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En suivant Emma

Pièce historique sur Emma Goldman, anarchiste & féministe américaine
Préface de l’auteur
Théâtre traduit de l’anglais par Julie David

Édition originale : Emma, South End Press, 2002

Parution : 28/09/2007
ISBN : 9782748900576
Format papier : 176 pages (14 x 21 cm)
15.00 € + port : 1.50 €

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« Membres des forces de police, pourquoi êtes-vous là ? Avez-vous entendu dire que nous sommes des adeptes du désordre ? C’est faux ! Qui raconte que nous croyons au chaos et au désordre ? Les capitalistes et les faiseurs de guerre, les promoteurs du chaos économique, les architectes du désordre mondial ! Ces mêmes hommes qui tiennent l’industrie, choisissent les présidents, nomment les juges, possèdent les journaux, dotent les universités. Chaque année, des milliers d’ouvriers meurent dans leurs mines et leurs usines. À chaque génération, les fils des ouvriers sont massacrés dans leurs guerres. Et ils nous accusent d’être violents ! Que les choses soient claires. La violence contre des innocents ? Jamais ! La violence contre l’oppresseur ? Toujours ! »

En suivant la vie d’Emma Goldmann, militante anarchiste américaine juive d’origine russe, cette piece en deux actes revient sur plus d’un demi-siecle d’histoire sociale : grèves ouvrières, utopies collectives, émancipation des femmes, amour libre... Cette résurgence est également pour l’auteur l’occasion d’invoquer ce qui tient pour lui d’un invariant anthropologique : la résistance de l’humanité à l’oppression et son goût immodéré pour la justice.
La première mouture de cette pièce fut écrite en 1975 ; elle fut depuis régulièrement mise en scène à Boston, New York, puis à Londres et Tokyo ; et dernièrement encore à Montréal.

Howard Zinn

Auteur d’Une histoire populaire des États-Unis et d’une vingtaine d’ouvrages consacrés à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine, Howard Zinn (1922–2010) a été tour à tour docker, bombardier, cantonnier et manutentionnaire avant d’enseigner à la Boston University. Militant de la première heure pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam, il a conçu son métier d’historien comme indissociable d’un engagement dans les luttes sociales.

Les livres de Howard Zinn chez Agone

Dossier de presse
Joël Jégouzo
Blog Du texte au texte, 03/05/2011
HF
Courant Alternatif n°179, avril 2008
Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences, février 2008
Christophe Patillon
Gavroche n°153, janvier 2008
Christophe Patillon
Le Monde diplomatique, janvier 2008
Fred Robert
Zibeline n°4, janvier 2008
Offensive n°16, décembre 2007
Martine Laval
Télérama, 14/11/2007
Paco
Le Mague, 11/10/2007
SUR LES ONDES

France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA
Histoire populaire des USA (10 décembre 2003, rediffusion janvier 2010)
Radio Grenouille (88.8 FM)Sans actes de désobéissance civile, Obama ne mènera pas de politique de gauche,
série d’entretiens avec Howard Zinn (du 20 au 22 janvier 2009, rediffusion du 4 au 6 février 2010)
France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA
Howard Zinn – 1 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008)
France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA
Howard Zinn – 2 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008)

Howard Zinn : autour d'Emma Goldman, anarchiste américaine

Hommage d’Howard Zinn à une anarchiste que l’Histoire officielle s’est empressée d’écarter de son champ. Sans doute n’était-elle pas digne d’être étudiée, ainsi qu’il en va avec les militants ordinaires que les honneurs n’intéressent pas, ni moins un quelconque accomplissement social. Une vie passionnante cela dit, que celle d’Emma Goldman, native de Kovno (Lituanie russe, 1869), juive, émigrée enfant avec ses parents dans l’Etat de New York, plongée dans le monde du travail à la chaîne dès sa seizième année. Mariée contre son gré par un père tyrannique, la lecture la sauva : à 17 ans Emma fuit sa famille, rallie Chicago, alors place forte de la contestation ouvrière américaine. Elle y vit ses premières luttes, y rode son discours révolutionnaire avant de s’établir à New York, pour y organiser les travailleurs immigrés. La famine sévit, leurs enfants, plus frappés par la misère que n’importe quelle autre catégorie de population, crèvent littéralement de faim. Lors d’un meeting, Emma appelle la foule à piller les magasins. Condamnée à deux ans de prison, sa réputation est faite. Infatigable, elle ne cessera de sillonner l’Amérique de conférences en meetings pour soulever les consciences. Déportée en URSS en 1918 à cause de ses prises de position contre l’entrée en guerre des Etats-Unis, elle s’enfuira d’URSS juste après la répression sanglante des marins de Kronstadt, pour voyager en Europe. On la retrouve en 36, à Barcelone, haranguant une foule immense en pleine Guerre Civile.

C’est ainsi toute sa vie dont Howard Zinn a fait une pièce. Une biographie théâtrale en quelque sorte, peut-être trop magnifiée en dialogues idéalisés, nécessairement, par le propos visant à ramasser toute une vie sous la contrainte théâtrale. Il réussit au fond mieux dans les annexes, ses propres notes en particulier, celles qui concernent sa rencontre avec le personnage et son approche d’historien, décryptant le message essentiel d’Emma, selon lequel le changement social ne peut passer par l’accession au gouvernement d’un parti politique de gauche, mais par l’auto-organisation des citoyens agissant directement contre les sources de leur oppression.

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Joël Jégouzo
Blog Du texte au texte, 03/05/2011
Compte-rendu
Emma Goldmann (1869-1940) est une figure internationale de l’anarchisme et du féminisme, née russe et juive dans une famille désargentée qui émigre à Rochester aux Etats-Unis. Ouvrière en usine dès 13 ans, mariée de force à 16, elle se confronte très tôt aux aliénations de classe et de genre : « Qui a besoin des mots quand il sent la chose dans sa chair ? »
Meurtres de grévistes par la police, pendaisons arbitraires d’anarchistes lors des événements de Haymarket Square en 1886, la poussent à rejoindre New York et sa mouvance radicale. « Je ne serai la servante ni de dieu, ni de l’État, ni d’un mari. » Devenue indépendante, elle goûte avec Alexandre Berkman, un autre libertaire de même origine, aux aléas de la vie communautaire et de l’amour libre.
Donner sa vie dans un seul moment d’héroïsme ou la vouer durant cinquante bonnes années durant à la cause...
À ce choix qui reste posé, Berkman répond par « le premier acte anarchiste de terreur économique aux Etats-Unis ». Le 22 juillet 1892, il blesse H. F. Frick, un grand patron d’aciéries aux méthodes sauvages de seigneur féodal. Si le mitraillage de ses ouvriers avec femmes et enfants demeure impuni, pour sa tentative maladroite de justice le jeune homme écope de quatorze cruelles années de pénitencier. Emma, solidaire jusqu’à sa libération, s’affirme alors dans des tournées de conférences mouvementées et l’agitation basée sur le principe d’action directe. L’œuvre se termine avant son expulsion vers l’URSS en compagnie de Berkman et de deux cent quarante-huit autres détenus politiques en 1919.
Cette pièce a la particularité d’être réécrite après chaque mise en scène. Ainsi le personnage de Ben Reitman, atypique médecin pour vagabonds, pauvres et prostituées, intervient après la découverte de sa correspondance amoureuse avec Emma « l’une des plus crues et des plus torrides qui soient dans les annales des relations épistolaires ». S’ils ne couvrent qu’en partie la riche vie de son héroïne, ces deux actes et vingt-quatre scènes représentent la meilleure des introductions à une connaissance plus approfondie d’une militante qui jugeait le théâtre « utile pour combattre l’ignorance, la peur, les préjugés ».
Précédé d’un avant-propos biographique, le texte de la pièce est complété par des annexes historiques tirées de son livre, Une histoire populaire des Etats-Unis, sur des événements tels que le massacre des mineurs de Ludlow, l’incendie meurtrier d’ateliers à New York ou des opposants notoires comme Mother Jones ou le syndicat des IWW.
HF
Courant Alternatif n°179, avril 2008
Compte-rendu
En parallèle à ses ouvrages strictement historiques (l’incontournable Une histoire populaire des Etats-Unis , dont quelques extraits ont d’ailleurs été joints en annexes pour mieux comprendre le contexte) ou de ses témoignages plus politiques ( L’impossible neutralité , chroniqué sur ce site), l’universitaire étatsunien Howard Zinn a également écrit des pièces de théâtre, sur Karl Marx ( Karl Marx, le retour ) et ici sur Emma Goldman, reflétant ainsi les deux influences majeures de sa pensée politique, marxisme et anarchisme. Initialement écrite au milieu des années 70, et montée dans la foulée, En suivant Emma a connu par la suite un certain nombre d’ajouts, pour aboutir à la version publiée par les éditions Agone. Extrêmement fluide et didactique, elle s’articule en deux actes, le premier courant des débuts d’Emma Goldman comme travailleuse à la tentative d’assassinat de l’agent patronal Frick par Alexander Berkman, le second de la condamnation de ce dernier au meeting contre l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, qui conduisit à l’expulsion de Goldman et Berkman. On regrettera donc que Zinn n’ait pas souhaité prolonger la pièce jusqu’à la mort de Goldman, délaissant en particulier l’expérience des deux camarades en Russie soviétique, d’autant que le texte n’est pas d’une longueur démesurée. Toutes les scènes, concises, ne lassent absolument pas le spectateur, et donnent un portrait d’Emma Goldman très fidèle, très humain, exposant les grands axes de son engagement politique et faisant le portrait des personnes qui ont marqué sa vie (outre Berkman, Brent Reitman, Johann Most, Almeda Sperry). Une ouverture ou un complément idéal à l’autobiographie de cette figure de l’anarchisme, rééditée en 2002 par les éditions Complexe, sous le titre « L’Epopée d’une anarchiste. New-York 1886- Moscou 1920 », avec une bibliographie et une postface de Cathy Bernheim et d’Annette Lévy-Willard (voir le compte rendu de Georges Ubbiali dans Dissidences n°14/15, première série, octobre 2003-janvier 2004, p. 115).
Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences, février 2008
Compte-rendu
Anarchiste, féministe, partisane de l’amour libre, oratrice réputée autant que redoutée, Emma Goldman est l’une des figures les plus attachantes du mouvement libertaire. Plus activiste que théoricienne, elle a marqué de son empreinte l’histoire du mouvement ouvrier américain. Il n’est guère surprenant que l’historien Howard Zinn, auteur d’une monumentale Histoire populaire des États-Unis (Agone, 2002), s’en soit épris au point de lui consacrer une pièce de théâtre.
Nous la découvrons à Rochester où, jeune femme issue de l’immigration juive russe, elle gagne de quoi survivre dans les fabriques de vêtements. Nous sommes au début des tumultueuses années 1880, où le syndicalisme, en plein essor, se heurte à la violence de la répression étatique et patronale.
On la retrouve à New York. Sa conscience de classe s’est affermie ; elle a soif d’action ; elle se mêle à un petit groupe d’anarchistes, dont l’austère Alexandre Berkman, Fedya, l’artiste, et Johann Most, orateur puissant et charismatique. Trois hommes qui seront, pour elle, autant d’amants.
Après l’emprisonnement de Berkman, coupable de tentative d’assassinat sur un patron, Emma Goldman prend la route, parcourt les États-Unis en tous sens pour y défendre la cause ouvrière, celle de l’anarchisme et du féminisme, mais aussi l’œuvre littéraire d’un Ibsen ou d’un Bernard Shaw. Elle fait souvent salle comble et doit tout aussi souvent quitter les lieux en hâte pour éviter l’arrestation. Ses propos choquent l’Amérique de la libre entreprise tout autant que l’Amérique puritaine.
Elle vit une relation tumultueuse avec un personnage atypique et peu apprécié des libertaires. Ben Reitman, médecin de profession, est un insatiable coureur de jupons, un beau parleur qui la bouleverse, l’envoûte et l’irrite à la fois. Car le mérite de cette pièce de théâtre est de nous faire voir une Emma Goldman en chair et en os, en militante révolutionnaire revendicative, en féministe implacable mais aussi en être humain prisonnier de ses désirs. Goldman disait de Reitman qu’il « avait tout de la belle brute » et malgré toute la force de ses convictions, elle a mis de longues années avant de se séparer de cet amant qui parvenait à la rendre jalouse.
En mai 1917, Emma Goldman est arrêtée une nouvelle fois. Sa propagande anti-patriotique déplaît au gouvernement. Afin de se débarrasser d’elle, il annule la nationalité de son mari, Jakob Kershner, un homme dont elle s’est séparée à peine sortie de l’adolescence. Emma Goldman n’est plus alors protégée de l’expulsion. Arrêtée, incarcérée, elle est finalement expulsée vers la Russie en 1919 comme tant d’autres immigrés russes, Berkman en tête. Mais ceci est une autre histoire, qu’Howard Zinn ne nous conte pas…
Avec cette pièce de théâtre, il nous plonge dans le climat de guerre sociale qui sévissait alors aux États-Unis. Car la violence de la répression y est sans aucune mesure avec celle que l’on a connue dans l’Hexagone. Il livre aussi un beau portrait de femme en forme d’hommage : libre, combattante, joyeuse et volontaire, rétive à toutes les soumissions.
Christophe Patillon
Gavroche n°153, janvier 2008
Compte-rendu

Anarchiste, féministe, partisane de l’amour libre, oratrice réputée autant que redoutée, Emma Goldman est l’une des figures libertaires les plus attachantes. Activiste bouillonante de vie, elle a marqué de son empreinte l’histoire du mouvement ouvrier américain. Il n’est guère surprenant que l’auteur d’une monumentale Histoire populaire des Etats-Unis s’en soit épris au point de lui consacrer une pièce de théâtre, menée tambour battant.
Howard Zinn ne nous offre pas seulement le portrait d’une militante, femme libre et volontaire rétive à toutes les soumissions, apportant son soutien aux grévistes, haranguant la foule, défendant d’un même élan l’émancipation des femmes et la cause ouvrière, pourfendant aussi bien l’Amérique de la libre entreprise que l’Amérique puritaine. Il nous fait voir également une “Emma la rouge” en chair et en os, dont la vie sentimentale tumultueuse malmène parfois les convictions féministes.

Christophe Patillon
Le Monde diplomatique, janvier 2008
Emma sur un plateau

Agone édite En suivant Emma, une pièce historique d’Howard Zinn, montée pour la première fois à New York en 1976 et consacrée à la militante anarchiste et féministe Emma Goldman.

Cet éditeur a déjà publié deux essais du politologue et historien américain dont l’œuvre, essentiellement fondée sur l’analyse de l’incidence des mouvements populaire sur la société américaine, est passionnante.
Howard Zinn, universitaire au parcours atypique, militant engagé pour la paix, la désobéissance civile et la résistance à toute forme d’autorité illégitime, ne pouvait qu’être subjugué par le personnage d’Emma Goldman. Un des intérêts de la présente édition réside d’ailleurs dans l’avant-propos de l’auteur qui retrace les étapes de sa découverte de celle qu’il qualifie de « magnifique ».
De fait,l’ admiration de Zinn pour Emma ne cesse de s’exprimer au fil de cette hagiographie. En deux actes et vingt-quatre scènes, une vingtaine d’années s’écoulent, où l’on assiste à la naissance de la révolte d’Emma, à son départ pour New-York, à son entrée en militantisme, à sa lutte pour une existence de femme libre. On suit sa vie et ses combats jusqu’en 1917, où elle dénonce l’entrée en guerre des États-Unis et finit en prison, avant d’être expulsée du pays en 1918. Jeune fille rebelle et résolue, sœur aimante, amie fidèle, amante passionnée, militante infatigable, oratrice remarquable, Emma la Rouge parait tout cela, pasionaria splendide, que tous les autres personnages peinent à suivre dans sa course, d’où la traduction française du titre sans doute.
Dialogues vifs, teintés d’humour, personnages convaincants, thématique forte, le texte de Zinn se lit avec plaisir ; et comme l’auteur, on s’attache à cette flamboyante héroïne. La pièce gagnerait-elle à être montée aujourd’hui ? Alors qu’une autre œuvre théâtrale de Zinn est actuellement sur le plateau du Lenche (voir Zibeline 3), on peur l’imaginer… Pas sûr cependant que cette succession de scènes sans véritable ressort dramatique trouve aisément un public !

Fred Robert
Zibeline n°4, janvier 2008
Compte-rendu
Belle initiative que cette traduction d’une courte pièce en deux actes accompagnée d’un solide avant-propos et d’annexes sur des faits historiques relatés dans l’ouvrage ; cela permet de ressentir aisément l’atmosphère de l’époque et de (re)découvrir une protagoniste de premier plan. En suivant les pérégrinations d’Emma nous rencontrons des actrices et des acteurs du mouvement révolutionnaire étasunien, new-yorkais en particulier. Les questions du féminisme, de l’amour libre, de la famille, de l’antimilitarisme, de la violence… et de l’exploitation capitaliste en général sont posées de façon vivante par les protagonistes. La force de leur engagement pour une vie libre sans hiérarchie est assez impressionnante.
Offensive n°16, décembre 2007
Compte-rendu
Emma est tout sourire. Elle a de l’aplomb et apostrophe ses compagnons : « Devons-nous abandonner la musique et l’odeur des lilas pour être des révolutionnaires ? » Cette Emma-là est une gamine de rien qui, très tôt, comprend tout de l’injustice - la domination du père (qui voulut la marier à 15 ans) comme la tyrannie du patron (elle fut ouvrière dans un atelier de couture). Cette Emma-là, c’est la Goldman, l’anarchiste, la féministe, une actrice (star !) de la rébellion, curieusement oubliée des manuels d’histoire américains - on lira, à ce sujet, la préface très fine qu’Howard Zinn, l’auteur, a donné à son livre...
Emma Goldman, née en 1869, en Lituanie, immigre, adolescente, aux Etats-Unis, s’installe à New York. Elle milite sans répit contre l’oppression, connaît la censure, la prison, se fait expulser, retourne en Russie. Elle parcourt l’Europe, donne des conférences, soutient les républicains espagnols, s’acharne encore et toujours, et meurt le 14 mai 1940 au Canada.
Howard Zinn lui rend aujourd’hui hommage en faisant d’elle l’héroïne de ce texte écrit pour le théâtre. En historien qu’il est, il aurait pu lui consacrer un ouvrage fort et détaillé. Il a choisi la fiction, et de ce fait la rend vivante, gaie, râleuse, touchante. Zinn, avec humour et didactisme, raconte une partie de la vie d’Emma Goldman et, bien sûr, tout un pan de l’histoire des Etats-Unis. Emma la fougue incarne le romantisme révolutionnaire. Elle prône l’amour libre, harangue les foules avec naturel, réconforte les uns, convainc les autres de ne jamais baisser la tête. Sous la plume d’Howard Zinn, la belle libertaire est avant tout une sensuelle, une passionnée de la vie. Qui refuserait de la suivre ? Sûrement pas Howard Zinn qui, sans jamais l’avoir rencontrée, en est peut-être tombé amoureux...
Martine Laval
Télérama, 14/11/2007
Compte-rendu

Historien américain, Howard Zinn a écrit, en 1975, En suivant Emma, une pièce de théâtre consacrée à la militante anarcha-féministe Emma Goldman. Les éditions Agone viennent de publier le texte.

Emma Goldman (1869–1940) est entrée dans la vie d’Howard Zinn au début des années 1960. D’abord frappé de n’avoir jamais, du lycée à la licence, entendu prononcer son nom, il fut ensuite fasciné par cet incroyable personnage de l’histoire américaine.
Emma est née dans une famille juive à Kovno, en Lituanie (alors russe). La pauvreté l’obligea à travailler dans une usine de corsets, à Saint-Pétersbourg, dès l’âge de treize ans. Quittant une vie familiale très tendue (son père a tenté de la marier de force à quinze ans), la jeune rebelle émigra aux États-Unis en 1885. Elle s’installa à Rochester, dans l’Etat de New York, et travailla comme couturière dans une usine d’habillement. Ateliers-bagnes et logements-taudis lui en dirent long sur la grandeur de l’Amérique.
Révoltée, Emma Goldman s’intéressait de près aux mouvements sociaux. Elle fut servie. Le 1er mai 1886, 80 000 ouvriers manifestèrent à Chicago pour la journée de huit heures. Le 3 mai, de nouveaux ouvriers rejoignirent les grévistes du 1er mai. La police chauffée à blanc tira sur la foule, faisant six morts. Le lendemain, sur Haymarket square, lors d’un énorme rassemblement de protestation, une bombe explosa blessant et tuant cette fois des flics. Des leaders anarchistes furent arrêtés. Quatre furent pendus en 1887 après un procès truqué, ce qui lança les désormais traditionnels 1er Mai dans le monde entier (les Martyrs de Chicago seront innocentés et réhabilités en 1893).
Pour réagir à cette horreur, Emma, comme de nombreux ouvriers en colère, s’engagea pleinement dans le mouvement anarchiste. En 1889, à New York, elle rencontra Alexander Berkman, surnommé Sasha, autre anarchiste russe. Emma devint vite une oratrice réputée qui mettait les flics en rogne. En 1893, elle invita les victimes de la crise économique à piller les magasins pour survivre. Des centaines d’enfants mouraient de faim. « Si les enfants ont besoin de lait, allons nous servir. Servons-nous ! » La police l’arrêta en plein meeting. Elle fut condamnée à deux ans de prison et mit à profit sa détention pour apprendre les métiers d’infirmière et de sage-femme.
De son côté, Sasha purgeait une peine de vingt-deux ans pour avoir tenté d’assassiner, en 1892, le patron d’une aciérie de Pennsylvanie qui avait embauché une milice armée et des jaunes pour briser une grève. À la libération de Berkman, en 1906, les deux amis fondèrent le journal Mother Earth.
À l’occasion d’une conférence à Chicago, en 1908, Emma fit la connaissance de Ben Reitman, un médecin qui soignait les pauvres gens, les hobos, les prostituées. Il pratiquait également des avortements illégaux. Emma avait alors 39 ans, Reitman n’en avait que 29. Les deux volcans devinrent des amants passionnés. La grande confusion sentimentale qui secoua Emma ne l’empêcha pas de poursuivre meetings et conférences dans tout le pays.
Dans un seul mois de 1909, la police interrompit onze meetings où Emma militait notamment pour l’émancipation des femmes, le contrôle des naissances… Un discours contre le patriotisme attira cinq mille personnes à San Francisco. La foule bloqua la police pour la protéger d’une nouvelle interpellation. Emma s’attendait au pire à chaque intervention publique. Sur les estrades, elle emportait toujours un livre pour s’occuper l’esprit en cas d’arrestation.
Le ton monta encore d’un cran quand les Etats-Unis entrèrent dans la Première Guerre mondiale, en 1917. Emma et Berkman se retrouvèrent pour dénoncer la conscription. Emprisonnés en 1918, ils furent relâchés à la fin du conflit et bannis. J. Edgar Hoover estimait qu’Emma était l’une des femmes les plus dangereuses d’Amérique.
Retour à la case départ pour Emma et Sasha. Expulsés vers ce qui était devenu l’Union soviétique, ils rencontrèrent Lénine et Trotsky. Ils assistèrent impuissants à la répression des manifestations, à la liquidation des anarchistes, à l’écrasement sanglant de la révolte des marins de Kronstadt… Fuyant la barbarie bolchevique, les deux amis voyagèrent dans plusieurs pays d’Europe, notamment en France où ils sympathisèrent avec la réfractaire May Picqueray qui dactylographia pendant six mois une partie des manuscrits qui composeront Living my life.
En juin 1936, Berkman, dépressif, se suicida. En septembre 1936, Emma se rendit en Espagne pour soutenir la révolution. Elle s’adressa à des foules immenses à Barcelone, parla à la radio, aux ouvriers et aux miliciens en allant sur le front de Madrid.
Pour finir, Emma fut autorisée à faire un voyage exceptionnel aux États-Unis en 1940, mais uniquement pour parler de théâtre… Partie défendre des camarades emprisonnés au Canada, elle tomba malade à Toronto où elle mourut à soixante et onze ans. Emma Goldman est enterrée à Chicago, dans le cimetière de Waldheim, près des victimes de la tragédie de Haymarket square. Ce drame qui avait changé le cours de sa vie.

Après avoir longtemps milité contre la guerre du Vietnam, Howard Zinn s’attela en 1975 à un vieux projet qui le hantait : l’écriture d’une pièce de théâtre sur la « magnifique » Emma Goldman. Montée par son fils Jeff en 1976, elle fut jouée à Manhattan par le Theater for the New City. Souvent réécrite, peaufinée, la pièce fut jouée à Boston pendant huit mois devant vingt mille spectateurs. Emma fut également présentée à Londres et à Tokyo.
Sur trois actes, en prenant quelques libertés et raccourcis, la pièce est composée de scènes courtes et toniques qui mettent en lumière différents aspects de la vie d’Emma Goldman et de ses camarades. Basé sur des éléments puisés dans des correspondances et dans les mémoires d’Emma, le jeu permet d’aborder, parfois avec humour, divers thèmes anarchistes et féministes (amour libre, anti-militarisme, lutte des classes, internationalisme, anti-électoralisme…).
Nous pouvons suivre Emma dans sa vie familiale, amoureuse, communautaire, militante et professionnelle. Nous la retrouvons dans des cafés, devant des tribunaux, en prison, sur des piquets de grève ou dans des meetings. Ce qui permet d’entendre ses prises de paroles ou celles de Johann Most, un militant influent qui se fera cravacher en public par Emma parce qu’il refusait de soutenir Alexander Berkman après son emprisonnement.
Les scènes écrites par Howard Zinn donnent aussi un éclairage sur les contradictions et les tourments sexuels des militants qui tentaient d’expérimenter au quotidien des principes libertaires généreux, mais complexes. À lire, en espérant qu’un metteur en scène fasse bientôt revivre Emma Goldman, une femme franchement épatante.

Cinq autres titres d’Howard Zinn sont disponibles aux éditions Agone : Une histoire populaire des États-Unis (2002), Le XXe siècle américain (2003), Karl Marx, le retour (théâtre, 2002), Nous, le peuple des États-Unis (essais, 2004) ; L’Impossible neutralité (autobiographie, 2006).

Lire l’article sur Le Mague

Paco
Le Mague, 11/10/2007
Rencontre avec Howard Zinn
Le mardi 2 juin 2009    Paris 11 (75)

Rencontre organisée en partenariat avec la librairie Quilombo.

16h-18h. CICP, 21ter rue Voltaire
Contact 01 43 71 21 07
quilombo@globenet.org
www.librairie-quilombo.org

> lire en ligne la retranspcrition de l’intervention effectuée par Betapolitique

Réalisation : William Dodé