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Agone 23
« Qu’est-ce que croire ? »
Parution : 10/02/2000
ISBN : 2910846253
Format papier : 226 pages (15 x 21 cm)
16.00 € + port : 1.60 €
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Table des matières

À l’ombre des mentalités primitives Jacques Vialle

Remarques sur Le Rameau d’Or de Frazer Ludwig Wittgenstein

Wittgenstein critique de Frazer Jacques Bouveresse

L’interprétation & l’interprète Paul Veyne

À propos des choses de la religion

Comment se fixe la croyance Charles-Sanders Peirce

Les prisons de l’esprit Henri Broch

Science & religion : l’irréductible antagonisme Jean Bricmont

Fictions & dictions

Écartez le soleil un moment, car je veux dormir Eyvind Johnson

Chanson du tir de barrage Jean Bernier

Marginalia

Une vision très sélective de l’histoire Noam Chomsky

Mise à l’épreuve de la «nouvelle doctrine»

Avant-propos Charles Jacquier

Introduction Boris Souvarine

Témoignage Julius Dickmann

Que reste-t-il du dreyfusard sous le compagnon de route ? Charles Jacquier

Avant-propos à « Julien Benda & la justice abstraite », de Jean Malaquais

Julien Benda & la justice abstraite Jean Malaquais

A scholarship with committment Pierre Bourdieu

Pour un savoir engagé

En 1933, la social-démocratie refuse de répondre par les armes aux mesures dictatoriales de l’État autrichien. Début février 1934, les groupes paramilitaires fascisants des Heimwehren tentent, avec l’aide de la police et de l’armée, de désarmer les milices ouvrières du parti social-démocrate : le Republikanischer Schutzbund résiste le dos au mur tandis que le parti appelle in extremis à la grève générale. Les combats sont très meurtriers : plus de 300 morts à Linz, Steyr, Vienne, etc. Le chancelier Dollfuss décrète l’état d’urgence et l’interdiction du parti social-démocrate dont de nombreux membres sont arrêtés.

  • 1  Les seuls articles de Dickmann traduits en français ont été publiés dans La Critique sociale : « L (...)

L’analyse suivante est parue dans Le Travailleur communiste syndical et coopératif (n° 103, 10 mars 1934), un petit hebdomadaire publié à Belfort par la Fédération communiste indépendante de l’Est, formée par des exclus du PCF avec l’aide du groupe politique de Boris Souvarine, le Cercle communiste démocratique (CCD). Son auteur, l’austro-marxiste Julius Dickmann, est né en 1895 en Galicie – une province polonaise du nord des Carpates formant un Land de l’empire austro-hongrois jusqu’en 1918. Dickmann fut, toute sa vie, handicapé par une surdité congénitale ; ce qui ne l’empêcha pas, après la Première Guerre mondiale, de jouir d’un grand prestige intellectuel dans l’extrême gauche social-démocrate qui fonda le parti communiste autrichien – même s’il n’y adhéra jamais. Il collabora aussi bien à la Neue Zeit de Karl Kautsky qu’à Der Kampf (Vienne) ou à l’hebdomadaire de l’extrême gauche de Brême, Arbeiterpolitik. Rendant compte de sa brochure, Das Grundgesetz der sozialen Entwicklung, dans La Critique sociale (n° 6, septembre 1932), Lucien Laurat écrivait que ce texte était, depuis ceux de Rosa Luxemburg, « la première critique féconde de l’œuvre de Marx […], se distinguant par une incontestable originalité de vues et par l’application scrupuleuse de la méthode marxiste à la doctrine même de Marx » 1.

Dans le dernier numéro de La Critique sociale (n° 11, mars 1934), Boris Souvarine revint sur les tragiques événements de Vienne grâce aux informations de Dickmann. Il souhaitait avant tout éviter que ne se forme une nouvelle légende réconfortante d’une « Commune de Vienne », venant faire oublier, juste un an après, la capitulation sans combat des partis socialiste et communiste allemands face au nazisme. Pour lui, « la guerre civile en Autriche n’a été que l’épilogue à retardement d’une lutte déjà perdue depuis longtemps pour la révolution » ; et il précisait : “ La Commune imaginaire d’aujourd’hui est l’action trop tardive et désespérée d’un parti socialiste vaincu par ses propres fautes et sacrifiant en vain des vies humaines pour racheter son irrémédiable passivité antérieure et sauver son honneur compromis. »

Après l’Anschlus du 11 mars 1938, qui vit le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne nazie, Julius Dickmann fut arrêté par la Gestapo et déporté. Incapable de travailler dans le camp du fait de son infirmité, il fut sans doute rapidement exécuté. Charles Jacquier

Notes

1  Les seuls articles de Dickmann traduits en français ont été publiés dans La Critique sociale : « La loi fondamentale de l’évolution des sociétés » (n° 7, janvier 1933) ; « La véritable limite de la production capitaliste » (n° 9, septembre 1933).

Charles Jacquier

Réalisation : William Dodé