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Le Cœur au ventre
Parution : 14/03/2003
ISBN : 2748900146
Format papier : 112 pages (11 X 21 cm)
11.00 € + port : 1.10 €

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Morceau d’histoire des oubliés, ce roman suit le parcours d’une jeune alcoolique dans sa tentative d’échapper au naufrage auquel la condamne un ordre social funeste et archaïque.

Thierry Maricourt

Essayiste et romancier prolétarien, tantôt bibliothécaire, aimateur d’ateliers, libraire ou éditeur, Thierry Maricourt a toujours cru en la littérature comme outil d’émancipation.
Il a publié une quarantaine d’ouvrages, parmi lesquels Ne me tuez pas (Le Cherche-Midi, 1998); Henry Poulaille (Manya, 1992) ; et Voyages dans les lettres suédoises (L’Elan, 2007); le Dictionnaire des auteurs prolétariens (Encrage, 1994), l’Histoire de la littérature libertaire (Albin Michel, 1990) ou le Dictionnaire du roman policier nordique (Encrage, 2010).

Les livres de Thierry Maricourt chez Agone

« Pourquoi souffre-t-elle autant ? Physiquement, en ce moment, mais aussi dans sa caboche depuis si longtemps… Rien ne se passe comme elle le voudrait. C’est un échec, un échec sans bornes, sa vie. Elle a quel âge ? Vingt-cinq ans ! Qui le croirait ? Sa tronche, c’est un mouchoir sale. Un mouchoir à jeter. Vingt-cinq ans et quel avenir ? Les semaines, les mois futurs ? Des fagots trop humides pour s’enflammer… Elle est seule. »
Dossier de presse
Lucien Wasselin
La Tribune de la région minière, 21/04/2004
Philippe Geneste
L'Émancipation syndicale et pédagogique, 10/2003
LG
Côte d'opale magazine, n°3, 06-07/2003
Compte-rendu
L’alcoolisme est une maladie : il peut être décrit de façon clinique. Mais Thierry Maricourt est écrivain, il choisit donc d’accompagner par l’écriture une alcoolique anonyme dans sa dérive tragique. Si l’on parle volontiers des alcooliques en général, l’alcoolisme au féminin reste un sujet relativement tabou dans notre belle société libérale… Il faut donc saluer Thierry Maricourt pour avoir brisé, à sa façon, ce tabou.
Le Cœur au ventre est l’un de ces livres qui, à force d’être insoutenables, finissent par être d’une sombre beauté et ne cessent plus, dès lors, de hanter notre mémoire…
Thierry Maricourt fait preuve d’une rare empathie à l’égard de l’héroïne de son roman, empathie doublée d’une distanciation quasi brechtienne. Il saisit son sujet au plus près du réel, de l’intérieur même, les affres de son personnage. Jamais on n’a été aussi proche d’un(e) alcoolique partagé(e) entre le manque et le rejet. Mais il n’y a rien de démonstratif. Ses personnages ont de l’épaisseur : son héroïne et Jacquot, l’ami de certains moments, ont du relief. On a parfois l’impression que le romancier éprouve une certaine jubilation à décrire les faits et les gestes, les doutes et les espoirs de son héroïne… qu’il ne nomme jamais. C’est « elle », sans cesse, toujours. Thierry Maricourt, au-delà de l’empathie, entend rester sur sa réserve, rester à distance. Belle contradiction dialectique qui nous vaut une écriture sereine, lucide, implacable. Rien n’est épargné au lecteur de la vie de l’héroïne : ses désirs, ses fantasmes, sa solitude, sa souffrance, son rapport au monde du travail et aux collègues… Mais il n’y a rien de désespéré dans ce roman. Thierry Maricourt s’intéresse aux oubliés de la littérature ; il leur rend une dignité que le libéralisme a trop tendance à leur refuser, car ce que condamne le romancier c’est l’ordre social qu’on veut nous imposer. Thierry Maricourt s’inscrit résolument dans le courant prolétarien de la littérature, une littérature qui reste pour lui un outil d’émancipation.
Il faut lire ce livre pour découvrir ce que peut la littérature en dehors des salons bien-pensants et des plateaux consensuels de la télévision.
Lucien Wasselin
La Tribune de la région minière, 21/04/2004
Compte-rendu

Partons de Morte Banlieue du même auteur1. Nous retrouvons un milieu prolétaire, employé exactement, l’alcool comme fuite en avant des désespérances de vie, la révolte inhérente aux démarches de suicide, un avenir privé de devenir, façonné par le passé, retenu par lui-même, incapable de déploiement perspectif.
Le Cœur au ventre nous parle de cette impossibilité à créer de l’avenir, de l’inhumanité d’un présent privé de toute projection de vie. Le récit de Thierry Maricourt, beaucoup plus serré au niveau du style, beaucoup plus rigoureux en écriture que Morte Banlieue, se mène sans entrer dans l’imaginaire. En effet, celui-ci est contraint par l’abus d’alcool, il est embourbé dans la nausée de la vie.
Dans la plus pure tradition du récit portraitural prolétarien – on pense à « Georges » de Régis Phily, on pense à La Tribu de Jean-Michel Mension, on pense à Lexomil de Jean-Pierre Levaray –, Thierry Maricourt peint de l’intérieur la frustration des vies absorbées dans des orientations professionnelles privatives de réalisation de soi. L’héroïne vit emprisonnée dans un présent auquel l’alcool n’offre aucune échappatoire. C’est la succion absorbante du quotidien trop lourd, trop rituel, d’un quotidien sans but autre que la survie.
Le Cœur au ventre est le récit de l’échec à la vraie vie, celui orchestré par une société qui rive les êtres à l’immédiat, qui prive les êtres de la réalisation de leurs espérances, de l’expression même de ces espérances qui se fomentent dans les volontés de résistance. L’héroïne refusant la conformation, rejetant la répétition sociale conservatrice, n’a pourtant pas ou plus la force de se dresser contre l’ordre et la morale établie, sinon par des actes de ruptures où elle s’abîme elle-même.
Le thème de la désespérance sociale n’est pas nouveau. Ce qui l’est en revanche, c’est le poids de la peur comme modalité d’enfoncement dans cette désespérance. Le mot peur revient 56 fois dans le livre, soit une page sur deux.
Une réussite du récit de Thierry Maricourt est d’avoir mis au diapason ce thème avec une écriture vive, cassée sans être hoquettante, édifiant un style qui colle au trouble sensitif dont est victime l’héroïne : « Ce parfum, réfléchit-elle à la sauvette, c’est celui de l’humanité en transit, celui des êtres pressés, celui des rendez-vous loupés, des cafés sur le pouce, celui des valises trop lourdes, des mains bleuies, des yeux qui piquent. » La figure de la répétition, elle-même, est utilisée pour souligner le pathétique d’une vie versée en lie humaine ; elle imite l’obsession de la souillure initiale – son « prêt » par le père pour les jeux sexuels de l’épicier l’entraînement dans la fange de son alcoolisme ; obsession qui trouve expression dans les gestes du ménage, toujours recommencé, toujours à recommencer ; elle signifie, avec insistance, l’échec, une vie échouée dans le sordide du conformisme, l’obscénité des convenances, la blessure du poli.
On retrouve ce thème du dégoût de soi si subtilement éprouvé dans Ne me tuez pas (autre roman de Thierry Maricourt, paru en 1998 aux éditions du Cherche-Midi), dégoût, ici, légué par la mère à son garçon.
Les thèmes obsessionnels s’intègrent ainsi par le liage de la peur jusqu’à former le portrait âpre de l’héroïne, qui y reverse une haine anti-sociale impuissante, même si « elle serre contre elle son sac à main. Elle est heureuse. Elle va regarder la lune de sa fenêtre. Elle boira de l’eau de vie, de l’eau de lune. On ne l’empêchera pas. Elle sort sa clé », clé retrouvée…

1 Édition Réflex, 1992. Voir L’École émancipée, 7 décembre 1992, p. 33.

Philippe Geneste
L'Émancipation syndicale et pédagogique, 10/2003
L'alcool : une bougie dans la nuit, l'âcre et le sucre, l'amitié et la tahison
« L’alcool c’est toujours une chaleur. Même un demi-frais comme celui qu’elle vient d’avaler. C’est une bougie dans la nuit. L’alcool, c’est un parfum tenace et léger, c’est l’amitié et la trahison, l’âcre et le sucre. Elle ne s’en lasse pas. » Il y a deux façons de parler de l’alcool. L’une, moralistarice, si triste qu’elle vous donne l’envie de passer la porte du premier bistrot qui se présente ; l’autre, plus détachée, qui sonde le passé, écoute le présent, entrevoit l’avenir. Thierry Maricourt a choisi cette dernière ; on est en droit de ne pas lui donner tort. Sa narratrice n’a ni nom ni prénom ; il l’appelle elle. Elle est en dessous de tout, boit comme le sable, ne tente même plus de s’agripper à son quotidien rêche et poreux. Elle erre, seule, désespérément seule dans un monde qui lui reproche ses pas hésitants, ses tonitruants retours, ses vomis dans l’escalier, son haleine de bibine. Elle possède cette candeur émouvante des gens qui ne savent pas encore qu’ils vont vers le désastre ; entre deux cuites, elle parvient encore à rire. La bière, chaude compagne, lui procure des bouffées de vie, qui, le matin venu, exhalent le parfum noir de la mort. Les gueules de bois sont impitoyables. Elles fait des rencontres, subreptices, décevantes. Des hommes qu’elle cueille dans des rades incertains. Des hommes encore plus accrochés qu’elle. Fragiles. Cassés. Paumés comme des chats de printemps sans minettes. Comme des singes en hiver. Elle les cueille, et les accueille. Contre cinq ou six Bavic, et un demi paquet de cigarettes, elle leur fait découvrir son appartement. Certains, beaux et tragiques comme des Radiguet, la réconfortent le temps d’une nuit sans bulle, deviennent fous, pissent contre les armoires, saignent comme on pleure. Cela pourrait être triste, glauque. Mais l’alcool de l’armoire à pharmacie qu’elle ingurgite quand l’alcool de prune a été bu, garde la couleur de la lune. Elle a vingt-cinq ans ; elle est belle tel un ciel sans étoile. Elle se sauvera de la cure de désintoxication qu’on la contraint d’entreprendre. Il faut toujours se sauver devant les contraintes. Un jour, peut-être, elle prendra un train qui part.
Philippe Lacoche
Le courrier picard, 05/08/2003
Compte-rendu
Comment un roman qui raconte la vie d’une jeune femme, alcoolique de 25 ans qui liquide une canette à chaque paragraphe, se vomit dessus et s’envoie un type aussi glauque qu’elle toutes les 30 pages, comment ce roman peut-il prendre autant les tripes que le dernier ouvrage de Thierry Maricourt ? Peut-être bien justement parce que c’est Maricourt qui l’a écrit, avec son style sans détours et sa poésie surprenante. Entrer dans l’univers glauque et sordide de cette jeune alcoolique n’est plus, de ce fait, du voyeurisme. L’horrible atavisme qui l’englue, sa destinée tracée à l’avance, son horizon bouché, prennent des allures de drame terriblement humain. Zola et son assommoir ne sont pas loin, et cette Gervaise des temps modernes nous touche dès les premières pages. Le film se déroule, noir, avec un seul chapitre plus lumineux que le reste. On espère, on espère, on croise les doigts en tournant les pages. Et puis on baisse les bras, impuissant.
LG
Côte d'opale magazine, n°3, 06-07/2003