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Agone 21
« Utopies économiques »
Parution : 01/03/1999
ISBN : 291084613X
Format papier : 240 pages (15 x 21)

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« Combien de temps cette humanité restera obsédée par ces inanités et ces illusions que l’on appelle marchandises ? Est-ce qu’une catastrophe quelconque – écologique, par exemple – amènerait un réveil brutal, ou bien plutôt des régimes autoritaires ou totalitaires ? Personne ne peut répondre à ce type de questions. Ce que l’on peut dire, c’est que tous ceux qui ont conscience du caractère terriblement lourd des enjeux doivent essayer de parler, de critiquer cette course vers l’abîme, d’éveiller la conscience de leurs concitoyens. » Cornelius Castoriadis

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Sommaire

Éditorial. Utopie économique vs idéologie économique, Michel Barrillon & Jacques Luzi

La fin de l’utopie, Herbert Marcuse
(Traduit de l’allemand par Liliane Roskopf & Luc Weibel)
Toutes les forces matérielles et intellectuelles qui peuvent contribuer à réaliser une société libre sont en effet présentes. Si elles n’agissent pas, c’est à cause de la mobilisation totale de la société établie contre la possibilité de sa propre libération […] Ce qui est en jeu, c’est l’idée d’une nouvelle anthropologie, non seulement comme théorie mais comme mode de vie : c’est l’apparition et le développement d’un besoin vital de liberté et des besoins vitaux attachés à la liberté. D’une liberté qui ne soit plus fondée sur (ni limitée par) le travail aliéné dans la médiocrité et la nécessité. Il est nécessaire de développer des besoins humains qualitativement nouveaux.

L’URSS, un capitalisme d’État réellement existant. D’un mensonge « déconcertant » à l’autre (I), Michel Barrillon
Nous vivons à présent dans un monde désenchanté parce qu’il n’est désormais plus permis de rêver une société où le « libre développement chose que l’autre fois, quand vous avez trouvé le grand Landivar endormi. J’ai sacrément envie de mettre mon bras devant mon visage, mais je me retiens. Je sais pas quoi faire de mes yeux : est ce qu’il faut les serrer très fort pour les empêcher de trembler ? je sens du sable couler entre mes paupières. Pas de panique, mon vieux, tiens toi tranquille. 4 de tous serait la condition du libre développement de chacun ». Si l’on en croit les esprits avisés – « c’est-à-dire tout le monde » –, il n’y aurait en effet plus d’alternative au capitalisme trop réel depuis l’effondrement de ce qui était présumé symboliser son antithèse. L’humanité serait condamnée à se soumettre à l’ordre capitaliste et à communier dans le culte de la « démocratie-marché » – stade de développement des sociétés qui signifierait à la fois la fin de l’histoire et celle des idéologies.

Libéralisme & nihilisme, Jacques Luzi
Il n’est pas suffisant de contrôler et de discipliner la population afin d’optimiser la croissance de la production (et des profits) ; encore faut-il développer une « science de la demande », c’est-à-dire les règles propres à l’éducation de son désir, de ses envies et de son attachement au superflu. Aujourd’hui, l’obsolescence des produits est programmée et la création volontaire des besoins est consacrée comme un « art » : celui de la publicité, ou de la mode. […] Qu’on ne s’y trompe donc pas : nous sommes les héritiers de ce dressage du corps et de l’esprit dans les dimensions de la production et de la consommation, de la consommation pour la production, de la production pour le profit. Et rien ne mérite notre considération qui n’aille pas résolument à l’encontre de ce dressage, et des mœurs d’esclave qui en découlent.

Réponse aux producteurs. Sur l’industrie criminelle, Armand Farrachi
Au royaume du tout économique, c’est-à-dire absolument partout, l’obscène petite fée rentabilité a transformé la réalité en marchandise. On croyait naïvement trouver encore des livres dans les librairies, des aliments dans nos assiettes, des conseils et des timbres aux guichets de la poste, et voilà qu’il n’y a plus que des « produits ». […] Le dictionnaire, qui définissait d’abord l’industrie comme « l’ensemble des opérations qui concourent à la production et à la circulation des richesses », a jugé utile de préciser que ce sens est « vieilli », et il complète, « moderne : ensemble des activités économiques ayant pour objet l’exploitation des richesses. » Sans changer de mot, on passe de la production à l’exploitation, de la création à la prédation, au pillage, ou au parasitage.

ATTAC contre la dictature des marchés financiers, Jérôme Almendro
La première action qu’ATTAC entend mener à bien vise la spéculation financière internationale. Elle repose sur l’idée de la taxe Tobin, du nom de l’économiste américain James Tobin, professeur à l’université de Yale et prix Nobel d’économie 1981. Telle qu’elle était initialement conçue, la taxe visait essentiellement à stabiliser les marchés financiers dont les pratiques apparaissaient déjà à certains observateurs comme conduisant inévitablement à des crises. Le projet d’en reverser le montant au FMI témoigne de ce premier stade. L’idée poursuit ensuite son chemin…

Utopie pour le Temps présent, Philippe Van Parijs
Nous avons aujourd’hui encore le droit – et même le devoir – de rêver, d’imaginer des mondes meilleurs, de donner un contour concret à la conviction que notre monde, notre société ne sont pas les meilleurs que nous puissions construire. Nous avons certes aussi – et dans le Temps présent plus que jamais auparavant – le devoir de garder les pieds sur terre, d’être réalistes. […] Mais trêve de généralités ! Il importe de dire qu’il peut, qu’il doit encore y avoir des utopies. Mais ce ne sont là que paroles insignifiantes si l’on ne prend pas la peine et le risque de faire des propositions, d’élaborer des projets, de les soumettre à la discussion et à la critique. Alors, donc, quelle utopie pour le temps présent ?

Le revenu universel. Un antidote à l’apartheid global, Myron J. Frankman
À ne s’attacher qu’aux droits de ceux qui restent chez eux, les différentes déclarations des droits de l’homme restent incomplètes et marquées par une certaine étroitesse de vue. La mondialisation « par le bas » – pour le citoyen lambda – nécessite la proclamation des droits de voyager, de résider et d’obtenir la citoyenneté sans être soumis à des restrictions et des délais exorbitants. Et la mondialisation « par le haut » – avec ses effets générateurs d’inégalités et d’exclusion – impose d’envisager un système planétaire de répartition des services et du revenu (sous forme, par exemple, d’un revenu citoyen garanti), si nous voulons respecter notre engagement collectif envers les droits de l’homme – dont la liberté de mouvement au sens le plus large, c’est-à-dire, aussi, la liberté de ne pas émigrer.

L’économie distributive, Marie-Louise Duboin
Par la mise en place de conseils économiques et sociaux décentralisés, l’économie distributive instaure une démocratie participative dans la vie économique, en conciliant individualisme et responsabilité de chacun avec la prospérité de l’ensemble de la société. L’économie distributive ne supprime pas le marché. Par la discussion publique des contrats, elle le remet à sa place : l’échelle humaine. Elle rend au marché son rôle essentiel : confronter les besoins des uns avec ceux des autres, comparer les demandes avec les moyens de les satisfaire. La course vers une croissance mythique y fait place à la recherche permanente d’un optimum, respectueux de l’homme et des grands équilibres écologiques.

Pour une démocratie économique, Takis Fotopoulos
Il nous paraît clair que le double objectif visé (satisfaction des besoins essentiels et garanti de la liberté de choix individuelle) présuppose une synthèse du collectif et de l’individuel dans le domaine de la prise de décisions. C’est ce que nous proposons par une combinaison de planification démocratique et du système de bons de consommation. Même si nous devions accéder un jour à l’état mythique d’abondance, la question du choix dans des domaines tels que l’écologie, la production, etc. continuerait de se poser. Dans la mesure où elle suppose un état d’abondance matérielle « objective », la référence anarcho-communiste à une économie du don et de l’usufruit se rattache à la mythologie du paradis communiste. Raison de plus pour proposer un modèle réaliste qui veut expérimenter, ici et maintenant, une pratique réelle de la liberté sans attendre l’avènement d’une mythique société d’abondance.

Une proposition libertaire : l’économie participative, Normand Baillargeon
L’ambition de ce modèle est la suivante : « Nous cherchons à définir une économie qui distribue de manière équitable les obligations et les bénéfices du travail social ; qui assure l’implication des membres dans les prises de décision à proportion des effets que ces décisions ont sur eux ; qui développe le potentiel humain pour la créativité, la coopération et l’empathie ; et qui utilise de manière efficiente les ressources humaines et naturelles dans ce monde que nous habitons – un monde écologique où se croisent de complexes réseaux d’effets privés et publics. En un mot : nous souhaitons une économie équitable et efficiente qui promeuve l’autogestion, la solidarité et la variété ».

FICTIONS & DICTIONS

Le couple, Ylljet Alicka
(traduit de l’albanais par l’auteur)
Le vieux mangeait peu et buvait de l’eau-de-vie en s’appliquant à garder son regard fier. De temps en temps, il écoutait d’un air intéressé la discussion passionnée d’un jeune homme, plutôt élégant, qui donnait aux invités, avec un vocabulaire choisi, des explications particulièrement convaincantes sur l’utilité des analyses sociales dans l’interprétation des actes criminels de la société contemporaine. Tout en développant son argumentation, il faisait des moulinets avec ses mains blanches, si fines,aux ongles roses. (Notre vieil homme se disait qu’il fallait en avoir du temps à perdre pour s’occuper comme ça de ses mains.)

Furoncle, Jérémy Beschon
Vous devriez réclamer le furoncle plutôt que discuter, lire, voter, manifester. Le furoncle et pas de travail, pas rangés, pas soumis, pas ternis. Le furoncle et plus de philo, plus de psycho, plus de conscience, à l’anus, de retour à l’anus. La douleur gène pour pérorer, pour perroquer juste. Vous pourriez encore clamer debout, mais la contagion est lancée, votre tête bubon ne répond plus. Vous ne pouvez plus pervertir la langue, lui soutirer des définitions. Vous ne pouvez plus la polir ou la crotter d’histoire. Sans ça les étages dégringolent, les rouages se déglinguent et rien à recommencer. Une masse honnête.

Proclamation & L’humain (poèmes), Ingela Strandberg
(Traduit du suédois par Virginie Büschel)
Il y avait toujours même sous le plus éclatant des soleils un point noir qui se déplaçait de la tête au sexe et parfois se coinçait dans la gorge. Comme la peur de pénétrer dans la maison la nuit quand papa était seul à l’intérieur et l’enfant savait que le mot neurasthénique signifiait : il sera peut-être raide mort dans l’entrée quand tu ouvriras la porte.

MARGINALIA

Les États-Unis, les droits de l’homme et le « défi relativiste », Noam Chomsky
(Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton)

Réalisation : William Dodé