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Agone 11
« Archaïsme »
Parution : 01/05/1994
ISBN : 9782910846510
Format papier : 204 pages (15 x 21 cm)
17.00 € + port : 1.70 €

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À invoquer ainsi l’archaïsme, il ne s’agit pas de s’associer à ces penseurs bien intentionnés qui expliquent que le bonheur ennuie, que la liberté amollit, et qui s’inquiètent que le progrès corrompe ceux sur lesquels il s’exerce. Tout au contraire, il s’agit de s’opposer au consensus qui permet finalement la victoire du plus fort, et de défendre le conflit au profit de ceux qui subissent les violences que le consensus recouvre.

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Sommaire

Éditorial, Thierry Discepolo

Pourquoi Olympie, Paul Veyne
À l’époque hellénistique et impériale, cités, mécènes, rois et empereurs fondent des compétitions, des agônes athlétiques ou musicaux, dès qu’ils veulent s’élever au-dessus des intérêts matériels et se faire voir dans le beau rôle de héros culturels… Comme les chefs-d’œuvre, les records sont des exploits; comme les artistes, les champions font vibrer en nous le sentiment du sublime… L’olympisme était donc un classique.

Le symbole de l’archaïque, Guy Davenport
(Traduit de l’anglais par Bernard Hœpffner)
Les hommes ont marché sur la lune, soulevant une poussière qui était déjà immobile des millénaires avant qu’une main archaïque eût gravé sur l’os de Sarlat ces images dépourvues de sens à nos yeux. Le monde qui a poussé Ruskin et Pound à la folie a empiré exactement comme ils avaient prédit qu’il le ferait. Les frontières de la terre vaine d’Eliot se sont élargies; dans toutes les rues on trouve la foire de Rilke, les monstres, et le bonimenteur qui nous invite à venir voit les organes génitaux de l’argent. Jamais une époque n’a eu de prophètes aussi précis parmi ses écrivains et ses peintres.

L’agôn comme refus de la soumission…, Jean-Luc Boilleau
S’il existe, dans nos sociétés, de « mauvais civilisés, s’élevant contre l’emprise du logos, on peut imaginer qu’il a dû se trouver de mauvais « sauvages » dans le passé. Et si une de leurs armes fut sans aucun doute l’écriture, elle montrait que le discours même des hommes prétendument rebelles se pliait à la loi impersonnelle dès qu’il se faisait cohérent.

Libéralisme, éthique & individu, Jacques Luzi
Doit-on admettre que les entrelacs complexes que façonne l’ensemble des actes individuels conduisent naturellement à un ordre social efficace et juste, indépendant des intentions qui commandent à ces actes ? À défaut, est-il possible de « développer la perspective d’une pratique consciente d’elle-même dans laquelle l’autodétermination solidaire de tous soit compatible avec la réalisation de soi authentique de chaque individu » ?

Le savant, le politique & la modernité, Thierry Discepolo & Jacques Vialle
Un ensemble de questions qui reviennent à l’exigence de neutralité axiologique que Max Weber a placé au fondement des sciences sociales naissantes; qui appellent le savant à s’interroger sur les effets pervers de ce principe dans un monde où l’autorité de la raison n’est plus qu’instrumentale; qui lui proposent de revenir à l’idée archaïque de son rôle dans la cité.

FICTIONS & DICTIONS

Mille ans comme un seul jour, Johannes Moy
(Traduit de l’allemand par Pierre Deshusses)
Ce qu’il nous raconta sur l’éruption du volcan, l’attente, la fuite et les journées de destruction n’avait pas la précision de la chose vue, et pourtant son récit était plein de vie et de relief. Comme l’image d’un monde intérieur qui, maintenant encore, embrumait son regard quand il parlait.

Le beau visage d’Imran le poète, Ferid Muhil
(Traduit du serbo-croate par Mireille Robin)
Chez ces gens-là, on n’exprime de condoléances que lorsqu’on perd une des trois choses pour lesquelles on se congratule lorsqu’elles apparaissent: un enfant mâle, un bon poulain, un poète. Personne, cependant, parmi les familiers d’lmran, ne le fit, bien qu’ils fussent tous présents à la veillée funèbre. Car selon eux, on n’exprime de condoléances que pour ce qui est perdu à jamais.

Chers vous autres, Krisie Borda
Elle a fermé les yeux, plié le papier sur sa poitrine, mis le crayon en évidence. Peut-être servira-t-il à quelqu’un qui lancera un autre appel et sera entendu ? Elle s’est allongée sur sa couverture souillée. Le temps passera sans doute sans elle. Les canons tonnent au loin, sur les hauteurs de la ville.

Nous serions plus heureux, Jehan Pyrr
Sur le lit dans lequel coule son épine dorsale ondulée, emporté d’un fleuve, les muscles négligés, la pensée pêle-mêle dans les systèmes d’un rêve, les bottes aux pas d’une armée, le manteau déliquescent du héros en proie aux humidités des campagnes insalubres, le visage larvé de boues aspergées des explosions brisant les terres, il dort.

Hémorragie, Dominique Vincent
Le départ s’est organisé secrètement. Les déserteurs sont longtemps restés très discrets. L’information circulait de bouche è oreille, sans que je ne m’aperçoive jamais de la conspiration. Chacun s’attachait à dissimuler et, pour me leurrer, s’appliquait avec le sourire aux exercices quotidiens. Quand un matin je me réveillai sans main, je crus d’abord que l’esprit farceur me jouait un tour.

Le Maître, Sidney Abibts
La scène se passe presque sans cri, sans bruit, si ce n’est celui sec et cinglant du nerf de bœuf qui s’abat. Parfois quelques plaintes de douleurs se font entendre. La scène, répétée des dizaines de fois, a quelque chose de mécanique. Quand le maître a terminé de le battre, il le laisse enfermé dans le garage. Plus tard, il revient pour le délivrer. Tous deux semblent avoir oublié la punition. Chacun reprend sa place dans la maison, sans rancune et même avec complicité.

Convivialité, David Faber
Cinq mètres de haut, quatre de côté et huit de long, pas plus. Les parois, le plafond et le sol sont métalliques. La lumière qui arrive par une fente, large comme la main, n’augmente ni ne baisse jamais. Comme la température, qui est douce. Le trou nourricier, de la taille d’une tête d’enfant, percé dans le plafond, lâche toujours l’eau ensuite, et il y a chaque fois plus long entre l’eau et le manger qu’entre le manger et l’eau. Et jamais nous n’avons eu le temps d’avoir soif, ni faim.

MARGINALIA

Sur L’Imposture impossible de Bernanos, Philippe de Cristofaro

Les fondements naturels de l’éthique. Réflexions sur quelques propositions de Jean-Pierre Changeux, Bernard Brun

Sur Le Point de vue de nulle part de Thomas Nagel, Thierry Discepolo

Publication des œuvres complètes de Guy Debord aux éditions Gallimard. Correspondance avec un éditeur

Réalisation : William Dodé