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Dehors devant la porte
Une pièce qu’aucun théâtre ne voudra jouer et qu’aucun public ne voudra voir

Titre original : Draußen vor der Tür (1947)
Traduit de l’allemand par Pierre Deshusses

Parution : 17/05/2018
ISBN : 9782748903744
Format papier : 160 pages (12 x 19,5 cm)
11.00 € + port : 1.10 €

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« Un homme rentre en Allemagne. Mille jours durant, il a attendu dans le froid. Et après avoir attendu mille nuits dans le froid, il peut enfin rentrer chez lui. Et la vie qui l’attend ressemble à un film hallucinant. Il doit se pincer, ne sachant pas s’il rêve. Il s’aperçoit alors qu’il y a des gens qui vivent la même chose que lui. Il se rend compte que c’est un film ordinaire. L’histoire d’un homme qui rentre en Allemagne, comme tant d’autres. Tous ces gens qui reviennent chez eux sans pourtant rentrer car ils ne savent plus où aller. Chez eux, c’est dehors, devant la porte. Leur Allemagne, elle est là dehors, dans la nuit, dans la pluie, dans la rue. Voilà leur Allemagne ! »

Né à Hambourg en 1921, Wolfgang Borchert est envoyé sur le front russe en 1941. Il en revient blessé et malade et passe la guerre entre l’hôpital, le front, et la prison, pour automutilation et activités subversives. À l’automne 1946, il écrit en une semaine la pièce qui fait de lui le premier écrivain célèbre de l’après-guerre allemande et, avec Heinrich Böll, l’un des représentants majeurs de la « littérature des ruines » : Dehors devant la porte, le récit du retour de Beckmann, simple soldat dont le foyer n’existe plus. Borchert meurt le 20 novembre 1947, la veille de la première de sa pièce.

Dossier de presse
Dominique Autrand
Le Monde diplomatique, avril 2019
La voix des dévastés

Il s’agit d’un classique pour tous les écoliers d’Allemagne. Sans doute la première illustration de la « littérature des ruines », qui se développa outre-Rhin dans les années d’après-guerre et dont Heinrich Böll est le représentant le plus célèbre en France. Une pièce méconnue dans l’Hexagone, bien que publiée en traduction dès 1962 : Dehors devant la porte, que Wolfgang Borchert écrivit en huit jours à peine, moins d’un an avant sa mort, à 26 ans, le 20 novembre 1947.

Le sous-officier Beckmann revient d’un camp de prisonniers après avoir été sur le front russe. Il rentre chez lui, à Hambourg, avec sa jambe raide, sa capote crasseuse et son masque à gaz grotesque, mais il ne retrouve plus rien. Sa femme, qui ne l’a pas attendu, vit avec un autre ; ses parents, qui ont soutenu le régime puis subi la dénazification, se sont suicidés de honte. Il ne sait plus où aller. Son Allemagne est « là dehors, dans la nuit, dans la pluie, dans la rue ». Est-il condamné à rester « devant la porte » ? Il préfère se jeter dans l’Elbe, mais l’Elbe non plus ne veut pas de lui et le rejette sur le rivage.

S’ensuit une déambulation hallucinée dans la ville, où Beckmann fait diverses rencontres. Celle du colonel sous les ordres duquel il a envoyé onze de ses hommes à la mort et qui l’accuse de pacifisme. Celle d’une jeune femme prête à l’héberger, mais dont le mari, soldat porté disparu depuis Stalingrad, rentre inopinément, unijambiste mais vivant. Celle d’un directeur de cabaret à qui il demande du travail, mais qui l’éconduit : « Vous faisiez partie de ces millions de gens qui ne peuvent faire autrement que de traverser la vie en clopinant et qui sont contents quand ils tombent », lui assène-t-il, alors que le temps est venu de tourner la page et d’envisager l’avenir avec « du génie et de l’allant ».

Beckmann croise aussi des figures plus surprenantes. La Mort, sous les traits d’un entrepreneur de pompes funèbres, puis d’un balayeur, puis d’un général obèse jouant d’un xylophone composé d’ossements humains. Et aussi Dieu, en qui plus personne ne croit et que le soldat prendrait presque en pitié ; car « même Dieu est dehors, il n’y a plus personne pour lui ouvrir une porte ».

Face à tous, Beckmann hurle son indignation et s’obstine à réclamer une impossible réparation. Tel un ange gardien, à son côté chemine « l’autre », « celui qui dit oui quand tu dis non », une sorte de double de Beckmann et de Borchert qui refuse de sombrer tout à fait et qui exhorte à la survie, malgré tout. Ce requiem pour une jeunesse perdue dans un pays anéanti est empreint d’une vitalité paradoxale, qui prend la forme d’un humour noir salvateur.

Borchert a été lui-même envoyé sur le front russe en 1941. Blessé, accusé d’automutilation, il est emprisonné à plusieurs reprises pour déclarations subversives et « propagande défaitiste ». C’est finalement la maladie qui aura raison de lui. Sa pièce est jouée pour la première fois, à Hambourg, le lendemain de sa mort. La postface de l’édition allemande de 1957 en parlait comme de « la condensation de millions de voix, les voix des morts et des vivants d’avant-hier ».

[…]

Dominique Autrand
Le Monde diplomatique, avril 2019
Réalisation : William Dodé