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Déposséder les possédants
La grève générale aux « temps héroïques » du syndicalisme révolutionnaire (1895-1906)
Textes d’Édouard Berth, Henri Girard, Jean Jaurès, Hubert Lagardelle, Paul Louis, Fernand Pelloutier, Émile Pouget, Georges Sorel et Henri Van Kol

Réunis & présentés par Miguel Chueca
Parution : 12/09/2008
ISBN : 9782748900941
Format papier : 272 pages (12 x 21 cm)
18.00 € + port : 1.80 €

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Table des matières

Introduction. Considérations pour introduire à un débat inachevé Miguel Chueca

Remarques sur le choix des textes de ce recueil

I. Les partisans de la grève générale

II Le débat socialistes/syndicalistes

III Les socialistes : pour ou contre la grève générale

IV. Le mouvement socialiste & la grève générale

Chronologie essentielle (1879-1909)

Glossaire

Bibliographie

Nous avons écarté les figures les plus connues du mouvement socialiste français ou international, telles que Blanqui, Jaurès, Proudhon, Marx ou Bakounine, ainsi que des personnalités politiques de premier plan comme Alexandre Millerand ou Aristide Briand. Parmi les ouvrages dus aux personnages cités ci-après, nous n’avons retenu que ceux qui ont paru avant 1914 ; et, pour les auteurs étrangers, nous n’avons gardé que les livres traduits.

Allemane, Jean (1843-1935). Né à Boucou (Haute-Garonne), il s’installe bientôt à Paris, où il devient ouvrier typographe. Mêlé aux événements de la Commune, il est arrêté le 28 mai 1871. Condamné aux travaux forcés à perpétuité, il purge sa peine en Nouvelle-Calédonie. En 1879, sa peine est commuée en celle de bannissement et il bénéficie d’une amnistie en 1880. Entré dans les rangs du parti ouvrier français (POF), il choisit de rejoindre en 1882, à l’instar de la majorité des groupes parisiens, la fraction « possibiliste » du socialisme français. Après avoir été un des militants les plus en vue de la Fédération des travailleurs socialistes de France (FTSF), il rompt avec ce parti et fonde le parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) en 1890, qu’on appellera le parti « allemaniste ». Il représente le POSR au premier congrès général des organisations socialistes, à la salle Japy de Paris. Peu favorable aux luttes parlementaires, qu’il conçut toujours comme une occasion de faire de la propagande pour le socialisme, il fut un partisan convaincu de la grève générale, où il voyait « une arme faite exclusivement pour des mains ouvrières ». En 1895, il participa au congrès constitutif de la CGT. (Mémoires d’un communard, Librairie socialiste, Paris, 1906.)

Anseele, Édouard (1856-1938). Homme politique socialiste, pionnier du mouvement coopératif. Il fonde, en 1876, le parti ouvrier socialiste flamand, dont la fusion avec le parti socialiste brabançon va former le parti socialiste belge en 1879. C’est lui qui, au cours du congrès syndical international de Londres (6-10 novembre 1888), propose l’idée d’une manifestation internationale à date fixe, qui serait le er mai. Député de Liège de 1894 à 1900, puis de Gand de 1900 à 1936, il sera ministre des Chemins de fer, de la Marine, et des Postes et Télégraphes de 1925 à 1927, et, enfin, ministre d’État en 1930. (Sacrifié pour le peuple, 1887.)

Augagneur, Victor (1855-1931). Né à Lyon, médecin, chirurgien et homme politique, il appartint pendant quelques années au mouvement socialiste. À partir de 1899, son influence croissante lui vaut d’être le chef de file des groupes socialistes indépendants face au parti ouvrier français (POF). Élu aux municipales en 1900, il devient maire de Lyon puis député du Rhône en 1904. Leader de la fédération autonome du parti socialiste français (PSF), il ne participe pas au processus d’unification des socialistes en 1905, dont il s’éloigne peu à peu.

Basly, Émile (1854-1928). Secrétaire général du syndicat des mineurs, il entre au Parlement en 1891, où il parvient à faire adopter le principe de la journée de huit heures dans les mines. La fédération nationale des Mineurs, à laquelle adhère son syndicat du Pas-de-Calais, ne rejoint pas la CGT à sa création. Après de violentes polémiques avec le « jeune syndicat » des mineurs impulsé par l’anarchiste Benoît Broutchoux, Basly intègre la CGT en août 1908 avec les 60 000 mineurs de la Fédération nationale, sans renoncer pour autant à ses convictions réformistes. Il aurait inspiré le personnage de Lantier dans le roman de Zola Germinal.

Bernstein, Eduard (1850-1932). Homme politique allemand, né à Berlin. Adhérent du parti social-démocrate dès 1870, il en deviendra un des chefs, avec Karl Kautsky. Défendant la possibilité d’un passage graduel et sans heurts de la société capitaliste au socialisme, il parvient à imposer ses thèses réformistes aux socialistes allemands. (Socialisme théorique et social-démocratie pratique, Stock, 1900.)

Berth, Édouard (1875-1939). Il fut l’ami le plus proche de Georges Sorel et son seul véritable disciple. D’origine modeste, né à Jeumont, dans le nord de la France, il fait de brillantes études secondaires mais interrompt brusquement ses études supérieures à Paris et refuse de passer l’agrégation de philosophie. Il revient dans le Nord en 1898 pour s’engager dans le mouvement socialiste. Fin 1899, il retourne à Paris pour préparer le concours de l’Assistance publique, qui lui permet de travailler à partir de 1903 dans l’administration hospitalière. Il prend connaissance des idées de Sorel en 1898, également marqué par ses lectures de Marx, Proudhon, Nietzsche et Bergson. Entre 1899 et 1909, il publie régulièrement dans la revue créée par Lagardelle, Le Mouvement socialiste, et collabore aussi à la Revue socialiste, à Pages libres ou à L’Avant-garde. Il devient un des principaux théoriciens du syndicalisme révolutionnaire. Rompant avec l’équipe du Mouvement socialiste en 1909, au moment de la crise qui traverse la CGT, il fonde en 1911, avec Georges Valois notamment, le Cercle Proudhon, et collabore aux Cahiers publiés par le groupe. Il est proche alors des positions d’Action française. Combattant durant la Première Guerre mondiale, il se rapproche du bolchevisme, participe au mouvement « Clarté » lancé par Henri Barbusse et écrit dans L’Humanité. Bientôt déçu par l’évolution du régime fondé par les partisans de Lénine, il revient au syndicalisme révolutionnaire et collabore avec Pierre Monatte et l’équipe de La Révolution prolétarienne. (Dialogues socialistes, G. Jacques, 1901 ; La Politique anticléricale et le socialisme, Cahiers de la Quinzaine, 1903 ; Les Nouveaux Aspects du socialisme, Marcel Rivière, 1908 ; Les Méfaits des intellectuels, Librairie des sciences politiques et sociales, 1914.)

Biétry, Pierre (1872-1918). Ouvrier horloger, socialiste de la faction guesdiste, il prend la tête, en 1899, des grèves d’Audincourt (Doubs) et organise une marche sur Paris en novembre de cette même année. Au congrès du parti ouvrier de France (POF) de septembre 1900, il propose une motion contre la grève générale, où il prône la collaboration de classe. S’éloignant du socialisme, il participe, comme secrétaire-adjoint, à l’Union fédérative des syndicats (indépendants) de Paul Lanoir, qui a été fondée en 1901 et dont le premier congrès se tient en mars 1902 à Saint-Mandé. Rompant avec Lanoir, il crée la fédération nationale des Jaunes de France le 1er avril 1902 : elle tiendra des congrès en 1904, 1906, 1907 et le dernier en 1909. Il est élu député de Brest en 1906 comme candidat antisocialiste et, deux ans plus tard, il fonde le parti propriétiste. (Les Grèves de 1899, Parisot, 1900 ; Questions sociales. Leur socialisme !, Bourse du travail indépendante, 1901 ; Le Socialisme et les Jaunes, Plon-Nourrit et Cie, 1905 ; Les Jaunes de France et la question ouvrière, Paclot, 1906 ; La Séparation des écoles et de l’État, Jouve et Cie, 1910 ; Le Trépied, Société française d’imprimerie et de librairie, 1911.)

Brousse, Paul (1844-1912). Docteur en médecine, militant de la Ire Internationale. Il joue un rôle important au sein de la section suisse de l’Internationale, la Fédération jurassienne, favorable aux thèses de Bakounine. Proche de Kropotkine, il forme avec Andrea Costa l’aile la plus extrême de l’anarchisme avant d’évoluer vers le socialisme réformiste. En 1882, au congrès socialiste de Saint-Étienne, il reste avec les « possibilistes » de la fédération des Travailleurs socialistes, qui seront désignés comme « broussistes » après la scission de Jean Allemane et ses partisans. Il entre au parti socialiste unifié en 1905.

Buisson, Ferdinand (1841-1932). Né à Paris, éducateur et homme politique (radical-socialiste). Inspecteur général de l’Instruction publique en 1878, il mène une lutte constante pour la gratuité et la laïcité de l’enseignement, pour l’enseignement professionnel obligatoire et pour le vote féminin. Président de la Ligue des droits de l’homme de 1913 à 1926, il obtiendra le prix Nobel de la paix en 1927.

Chevaliers du Travail. Version française d’une organisation nord-américaine dont le nom complet était Noble Order of the Knights of Labor. Fondée en 1869, dans une période d’expansion industrielle, elle connut un grand essor dans les années 1880, en particulier sous l’impulsion de la fameuse Mother Jones – rassemblant plus de 700 000 membres en 1886. Après cette date commence le déclin très rapide de l’organisation. Une Chevalerie du Travail est néanmoins créée en France à son exemple en 1893, qui attirera nombre de socialistes, d’anarchistes et de syndicalistes (lire Maurice Dommanget, La Chevalerie du Travail française, Éditions Rencontre, Lausanne, 1967).

Considérant, Victor (1808-1893). Polytechnicien, il quitte la carrière militaire dès 1831 pour propager la pensée de Charles Fourier. Député en 1848, il est contraint de s’exiler après l’échec du coup de main du 13 juin 1849. Installé aux États-Unis, il fonde en 1855 le phalanstère La Réunion, près de Dallas (Texas). Il est l’auteur d’une œuvre importante, dont Principes du socialisme : manifeste de la démocratie au xixe siècle, paru en 1847, dont Marx et Engels se seraient inspirés pour leur Manifeste du parti communiste.

Costa, Andrea (1851-1910). Il est d’abord un des animateurs de la section italienne de la fraction anti-autoritaire de l’Association internationale des travailleurs (AIT). Arrêté après l’insurrection de Bologne en 1873, il est relâché en 1876. En mai 1877, il part se réfugier en Suisse, où il rencontre Anna Kuliscioff puis abandonne peu après l’anarchisme pour le socialisme. Il lance la Rivista internazionale del socialismo en 1880 puis Avanti, un an après. Après la création du parti socialiste révolutionnaire, il est le premier socialiste italien à entrer au Parlement. En 1892, il est parmi les fondateurs du parti des travailleurs italiens, précurseur du parti socialiste.

Delesalle, Paul (1870-1948). Né à Issy (Seine), il commence à travailler comme ajusteur en 1888 Anarchiste, il se lie au groupe des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes (ESRI) dès 1891. Il est présent en 1896 au congrès international socialiste de Londres, avec d’autres anarchistes (Pelloutier, Pouget et Tortelier), en tant que délégué du syndicat des Ouvriers en instruments de précision et de la Bourse du travail d’Amiens. En 1897, il devient le collaborateur appointé de Jean Grave à l’hebdomadaire anarchiste Les Temps nouveaux. De plus en plus impliqué dans le mouvement syndical, il devient un permanent de la CGT de 1902 à 1907. Délégué au congrès d’Amiens, il est parmi les militants présents au moment de la rédaction de la motion rédigée par Griffuelhes et Pouget au nom du comité confédéral de la CGT. Devenu libraire, il quitte toutes ses fonctions à la CGT en 1908 mais continue de collaborer quelque temps aux publications syndicalistes révolutionnaires, à L’Action directe ou au Mouvement socialiste. Comme de nombreux syndicalistes révolutionnaires d’avant 1914, il adhère au parti communiste, qu’il quittera quelques années plus tard. Il est membre de la SFIO de 1935 à 1944. (Aux travailleurs. La grève !, Petite bibliothèque économique, 1900 ; L’Action syndicale et les anarchistes, Éditions de l’éducation libertaire, 1900 ; Les Deux Méthodes du syndicalisme, Petite bibliothèque économique, 1903 ; La Confédération générale du travail. Historique. Constitution. But. Moyens, édition personnelle, 1907 ; Les Bourses du travail et la CGT, Marcel Rivière, 1909 ; Le Mouvement syndicaliste, La Publication sociale, 1918.)

Deville, Gabriel (1854-1940). Avocat, militant du parti ouvrier de France (POF) jusqu’en 1889, il adhère au parti socialiste français de Jaurès en 1902 et s’en sépare avant la réunification de 1905. Avec son édition abrégée du Capital, parue en 1883, il est un des introducteurs de la pensée de Marx en France. (Philosophie du socialisme, Bibliothèque socialiste, 1886 ; L’Anarchisme, Librairie du parti ouvrier, 1887 ; Principes socialistes, 1896, Giard et Brière ; Thermidor et Directoire, J. Rouff, 1801.)

Dunois, Amédée, de son vrai nom Amédée Catonné (1878-1945). Licencié en droit et en lettres, il collabore à partir de 1906 à la revue de Jean Grave, Les Temps nouveaux, où il est chargé des questions syndicales. Il est présent au congrès anarchiste d’Amsterdam, avec un mandat qui lui vient de la Suisse romande. Gagné au syndicalisme révolutionnaire, il voit dans cette nouvelle doctrine la synthèse de Marx et Bakounine et une double réaction contre « la déviation du socialisme dans la politique et la déviation de l’anarchisme dans l’intellectualisme ». Il collabore au quotidien La Bataille syndicaliste (1909-1912) soutenu par les fédérations révolutionnaires de la CGT. Il adhère cependant à la SFIO en 1912 et, cette même année, il entre à L’Humanité, où il va assurer la rubrique de politique intérieure. Il adhérera au PCF lors de sa création avant de revenir à la SFIO en 1930.

Gérault-Richard, Léon (1860-1911). Ouvrier autodidacte devenu journaliste, il fait partie de la délégation des socialistes indépendants présents au congrès tenu à la salle Japy (Paris) en décembre 1899. Rédacteur en chef de La Petite République de 1897 à 1906, il apporte le soutien de cette publication à l’expérience Millerand. Il se tient hors de la SFIO après 1905.

Girard, Henri (1850-1902). Fils de restaurateurs, employé d’un fabricant d’articles de ferblanterie, il sera secrétaire du Comité de la grève générale (1894-1902). Maurice Dommanget et Robert Brécy ont fait la preuve que, sous divers noms d’emprunt (Boudin et Pasteur, entre autres), il a appartenu aux services de police, probablement à partir de 1893. C’est cette même année qu’il est élu au comité fédéral des Bourses du travail, dont il devient le trésorier deux ans plus tard. Il est également à la commission provisoire qui dirige la CGT, de 1895 en 1901, où il est évincé par Albert Lévy. En décembre 1895, il remplace Capjuzan comme gérant de La Grève générale et, en 1901 il est nommé gérant de l’organe de la CGT, La Voix du peuple, et membre de la commission du journal jusqu’à la fin de cette année. En 1894, il avait adhéré, semble-t-il, au parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) et demandé son adhésion aux Chevaliers du Travail. À sa mort, survenue avant l’âge, il est qualifié par Jean Latapie – son successeur au Comité de la grève générale – d’« apôtre de la grève générale ».

Goldsmith, Marie, dite Maria Corn ou Isidine Corn (1873-1933). Militante anarchiste d’origine russe. Docteur ès sciences, elle est secrétaire de rédaction de L’Année biologique de 1902 à 1919. Elle adhère en juin 1892 au groupe des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes (ESRI) et participe activement, dès 1898, à la rédaction de leurs brochures. Elle collabore aux Temps nouveaux. Elle a traduit L’Éthique de Pierre Kropotkine (Stock) et Lettres historiques de Pierre Lavroff (Schleicher Frères).

Grave, Jean (1854-1939). Cordonnier de profession, anarchiste, il publie, à partir de 1885, Le Révolté (un titre fondé par Kropotkine, entre autres, en 1879), qui devient La Révolte deux ans plus tard, puis Les Temps nouveaux en 1895. L’hebdomadaire bénéficiera de la collaboration de personnalités des arts et des lettres comme Pissaro, Signac et Octave Mirbeau. Malgré ses réserves à l’égard du syndicalisme, Grave offrira une rubrique régulière à des syndicalistes comme Pelloutier, Delesalle, Monatte et Dunois. (La Société mourante et l’anarchie, 1893 ; La Société future, 1895 ; L’Individu et la société, 1897 ; L’Anarchie, son but, ses moyens, 1899 ; Réformes, révolution, 1910.)

Griffuelhes, Victor (1874-1922). Né à Nérac (Lot-et-Garonne), il s’installe à Paris en 1893. Membre de l’Alliance communiste révolutionnaire (ACR), une annexe du mouvement blanquiste, il est élu secrétaire de la CGT par soixante-seize mandats contre six en septembre 1901 et va engager, aux côtés d’Émile Pouget, la campagne confédérale contre les bureaux de placement, en 1903, et pour la journée de 8 heures, en 1906. « Meneur de grèves », il est présent à Armentières en 1903 pour soutenir les ouvriers de l’industrie linière, et à Mazamet au moment de la grève des délaineurs de 1909. Il est arrêté deux fois au cours de son mandat : avant la grève du 1er mai 1906 et à la suite de l’affrontement sanglant de Villeneuve-Saint-Georges en 1909. Peu après sa libération, il est l’objet d’une campagne menée par certains de ses opposants au sein de la CGT, qui lui reprochent sa gestion financière dans l’affaire de la Maison des fédérations. Sa démission, ainsi que celle de Pouget, marque le début de la crise à l’intérieur de la CGT, dont elle ne parviendra pas à sortir avant 1914. (L’Action syndicaliste, Marcel Rivière, 1908 ; Voyage révolutionnaire : impressions d’un propagandiste, Marcel Rivière, 1911.)

Guérard, Eugène (1859-1931). Cheminot, révoqué en 1891 pour avoir attaqué, dans une brochure, la Compagnie du Nord, il devient le chef du syndicat des Employés des chemins de fer. Membre de la Chevalerie du Travail et socialiste de la fraction dite « allemaniste », il présente au congrès de Londres (1896) un rapport sur la grève générale au nom de la minorité française. La même année, à Tours, il est désigné à nouveau comme rapporteur sur la grève générale au cours du deuxième congrès de la CGT. Il est nommé, en avril 1901, secrétaire général de la CGT, un poste qu’il n’occupera que sept mois. S’orientant vers des positions plus modérées, il est nommé au Conseil supérieur du travail en 1900 et devient la cible des révolutionnaires de la CGT, contre lesquels il défend le principe de la représentation proportionnelle. Opposant dans le bureau confédéral issu du congrès de la réunification de 1902, il se rapproche des réformistes de la CGT, avec lesquels il publie L’Action ouvrière (1908-1910). Attaqué de toutes parts, il quitte en décembre 1909 les fonctions syndicales qu’il occupait depuis dix-huit ans.

Guesde, Jules, pseudonyme de Jules Bazile (1845-1922). Né à Paris, il est d’abord anarchiste, membre de la Fédération jurassienne, avant de se convertir au marxisme et de fonder, avec Paul Lafargue, le POF, le premier parti qui se soit jamais réclamé en France de l’enseignement de Karl Marx. Partisan, à l’origine, de la voie insurrectionnelle, les premiers succès de son parti l’incitent à adopter bientôt la tactique parlementaire, sans renoncer pour autant à la rhétorique « révolutionnaire ». Élu de Roubaix (1893-1896), il sera ensuite député à Lille (1906-1922) sous l’étiquette de la SFIO.

Hardie, Keir (1856-1915). Mineur dès l’âge de dix ans, il devint, en 1886 secrétaire de la fédération des Mineurs écossais. Fondateur, deux ans plus tard, du Scottish Labour Party, il est élu député au Parlement en 1892. Il fonde l’Independent Labour Party (ILP) en 1900 puis participe, en 1893, à la création du Labour Representation Committee, qui se transforme, en 1906, en Labour Party. Il renonce à son rôle dirigeant en 1909.

Kautsky, Karl (1854-1938). Homme politique et théoricien, avec Eduard Bernstein, de la social-démocratie allemande. Auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation du marxisme. Leader de la IIe Internationale, il glisse vers le réformisme avant de renoncer à l’idée de l’effondrement nécessaire du capitalisme. Après avoir fondé en 1917 le parti social-démocrate indépendant, avec Rudolf Hilferding, il est nommé secrétaire d’État aux Affaires étrangères en 1918 (Le Marxisme et son critique Bernstein, Stock, 1900 ; Parlementarisme et socialisme, G. Jacques, 1900 ; La Question agraire, Giard et Brière, 1900.)

Lagardelle, Hubert (1875-1958). Fils d’un grand propriétaire foncier, il fait des études supérieures de droit et, en novembre 1907, soutient sa thèse, intitulée « L’évolution des syndicats ouvriers ». À partir de 1902, il enseigne au Collège libre des sciences sociales ainsi qu’à l’Université nouvelle de Bruxelles. Il a adhéré dès 1893 au POF, avec lequel il rompt, en 1898, quand le parti de Guesde refuse de s’engager en faveur de Dreyfus. Proche de Jaurès en 1899-1900, il s’en écarte vite et adhère au PSdF de Guesde et Vaillant, sans être redevenu guesdiste pour autant. En 1895, il a fondé sa première revue, La Jeunesse socialiste, dans laquelle Sorel publie quelques articles. En 1899, il fonde Le Mouvement socialiste, qui paraît jusqu’en 1914. Cette publication, d’une grande qualité, a été bimensuelle, hebdomadaire un temps, puis mensuelle. Sa ligne est assez variable, quoique toujours hostile au « socialisme réformiste, parlementaire et gouvernemental ». À partir de 1904, elle défend les positions du syndicalisme révolutionnaire et c’est dans ses colonnes que Sorel publiera, en 1906, la première version de ses Réflexions sur la violence. De nombreux porte-parole de la CGT, Pouget, Griffuelhes, Delesalle, Yvetot, etc., y publient régulièrement des articles. La crise de la CGT qui survient vers 1909, après les événements de Villeneuve-Saint-Georges et la démission forcée de Griffuelhes, brise l’élan de la revue, que Sorel et Berth abandonnent en 1909. Lagardelle va s’éloigner du syndicalisme révolutionnaire et prendre une voie tortueuse qui le mènera, en 1942, au cabinet du maréchal Pétain, où il sera secrétaire d’État au Travail. (L’Évolution des syndicats ouvriers en France, Imprimerie de l’Émancipatrice, 1901 ; La Grève générale et le socialisme. Enquête internationale, Édouard Cornély et Cie Éditeurs, 1905 ; Le Socialisme ouvrier, Giard et Brière, 1911.)

Lanoir, Paul. Militant d’abord du syndicat des Chemins de fer (le « syndicat Guérard »), il en est exclu, en 1892, pour avoir créé l’Union syndicale des ouvriers et employés des chemins de fer français. Il est secrétaire général de la Bourse du travail « indépendante » ouverte à Paris en 1901. La même année, il fonde l’Union fédérative des syndicats et groupements ouvriers professionnels de France et des colonies, la première centrale « jaune » créée en France. Ce mouvement périclite rapidement, victime de la poussée de la fédération des Jaunes de Biétry. En 1906, Lanoir se présente à Toulon – sans succès – aux élections législatives.

Lassalle, Ferdinand (1825-1864). Démocrate radical et socialiste, il participe en 1848-1849 au mouvement révolutionnaire à Düsseldorf, ce qui lui vaut un an d’emprisonnement. Il se lance dans une nouvelle carrière politique en 1862 et fonde, en 1863, l’ADV (Association générale des travailleurs allemands), « le premier parti politique ouvrier de l’histoire ». En 1875, l’ADV fusionne avec l’organisation des partisans de Marx, le parti ouvrier social-démocrate dirigé par Bebel et Liebknecht, en donnant naissance au SPD, le parti social-démocrate allemand. Lassalle s’oriente ensuite vers un socialisme réformiste, fortement nationaliste et étatiste. (Capital et travail, Librairie du progrès, 1880 ; Discours et pamphlets, Giard et Brière, 1903 ; Qu’est-ce qu’une constitution ?, 1910.)

Lavigne, Raymond (1851-1930). Ouvrier, syndicaliste, socialiste de la faction guesdiste, un des promoteurs – avec Jean Dormoy – de l’idée d’une manifestation internationale des travailleurs à la date du 1er mai. Au congrès corporatif de 1886, il participe, avec d’autres militants du POF, à la création de la Fédération nationale des syndicats et groupes corporatifs de France, la FNS, dont il est nommé secrétaire général en 188, au congrès du Bouscat. Présent au congrès socialiste international de Londres de 1896, il s’y prononce – avec les autres délégués guesdistes – pour l’exclusion des anarchistes. Au congrès de Nantes, qui, en 1894, a rassemblé la FNS et la Fédération des Bourses du travail, il tient tête à une majorité gagnée à l’idée de la grève générale et qualifie la nouvelle stratégie prônée par Aristide Briand « d’épée d’avocat dont la bourgeoisie se rit ».

Leroy, Maxime (1873-1957). Juriste de formation, docteur en droit de l’université de Nancy en 1898, il entre dans plusieurs cabinets ministériels avant d’être nommé juge de paix, une fonction qu’il remplira jusqu’en 1944. Il enseigne de 1938 à 1949 à l’École libre des sciences politiques et est admis en 1954 à l’Académie des sciences morales et politiques. Représentant du socialisme juridique de la fin du xixe siècle et du début du suivant, il prend parti pour le droit des fonctionnaires à se syndiquer avant d’élargir son intérêt à l’ensemble du syndicalisme. Lié à certains des représentants du courant révolutionnaire de la CGT, il consacre de nombreux articles au mouvement syndicaliste, qui déboucheront sur son œuvre majeure, le monumental ouvrage La Coutume ouvrière, paru en 1913 chez Giard et Brière. Il continuera de s’intéresser au syndicalisme après 1918, comme l’atteste en particulier son livre paru en 1937, Les Tendances du pouvoir et de la liberté en France au xxe siècle.

Louis, Paul, de son vrai nom Paul Lévi (1872-1955). Publiciste et écrivain. Il a adhéré, dès avant sa majorité, au Comité révolutionnaire central (CRC), qui devient le parti socialiste révolutionnaire en 1898. En décembre 1899, il est délégué de la Seine au congrès général socialiste tenu salle Japy. Il adhère, avec le parti socialiste révolutionnaire (PSR), au parti socialiste de France (PSdF), fondé à Commentry par les guesdistes et les blanquistes, et intègre en 1905 la SFIO. Enthousiasmé par la révolution d’Octobre, il appartiendra ensuite au PCF avant de réintégrer la SFIO en 1936. Il collabora à de très nombreuses publications, dont La Revue socialiste, La Revue bleue, Le Mercure de France, La Revue blanche, la Neue Zeit de Karl Kautsky. Il est également l’auteur d’un grand nombre de livres. (La Guerre économique, Éditions de la Revue blanche, 1900 ; Histoire du socialisme français, Éditions de la Revue blanche, 1901 ; L’Ouvrier devant l’État, Alcan, 1904 ; L’Avenir du socialisme, Fasquelle, 1905 ; Le Colonialisme, Bibliothèque socialiste, 1905 ; Histoire du mouvement syndical en France, Alcan, 1907 ; Le Syndicalisme contre l’État, Alcan, 1910.)

Marx-Aveling, Eleanor (1855-1898). La plus jeune des filles de Karl Marx. Socialiste et féministe, elle rejoint la Social-Democratic Federation, qu’elle quitte pour former, au côté de William Morris, la Socialist League. Elle se fit connaître par ses traductions en anglais de La Maison de poupée et de Madame Bovary. Auteure d’un livre sur le mouvement ouvrier nord-américain, écrit en collaboration avec son compagnon Edward Aveling.

Merrheim, Alphonse (1871-1925). Né à La Madeleine, dans le Nord. Ouvrier chaudronnier, il adhère au POF en 1890 avant de passer, un temps, dans les rangs allemanistes. Nommé secrétaire de la fédération du Cuivre après la démission de Bourchet, il se consacre à la fusion des fédérations métallurgiques, qui aboutit, en 1909, à la création de la fédération des Ouvriers en cuivre et similaires de France. Délégué aux grèves par la fédération des Métaux ou la CGT elle-même, il est présent à Longwy en 1905 et à Hennebont en 1906 pour appuyer des mouvements de grève dont il fera le récit pour Le Mouvement socialiste.

Monatte, Pierre (1881-1960). Né en Haute-Loire, il s’installe à Paris en 1905. Après la catastrophe de Courrières, il est dépêché par la CGT pour prêter main-forte au « jeune syndicat » qui mène la grève dans le bassin minier. Accusé de comploter contre l’État, il est arrêté à la veille du 1er mai 1906. Quelques mois plus tard, il assiste au congrès d’Amiens, dont il rendra compte pour Les Temps nouveaux. En août 1907, il est à Amsterdam, avec d’autres libertaires français (dont Benoît Broutchoux, l’animateur du « jeune syndicat » des mineurs), pour assister au congrès anarchiste international. À cette occasion, il croise le fer avec Errico Malatesta, dans une discussion sur les rapports entre l’anarchisme et le syndicalisme. Il contribue à la naissance de la revue La Vie ouvrière, dont le titre est emprunté à un livre de Fernand et Maurice Pelloutier. De plus en plus engagé dans le syndicalisme révolutionnaire, il s’éloigne irrémédiablement du mouvement anarchiste. Opposé à la guerre, il démissionne du comité confédéral de la CGT quand celle-ci accepte l’Union sacrée contre l’Allemagne.

Nieuwenhuis, Domela (1846-1919). Fils de pasteurs, chapelain à vingt-six ans, il rompt avec l’Église dès 1870. Il rejoint la SDB (ligue social-démocrate des Pays-Bas) fondée en 1878, une organisation fort différente de son homologue allemand. Il en devient bientôt la tête la plus visible et noue des rapports avec tous les grands noms du socialisme de l’époque : Marx, Liebknecht, Bebel, William Morris. Après une expérience au Parlement de 1889 à 1891, il devient un antiparlementaire convaincu. En outre, sa participation aux congrès socialistes internationaux lui a permis de juger de tout ce qui le sépare de la social-démocratie allemande. Cette même année, les sociaux-démocrates orthodoxes (Troelstra et Vliegen) abandonnent le SDB pour fonder le parti social-démocrate des Pays-Bas (SDAP). En 1897, Nieuwenhuis et ses partisans quittent à leur tour le SDB : c’est alors que commence la période proprement anarchiste de sa trajectoire. Opposé à l’existence d’une organisation anarchiste structurée et à la tenue de congrès nationaux ou internationaux, il se refusa à assister au congrès d’Amsterdam de 1907. En 1904, il avait néanmoins participé au congrès de fondation de l’Association antimilitariste internationale (IAMV) et, dans les années suivantes, il allait insister sur la nécessité d’organiser une grève générale violente en cas de conflit guerrier. Il se montra assez réservé, en revanche, sur les potentialités révolutionnaires du syndicalisme. (En avant pour la journée de huit heures !, Imprimerie Vve Monnon, Bruxelles, 1891 ; Le Socialisme en danger, Stock, 1897 ; L’Éducation libertaire, Éditions des Temps nouveaux, 1900 ; La Débâcle du marxisme, Éditions des Temps nouveaux, 1900 ; Le Militarisme et l’attitude des anarchistes et socialistes révolutionnaires devant la guerre, Éditions des Temps nouveaux, 1901.)

Parsons, Albert (1848-1887). Syndicaliste nord-américain, un des « martyrs de Chicago ». Typographe puis imprimeur, il est membre des Knights of Labor avant de fonder le Central Labour Union, syndicat radical des ouvriers de Chicago.

Pataud, Émile (1860-1935). Ouvrier électricien, secrétaire du syndicat général des industries électriques (dit de l’Éclairage). Entré à la Compagnie parisienne d’électricité en 1902, il est délégué de la CGT en 1904. Il dirige la grève de mars 1907 qui plonge Paris dans l’obscurité. En 1910, une autre grève déclenchée pendant le conflit des cheminots est brisée par l’armée, qui rétablit le courant. Il est révoqué en octobre de la même année et doit fuir en Belgique. À partir de 1911, il participe au Cercle Proudhon et se rapproche d’Action française. À la suite de ses attaques contre les rédacteurs de La Bataille syndicaliste, il est exclu de la CGT.

Pelloutier, Fernand (1867-1901). Né à Paris, il passe son adolescence à Saint-Nazaire, où il se liera d’amitié avec Aristide Briand. Il abandonne ses études après un échec au baccalauréat et opte pour la carrière journalistique. Bientôt rédacteur en chef de La Démocratie de l’Ouest, il passe d’un radicalisme avancé au socialisme guesdiste et devient secrétaire du cercle local L’Émancipation en 1892. Mais, dès cette année, il prêche pour la grève générale devant les ouvriers métallurgistes de la région et ne va pas tarder à se séparer de Guesde sur cette question, dans le même temps qu’il fait siens les principes de l’anarchisme, à l’exclusion de la « propagande par le fait ». Revenu à Paris en 1893, il collabore à de nombreux journaux, dont L’Aurore, Le Journal du peuple de Sébastien Faure, La Cocarde ou L’Art social. Prenant fait et cause pour Dreyfus, il se lie d’amitié avec Bernard Lazare et s’engage toujours plus dans le mouvement syndical naissant. En 1894, il représente Saint-Nazaire à la Fédération des Bourses du travail, constituée deux ans avant, en concurrence avec la Fédération nationale des syndicats (FNS), inféodée au parti guesdiste. Au cours du congrès commun des deux jeunes fédérations ouvrières, il parvient à faire adopter une résolution en faveur de la grève générale, qui sera cause du départ des guesdistes. Il devient bientôt le secrétaire et le principal animateur de la Fédération des Bourses du travail (FBT), qu’il souhaite garder à l’écart de la CGT, quand celle-ci est fondée au congrès de Limoges en 1895. Sous son impulsion, la FBT connaît un essor notable, pendant que la nouvelle confédération, d’où les guesdistes sont absents, ne parvient pas à décoller. Il est présent au congrès socialiste international de Londres (1896), où anarchistes et socialistes s’affrontent pour la dernière fois dans un même congrès. En 1897, il lance le mensuel d’économie sociale L’Ouvrier des Deux Mondes, conçu comme l’organe intellectuel de la Fédération des Bourses, qu’il va tenir à bout de bras pendant deux ans. Il meurt épuisé par un travail incessant et des conditions de vie très précaires qui n’ont fait qu’aggraver la maladie qui le ronge depuis longtemps. (Qu’est-ce que la grève générale ?, avec Henri Girard, Librairie Allemane, 1895 ; L’Art et la révolte. Le Congrès général du parti socialiste français, précédé d’une Lettre aux anarchistes, Stock, 1900 ; La Vie ouvrière en France, avec son frère Maurice, Schleicher, 1900 ; Histoire des Bourses du travail. Origine, institutions, avenir, préface de Georges Sorel, Schleicher, 1902.)

Pierrot, Marc (1871-1950). Docteur en médecine, anarchiste, il adhère aux Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes (ESRI) fin 1891 et devient le bibliothécaire-archiviste du groupe en 1892 ; secrétaire en 1894 il contribue pour une large part à la promotion du syndicalisme révolutionnaire dans les milieux anarchistes. Il collabore ensuite, jusqu’en 1914, aux Temps nouveaux, la publication animée par Jean Grave. (Travail et surmenage, Éditions des Temps nouveaux, 1911 ; Sur l’individualisme, Éditions des Temps nouveaux, 1911 ; Le Parlementarisme contre l’action ouvrière, avec André Girard, Éditions des Temps nouveaux, 1912 ; Syndicalisme et socialisme, Éditions des Temps nouveaux, 1913.)

Pouget, Émile (1860-1931). À treize ans, il fonde son premier journal (manuscrit) au lycée de Rodez, Le Lycéen républicain. Il est à Paris en 1875, où il gagne sa vie comme employé de magasin. En 1879, il participe à la création d’un syndicat des employés du textile. Arrêté en 1883, en compagnie de Louise Michel, après une manifestation de chômeurs qui a débouché sur le pillage de plusieurs boulangeries, il est condamné à huit ans de prison (mais il sera amnistié en 1886). En 1889, il crée le journal Le Père Peinard, inspiré du Père Duchesne d’Hébert, dont la liberté de ton lui vaudra quelques séjours à la prison de Sainte-Pélagie. Dès les premiers numéros, il y prône la nouvelle stratégie ouvrière de la grève générale : « Oui ! nom de Dieu ! y a plus que ça aujourd’hui : la grève générale ! » Peu après l’assassinat du président Sadi Carnot par Caserio, en 1894 il doit suspendre la parution du journal et s’enfuit à Alger puis à Londres, où il s’intéresse aux méthodes du trade-unionisme et reprend la publication du Père Peinard. Revenu en France, il fonde le journal La Sociale en 1895, où il prône « le système des prolos anglais qui ont pour maxime : “À mauvaise paye, mauvais travail” ». Il est délégué pour la première fois à un congrès de la CGT, le troisième, qui se tient en 1897 à Toulouse, où il inspire le rapport sur le boycottage et le sabotage. Au cinquième congrès de la CGT (Paris, 1900), il fait partie de la commission qui décide de la création d’un organe de presse confédéral. Il sortira à la fin de l’année, sous le titre La Voix du peuple. En 1902, on confie à Pouget le secrétariat de la section des fédérations, ce qui en fait, avec Griffuelhes et Yvetot, une des trois « têtes » de la CGT. Responsable de La Voix du peuple, il y contribue à l’animation des grandes campagnes de la CGT contre les bureaux de placement, pour la journée de huit heures, pour le repos hebdomadaire et en faveur de la lutte antimilitariste. De 1902 à 1909, il mène un combat incessant en rédigeant de nombreuses brochures, en donnant de longs articles à la revue de Lagardelle et en écrivant, à partir de 1906, des billets pour la tribune syndicale de L’Humanité, une activité qui lui vaudra d’être qualifié d’« éminence grise » de la CGT. Cette même année 1906, il participe à la rédaction de la motion souscrite à l’issue du congrès d’Amiens par les représentants du courant révolutionnaire de la CGT, le document qui passera à l’histoire sous le nom de « charte d’Amiens ». L’expression n’apparaîtra du reste qu’en 1908, à l’issue du congrès de Marseille, auquel ni lui ni Griffuelhes ne participeront, puisqu’ils ont été emprisonnés après les événements sanglants de juillet à Villeneuve-Saint-Georges. Une fois libéré, et alors qu’une offensive est menée au sein de la CGT contre Griffuelhes, Pouget se démet de toutes ses responsabilités dans le syndicat. En février 1909, il tente de lancer le quotidien La Révolution, qui n’ira pas au-delà du n° 56 (28 mars 1909). Il continuera cependant d’écrire pour diverses publications, dont La Guerre sociale de Gustave Hervé, et de travailler à la réédition de certaines de ses brochures. (Variations guesdistes, Bibliothèque de la Sociale, 1897 ; Les Lois scélérates de 1893-1894, avec Francis de Pressensé, Éditions de la Revue blanche, 1899 ; L’Action directe, Éd. du Réveil ouvrier, s. d. ; Le Parti du Travail, 1905 ; Le Syndicat, Bourses du travail, 1905 ; Les Bases du syndicalisme, Bourses du travail, 1905 ; Comment nous ferons la révolution, avec Émile Pataud, Taillandier, 1909 ; La Confédération générale du travail, Marcel Rivière, 1910 ; Le Sabotage, Marcel Rivière, [1911-1912 ?] ; L’Organisation du surmenage. Le système Taylor, Marcel Rivière, 1914.)

Pyat, Félix (1810-1889). Hommes de lettres et député. Commissaire du gouvernement provisoire dans le Cher après la révolution de 1848, il est obligé de s’exiler, dès 1849, en Suisse, où il se livre à des activités conspiratrices contre le Second Empire. Il fait partie de la section française de l’Association internationale des travailleurs (AIT) puis, quelques années plus tard, il est élu de la Commune de Paris. Il s’exile à nouveau après la Semaine sanglante. Amnistié, il regagne la France et est élu député des Bouches-du-Rhône en 1888, un an avant sa mort.

Rémy, Léon (1870-1910). Il est étudiant à Paris quand il fonde, en 1891, le groupe des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes (GESRI ou ESRI), qui vire à l’anarchisme sous son influence. C’est lui qui est chargé d’organiser en 1900 le congrès ouvrier international, interdit par le gouvernement Waldeck-Rousseau. Revenu au socialisme en 1902, il collabore à L’Humanité et adhère à la SFIO dès sa création en 1905. Traducteur de nombreux ouvrages, dont La Lutte des classes en France et la Critique de l’économie politique de Karl Marx, Capital et travail de Ferdinand Lassalle et Le Programme socialiste de Karl Kautsky.

Renard, Victor (1864-1914). Ouvrier du textile, socialiste de la faction guesdiste, il participe aux congrès nationaux du POF, du PSdF puis de la SFIO. Élu secrétaire de la fédération du Textile de la CGT en 1903, il est l’auteur d’une motion présentée au congrès d’Amiens en vue de rapprocher l’organisation syndicale du parti socialiste : c’est en réaction à cette résolution que les délégués présents à Amiens voteront la fameuse motion dite « charte d’Amiens ». En 1912, au congrès du Havre, il revient à la charge avec une résolution visant à l’établissement de liens permanents entre la CGT et la SFIO, une démarche qui n’aura guère plus de succès que celle d’Amiens.

Roland-Holst, Henriette (1869-1952). Poétesse et militante socialiste néerlandaise. Entrée en 1897 au SDAP, le parti social-démocrate des Pays-Bas, elle le quittera en 1909, en compagnie des « tribunistes » – les marxistes du parti, Gorter et Pannekoek –, contraires au courant réformiste de Pieter Troelstra et Henri Van Kol.

Rosmer, Alfred, de son vrai nom Alfred Griot (1877-1964). Employé aux écritures puis correcteur. Il fréquente un temps le groupe des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes (ESRI) et collabore à la presse anarchiste, en particulier aux Temps nouveaux. Syndiqué à partir de 1899 au premier syndicat des employés de préfecture fondé par l’anarchiste Émile Janvion, il se lie d’amitié avec Pierre Monatte et donne des articles à La Vie ouvrière. En 1912, il remplace Amédée Dunois au quotidien syndicaliste révolutionnaire La Bataille syndicaliste, où il s’occupe notamment des affaires internationales. Après l’été 1914, il fait partie du petit groupe internationaliste opposé à la politique d’« union sacrée ». Après octobre 1917, il rejoint le mouvement communiste. En 1925, il participera au lancement de la revue « syndicaliste-communiste » La Révolution prolétarienne, formée autour de Pierre Monatte.

Sorel, Georges (1847-1922). Entré à l’École polytechnique en 1865, il mène une carrière d’ingénieur des Ponts et Chaussées et ne commence à publier qu’à partir de 1886. Après avoir quitté ses fonctions professionnelles en 1892, il entre dès l’année suivante au comité de rédaction des deux premières revues marxistes françaises, L’Ère nouvelle et Le Devenir social. D’abord proche du socialiste allemand Eduard Bernstein, il se radicalise peu à peu et contribue à faire du Mouvement socialiste l’expression intellectuelle du syndicalisme révolutionnaire, en y collaborant de façon très assidue. C’est dans cette revue qu’il fait paraître, au cours de l’année 1906, son essai le plus connu, les « Réflexions sur la violence », puis « Les illusions du progrès ». Mécontent de l’évolution du syndicalisme et du rapprochement qu’il croit percevoir, dès 1906, entre les syndicalistes révolutionnaires et le parti socialiste, il rompt en 1909 avec Lagardelle et s’éloigne du courant syndicaliste pour entamer un bref flirt avec la droite antirépublicaine. (L’Avenir socialiste des syndicats, Librairie de l’art social, 1898 ; La Décomposition du marxisme, Marcel Rivière, 1908 ; Réflexions sur la violence, Librairie de Pages libres, 1908 ; Les Illusions du progrès, Marcel Rivière, 1908 ; La Révolution dreyfusienne, Marcel Rivière, 1909.)

Spies, August (1855-1887). Un des « martyrs de Chicago ». Né en Allemagne, où il était devenu géomètre à seize ans, il émigre aux États-Unis un an plus tard, après la mort de son père. Il s’installe à Chicago et apprend le métier de tapissier. Il est partie prenante du mouvement ouvrier à partir de 1877, comme membre du parti ouvrier socialiste et de la section de Chicago de l’Association internationale des travailleurs (AIT). En 1886, il est nommé administrateur du journal Die Arbeiter Zeitung (Le Quotidien du travailleur). La section du parti ouvrier socialiste s’étant divisée entre une tendance modérée et un courant socialiste révolutionnaire, il prend parti pour ce dernier. Il s’oriente alors vers l’anarchisme, très fortement implanté à Chicago, avec des militants très actifs au sein de la Central Labour Union. En 1886, il prend part au mouvement revendicatif pour les huit heures. Le 3 mai, la police tire sur un groupe de grévistes et tue quatre ouvriers. Spies sort aussitôt un tract, rédigé en anglais et en allemand, où il réclame vengeance. Le lendemain, au cours d’un rassemblement au Haymarket, une bombe est lancée contre les policiers, qui répliquent en tirant sur la foule. Tenus pour responsables des faits, bien qu’il n’aient pas été présents sur les lieux, Spies et sept de ses compagnons sont arrêtés le lendemain. Cinq d’entre eux sont condamnés à mort en août 1886 : ils sont pendus en novembre 1887 –à l’exception de Louis Lingg, qui s’est suicidé dans sa cellule.

Tortelier, Joseph (1854-1925). Né à Bain-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). Ouvrier menuisier, il devient anarchiste en 1884 et se fait connaître par ses très nombreuses interventions favorables à la grève générale, dont il devient l’infatigable propagandiste. Il fait référence à la nouvelle idée ouvrière dès 1888, en pleine grève des terrassiers, au cours d’une réunion publique tenue le 9 août salle du Commerce (rue du Faubourg-du-Temple, à Paris). Il interviendra en 1893 au congrès national des chambres syndicales et corporatives en faveur d’une « grève générale immédiate ». Après cette année, il ne sera plus délégué à aucun congrès national mais reste l’une des figures de la délégation française au congrès socialiste international qui se tient à Londres en 1896. Il disparaît de la scène syndicale après 1898.

Turati, Filippo (1857-1932). Avocat, journaliste et homme politique italien. Fondateur de la Ligue socialiste milanaise en 1889, il est présent en 1892 au congrès de fondation du parti des travailleurs italiens, qui cédera la place, deux ans plus tard, au parti socialiste italien.

Uhry, Jules (1877-1936). Avocat, socialiste et franc-maçon, il adhère au Groupe des étudiants collectivistes en 1895. Collaborateur de L’Humanité de Jaurès, il perd, en octobre 1905, les élections partielles de la deuxième circonscription de Nancy, en Meurthe-et-Moselle. Il deviendra maire de Creil et député de l’Oise après la Grande Guerre.

Vaillant, Édouard (1840-1915). Élève à l’École centrale, il en sort ingénieur des Arts et Manufactures en 1862 puis est reçu docteur ès sciences en 1865. Membre de la Ire Internationale, il participe à la Commune de Paris. Fuyant la répression, il gagne l’Angleterre, où il séjournera jusqu’à la loi d’amnistie de 1880. Entré au conseil général de l’Internationale en août 1871, il ne prend cependant pas position pour l’exclusion de Bakounine et de la fraction anti-autoritaire et cesse toute relation avec Marx après le congrès de La Haye (1872). À son retour en France, il impulse la renaissance du mouvement socialiste en contribuant à la création du Comité révolutionnaire central (CRC), mais il milite pour l’abandon des vieilles méthodes insurrectionnelles, faisant évoluer ce mouvement du blanquisme traditionnel au blanquisme « marxiste ». En 1898, le CRC devient le parti socialiste révolutionnaire (PSR) – dit « vaillantiste ». Vaillant se rapproche de Guesde après l’entrée de Millerand dans le gouvernement de « défense républicaine » de Waldeck-Rousseau, auquel participe également le général Galliffet, un des bourreaux de la Commune. Le PSR et le POF de Guesde constituent le parti socialiste de France (PSdF), une fusion totale à partir du second congrès du parti, en 1903. En 1905, Vaillant est un des artisans de l’unification des diverses factions socialistes. S’il fut très tôt favorable à l’intervention parlementaire des socialistes, son refus de subordonner le syndicat au parti et son soutien de la grève générale comme une des armes de l’action ouvrière expliquent la rôle joué par les blanquistes au sein de la Fédération des Bourses du travail puis dans la fondation de la CGT, en 1895, à laquelle ils assistent en nombre.

Van Kol, Henri (1852-1925). Membre actif de la section néerlandaise de la Ire Internationale, il est un des fondateurs, en 1894, du parti social-démocrate des Pays-Bas (SDAP). Ayant travaillé aux Indes néerlandaises en tant qu’ingénieur hydraulique jusqu’en 1892, il sera un des experts du colonialisme dans le mouvement social-démocrate néerlandais et au sein de la IIe Internationale. Il est présent aux congrès socialistes internationaux de Londres (1896), Paris (1900), Amsterdam (1904), Stuttgart (1907), Copenhague (1910) et Bâle (1912). (Sous le pseudonyme de Rienzi : La Propriété foncière à Java, Librairie socialiste, 1896 ; Socialisme et liberté, Giard et Brière [1893], 1898.)

Webb, Sidney (1859-1947). Il figure en 1884 parmi les fondateurs, à Londres, de la Fabian Society, à laquelle adhéreront des intellectuels fameux comme George Bernard Shaw et Herbert George Wells, puis Bertrand Russell ou John Maynard Keynes. En 1895, il contribue à la création de la London School of Economics. De nombreux membres de la Fabian Society participent, cinq ans plus tard, à la fondation du Labour Party, dont les statuts, rédigés par Webb, sont inspirés des documents fondateurs de la Fédération socialiste (FS). Député travailliste à partir de 1922, il est l’auteur d’un nombre appréciable de livres, dont certains sont cosignés avec sa femme, Beatrice Potter Webb (Examen de la doctrine syndicaliste, Librairie du parti socialiste, 1912).

Table des matières

Introduction. Considérations pour introduire à un débat inachevé Miguel Chueca

Remarques sur le choix des textes de ce recueil

I. Les partisans de la grève générale

II Le débat socialistes/syndicalistes

III Les socialistes : pour ou contre la grève générale

IV. Le mouvement socialiste & la grève générale

Chronologie essentielle (1879-1909)

Glossaire

Bibliographie

Réalisation : William Dodé