couverture
Agone 13
« Valeur d’art »
Parution : 01/01/1995
ISBN : 2910846016
Format papier : 224 pages (15 x 21 cm)

Épuisé

Commander

Format papier 
Lire en ligne 
Format PDF 
Format EPUB 

Accès libre

PDF 
EPUB 

« Il y a deux catégories d’amateurs d’art. Les uns louent le bon parce que c’est bon, et blâment le mauvais parce que c’est mauvais. Les autres blâment le bon parce que c’est bon, et louent le mauvais parce que c’est mauvais. La distinction entre les deux est d’autant plus simple que les premiers ne se rencontrent pas. On pourrait donc aisément s’y reconnaître s’il ne s’y ajoutait une troisième catégorie. Ceux qui louent le bon bien que ce soit bon, et qui blâment le mauvais encore que ce soit mauvais. Cette espèce dangereuse a provoqué tout le désordre en matière artistique. Leurs instincts les poussent à toucher le faux, mais délibérément ils touchent le vrai. Ils ont des raisons qui sont situées en dehors du sentiment artistique. Sans le snobisme qui l’élève, l’artiste pourrait vivre. Difficilement sans la bêtise qui le rabaisse.» Karl Kraus

> vous souhaitez vous abonner à la revue Agone

Sommaire

Éditorial. La vieille crise de l’art contemporain, Thierry Discepolo

Esthétique, symbolique et sensibilité. De la cruauté considérée comme un des beaux-arts, Nathalie Heinich
Le théâtre du monde, une œuvre de l’artiste Huang Yong Ping, programmée, puis interdite à Beaubourg, constitue, du point de vue des débats qu’elle a suscités, un affrontement de registres centré sur l’acceptation ou le refus du spectacle de la souffrance animale. On retrouve, dans cette transgression artistique d’un impératif éthique les caractéristiques d’un conflit de registres de valeurs qui, par opposition aux conflits de goûts, rend improbable toute conciliation :une similitude du bien défendu, à savoir l’humanité ou la civilisation,et la dissymétrie dans la force des registres — l’argumentaire esthétique tendant à s’effacer derrière l’argumentaire éthique.

L’invention de la peinture surréaliste : une stratégie de valorisation réussie, Norbert Bandier
La peinture surréaliste, qui naît « officiellement » en 1925, est davantage le produit d’une rencontre entre une stratégie avant-gardiste interne au champ littéraire et un besoin de renouvellement exprimé par des entrants du champ pictural que le résultat spécifique d’un mouvement esthétique autonome.

Œuvres d’art et placements financiers, Olivier Chanel
Si l’œuvre d’art a toujours possédé une « valeur » subjective et un prix résultant d’ordinaire d’une convergence d’avis sur la valeur, il semble que cette distinction tende à disparaître au profit du seul prix, incorporant ipso-facto la valeur. Renoir constatait déjà au début du siècle qu’«il n’y a qu’un seul indicateur de la valeur des tableaux, et c’est la salle des ventes ». Ce phénomène semble avoir pris une ampleur considérable au cours des vingt dernières années, la sphère financière et les spéculateurs ayant envahi la place.

FICTIONS & DICTIONS

Scène de conversation, George Steiner
(Traduit de l’anglais par Jacqueline Carnaud)
— Abraham, dans son engourdissement, dans son vertige, dans sa connaissance de l’imperfection, confondant le murmure de Satan avec la voix de Dieu. D’ailleurs, Soloviel le cabaliste ne disait-il pas que ces deux voix, celle de Dieu qu’il nous est interdit de nommer et celle du mal innommable, sont si foncièrement semblables, que ce qui les distingue est aussi imperceptible que le bruit d’une goutte de pluie tombant dans la mer ?

Histoire des idolothytes, Bruno Sibona
Voici. Tandis que l’albatros mitonnait dans un chaudron d’écorce, les trois taraudés se rendirent vite compte qu’il n’y en aurait assez que pour un. Les viandes d’oiseau poète à la cuisson se réduisent. Eux-mêmes réduits ils en furent à tirer à la courte paille pour au moins à deux fournir du bouillon. Les pailles furent tirées et la plus courte vint crever l’œil désespéré du plus jeune qui au destin se soumit.

Cleveland, Michel Gremeaux
Mes idées fondaient sous la canicule. Une heure venait de sonner au campanile du théâtre. J’étais prêt à donner ma langue au chat quand j’ai remarqué un homme assis à la terrasse du café. Chemise et pantalon clairs, mince, chauve, derrière un citron pressé.

Unamuno, Dzevad Karahasan
(Traduit du serbo-croate par Mireille Robin)
Il lui semblait maintenant que cette main était venue, aussitôt qu’il l’avait avisée, se nicher dans un espace déjà prêt pour elle en son esprit, comme dans le moule où elle avait été coulée, faisant naître en lui un sentiment de peur mêlée de vénération et de haine, le même qui l’emplissait encore, tandis qu’il revenait chez lui en compagnie d’un jeune collègue.

Brèves amères, David Faber
Seuls les optimistes sont toujours les bienvenus, de tous temps et partout, seuls les optimistes et jamais, ni nulle part, les pessimistes, sans exception, aussi loin que la pensée regarde et fouille, les optimistes furent les bienvenus et les pessimistes non, et toujours et partout et pour les mêmes raisons, parce que les optimistes seuls oublient, d’une fois sur l’autre ils oublient les approximations, les compromissions et les trahisons.

MARGINALIA

Sur deux critiques critiques : Jean-Philippe Domecq (Artistes sans art ?) et Hector Obalk (Andy Warhol n’est pas un grand artiste), Nathalie Heinich (remarques d’Hector Obalk)

Sous l’apparente neutralité, l’aveu idéologique. Réponse à un commentaire parmi d’autres, Jean-Philippe Domecq

L’éclectisme critique de « Rayon art ». Une collection dirigée par Yves Michaud, aux éditions Jacqueline Chambon, Thierry Discepolo (remarques d’Yves Michaud).

*Deux sont presque devenus un. Rebecca Horn, William S. Wilson (traduit de l’anglais par Bernard Hœpffner)

Réalisation : William Dodé