un anachronisme car les notions de citoyenneté et de nationalité, qui sont au centre de la définition actuelle, ne se sont imposées qu’à partir de la Révolution française.

Spécialiste des XVe et XVIe siècles, Boucheron a jugé utile de « faire évoluer le regard » en élargissant la chronologie. Ce qui explique que la nouvelle exposition raconte la « Grande histoire de l’immigration en France de façon chronologique de 1685 à nos jours ». Le musée de l’immigration a ainsi repris à son compte le discours actuellement dominant dans l’espace public qui confond migrations et immigration. Ce qu’illustre clairement l’article de Libération, qui rapporte l’expostion : « À la Porte Dorée, visa renouvelé pour l’histoire des migrations ».

C’est cette confusion qui justifie le choix du portrait de Louis XIV, portrait accompagné de la légende « Mère espagnole, grand-mère autrichienne ». Cela renvoie à une définition de l’« étranger » qui n’était pas la même qu’aujourd’hui. Dans le livre de Jean-François Dubost et Peter Sahlins, Et si on faisait payer les étrangers ? Louis XIV, les immigrés et quelques autres (Flammarion, 1999), ces deux historiens avaient montré que le projet de taxation lancé par Louis XIV contre les étrangers avait échoué parce qu’à cette époque le droit permettant de distinguer les autochtones et les étrangers était très différent de celui qui existe aujourd’hui.

C’est pour éviter ce genre d’anachronisme que nous avons débuté l’exposition permanente au XIXe siècle, en ne prenant pas en compte les migrations intérieures à l’espace national. Non pas qu’elles soient sans importance, mais elles concernent d’autres enjeux de mémoire.

L’autre différence essentielle entre les deux perspectives concerne la question identitaire. Comme le rappelle le communiqué que j’ai cité plus haut, nous avons démissionné parce que nous estimions qu’il « n’est pas dans le rôle d’un État démocratique de définir l’identité ». Nous souhaitions faire une place, au sein de la CNHI, non pas aux identités, mais à la manière dont elles se construisent. Cet intérêt accordé aux processus d’identification – qu’ils soient administratifs (papiers d’identité, catégories statistiques, etc.) ou politiques – était aussi une façon de tirer la sonnette d’alarme face aux entreprises multiples d’assignation identitaire.

Dans l’article de Libération, Constance Rivière, la nouvelle directrice du MNHI, n’hésite pas à affirmer que l’immigration, c’est avant tout une « affaire d’altérité ». C’est ce point de vue qui justifie la place faite à l’affaire Dreyfus dans cette nouvelle exposition permanente. On peut s’interroger sur ce choix. Car s’il est vrai qu’elle a éclaté dans un contexte où un grand nombre de réfugiés juifs, victimes des pogromes en Russie, étaient accueillis en France, cette affaire n’a pas de lien direct avec la question de l’immigration.

Définir l’immigration comme une question d’altérité, c’est s’engager dans la logique identitaire que nous étions nombreux à combattre à l’époque de la première exposition permanente.

L’histoire montre que les discours œcuméniques sur le respect de l’Autre n’empêchent pas que, le plus souvent, l’identité des uns se définit au final contre celle des autres. Voilà pourquoi la nouvelle orientation du Musée national de l’immigration risque d’aggraver les multiples polémiques identitaires qui alimentent notre actualité.

Le fait d’avoir choisi un portrait de Louis XIV pour illustrer ce qui est présenté comme la longue histoire de l’immigration en donne un premier aperçu. La mouvance post-coloniale a vivement protesté en effet contre la récupération d’un monarque qui a cautionné et encouragé la traite négrière. C’est ce genre de problème que nous voulions tenir à distance en affirmant, dans notre communiqué, que « le pari de la CNHI était celui du rassemblement tourné vers l’avenir, autour d’une histoire commune que tous étaient susceptibles de s’approprier ».

En conclusion, je dirai quelques mots concernant ma participation à la mise en place de ce musée pour combler quelques lacunes et rectifier plusieurs erreurs dans l’article de Libération.

Le premier point concerne la « préhistoire » de ce lieu de mémoire. Les deux journalistes évoquent le rôle pionnier qu’a joué Zaïr Kedadouche, « footballeur et haut fonctionnaire », en disant qu’il « a soumis l’idée à Patrick Weil dans les années 1990 ». Elles oublient de préciser que l’aventure a commencé dès la fin des années 1980, après la publication de mon livre Le Creuset français*. J’ai fait la connaissance de Zaïr Kedadouche quand il était encore conseiller municipal d’Aubervilliers. Nous avons travaillé ensemble dans le cadre de l’Association de recherches en histoire et sciences sociales (AFHIS), que je dirigeais alors, afin de rédiger un texte intitulé « Pour un musée d’histoire de l’immigration ». Document qui a servi à plaider la cause de ce lieu de mémoire auprès d’instances diverses.

J’ai retrouvé dans mes archives un article à ce sujet, paru le 10 mai 1990 dans L’Événement du jeudi et signé par le journaliste Richard Bellet. Voici ce qu’il écrivait : « Quand un historien et un Beur se rencontrent qu’est-ce qu’ils se racontent ? Des histoires d’immigration. Gérard Noiriel et Zaïr Kedadouche n’ont pas fait exception. Leur constat est simple : il n’existe pas en France l’ombre d’un lieu de mémoire de l’immigration. En Allemagne, en Italie, aux États-Unis, si. Chez nous, rien. les archives sont dispersées aux six coins de l’Hégaxone. D’où l’idée d’un musée. Michel Rocard est d’accord sur le principe, son directeur de cabinet, Jean-Paul Huchon, se dit emballé et le secrétaire général à l’intégration, Hubert Prévot, rencontre les concepteurs du projet le mois prochain. Au ministère de la Culture, on n’a rien contre. » Finalement, la gauche mitterrandienne n’a pas donné suite au projet et c’est sous la présidence de Jacques Chirac qu’il se concrétisera.

En ce qui concerne le lien entre mes recherches et la première exposition permanente, il me faut, là encore, rectifier ce qu’écrit Libération. Les deux journalistes citent l’historienne Delphine Diaz : « L’ancien accrochage s’inscrivait dans une histoire récente et très économique inspirée des travaux de Gérard Noiriel » ; et elle ajoute : « Focalisée sur l’immigration de travail, maghrébine, des années 1980-1990, [l'expostion] n’abordait qu’à la marge les sujets fondamentaux de l’asile et des réfugiés. »

J’ai relevé au moins trois erreurs dans ce passage. Tout d’abord, il est faux d’affirmer que la première exposition permanente n’était inspirée que par mes travaux. Tous les membres du conseil scientifique y ont contribué à part égale. Ensuite, affirmer que mon approche de l’immigration aurait privilégié « l’histoire récente et très économique » et qu’elle aurait été focalisée sur la composante maghrébine relève du non-sens. La mouvance post-coloniale m’a d’ailleurs souvent reproché, à l’inverse, de prendre pour objet d’étude toutes les composantes de l’immigration car cette perspective aurait occulté la différence de nature entre l’immigration des Européens et celle des anciens colonisés. De plus, j’ai rarement utilisé le terme « Maghrébins », qui masque les différences d’histoire nationale entre la Tunisie, l’Algérie et le Maroc.

Enfin, j’aimerais rappeler à ceux et celles qui connaissent mal l’histoire de notre discipline que j’appartiens à une génération qui a pris ses distances avec la perspective économique et sociale qu’avait privilégiée les Annales au cours des années 1960-1970. Je me suis fortement inspiré des travaux de Max Weber, Norbert Elias et Pierre Bourdieu pour montrer dans mes recherches socio-historiques que l’État n’était pas une superstructure mais qu’il avait profondément affecté l’identité des personnes depuis le XIXe siècle. C’est pourquoi la question de l’identification administrative des immigrants a été une dimension centrale de mon travail.

Étant donné que, jusque dans la période récente, l’immense majorité des immigrants étaient des hommes recrutés pour alimenter les secteurs déficitaires du marché du travail, je ne vois pas comment on aurait pu écrire une histoire de l’immigration sans insister sur ces questions économiques. Ce qui m’a amené à distinguer des phases d’afflux massifs pendant les décennies de fort développement économique et des périodes de crise. Mais j’ai montré aussi comment le processus d’intégration avait conduit à la formation des familles, le rôle qu’avaient joué les « deuxièmes générations », etc.

J’ai élargi ensuite ma perspective en m’intéressant à des formes de migrations qui échappaient à cette tendance principale. C’est ce qui explique les deux livres que j’ai consacrés à l’histoire du clown Chocolat*. Enfin, affirmer que je n’aurais abordé « qu’à la marge les sujets fondamentaux de l’asile ou des réfugiés » relève de l’ignorance pure et simple. J’ai été l’un des premiers historiens à consacrer un livre à l’histoire des réfugiés depuis la Révolution française, intitulé La Tyrannie du national et réédité ensuite en poche sous le titre Réfugiés et sans papiers. La République face au droit d’asile* . J’ai également dirigé plusieurs thèses sur une question qui me tenait tout particulièrement à cœur, y compris d’un point de vue civique, puisque j’ai présidé pendant plus de dix ans le Comité d’aide aux intellectuels réfugiés.

Gérard Noiriel

Une première version de ce texte est parue sur le blog de l’auteur le 17 octobre 2022.