couverture
Coffret Novembre 1918. Une révolution allemande
Traduction de l’allemand par Maryvonne Litaize & Yasmin Hoffmann
Parution : 28/10/2010
ISBN : 9782748901153
Format papier : 2336 pages (14 x 21 x 9,7 cm)
120.00 € + port : 12.00 €

Commander

Lire en ligne 
Format PDF 
Format EPUB 

Accès libre

PDF 
EPUB 

Ce coffret réunit les quatres volumes de Novembre 1918. Une révolution allemande (parus entre octobre 2008 et mai 2009) :

Récit des derniers jours de la présence allemande en Alsace-Lorraine, Bourgeois et soldats installe le roman au milieu de l’agitation, soldats révoltés et population civile mêlés : officiers provisoirement détrônés et bourgeoisie locale en spectatrice ricanante ; amours qui se font et se défont; petits trafics, chapardages, et enfin les drapeaux tricolores cousus à la va-vite…
   Les deuxième et troisième tomes de Novembre 1918, écrits de début 1939 à mi-1940, Peuple trahi et Retour du front avaient été conçus comme un seul volume : où l’on découvre le Berlin de la misère et celui des profiteurs de guerre, des bourgeois insouciants, des petites et grandes canailles… ; ce sont aussi, entremêlées, grandes et petites manœuvres : au niveau des États, les affrontements autour du Traité de Versailles, qui décideront de l’avenir de l’Europe ; au niveau individuel, les engagements et trahisons, d’amour et de politique, prélude au dénouement sanglant du dernier tome.
   Écrit en 1942 depuis un exil dont l’auteur ne peut espérer la fin tant le nazisme semble triompher, Karl et Rosa donne le dernier acte de l’évanouissement d’un espoir : que l’ordre ancien disparaisse avec la fin de la Grande Guerre. Personnages historiques et de fiction se croisent ici pour rendre le drame de l’écrasement de la révolution spartakiste, prélude funeste au siècle qui commençait.

> Lire le compte rendu de la conférence « L’Actualité politique d’Antigone à travers le roman d’Alfred Döblin Novembre 1918, une révolution allemande » organisé par l’Association orléanaise Guillaume Budé (22 novembre 2008)
>Tous les livres d’Alfred Döblin aux éditions Agone

Alfred Döblin

Né au sein de la bourgeoise juive allemande, Alfred Döblin (1878–1957) déménage très tôt pour Berlin, ville qui a profondément influencé son œuvre et où il vivra jusqu’à son exil à Paris en 1933 – qu’il fuira en 1940 pour les États-Unis. Pendant la Première Guerre mondiale, il est affecté comme médecin militaire en Lorraine puis en Alsace, expérience qui nourrit le premier des quatre tomes du roman historique Novembre 1918. Toute son œuvre demeurera largement méconnue, notamment en raison du succès, dès sa parution en 1929, de Berlin Alexanderplatz. Une situation dont Döblin souffre dès son retour en Allemagne en 1945, où il peine à se faire entendre et éditer.

Lire l’Hommage à Alfred Döblin par Michel Vanoosthuyse

Les livres de Alfred Döblin chez Agone

Dossier de presse
Gérard Cogez
Radio Lille Campus, 18 novembre 2013
Compte-rendu

Novembre 1918, grande fresque romanesque en quatre volumes (Bourgeois et soldats, Peuple trahi, Retour du front, Karl et Rosa) de l’écrivain allemand Alfred Döblin (1878–1957), constitue sans doute l’une des œuvres majeures de la littérature européenne du XXe siècle. Pour ses immenses qualités littéraires bien sûr, mais aussi parce qu’elle a mis en évidence une réalité qui restera sans doute, aux yeux des historiens de l’avenir, comme LA tragédie qui a marqué ces cent dernières années, puisqu’il s’agit de la trahison qui a toujours caractérisé la social- démocratie européenne : trahison à l’égard de la classe qu’elle était censée représenter et défendre, alors que toutes les fois qu’elle fut au pouvoir, elle s’est toujours faite l’indéfectible servante du capitalisme, même dans ce qu’il eut de plus destructeur et inhumain, après avoir promis dans ses discours électoraux de le combattre vigoureusement. On ne manquera pas évidemment de remarquer l’incroyable actualité de ce texte écrit entre 1937 et 1943 et qui évoque la brève période (entre novembre 1918 et janvier 1919) pendant laquelle l’Allemagne connut une grande effervescence pré-révolutionnaire. Le SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands), après avoir rallié l’Union sacrée en 1914 et trahi ainsi sa promesse de tout mettre en œuvre pour éviter le génocide impérialiste qui s’annonce, a trahi encore en la personne du leader social-démocrate de l’époque en Allemagne, le sinistre Ebert, chancelier du Reich, qui s’est entendu secrètement avec les responsables militaires de l’ancien régime, lorsqu’il s’est agi de « rétablir l’ordre » et d’éliminer physiquement, en 1919, les spartakistes, derniers résistants à cette politique d’abandon de la classe ouvrière (Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht en particulier, assassinés par les sbires du social-démocrate Noske, qui s’est reconnu lui-même comme « le boucher » de service !!).
——
Döblin sait évidemment, au moment où il rédige ce roman (à partir de la fin des années 30) ce qu’il est advenu de cet épisode révolutionnaire ; il en connaît les différentes phases et n’ignore rien, et pour cause, de ce que fut l’histoire de l’Allemagne, après cette tentative avortée d’un profond changement de régime, alors que s’achevait la gigantesque boucherie de 14–18. Cette connaissance lui permet bien entendu de prendre du recul par rapport à l’événement, et colore parfois d’une indiscutable ironie tous les faits qu’il met en scène. Certes, au moment où il écrit, Döblin, après avoir été lui-même un socialiste convaincu, ayant sa carte du SPD, s’est éloigné de son engagement à gauche, et s’est même converti au catholicisme. Pour autant il ne met pas dans le même panier les sociaux-démocrates de la trahison, pour lesquels il ne cache pas son dégoût, et les spartakistes, comme Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, auxquels va indiscutablement sa sympathie. Il considère que ceux-ci ont certes commis des erreurs, d’appréciation en particulier, mais ils furent sincères, intègres, et d’une certaine façon ont conservé les mains propres tout au long de leur parcours, même si celui-ci a abouti à une assez lamentable et terrible déconfiture, en butte comme ils le furent à la puissance du complexe
militaro-industriel qui a tout mis en œuvre pour les déconsidérer puis les éliminer. En 1949 encore, Döblin rappelait l’immense responsabilité historique d’Ebert : « Le souvenir de son rôle politiquement funeste est encore très vivace en moi, qui ai participé activement à ma façon aux luttes de l’époque. [...] Empêcher de livrer un parti qui voulait la paix, un peuple qui voulait la paix, au clan militariste, aux anciens et dangereux détenteurs du pouvoir, cela aurait dû être sa tâche essentielle. C’est ce qu’assurément il n’a pas fait, c’est le moins que l’on puisse dire. » L’action du roman commence dans une petite ville d’Alsace le 10 novembre 1918, puis le lecteur sera conduit à Strasbourg que les troupes allemandes s’apprêtent à quitter, alors même que les marins révolutionnaires de Kiel sont en route vers la région. La population, quant à elle, attend l’arrivée des troupes françaises (Bourgeois et soldats). Et c’est à Berlin que se dérouleront ensuite les événements, dans les trois volumes suivants, avec l’entrée en scène des principaux acteurs, c’est-à-dire de tous ceux qui ont fait et défait cette révolution allemande. Döblin a remarquablement mis en évidence tout ce qui a différencié cette “révolution allemande” (par les forces en présence en particulier et le niveau de développement économique du pays) de ce qui a eu lieu un an plus tôt en Russie. Comprendre cette période, c’est se donner les moyens de comprendre ce qui s’est passé ensuite en Allemagne, et en URSS aussi bien.

Gérard Cogez
Radio Lille Campus, 18 novembre 2013
Réalisation : William Dodé