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Le Pouvoir des oubliés de l’histoire
Conversation sur l’histoire populaire des États-Unis

Entretien avec Ray Suarez
Traduit de l’anglais par Laure Mistral
Cahier photo de 16 pages

Parution : 18/09/2020
ISBN : 9782748904482
Format papier : 212 pages (12 x 19)
17.00 €

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« Si on met de côté les épisodes de révolte et de résistance, ne reste plus qu’une d’histoire inoffensive. J’ai voulu introduire dans notre fresque l’histoire de celles et ceux qui n’ont pas accepté leur situation avec humilité mais qui ont lutté. Par la grève, l’insurrection, la désertion, la mutinerie, etc. Il est important que les oubliés de l’histoire officielle sachent qu’il est possible de se défendre, qu’ils trouvent leur propre forme de pouvoir : celui du peuple organisé. Ce qu’ils connaissent de l’histoire de leurs semblables détermine en partie leurs actions : s’ils resteront ou non passifs face à un gouvernement dont la politique ruine leur vie, leur avenir, leurs espoirs ; s’ils continueront de subir ou non la poignée de riches et de puissants qui ont investi le gouvernement pour ne servir que leurs intérêts. Sans ressources, nul ne peut résister longtemps à un pouvoir dépourvu de tout scrupule. Et ces ressources-là, on les trouve en partie dans les mouvements de résistance qui ont jalonné l’histoire du monde. »

Dans ce livre d’entretiens, menés en 2007 avec le journaliste Ray Suarez, Howard Zinn revient sur les principaux thèmes de son œuvre majeure, Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours (Agone, 2002).

Howard Zinn

Auteur d’Une histoire populaire des États-Unis et d’une vingtaine d’ouvrages consacrés à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine, Howard Zinn (1922–2010) a été tour à tour docker, bombardier, cantonnier et manutentionnaire avant d’enseigner à la Boston University. Militant de la première heure pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam, il a conçu son métier d’historien comme indissociable d’un engagement dans les luttes sociales.

Les livres de Howard Zinn chez Agone

Dossier de presse
Claude Grimal
En attendant Nadeau, 19 octobre 2020
Les combats d'Howard Zinn

Howard Zinn (1922–2010), historien engagé dans les luttes sociales de son pays, publia en 1980 A People’s History of the United States : 1492-Present pour combler les silences de l’histoire officielle et redresser ses distorsions. Dans un élan militant, il souhaitait restituer au peuple américain le souvenir des combats qu’il avait menés. Le petit livre que font aujourd’hui paraître les éditions Agone, Le Pouvoir des oubliés de l’histoire, résume et commente sous forme d’une conversation avec le journaliste Ray Suarez ce grand classique et formidable succès éditorial.


L’influence d’ Une histoire populaire auprès de générations successives (2 600 000 exemplaires vendus aux États-Unis) peut sans doute se mesurer aux critiques dont l’ouvrage a toujours fait l’objet, les plus récentes étant celles du président Trump qui, le 17 septembre 2020, dans un discours à la Conférence de la Maison-Blanche sur l’histoire américaine, s’est attaqué à Howard Zinn et à son livre qu’il a accusé d’être « un tract de propagande cherchant à faire honte aux jeunes Américains de leur propre histoire », bref, du pur « endoctrinement gauchiste » auquel il trouve urgent d’opposer « un projet d’éducation patriotique ».


Donald Trump ne peut que détester Une histoire populaire, qui a touché, bien au-delà des milieux de l’enseignement, de la culture, des mouvements politiques de gauche et du syndicalisme, un très vaste public, qui en a pris connaissance à travers l’une ou l’autre de ses multiples versions ou « déclinaisons » – manuel pour professeurs et étudiants, roman graphique, version théâtrale et cinématographique (The People Speak), etc. Cette histoire sociale « par en bas », véritable phénomène culturel, n’a évidemment jamais paru sympathique aux gens « d’en haut », ni à ceux acquis à des visions conservatrices du récit national. Elle embarrasse aussi les historiens professionnels qui, même lorsqu’ils ne lui sont pas idéologiquement hostiles, ont montré, à quelques exceptions près, des réticences à l’accepter comme travail historique.


Qu’à cela ne tienne, Le Pouvoir des oubliés de l’histoire fera comprendre, à qui n’est pas déjà familier de l’œuvre de Howard Zinn, ce que veut être Une histoire populaire, et de quelle manière la juger. C’est un livre d’histoire, mais centré sur les pratiques, les comportements et surtout les résistances populaires, donc très éloigné de l’historiographie de la « _consensus history_ » qui a régné jusque dans les années 1960 aux États-Unis et s’est concentrée sur les institutions, les grands hommes et la vie politique. C’est aussi un ouvrage militant. Dans une lettre de 1981 à une amie et ancienne collègue, France Fox Piven, Howard Zinn confiait : « Nous tentons toi et moi de persuader les gens de l’importance des luttes, même si nos victoires bien que significatives ne soient pas parvenues à sortir le pays de la situation désastreuse dans laquelle il se trouve. Les gens doivent pouvoir imaginer que l’énergie qui a permis d’obtenir de modestes réformes pourrait, si elle s’intensifiait, faire advenir des transformations de vaste ampleur… Mon livre comporte une charge plus émotionnelle qu’analytique parce que je cherche à multiplier les exemples de luttes toujours présentes malgré la répression et les réformes qui détournent des véritables objectifs… Je veux faire germer l’idée qu’existe un vaste réservoir d’énergie susceptible de permettre d’aller plus loin dans la transformation sociale. »


Écriture de l’histoire et activisme politique sont donc pour Howard Zinn inséparables. Qui connaît sa biographie, déjà faite par lui et par d’autres à de nombreuses reprises, mais de nouveau évoquée dans Le Pouvoir des oubliés de l’histoire, comprend la composante émotionnelle de ses choix intellectuels et de ses engagements. Fils d’immigrés juifs de Brooklyn, aviateur pendant la Seconde Guerre mondiale ayant participé aux bombardements de la France et devenu ensuite pacifiste, bénéficiaire du G.I. Bill (qui permit aux soldats d’aller à l’université), militant des droits civiques, ce qui lui fit perdre son premier travail de professeur, opposant à la guerre au Vietnam et à toutes les guerres successives menées par les États-Unis… il fut, comme on dit, de tous les combats. Et toujours il les analysa, et ce jusqu’au bout.
Peu avant sa mort, Howard Zinn faisait un bilan sans surprise (pour lui) de la première année du mandat d’Obama, pour qui il avait bien sûr voté, soulignant que ce dernier se montrait un Démocrate modéré traditionnel, un peu plus libéral que les Républicains en politique intérieure et complètement semblable à eux en politique extérieure : n’avait-il pas adopté leur ligne militaire agressive, augmentant même le budget de l’armée, poursuivant deux guerres (en Afghanistan et en Irak), et en menant une troisième non déclarée avec l’envoi de milliers de missiles sur le Pakistan ? Mais Obama reçut le prix Nobel de la paix, comme Kissinger avant lui. Howard Zinn, « consterné », écrivit sur cette grotesque attribution ce qui fut sans doute l’un de ses derniers billets politiques. Howard Zinn nous manque. Lisons Le Pouvoir des oubliés de l’histoire.

Claude Grimal
En attendant Nadeau, 19 octobre 2020
Réalisation : William Dodé