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Amianto
Une histoire ouvrière
Traduit de l’italien par Serge Quadruppani
Parution : 15/02/2019
ISBN : 9782748903799
Format papier : 144 pages (12x21)
12.00 € + port : 1.20 €

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« C’est un travail dangereux de souder à quelques centimètres d’une cuve de pétrole. Une seule étincelle est capable d’amorcer une bombe qui peut emporter une raffinerie. C’est pour cela qu’on vous dit d’utiliser cette bâche gris sale, qui résiste aux températures élevées car elle est produite avec une substance légère et indestructible : l’amiante. Avec elle, les étincelles restent prisonnières et vous, vous restez prisonnier avec elles, et sous la bâche en amiante, vous respirez les substances libérées par la fusion de l’électrode. Une seule fibre d’amiante et dans vingt ans vous êtes mort. »

Alberto Prunetti raconte l’histoire de son père, Renato, né en 1945 à Livourne. Soudeur dans les raffineries et les aciéries italiennes depuis l’âge de quatorze ans, Renato s’empoisonne lentement au travail : il respire de l’essence, le plomb lui entre dans les os, le titane lui bouche les pores de la peau, et finalement, une fibre d’amiante se glisse dans ses poumons. Il meurt à 59 ans, après plusieurs années passées à l’hôpital.

En contrepoint de ce récit tragique, l’auteur rapporte ses souvenirs d’enfance, entre parties de foot et bagarres, et décrit une époque, sa musique, ses dialectes, ses grands événements sportifs – dans cette Toscane ouvrière où les années 1970 furent une décennie de luttes sociales, avant que les restructurations des années 1980 n’y mettent bon ordre.

L’opposition entre le père, parfait représentant de l’idéologie stalinienne du travail, et le fils qui incarne très vite la figure du précaire, n’empêche pas que s’exprime le profond amour qui les lie, teinté d’agacement et d’amusement avant que la maladie ne s’installe. L’humour constant, la délicatesse des sentiments, l’érudition historique et technique se mêlent dans ce récit.

Alberto Prunetti

Alberto Prunetti est traducteur et journaliste, notamment à Il Manifesto. Il a déjà publié six ouvrages en Italie, a reçu de nombreux prix et a été adapté au théâtre. Amianto est son premier livre traduit en français.

Les livres de Alberto Prunetti chez Agone

Dossier de presse
DélivronsNous
Babelio, 17 février 2020
Selma Timis
L'Anticapitaliste, 7 mars 2019
Laurence De Cock & Mathilde Larrère
Politis, 6 février 2019
Cette poussière mortelle

La Toscane, dans les années d’après-guerre. Renato Prunetti, né en 1945, travaille comme ouvrier détaché en Italie. Soudeur-tuyauteur, il parcourt le pays pour construire des usines dans un pays en fort développement. Mais son travail, il le fait au détriment de sa santé, de sa vie, sans le savoir. Parce que durant plusieurs années, des dizaines, Renato est au contact de l’amiante. Et cette fibre va, imperceptiblement, se loger dans ses poumons, et le tuer.

C’est l’histoire de Renato que son fils, Alberto, livre dans ce texte. Un ouvrage poignant, qui vous tient aux tripes, du début à la fin. Dès les premières lignes, le lecteur sait que Renato paiera de sa vie son activité de soudeur. Son fils retrace son parcours, pour les besoins de la justice, l’occasion alors d’évoquer son père, de lui rendre hommage, de le faire vivre encore, sans doute, alors qu’il vient de mourir chez lui, peu de temps après avoir prit sa retraite.

Renato commence à travailler à l’âge de 14 ans. Il aura deux enfants, avec son épouse, Francesca. Et, avec ses collègues et camarades ouvriers, il travaille en itinérance en Italie, abandonnant sa famille le dimanche soir pour prendre le train et commencer le chantier le lundi matin. Renato est un ouvrier comme il en existait dans les années 60 : un travailleur fier se son œuvre, qui aimait son travail. Ce dernier l’abîme, pourtant, bien en amont que son cancer ne soit diagnostiqué. Son corps reflète la dureté de la tâche : ses lunettes d’abord, de plus en plus épaisses, parce que les étincelles lui abîment les yeux. Les oreilles, ensuite, appareillées parce que l’environnement est bruyant. Ses poumons enfin, avant que son mal ne se généralise.

Mais derrière l’histoire personnelle de son père, c’est toute une histoire ouvrière que l’auteur décrit. Avec un style bien personnel, mêlant la littérature et l’essai, Prunetti nous plonge dans une Italie singulière, où le football, les bagarres et les sociabilités ouvrières sont bien présentes. C’est aussi l’évolution du travail qu’il nous présente, avec l’apogée de la classe ouvrière dans les années 70, et son déclin, au grès des restructurations des entreprises, de la sous-traitance, de l’auto-entreprenariat – déjà : Renato est obligé de « s’installer » comme artisan pour être embauché par son employeur historique, afin de pouvoir continuer à travailler sur différents chantiers. Cette toile de fond, donc, qui accompagne le parcours tragique de son père, assassiné – le terme revient plusieurs fois – par l’amiante, où Alberto est poussé par son père à faire des études, pour lui éviter de travailler en usine – « l’usine, c’est le dernier pain. Étudie. » [p.123] – mais aussi lui permettre de prendre sa retraite plus tôt.

La justice avait besoin des données biographiques afin de reconstituer les différents lieux où Renato avait travaillé, pour statuer s’il était une victime de l’amiante. Son fils n’a pas une véritable confiance dans le procès, mais il souhaite respecter les démarches de reconnaissance d’exposition à l’amiante entreprise par Renato lui-même alors qu’il était encore en vie. Le verdict rendu, Renato est reconnu comme victime : la pension de sa femme se voit augmentée de quelques euros, et Alberto apprend que son père aurait pu partir en retraite anticipé sept ans avant son véritable départ. L’amertume reste évidemment palpable : « justice est faite ? Non, elle n’est jamais faite. La justice, c’est de ne pas mourir au travail, et de ne pas voir mourir ses collègues » [p.120].

DélivronsNous
Babelio, 17 février 2020
Amianto, une histoire ouvrière

Dur et touchant, le récit oscille entre les souvenirs familiaux et une dénonciation acerbe de la condition ouvrière. Dans ce sixième ouvrage, Alberto Prunetti nous emmène dans la Toscane ouvrière des années 1970 et 1980. Retraçant les différents lieux de travail de son père pour pouvoir prouver la responsabilité des divers employeurs dans sa dégénérescence physique, Prunetti livre une « histoire ouvrière  », un portrait d’homme que l’industrie a condamné simplement parce qu’il travaillait.

Longue et saisissante déchéance

Au milieu des cocasseries propres à tout récit de souvenirs d’enfance, Prunetti expose la vie des ouvriers dans cette période de plein-emploi, où les paies correctes (relatives) se faisaient au détriment de la sécurité. À côté de l’horreur des ouvriers tout bonnement assassinés par les machines, Prunetti nous décrit la liesse des dimanches autour du football, et le sentiment de fierté que les travailleurs industriels tenaient de leur travail, dans une tradition que l’auteur qualifie de stalinienne.

Envoyé travailler sur des sites industriels aux quatre coins de l’Italie, au milieu du fer, de l’acier et du titane, le père, Renato, est exposé à toutes les saloperies que ce monde industriel peut produire, jusqu’à cette fibre d’amiante qui trouve son chemin jusqu’à ses poumons. L’auteur nous donne à voir la longue et saisissante déchéance de son père, qui, à 40 ans déjà, se connecte au monde à l’aide d’appareils auditifs, portant lunettes et dentier. Si l’auteur s’attarde (un peu trop  ?) sur des souvenirs personnels, la force du récit tient dans cette tendresse d’un fils pour un père que la soif du profit et le mépris des grands pour les petits ont détruit.

En filigrane, nous apercevons la déchéance et précarisation de la classe ouvrière italienne, orchestrée par le patronat, accompagnée par les organisations ouvrières. Le combat du père finira par s’inscrire dans un cadre syndical et judiciaire, pour dénoncer les conditions de travail et, plus tard, faire reconnaître son statut d’handicapé du travail – combat repris par sa femme et son fils à sa mort.

Selma Timis
L'Anticapitaliste, 7 mars 2019
Insidieuse poussière ouvrière

« Je suis né entre l’amiante de Casale et l’acier de Piombino. » Ainsi débute Amianto, le livre majeur d’Alberto Prunetti, paru en 2013 [en Italie]. Le journaliste à Il Manifesto y raconte l’histoire de son père, ouvrier soudeur et « nomade industriel » depuis l’âge de 14 ans. Dans les raffineries et les aciéries italiennes des années 1970, on protège les ouvriers des risques d’éclats de métaux brûlants et d’explosion des citernes de pétrole par des bâches d’amiante. Aucun danger, assurent les patrons. Mais Renato succombe pourtant à 59 ans des suites de dégâts pulmonaires provoqués par « la poussière qui se soulève ». On chemine dans ce livre entre l’intimité familiale et le réalisme social, celui du lourd quotidien fait de dangers, les pires étant ceux qui sont tus, niés, de la fatalité de la mort lente au combat familial pour la réparation. Une pièce de plus au dossier du scandale de l’amiante.

Laurence De Cock & Mathilde Larrère
Politis, 6 février 2019
Rencontre avec Alberto Prunetti : « Amianto. Une histoire ouvrière »
Le samedi 23 novembre 2019    Bègles (33)
Rencontre avec Alberto Prunetti : « Amianto. Une histoire ouvrière »
Le vendredi 22 novembre 2019    Saint-Yrieix-la-Perche (87)
Rencontre avec Alberto Prunetti : « Amianto. Une histoire ouvrière »
Le jeudi 21 novembre 2019    Toulouse (31)
Rencontre avec Alberto Prunetti : « Amianto. Une histoire ouvrière »
Le lundi 18 novembre 2019    Montpellier (34)
Rencontre avec Alberto Prunetti : « Amianto. Une histoire ouvrière »
Le jeudi 4 avril 2019    Montreuil (93)
Rencontre avec Alberto Prunetti : « Amianto. Une histoire ouvrière »
Le mercredi 3 avril 2019    Strasbourg (67)
Rencontre avec Alberto Prunetti : « Amianto. Une histoire ouvrière »
Le mardi 2 avril 2019    Lyon (69)
Rencontre avec Alberto Prunetti : « Amianto. Une histoire ouvrière »
Le jeudi 14 mars 2019    Marseille (13)
Rencontre avec Alberto Prunetti : « Amianto. Une histoire ouvrière »
Le mardi 12 mars 2019    Paris (75)
Réalisation : William Dodé