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Retour du front
Novembre 1918. Une révolution allemande (tome III)

Titre original  : November 1918. Ein Deutsche Revolution, tome III : Heimkehr der Fronttruppen (Fischer Verlag 2008)
Traduit de l’allemand par Maryvonne Litaize & Yasmin Hoffmann

Avant-propos de Michel Vanoosthuyse

Parution : 22/05/2009
ISBN : 9782748901016
Format papier : 592 pages (14 x 21 cm)
31.00 € + port : 3.10 €

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« Pendant la guerre, ils n’ont pas osé montrer le bout du nez. Tout n’était que poudre aux yeux afin que nous portions les fusils à leur place. Et vendredi, sans armes, nous descendions la rue. Eux étaient en embuscade avec des mitrailleuses, ils ont tiré et se sont repliés. Ce sont des bandits qui ont mis notre patrie en coupe réglée. Je n’ai rien de commun avec eux. Et j’aimerais savoir où tu en es. Réfléchis bien : comment obtiendrons-nous la paix si les cyniques qui nous considèrent comme leur propriété, leur bien héréditaire, se retrouvent en haut ? Te taire, c’est te rendre complice. »
Les deuxième et troisième tomes de Novembre 1918, écrits de début 1939 à mi-1940, Peuple trahi et Retour du front avaient été conçus comme un seul volume : où l’on découvre le Berlin de la misère et celui des profiteurs de guerre, des bourgeois insouciants, des petites et grandes canailles… ; ce sont aussi, entremêlées, grandes et petites manœuvres : au niveau des États, les affrontements autour du Traité de Versailles, qui décideront de l’avenir de l’Europe ; au niveau individuel, les engagements et trahisons, d’amour et de politique, prélude au dénouement sanglant du dernier tome.

> Lire le compte rendu de la conférence « L’Actualité politique d’Antigone à travers le roman d’Alfred Döblin Novembre 1918, une révolution allemande » organisé par l’Association orléanaise Guillaume Budé (22 novembre 2008)

Alfred Döblin

Né au sein de la bourgeoise juive allemande, Alfred Döblin (1878–1957) déménage très tôt pour Berlin, ville qui a profondément influencé son œuvre et où il vivra jusqu’à son exil à Paris en 1933 – qu’il fuira en 1940 pour les États-Unis. Pendant la Première Guerre mondiale, il est affecté comme médecin militaire en Lorraine puis en Alsace, expérience qui nourrit le premier des quatre tomes du roman historique Novembre 1918. Toute son œuvre demeurera largement méconnue, notamment en raison du succès, dès sa parution en 1929, de Berlin Alexanderplatz. Une situation dont Döblin souffre dès son retour en Allemagne en 1945, où il peine à se faire entendre et éditer.

Lire l’Hommage à Alfred Döblin par Michel Vanoosthuyse

Les livres de Alfred Döblin chez Agone

Dossier de presse
Nicole Bary
Encyclopaedia Universalis, 23/02/2010
Michel Vanoosthuyse
La revue des ressources, 10/12/2009
SUR LES ONDES

France culture – « Surpris par la nuit », Alfred Döblin platz, documentaire en quatre parties. Informations sur le site de l’émission (du 5 au 8 mai 2009)

France culture – « Tout arrive ! », émission avec notamment Michel Vanoosthuyse autour d’Alfred Döblin et de sa tétralogie Novembre 1918. Informations sur le le site de l’émission (31 mars 2009)

Novembre 1918 et Berlin Alexanderplatz

Le nom d’Alfred Döblin (1878–1957) évoque spontanément son roman Berlin Alexanderplatz (1929), dont il faut saluer la nouvelle traduction fort réussie qu’en donne Olivier Le Lay (Gallimard 2009). Tout comme il convient de saluer l’heureuse initiative des éditions Agone qui viennent de publier la traduction intégrale — tout aussi réussie — de l’une des œuvres capitales de cet écrivain si méconnu du public français : Novembre 1918. Une révolution allemande, traduction de Maryvonne Litaize et Yasmin Hoffmann 2009, en quatre tomes : Bourgeois et soldats, Peuple trahi, Retour du front, Karl et Rosa.
Écrit entre 1937 et 1943, Novembre 1918. Une révolution allemande connaît une genèse qui reflète l’histoire de son auteur. Seul le premier tome paraît avant 1945 (en 1939 à Amsterdam). Les trois autres tomes sont publiés après la guerre précédés d’un « prélude » qui résume le premier volume en une cinquantaine de pages. Il faudra attendre le centième anniversaire de la naissance de l’auteur, en 1978, pour que les lecteurs ouest-allemands puissent prendre connaissance de l’œuvre dans son intégralité. Les Allemands de l’Est attendront trois ans de plus, les Français trente années !

La révolution manquée

Dans sa grande œuvre épique sur la révolution de 1918, Döblin ausculte les maladies politiques et sociales dont souffre un patient atypique, l’Allemagne. Il constate que les événements qui précipitèrent la chute de l’Empire et l’avènement de la république parlementaire n’ont entraîné aucune transformation en profondeur des rapports sociaux. Döblin situe son roman entre le 10 novembre 1918 et le 15 janvier 1919, date de l’assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg. Il pose son diagnostic : Une révolution allemande, c’est une révolution qui n’a pas eu lieu.
Comme on le sait, les carrefours berlinois où se presse la foule tiennent une grande place dans l’œuvre de l’auteur. À côté de l’Alexanderplatz qu’il a rendue célèbre, la Potsdamer Platz est devenue sous sa plume un lieu littéraire, et non seulement politique. Là, le 1er mai 1916, les spartakistes conduits par Liebknecht et Luxemburg appelèrent à une manifestation contre la guerre et le gouvernement. Presque trois ans plus tard, le 11 janvier 1919, note Döblin dans Voyage et destin (Schicksalsreise, trad. franç. Éditions du Rocher, 2002), quelque trois mille hommes en civil, emmenés par le social-démocrate Noske, paradent sur la Postdamer Platz. Le nouveau pouvoir élabore le projet de décapiter l’ennemi intérieur — les spartakistes — puisque l’ennemi extérieur n’a pas pu l’être. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont assassinés quatre jours plus tard.
Qu’est-ce qui a poussé Döblin, en exil à Paris depuis 1933, à s’intéresser au Berlin de 1918 ? Selon son postulat de départ — qui va évoluer au cours de l’écriture du roman — le nazisme ne fait qu’achever ce que la répression féroce de 1919 avait ébauché. La catastrophe originelle s’est jouée entre les deux dates qui encadrent le roman. Dans le paysage politique de l’époque où Liebknecht et Rosa Luxemburg côtoient tous les acteurs de l’époque — Ebert, Noske, mais aussi Clemenceau, Wilson, Foch —, Döblin charge une sorte de jumeau du célèbre Franz Biberkopf (Berlin Alexanderplatz) de sonder la société et d’explorer comment se fabrique — et non pas s’écrit ! — l’histoire. Döblin fait le portrait de la révolution au quotidien, parfois rue par rue, mêlant des événements historiques, et des scènes de vécu quotidien, comme les discussions dans la classe d’un des protagonistes du roman, l’instituteur Becker, qui découvre peu à peu la nécessité d’une solidarité qui ne soit ni abstraite ni idéologique avec les laissés pour compte de l’existence.
Que ce soit dans Berlin Alexanderplatz, dans Novembre 1918 ou dans le reste de son œuvre, la grandeur de Döblin tient d’abord à son écriture. Il se méfie de l’esthétisme, il se tient même à distance de l’expressionnisme, rompt avec la revue Der Sturm dont il avait été le cofondateur et s’engage, avec des mots, dans tous les combats de son siècle. Non seulement il porte un regard très aigu sur la société, mais il a une oreille extrêmement fine qui enregistre aussi bien la gouaille canaille des bas-fonds berlinois que le discours politique sophistiqué, les propos bien-pensants des salons bourgeois ou le yiddish du Scheunenviertel, tout proche de l’Alexanderplatz. Alfred Döblin, qui exerce la médecine tout près, côtoie les démunis qui sont les voix de son roman. Il les laisse parler, s’efface devant eux et se contente de « transcrire » leur dialecte, leur jargon, leur argot.
Pendant qu’il travaille au roman qui le rendra célèbre, on construit la gare de l’Alexanderplatz. Comme chez Joyce (Ulysse, 1922) l’écriture est rythmée par le bruit du chantier de la ville en plein essor technologique, par le roulement brinquebalant des tramways et des trains « Rroum, rroum, le mouton martèle, je casse tout, encore un rail. Ça vrombit sur la place depuis la préfecture de police, là un marteau rivoir, là une bétonnière brasse sa cargaison. » Il fallait rendre en français toutes ces ruptures de langage, toutes ces sonorités heurtées et bigarrées qui font de Berlin Alexanderplatz un véritable kaléidoscope sonore de la société allemande dans l’entre-deux-guerres. La traduction d’O. Le Lay l’a fait avec brio, en respectant scrupuleusement le ton haletant et syncopé de la phrase allemande, en n’hésitant pas à puiser dans la langue orale les onomatopées, les raccourcis, les métaphores qui font choc. Grand succès populaire dès sa parution, Berlin Alexanderplatz, que le lecteur français peut maintenant découvrir dans toute sa truculence, a été adapté pour la radio dans l’année qui suivit sa publication et plusieurs fois porté à l’écran, notamment par R. W. Fassbinder (1980).

Nicole Bary
Encyclopaedia Universalis, 23/02/2010
La fresque d'Alfred Döblin, lecteur tragique d'une révolution trahie

Contribution poignante à l’histoire et à la culture européenne du XXe siècle, la tétralogie que l’écrivain consacra à l’insurrection révolutionnaire instituant la République allemande, fin 1918, avant que le processus ne soit stoppé par l’écrasement des socialistes.

Après la traduction de Karl et Rosa (l’Humanité du 21 février 2009), les Éditions Agone éditent dans une nouvelle traduction les trois premiers volumes de la tétralogie d’Alfred Döblin (1878–1957) consacrée à la révolution allemande de 1918–1919, contribuant ainsi à faire connaître un auteur souvent trop circonscrit au seul Alexanderplatz (Gallimard, 2009) et dont l’œuvre, tardivement diffusée en Allemagne après 1945, demeure en grande partie à découvrir en français. Les introductions ajoutées à cette édition permettent de resituer la trajectoire singulière de l’auteur depuis sa fréquentation des cercles expressionnistes sous Weimar jusqu’à sa conversion au catholicisme, en 1943, tandis que les nouveaux appareils critiques offrent, outre une chronologie précise, de précieuses entrées sur les figures historiques évoquées dans les ouvrages.
Loin de toute forme canonique, l’écriture, à distance du roman classique comme du récit didactique, peut être rapprochée, dans une certaine mesure, de celle de Brecht, la très forte présence des dialogues met en scène des vies d’inconnus comme celles d’acteurs de premier plan (Ebert, Wilson, Clemenceau…). Michel Vanoosthuyse, qui introduit chaque tome, désigne avec justesse Döblin comme le « grand insolent des lettres allemandes ».
L’ensemble évoque essentiellement les dernières semaines de l’année 1918 et alterne scènes historiques et histoires intimes, la cohérence trouvant son point d’équilibre dans le tableau qu’il offre de la société allemande au sortir de la guerre. L’évocation saisissante des conditions de vie des soldats défaits et de l’entrée des troupes dans la capitale allemande précèdent un portrait vivant de toutes les catégories sociales berlinoises. À noter que le premier tome revient sur les aspects méconnus de la révolution en Alsace-Lorraine. Döblin fait parler les militants, retranscrit les discussions incessantes dans l’assemblée et les conseils ouvriers, extrait du journal social-démocrate Vorwärts un vocabulaire proche de la réalité historique et dresse un tableau acerbe du rôle de la social-démocratie pour laquelle « il ne faut rien précipiter ».
Cependant, se situant selon ses propres termes loin d’une « logique » de l’histoire, l’objet de Döblin n’est pas d’être un roman historique stricto sensu, l’auteur revendiquant « la partialité de celui qui agit ». Souvent déroutant, l’auteur accorde par exemple une place essentielle au président américain Woodrow Wilson, ici acteur-clef de la fin du récit, plus qu’aux échos du nouveau modèle de socialisme incarné par la récente Révolution russe. Mais au-delà de ce que certaines formules lapidaires pourraient faire croire, et peut-être mieux qu’un ouvrage classique exposant les faits, le roman fournit des clefs d’explication de la tragédie qui s’est jouée alors. Les trajectoires multiples décrites avec finesse, citons la retranscription d’une carrière d’officier prussien de la guerre de 1870 à 1918, expliquent certaines continuités mieux que tout livre d’histoire… Plus que la seule évocation linéaire de « novembre 1918 », Döblin soulève le problème de l’échec du processus révolutionnaire, question omniprésente qui traverse sa vaste fresque marquée par un profond pessimisme. Le titre du second tome, Peuple trahi, dit bien l’œuvre, la répétition du drame de la « misère allemande » qui marque le pays depuis l’échec de la révolution de 1848. Devant l’ampleur de la catastrophe des lendemains – il écrit en 1939, quand rien ne paraît arrêter le nazisme -, Döblin dénie même aux événements le titre de révolution : « Rien qui pourrait me rappeler une révolution », fait-il dire à l’un des acteurs. Ainsi, ce mois de novembre « dure très longtemps, trop longtemps », et on peut lire l’ouvrage comme un plaidoyer déniant l’opportunité de l’action politique. Une tonalité dominante qui ne doit pas faire oublier les belles pages consacrées aux espoirs nés de la fin de la guerre et des dernières semaines du régime impérial. « Sur les ruines naîtrait un monde où les hommes coexisteraient dans l’ordre, sans oppression, sans exploitation, sans misère pour les masses »: l’écrivain évoque en effet aussi les rêves et les nouvelles perspectives qui accompagnent l’effondrement militaire de l’Allemagne, souvent occultés au profit des seuls sentiments de revanche qui vont suivre. Les quelques résonances de l’Internationale (« ils sentaient que ce n ’était pas un chant de guerre, mais la fin de la guerre, la paix, la liberté des hommes »), comme sa description des fraternisations entre Français, Russes et Allemands, ou encore celle des espaces publics conquis par le peuple à l’occasion de la vacance du pouvoir politique témoignent des alternatives pensées sur l’instant, avant le cruel dénouement de janvier 1919, la contre-révolution écrasant les Spartakistes, la social-démocratie étant au pouvoir (objet du tome IV). Le lyrisme révolutionnaire côtoie l’intimité, l’espérance – il est vrai éphémère – la fatalité de l’issue des événements. Autorisant des entrées multiples, le récit döblinien contredit les légendes et livre au lecteur une contribution unique sur cette période trouble et complexe.

Jean-Numa Ducange
L'Humanité, 07/01/2010
Du Döblinisme - Petite introduction à l'œuvre de Döblin
Lire l’article en ligne sur le site de La revue des ressources
Michel Vanoosthuyse
La revue des ressources, 10/12/2009
Réalisation : William Dodé