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Dix ans d’Action directe
Un témoignage, 1977-1987
Édition établie et préfacée par Thierry Discepolo
Parution : 12/09/2018
ISBN : 9782748903683
Format papier : 412 pages (12 x 21 cm)
22.00 €

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Table des matières

Préface par Thierry Discepolo

Avant-propos. Une histoire d’Action directe

I. L’héritage du grand Mai (1977-1979)

II. Les premières actions (1979-1980)

III. La prison et l’amnistie (1980-1982)

IV. Une phase de transition (1981-1982)

V. De nouveau dans la clandestinité (printemps-été 1982)

VI. La construction du front (fin 1982-début 1984)

VII. Unité des révolutionnaires en Europe de l’Ouest (1984-1985)

VIII. La guérilla ouest-européenne ébranle le centre impérialiste (fin 1984-mi-1986)

IX. Attaquer le Parti de l’entreprise (fin 1985-fin 1986)

X. Le coup de grâce (hiver 1987)

Glossaire de quelques organisations

Avant-propos. Une histoire d’Action directe

Le document édité ici a été rédigé dans la seconde partie des années 1990. Lorsque j’en ai pris la décision, je venais de sortir de sept ans d’isolement et me trouvais à la centrale de sécurité de Lannemezan. Mes deux camarades Joëlle Aubron et Nathalie Ménigon étaient quant à elles incarcérées dans le quartier spécial de la MAF de Fleury  I ; et Georges Cipriani au centre pénitentiaire de Metz-Queuleu. Mais la santé de Nathalie déclinait rapidement. Et Georges avait déjà été interné en 1993 à l’UMD de Villejuif  II.

Face à la volonté de l’État de nous affaiblir au mépris de nos vies, il nous parut important de laisser une trace de notre histoire. De raconter notre parcours. D’expliquer nos décisions politiques. C’était aussi un acte de résistance face à la politique de destruction, une lutte contre l’effacement de nos mémoires.

Dans ma situation, les agents de la pénitentiaire pouvant à tout moment découvrir ce travail, le récit devait en rester à ce que la justice et la police savaient déjà. De nombreux détails et la plupart des noms des militants ont été occultés. En dehors de cet impératif, nous n’avons voulu dissimuler aucun fait ni nier la participation de quiconque à cette histoire. D’ailleurs, ce texte a été saisi à deux reprises à la fin des années 1990. Une première fois par l’administration pénitentiaire de la centrale de Lannemezan et transmis aux autorités judiciaires  III ; et la seconde fois lors de la sortie officielle du manuscrit par Joëlle pour publication  IV. Dans les deux cas, les autorités n’ont trouvé aucun motif pour ouvrir de nouvelles procédures. Les seuls militants dont les noms apparaissent avaient revendiqué lors de leurs procès l’entière responsabilité des actions de l’organisation – ce qui était alors un motif, entre autres, de condamnation à perpétuité.

Ce récit ne prétend délivrer que notre point de vue. Celui des prisonniers qui ont pris jusqu’au bout la responsabilité politique et judiciaire de cette aventure. Au cours du travail d’édition, j’ai conservé autant que possible le texte original, avec nos mots et nos idées de l’époque… Mais l’original était beaucoup plus long, presque le double du texte édité ici. Je me suis beaucoup servi des réflexions théoriques et analyses qui composent Le Prolétaire précaire (paru chez Acratie en 2001), que j’ai écrit à la même époque. En accord avec l’éditeur, nous avons retiré la plus grande partie des encadrés où étaient exposés les problèmes théoriques et politiques posés par la période de transition entre le mode de production fordiste et le néolibéralisme. Les bouleversements étaient considérables. Il était impossible de poursuivre le combat lancé dans les années 1960 et 1970 comme si rien n’avait changé. En répétant à tue-tête et avec beaucoup de sérieux les solutions politiques des années 1940. À partir d’une analyse concrète d’une situation concrète, nous avions tenté d’adapter notre lutte à la mondialisation du capitalisme, aux effets de la globalisation financière qui commençait à apparaître avec les premières déréglementations, à la marche forcée des délocalisations industrielles, à la mutation en cours vers un trans-étatique qui parcourait les instances internationales, l’Otan, le FMI et la Banque mondiale au-delà de la construction européenne.

Cette analyse de classe reposait sur l’expérimentation que nous avions menée, surtout après 1982. Et sur la conscience acquise dans notre pratique collective. Pour autant, nous ne sacralisions pas notre organisation. Elle n’était que l’une des premières expériences de lutte contre les effets, désastreux, du néolibéralisme triomphant. On pensait que la barbarie de cette contre-révolution faciliterait la levée d’une résistance radicale. Et on croyait sincèrement apporter notre pierre à cet avènement. 

Une autre partie de cette histoire a été mise sous le boisseau, et non des moindres : l’activité d’Action directe au-delà des frontières. Non seulement l’histoire du front révolutionnaire anti-impérialiste avec d’autres organisations, principalement italiennes et allemandes, mais nos actions aux côtés des camarades du Proche-Orient. De ses premiers à ces derniers jours, l’histoire d’Action directe est sortie des frontières de l’Hexagone. C’était le fruit d’une volonté politique. Nous n’avions pas le ridicule de prétendre être l’avant-garde de la classe ouvrière d’un territoire (plus encore à l’époque de la mondialisation), mais d’agir dans la zone géostratégique euro-méditerranéenne. Non seulement la voix de ces camarades est absente, mais il n’était pas possible de faire le récit de notre coopération – des décennies après, les menaces de poursuites judiciaires subsistent. On peut toutefois espérer que cette histoire d’Action directe sera écrite un jour ou l’autre.

Bien qu’ayant vécu le quotidien d’Action directe de sa gestation à ses derniers feux, je ne prétends pas en connaître toute l’histoire ni tous ses acteurs. Comme je ne prétends pas que ce livre établisse « l’histoire d’AD ». Il donne seulement « une histoire d’AD ». Et si j’ai produit l’essentiel du matériau, il fut validé par de nombreux camarades, dont certains encore incarcérés à la fin des années 1990. Comme tel, il a une valeur historique. Et, comme Le Prolétaire précaire, il pourrait être signé collectivement.

Il est certain que d’autres militants d’Action directe ont des visions différentes de cette histoire. Il faut qu’ils les exposent à leur tour. Pour enrichir notre témoignage et le vivifier de nos contradictions. La mémoire est une zone de combat contre la répression, y compris une mémoire contradictoire.

Si j’écrivais aujourd’hui un tel texte, il serait sans nul doute très différent. Mais celui-ci, commencé au sortir de la torture blanche, conçu au milieu des luttes que nous avions menées en détention, parfois simplement pour survivre, est marqué au fer par les ruptures que nous avions creusées avec nos ennemis. L’interdit de témoigner de notre lutte que la justice fait peser sur nous depuis trente ans est levé. La bataille de la mémoire a commencé.

On remarquera que ce texte ne cherche à démentir ni les contre-vérités de la contre-propagande ni à infirmer les visions complotistes qui dominent aussi bien la production médiatique et éditoriale qu’universitaire à notre propos. Leurs auteurs ne semblent concevoir que des militants puissent s’organiser pour faire de la politique, qu’ils soient indépendants, les auteurs de leur analyse et les acteurs de leurs décisions. Qu’ils aient pour but de rompre avec tous les pouvoirs… C’est d’ailleurs un hommage que nos détracteurs et nos délateurs nous rendent après tant d’années ! Cet acharnement démontre leur impuissance à combler le fossé que nous avons creusé. Leur incapacité à digérer cette expérience, dont ils voient la résurgence dans toute lutte qui sort du cadre des réserves protestataires.

Pour conclure ce bref avant-propos, je saluerai toutes celles et tous ceux qui ont conjugué leurs engagements aux nôtres. Celle-ci une semaine, celui-ci un mois, cette autre une année ou deux. Sans leur concours, sans leur appui, jamais nous n’aurions pu survivre face à la répression – combien d’exemples pourrait-on citer de la longue histoire de la lutte armée en Europe.

Pendant dix ans, nous (c’est-à-dire nous tous) avons lutté les armes à la main. C’est ce dont témoigne ce livre.

Paris, mai 2008

Notes de référence

Réalisation : William Dodé