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Agone 16
« Misère de la mondialisation »
Parution : 01/10/1996
ISBN : 2910846040
Format papier : 272 pages (15 x 21 cm)
18.00 € + port : 1.80 €

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« Les préoccupations principales continuent d’être le maintien du pouvoir au sein du club des riches, le contrôle des zones de services et les subventions gouvernementales pour la technologie de pointe à domicile. Il faut s’opposer énergiquement à la démocratie, sauf dans le sens de la rectitude politique de domination sans entraves du milieu des affaires. Comme d’habitude, les droits de la personne n’ont rien à voir avec toute cette histoire. Les politiques restent stables : on les adapte aux changements imprévus et, parallèlement, les intellectuels effectuent les ajustements qui s’imposent. Tous ces faits crèvent tellement les yeux et se déroulent avec une cohérence tellement mathématique, qu’il faut tout un talent fou pour ne pas les voir » Noam Chomsky

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Sommaire

Éditorial. Mondialisation de la misère, Jacques Luzi

Mondialisation du capital & régime d’accumulation à domination financière, François Chesnais
Le terme « mondialisation du capital » désigne le cadre politique et institutionnel dans lequel a émergé un mode de fonctionnement spécifique du capitalisme. Celui-ci est-il « irréversible » comme on le prétend si souvent ? Doit-il déboucher sur une vraie crise dont l’épicentre serait le système financier ? Ses limites sont-elles simplement politiques ? Dépendent-elles de la capacité de la bourgeoisie financière à réprimer les expressions de révolte ? Combien de temps faudra-t-il à la classe ouvrière pour « digérer » les leçons du « socialisme réel » et se reposer la question du dépassement nécessaire du capitalisme ?

Démocratie & marché dans le nouvel ordre mondial, Noam Chomsky
(Traduit de l’anglais par Solange Hollard)
Dans la majeure partie du monde, la démocratie, les marchés et les droits de l’homme font l’objet de sérieuses attaques, y compris dans les démocraties industrielles dominantes — la plus puissante d’entre elles, les États-Unis, dirigeant l’attaque. Contrairement à bien des illusions, les États-Unis n’ont, en réalité, jamais soutenu les marchés libres, et ce depuis leur naissance jusqu’aux années Reagan, où furent mis en place de nouveaux standards de protectionnisme et d’interventionnisme.

Mondialisation & conflits, Alain Arnaud
À chaque zone ses conflits spécifiques. Le capitalisme semble rationaliser la guerre : ses dispendieuses préparations offrent un espace privilégié de valorisation du capital tandis que la logique d’engagement guerrier est subordonnée à la défense des intérêts marchands. Les champs pétroliers du golfe Persique mobilisent immédiatement l’armée américaine et une formidable coalition internationale ; les montagnes bosniaques, une indécise Forpronu sans aucun GI ; le Rwanda ou le Burundi exsangue, à peine quelques États africains.

L’homme & la nature dans la « fabrique du diable », Michel Barrillon
La question de la régulation des tensions socio-écologiques planétaires est surdéterminée par des enjeux géopolitiques. Si l’OMC finissait un jour par étendre aux procédés les restrictions commerciales appliquées aux produits en vertu de normes environnementales, il ne faudra voir dans cette mesure, apparemment inspirée par le bon sens écologique, qu’une décision visant à réduire la compétitivité des pays qui fondent le dynamisme de leur économie sur le dumping écologique et social : ni plus ni moins qu’une forme déguisée d’impérialisme écologique.

Dialectique de la dépendance, Jacques Luzi
Dépendance : désocialisation et exploitation. Comment nommer autrement cette union entre le détournement des capacités sociales dans le leurre de la marchandise et leur confiscation par les groupes dominants ? Est-il possible, malgré cela, de traiter les déchets sociaux de l’expansion capitaliste ? de reconstituer les débris de solidarité qu’elle laisse traîner derrière elle, négligemment ? Ne peut-on, en clair, réformer la dépendance dans la dépendance ?

Colonisateurs & colonisés, Philippe Thureau-Dangin
Dire que la mondialisation est le faux nez du capital ne suffit pas. La meilleure leçon à donner aux capitalistes serait de pousser à bout la logique de la mondialisation. Que cette colonisation du monde par le capital devienne invivable pour le capital lui-même. Que partout le risque soit plus important que l’espoir de profit, que la compétition soit féroce au point de manger ses champions… Ainsi verrait-on enfin de plus en plus d’experts et de capitalistes battre en retraite.

La mondialisation contre l’éthique, Serge Latouche
La question éthique de la mondialisation pose la très ancienne question de l’éthique de l’économie vue comme l’entrée dans la sphère des échanges marchands de la totalité de la vie sans restriction aucune d’espace ni de domaines. La question éthique de l’économie est tout simplement de savoir si l’économie est une bonne chose. L’économie, c’est la vie économique, la division du travail, l’échange national et international, la concurrence et la loi du marché, la croissance et l’exploitation illimitée des richesses naturelles et des capacités humaines. Est-ce que tout cela participe du bien ?

Les défis de la mondialisation, Samir Amin
La « compétitivité » en question est le produit d’un conditionnement complexe opérant sur tout le champs de la réalité — économique, politique et sociale. Dans ce combat inégal, les centres mettent en œuvre ce que j’appelle leur « cinq monopoles » : la technologie, le contrôle des systèmes financiers à l’échelle mondiale, l’accès aux ressources naturelles de la planète, le contrôle des moyens d’information et de communication et les armements de destruction massive.

La restructuration capitaliste & le système-monde, Immanuel Wallerstein
(Traduit de l’espagnol par M. Mouton & J. Vialle)
La période qui arrive — les trente à quarante prochaines années — sera le moment de la désintégration du système historique capitaliste. Ce ne sera pas un moment agréable à vivre. Ce sera une période noire, forte d’insécurités personnelles, de doutes sur le futur et de haines perverses. Ce sera, en même temps, une période de transition massive vers quelque chose d’autre ; un système (ou des systèmes) nouveau(x).

FICTIONS & DICTIONS

Les slogans de pierre, Ylljet Alicka
(Traduit de l’albanais par Donina Paco)
Un slogan doit être maintenu en bon état, et pour cela il faut s’en occuper d’une manière systématique. Il est impensable de le négliger ou de l’abandonner, sans quoi il se détériore. Il faut aller le contrôler au moins une fois par semaine, parce que la première pluie emporte avec elle tout le charme du slogan, creuse des sillons autour des lettres, les couvre de taches de boue et salit le bel éclat des pierres à peine blanchies à la chaux. Sans parler du bétail qui se fiche éperdument de l’endroit où il passe. Et puis il y a aussi tous ces dégâts prémédités…

Je reste sur ce versant. Journal, Samuel Autexier
Posté toujours dans la même tendresse. Le changement des saisons me fait mettre genoux à terre. Malade, je reste tendu vers le même but. Faire venir à moi cette réserve d’eau que je pressens chez l’autre. Travail de sape. Infinie patience des gestes amoureux. Une toile tissée pour cueillir le soleil d’un visage. Prisonnier de la fièvre, poumons bouffés par les cigarettes. Le lit est défait, l’humidité insolente des cabanes m’encrasse le cœur.

La clé de Jérusalem, Miljenko Jergovic
(Traduit du serbo-croate par Mireille Robin)
Pendant des années, Tomo s’était débattu avec les poignées et les clés — ou bien les dents étaient trop écartées et la clé tournait dans le vide, ou bien elles étaient trop acérées, et la serrure était fichue au bout de trois jours. Les habitants de Fojnica savaient que Tomo était un piètre artisan. Mais ils s’en accommodaient : c’était un gars de chez eux et il ne faisait jamais payer les réparations rendues nécessaires par son mauvais travail. Cela se passa ainsi jusqu’au moment où apparut dans les magasins de Sarajevo une petite merveille de la technique, le verrou de sécurité.

Réalisation : William Dodé