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Agone 23
« Qu’est-ce que croire ? »
Parution : 10/02/2000
ISBN : 2910846253
Format papier : 226 pages (15 x 21 cm)
16.00 € + port : 1.60 €
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Table des matières

À l’ombre des mentalités primitives Jacques Vialle

Remarques sur Le Rameau d’Or de Frazer Ludwig Wittgenstein

Wittgenstein critique de Frazer Jacques Bouveresse

L’interprétation & l’interprète Paul Veyne

À propos des choses de la religion

Comment se fixe la croyance Charles-Sanders Peirce

Les prisons de l’esprit Henri Broch

Science & religion : l’irréductible antagonisme Jean Bricmont

Fictions & dictions

Écartez le soleil un moment, car je veux dormir Eyvind Johnson

Chanson du tir de barrage Jean Bernier

Marginalia

Une vision très sélective de l’histoire Noam Chomsky

Mise à l’épreuve de la «nouvelle doctrine»

Avant-propos Charles Jacquier

Introduction Boris Souvarine

Témoignage Julius Dickmann

Que reste-t-il du dreyfusard sous le compagnon de route ? Charles Jacquier

Avant-propos à « Julien Benda & la justice abstraite », de Jean Malaquais

Julien Benda & la justice abstraite Jean Malaquais

A scholarship with committment Pierre Bourdieu

Pour un savoir engagé

Premier janvier 2000, France 2, journal télévisé de la nuit : la crasse intellectuelle la plus dégradante s’étale sur l’écran de cette chaîne publique où la présentatrice interroge et écoute, béate, pendant de longs moments… une médium-voyante bafouillant sur la politique internationale, la guerre en Tchétchénie, les cataclysmes, la météorologie ou l’économie !

Voilà un journal d’informations qui augure bien pour l’année qui vient. Mais laissons un peu retomber notre justifiée colère.

La question se pose alors ainsi : qu’est-ce qui pousse quelqu’un à proférer et/ou gober de telles imbécillités ? Le milieu journalistique est-il capable de vraiment donner une information ?

Laissons retomber encore d’un cran notre colère.

Quelles sont les « raisons » qui poussent quelqu’un à croire ? et en quoi ? ou, formulé autrement, quelles sont les causes socio-psychologiques de la croyance, des croyances ? Doit-on nécessairement démarquer la croyance, relevant du « religieux », des croyances, relevant des « mythes et légendes populaires » – comme d’aucuns le clament ? Y aurait-il des croyances, cultes sotériologiques ou non, bénéfiques et des croyances néfastes ? Des croyances qui constituent une élévation spirituelle de l’âme et des croyances qui constituent une descente (aux Enfers ?) et ravalent l’homme au rang de la bête ?

Bien que des siècles de marketing direct puissent faire croire à une différenciation de ces divers types de croyances, il est un point commun indéniable : l’abandon de la raison. Tout le reste est question d’emballage et de manipulation de la véritable histoire des hommes.

Pourquoi croire ?

Dans un premier temps, restreignons-nous au singulier de majesté, à la croyance.

La croyance est souvent tout simplement la conséquence d’un processus de sociabilisation. Raison évidente mais souvent oubliée : la très grande majorité des personnes ont accepté « automatiquement » la religion de leurs parents. L’enfant intériorise les éléments dominants de la culture environnante et la religion en fait partie. Des enquêtes américaines ont ainsi montré que le meilleur paramètre pour prédire si un enfant allait accepter ou non les croyances religieuses de ses parents était la « force » avec laquelle ces croyances étaient affichées dans le foyer familial. La perpétuation de la religion (bien qu’affaiblie) est donc tout simplement le fait que le nombre de parents religieux est à l’heure actuelle très largement supérieur à celui des non-religieux.

  • 2  Bruce Hunsberger, « Social-psychological causes of faith », Free Inquiry, vol. 19, n° 3, été 1999, (...)

Mais que peut apporter la religion qui conforte les personnes – une fois l’empreinte parentale estompée – dans leur « choix » ? La religion fournit des gratifications 2 – évidemment non exclusives à la religion mais que celle-ci a l’avantage de présenter simultanément – qui sont autant de ressorts.

Un sens de (dans) la vie

De nombreuses personnes sont à la recherche d’un « sens » qu’elles présupposent exister (en oubliant que la « finalité » de l’univers, censée traduire l’existence d’une entité supérieure, n’est en rien une propriété intrinsèque de cet univers mais tout simplement une création de notre esprit). Elles pensent trouver ce sens dans la religion car cette dernière se présente comme offrant des explications du monde et de l’univers.

Indépendamment du fait que la réponse apportée soit correcte ou non, le simple fait d’avoir – ou de penser avoir – une « réponse » permet de se rassurer.

Un (ré)confort

Lorsque des personnes non religieuses a priori se tournent vers la religion, elles le font très souvent pour des raisons psychologiques et émotionnelles. Face aux problèmes rencontrés (disparition d’êtres chers, dysfonctionnements familiaux, comportement criminel, drogues, etc.), la religion leur offre alors le réconfort – donc la possibilité de vivre « heureux » – qu’ils n’ont pas trouvé dans « leur » vie.

Notons au passage que ceux qui, par contre, abandonnent une religion le font essentiellement pour des raisons intellectuelles. Il s’agit souvent d’une déconstruction de l’édifice même et des fondements sur lesquels est « basée » une religion qui les amènent à ne plus pouvoir objectivement croire à la religion qu’on leur a enseignée (inculquée ?). Si cette déconstruction est systématique, ces personnes se tournent souvent vers la science comme une aide au tracé de leur vie.

Un tampon/support social

Au-delà du niveau individuel, la religion agit, pour de nombreuses personnes, comme une sorte de tampon contre les angoisses, le stress, la maladie, la mort des proches, etc. L’appartenance à une « struc-ture » religieuse permet de trouver une aide concrète pour affronter – en groupe – les problèmes de la vie (sans que cela n’implique en rien que les groupes religieux soient plus « soudés » que d’autres groupes).

Un statut

L’acceptation, l’intégration, dans une communauté religieuse présente l’avantage supplémentaire d’offrir un statut, sinon un prestige. L’accepté, l’initié, se sent, se sait, supérieur au reste de la communauté globale dont sa communauté religieuse est un sous-ensemble (mais que l’accepté perçoit ou place comme un « sur »-ensemble, une émanation, une sélection).

Une justification

Poussée dans ses positions extrêmes, la religion peut également fournir une justification, un alibi, aux comportements « autoritaristes » de certaines personnes. Diverses études menées sur le sujet ont en effet montré que le fondamentalisme religieux est fortement corrélé avec des attitudes et des comportements racistes (et/ou sexistes).

  • 3  Voir Jean Bricmont, « Science et religion : l’irréductible antagonisme », infra, p. 131-151. (...)

En résumé, la béquille psychologique qu’est la croyance semble apporter à l’individu plus de « bénéfices » que de « coûts » et je ne suis pas sûr que l’athéisme puisse en proposer autant. Étant donné que – contrairement aux idées médiatisées à l’heure actuelle – démarche religieuse et démarche scientifique sont inconciliables 3, et que seule l’approche scientifique – non triviale et nécessitant un réel apprentissage – peut nous donner des connaissances objectives, qui pourrait alors s’arroger le droit de retirer cette béquille s’il ne peut offrir la marche à l’individu en question ?

Vivre sans les « bénéfices » associés à une religion nécessite une personnalité forte et indépendante. Ce que nous pouvons – devons – faire est donc d’apporter une information qui trop souvent fait défaut sur tous les sujets et thèmes relevant des croyances et religions. Et quand on parle de « religions », il faut penser spectre large car cela concerne aussi les florissantes « para-religions ».

Que (en quoi) croire ?

  • 4  On retrouve ici le problème du choix des mots que j’ai déjà soulevé par exemple in Le Paranormal, (...)
  • 5  Barry Palevitch, « Science and the Versus of religion », Skeptical Inquirer, vol. 23, n° 4, juille (...)

Il faut tout d’abord attirer l’attention sur le fait que croire peut être… tout à fait justifié. À condition de bien distinguer croire de croire en 4. Un biologiste a récemment rappelé que si on lui pose la question « croyez-vous en l’évolution ? », le problème est un peu faussé 5. En effet, les scientifiques ne croient pas en l’évolution, ils « croient l’évolution ». Ce qui n’est pas la même chose. Au-delà de la sémantique, il y a ici une réelle différence dans les démarches qui sous-tendent les deux formulations. Les scientifiques croient l’évolution parce que de nombreuses données objectives la soutiennent et ils croiront l’évolution tant qu’un nouvel ensemble de données ne montrera pas autre chose. Alors que « croire en l’évolution » implique la foi, comme croire aux fées ou, évidemment ici, « croire en la création » (pour légitimer leur approche, les créationnistes cherchent à faire… croire que les scientifiques acceptent la théorie de l’évolution à la manière « croire en », c’est-à-dire comme une profession de foi).

Cela étant dit, en quoi croit-on ? Le domaine est vaste depuis les croyances simples ou simplistes jusqu’aux croyances qui sortent vraiment des normes, de l’ordinaire. Et il n’est pas question ici de faire ne serait-ce qu’un tour d’horizon. En fait, même une croyance extraordinaire ne nécessite pas de cause extraordinaire. Toute croyance est nécessairement dépendante des phénomènes qui l’ont créée. La croyance en Zeus lanceur du foudre, le célèbre faisceau céleste de dards en zigzag, semble dépendre tout de même légèrement du fait que la foudre « tombe » de temps en temps sur le domaine réel et concret des pauvres terriens que nous sommes…

Le mythe n’imagine pas la cause de phénomènes connus comme certains ont pu le dire ; en effet, le mythe imagine la cause de phénomènes observés mais évidemment non connus sinon sa nécessité serait nulle. Si l’on veut bien ôter ici l’utilisation philosophique du mythe (on parle ici du mythe populaire et non du « mythe-conte » philosophique), je pense que l’on peut résumer la situation en disant que « le rite précède le mythe ». Le phénomène se produit, se re-produit ; le comportement superstitieux s’installe et démarre une croyance ; « l’élu » structure le mythe, complète la croyance, l’affine, la rend présentable, exportable. L’intronisation de nouveaux prêtres la fait perdurer. Les pratiques rituelles de départ peuvent ensuite se modifier lentement sous l’action interne de la complexification du mythe ou sous l’action externe de diverses contraintes sociales ou se transmettre telles quelles à une autre religion qui les absorbera – syncrétisme oblige – en faisant évoluer son propre mythe.

« Qui ne mangera pas mon corps et ne boira pas mon sang de manière qu’il se mélange à moi et que je me mélange à lui, celui-là n’aura pas de salut. » Jésus ?… Non, Zoroastre, 600 ans avant…

  • 6  Guy Fau, Le Christianisme sans Jésus, auto-édité, 1995 (Guy Fau, av. de la Gare, 07220 Viviers). V (...)

« Celui qui ne mangera point mon corps et ne boira point mon sang de façon à se confondre avec moi et moi avec lui n’aura point de salut. » Ah, cette fois-ci Jésus ?… Non, Mithra ! Et toujours bien avant 6

En vérité, en vérité je vous le dis, plagiaire est Jésus-Christ.

  • 7  Jean-Kléber Watson, Le Christianisme avant Jésus-Christ, auto-édité, 1988 (ouvrage en souscription (...)
  • 8 Jean Meslier, Mémoire des pensées et des sentiments de Jean Meslier, prêtre curé d’Etrépigny et de (...)

Le plus bel exemple de croyance largement répandue est peut-être celui de la simple existence terrestre de l’être qui, pour beaucoup de nos concitoyens, incarne (le mot est juste) la divinité : Jésus Christ. De nombreux (mais pas assez nombreux encore !) spécialistes qui ont travaillé et travaillent sur le sujet en viennent à conclure que le christianisme primitif a été docète (et cela jusque vers 144, date de l’excommunication de Marcion dont l’évangile présentait un christ céleste). Et qu’il n’y a finalement pas le minimum de preuves exigibles en faveur de l’existence de Jésus : « Les travaux effectués depuis un siècle ont réduit l’Historicité à n’être plus guère qu’un acte de foi, une habitude mentale, une attitude opportuniste » 7. Ce que même des hommes d’Église ont reconnu depuis belle lurette : « Ah ! que nous sommes enrichis par cette fable de Christ », Léon X… pape de 1513 à 1521 8.

  • 9  Henri Broch, Le Paranormal, op. cit.

La croyance nécessite (ou implique ?) l’existence, et c’est pour affirmer cette existence que les reliques sont sorties de leur grenier pour soutenir la foi vacillante. Et ce n’est pas le « Saint Suaire de Turin » que l’on remet actuellement en selle avec des arguments fallacieux qui pourra prouver quoi que ce soit. Il est démontré depuis quelque temps déjà que ce linge est un pur produit made in France au xive siècle 9. Contrairement même aux contre-vérités que les médias nous assènent (et que nous allons subir à plus grande échelle encore au cours du « Jubilé 2000 »), la probable technique de fabrication est d’une simplicité enfantine. J’ai moi-même, ainsi que plusieurs de mes étudiants de zététique, fabriqué des « suaires » avec les produits d’époque et le résultat offre toutes les caractéristiques du linge de Turin.

Impossible me direz-vous que l’on puisse arriver à faire croire à un Jésus terrestre si tel n’était pas le cas ; un mythe ne s’impose pas, pas aussi facilement, pas aussi largement en tout cas. Pas si sûr. Non seulement un mythe se fabrique mais un mythe peut s’imposer. Et il n’est nul besoin d’être éloigné de plusieurs centaines d’années de l’époque du personnage central (lorsqu’il a une existence réelle) pour réussir cette opération de marketing. Cela peut même se fabriquer du vivant du personnage.

  • 10  Déjà plus de 600 béatifications et 300 canonisations ! alors que pour les quatre siècles précédent (...)
  • 11  Christopher Hitchens, Le Mythe de mère Teresa, Dagorno, 1996.

L’exemple nous en est fourni par un mythe tout ce qu’il y a de plus récent : celui de mère Teresa. Alors que cette femme, décédée en 1997 avec une auréole déjà bien tressée, a prôné une théologie de l’asservissement qui ne soulage en rien les misères des déshérités mais soulage simplement la conscience des nantis, elle est présentée par beaucoup de médias comme une sainte – qu’elle ne devrait pas tarder à devenir, le pontificat de Jean-Paul II étant marqué par une boulimie de béatifications et de canonisations 10. Un journaliste a mené l’enquête, et le résultat est plus qu’édifiant. Il montre que « mère Teresa, une des rares intouchables dans l’univers mental des naïfs et des médiocres » s’est livrée à une exploitation du marché de l’espoir alors que même les simples soins normaux n’étaient pas assurés. Il s’agissait en fait non de tenter de soulager les douleurs des mourants mais de « promouvoir un culte fondé sur la mort, la souffrance et la sujétion » 11.

J’ai encore en mémoire ce que me disait à Bombay, en janvier 1978, un travailleur indien avec qui j’avais pu nouer contact. Une sourde colère dans les yeux, il m’expliquait que « le pire fléau que connaît l’Inde, c’est mère Teresa. » Ce pays avait eu le temps de juger sur pièces… Il y a beaucoup plus de dévouement, beaucoup plus d’humanité, chez un gosse de 17 ans qui se fait pompier volontaire et passe des nuits entières à porter secours à son prochain accidenté, inondé, agressé et menacé par les flammes que chez une femme qui propose comme seul secours une agonie lente, une souffrance exacerbée et un « billet pour le ciel » alors qu’existent les médicaments – très simples quelquefois – soignant les affections dont souffrent les personnes dont elle « s’occupe » et que cette $ainte médiatisée possède tous les dollar$ nécessaires pour se les procurer.

  • 12  C’est l’écriture précise que j’ai adoptée car, si cette femme ignorait ce que maternité veut dire, (...)

Pour clôre sur le chapitre de « Mère » Tere$a 12, le 25 décembre 1999, une grandiose nouvelle est diffusée : un sondage a montré que cette religieuse est considérée par les Français comme… « l’humaniste du siècle ». Il y a vraiment de quoi frémir.

Science/faits & religion/morale ?

La science parle pour les faits, la religion parle pour la morale a-t-on coutume d’entendre. Mais il est plus qu’évident que les croyants n’ont pas le monopole de cette dernière et que la religion n’est pas la seule habilitée – si elle l’est ! – à parler de morale. Quelle est d’ailleurs son « expertise » dans ce domaine ?

« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » ne me paraît pas relever d’une démarche particulièrement morale… Les Albigeois, c’est assez loin, me direz-vous. Soit. Mais alors que dire de : « L’enfant anormal [après « l’incident » de Seveso et le problème pour les femmes enceintes de la région touchée par la dioxine, sachant que l’avortement en Italie n’est pas à la mode papale] est la croix que ces jeunes femmes ont à porter sur Terre comme Jésus a porté la sienne ». No comment.

  • 13  Richard Dawkins, « You can’t have it both ways : irreconciliable differences ? », Skeptical Inquir (...)

Il est également complètement faux de dire que la religion n’empiète en rien sur le domaine scientifique. Le zoologue Richard Dawkins l’a bien mis en évidence 13. La naissance de la Vierge, son assomption (ascension miraculeuse et présence corporelle de la Vierge au ciel après sa mort, dogme créé en 1950 par Pie XII), la résurrection de Jésus, etc. sont des affirmations clairement de nature scientifique, c’est-à-dire qui relèvent du champ d’investigation de la science. Si Jésus a un père en chair et en os ou non n’est pas un problème de morale ou de « valeur », c’est une simple question de faits concrets, constatés ou non. Même si l’on n’a pas de quoi répondre à l’heure actuelle, cela demeure une question qui relève du champ scientifique, non d’un « champ de valeurs morales ».

C’est au niveau du symbole nous dira-t-on. Vous ne pouvez pas, vous ne devez pas « enquêter » sur ces sujets. Or, ce qui donne de l’impact à ces déclarations et qui permet de faire du prosélytisme, c’est justement que ces allégations, loin du symbole, revendiquent un pouvoir relevant du champ scientifique. Elles font en effet référence à un pouvoir s’opposant aux lois de la nature, supérieur donc en intensité à ces dernières ; par là-même elles sont dans le champ scientifique.

  • 14  Henri Broch, « Science, pseudo-sciences et zététique », Dictionnaire encyclopédique Quillet Actuel (...)

Voilà qui nous fait quitter le singulier de majesté et nous mène directement – sans aucune discontinuité – aux croyances dans leur pluralité, aux pseudo et parasciences 14. Si la « rationalité » a une place évidente et a priori éminente dans l’évaluation de nos croyances et dans leur dé-construction, il pourrait sembler provocateur de (se) poser une autre question : « La rationalité a-t-elle une place dans la construction de nos croyances ? »

Ce n’est pas le niveau scolaire qui définit les croyances de quelqu’un (bien que le niveau de croyance soit lié au niveau scolaire, comme nous le verrons plus loin) mais le niveau scolaire oriente le choix vers des revendications ou des faits paraissant plus compatibles avec ce niveau, plus « rationnels ».

Par exemple, dans le cas de la radiesthésie, le pendule – symbole de cette parascience – pourra servir pour une personne à faire de la divination, de la « voyance » sur cartes à jouer ou tout autre support ; mais, pour une personne dont le niveau d’études sera plus élevé, ce même pendule interviendra plutôt pour la détection des sources telluriques de la « géobiologie » ou la détection des variations magnétiques de la « sourcellerie » si chère au professeur Yves Rocard. Le délire est le même dans les deux cas, mais il fait plus chic et mieux adapté au niveau d’études dans le cas de la sourcellerie. Le choix est plus « rationnel » ! Quand on commence à chercher des explications, on a du mal à admettre le côté « irréel » du hasard ou irréel de la voyance. On recherche donc des « explications scientifiques » et le fluide magnétique des sourciers, prétendument bien concret, vient à point nommé…

La montée de l’occulte

  • 15  Henri Broch, Au cœur de l’Extra-ordinaire, coll. « Zététique », Éd. Chimérique, Bordeaux, 1994. (...)

Au pays de Condorcet, les croyances fleurissent et l’état des lieux est plus qu’alarmant 15. J’ai plusieurs fois eu l’occasion de l’écrire et je ne rappellerai ici que quelques données.

  • 16  Daniel Boy & Guy Michelat, « Croyances aux parasciences. Dimensions sociales et culturelles », Rev (...)

Ce tableau résume une enquête que j’ai menée il y a près de vingt ans sur les crédits respectifs qu’accordaient les étudiants de premier cycle scientifique à la psychokinèse (torsion des métaux par le pouvoir de l’esprit, très à la mode à cette époque-là avec le sieur Uri Geller) et à la dilatation relativiste du temps. Des enquêtes d’envergure nationale ont confirmé ces tristes constatations que l’on aurait pu supposer être un exemple isolé, dû à un contexte local ou une formulation ambiguë des questions posées. Les trois graphes qui suivent sont basés sur des travaux publiés par deux sociologues concernant la population française 16.

Le niveau de croyance baisse avec l’âge de manière quasi continu et, chose alléguée depuis longtemps, la disparité homme / femme est très clairement confirmée en ce qui concerne l’astrologie. Contrairement à ce que l’on pouvait supposer a priori, le degré de croyance au paranormal est directement proportionnel au niveau des études effectuées, avec une petite exception pour le supérieur scientifique… dont le degré de croyance au paranormal reste toutefois supérieur à la moyenne !

En ce qui concerne le niveau de croyance en fonction des catégories socioprofessionnelles, les résultats sont tout aussi surprenants. Les enquêteurs notaient même que « les instituteurs sont un groupe pivot puisqu’ils se définissent comme le groupe qui croit le plus fréquemment à l’astrologie et au paranormal ». Les professeurs, bien qu’ayant un niveau de croyance en l’astrologie « faible » (près de… 30 % tout de même !), ont un niveau de croyance au paranormal supérieur à la moyenne.

Conclusion : le milieu éducatif et l’ensemble de ses acteurs – instituteurs, professeurs, étudiants – est particulièrement caractérisé par son niveau élevé de croyance au paranormal.

Les données présentées en 1993 au colloque « La pensée scientifique, les citoyens et les parasciences » montrent une aggravation des constatations précédentes. Plus de un Français sur deux croit à la télépathie et un sur dix aux fantômes – le milieu éducatif ne fait pas exception à la règle. On pourrait pousser un soupir de soulagement en apprenant par d’autres données que 81 % des Français pensent que « le développement de la science entraîne le progrès de l’humanité ». Mais l’enthousiasme sera de courte durée lorsque l’on découvre que, simultanément, 58 % de ces mêmes Français pensent que « l’astrologie est une science ». Ce qui oblige manifestement à prendre la première réponse avec de longues pincettes et en réduit singulièrement le contenu véritable…

La chute de l’eau culte & du reste…

Si les croyances sont en pleine expansion, il faut bien se rendre compte que les phénomènes sur lesquels sont basés ces croyances ne croissent, eux, ni en nombre, ni en intensité. Au contraire même, le corpus va en se rétrécissant comme une peau de chagrin. Multiplication de pains, sorcières sur un balai et lamas tibétains lévitant se font de plus en rares… Et l’intensité des phénomènes décroît elle aussi.

  • 17  Thérèse & Guy Valot, Lourdes et l’illusion, Maloine, 1957.

À titre d’exemple, voici la variation de la « puissance » de guérison de l’eau de Lourdes en fonction du temps 17. La chute (qui n’empêche en rien l’augmentation du nombre de pèlerins) est assez claire. Cette variation n’est pas confinée à ce seul site marial. On peut même généraliser cette décroissance à tout autre phénomène « paranormal », comme le montre l’examen du pouvoir de psychokinèse (le fameux pouvoir de déplacer des objets à distance par la seule concentration de l’esprit) en fonction du temps.

Le « mana » est censé avoir déplacé il y a plusieurs siècles les statues de l’île de Pâques (plusieurs tonnes). Dans les années 1850, ce même pouvoir prétendait mouvoir de lourdes tables (une centaine de kilogrammes). Quelques décennies plus tard, on s’occupe de casseroles (un kilogramme). Dans les années 1970, on se réduit au possible déplacement de petits objets, comme des pièces d’un jeu d’échecs.
À l’heure actuelle, ce même pouvoir permettrait, à un médium se concentrant très très très fortement, de déplacer… un infime bout de papier (un gramme) !

Le phénomène PK a donc chuté – évidemment parallèlement à la sophistication des moyens de contrôle – par un facteur de plus d’un million au cours du temps.

Les raisons du « paradoxe »

Le paradoxe apparent que pose la juxtaposition-comparaison de la forte croissance des croyances au paranormal avec la diminution du nombre de phénomènes et de leur intensité peut toutefois s’expliquer assez simplement.

Caisse de résonance des médias « électroniques »

  • 18  Pensez à l’audience du journal télévisé de France 2, le 1er janvier 2000 !

Le corpus des phénomènes paranormaux reçoit en effet aide et soutien de cette caisse de résonance sans équivalent pour les générations passées 18. Alors qu’un esprit malin de village n’aurait eu, au début du siècle, qu’une renommée très locale, il a suffi qu’un poltergeist sans prétention taquine un petit village belge pour que CNN fasse faire le tour du monde à cette information.

Dérive déontologique du milieu journalistique

Il suffit de songer aux mensonges caractérisés diffusés par certaines émissions consacrées (ou non) au « paranormal » et à la dérive déontologique de journalistes qui n’hésitent pas à sacrifier la vérité sur l’autel audimatique – et du rapport financier. Sans parler de la stupidité de certains – au risque d’insister lourdement, je vous rappelle le journal télévisé inaugural de France 2.

  • 19  Umberto Eco, La Guerre du faux, Grasset, 1985.

Non, les médias – la généralisation est abusive et le concept dé-responsabilisant, il faut entendre ici « de très nombreux médias via les producteurs et journalistes qui en font le contenu » – ne sont point les Prométhée(s) qu’espéraient souvent leurs propres fondateurs. Ils ne donnent pas non plus aux lecteurs-auditeurs-visionneurs ce que ces derniers attendent ; ils ne sont pas les « traducteurs », les « intermédiaires », les « médiums » (!) d’une demande. Ils créent cette demande et font ensuite mine de simplement y répondre. Ils ne sont pas neutres mais accentuent au contraire les phénomènes de retour à la religiosité – et à la pacotille qui va avec. « Dans ce sens, alors qu’ils semblent fonctionner comme un thermomètre qui enregistre une hausse de température, les médias font au contraire partie du combustible qui alimente la chaudière. 19 » Cette description est peut-être plaisante, mais elle est malheureusement fausse. Un combustible se consumant et disparaissant dans la chaudière. Ce qui n’est, vous en conviendrez, pas le cas des médias. Ces derniers sont plutôt un des chauffeurs qui alimentent en combustible la chaudière.

Courroie de transmission du… milieu éducatif !

  • 20  Henri Broch, « Les phénomènes paranormaux… », op. cit.

Contrairement à ce que l’on aurait pu supposer a priori et en confirmation des niveaux de croyance en fonction des catégories socioprofessionnelles, le milieu éducatif se fait… la courroie de transmission des croyances. C’est ainsi que pendant trois ans, jusqu’en 1994-1995, quatre classes de 6e d’un collège public du sud de la France ont été formées (avec l’accord de l’ensemble de l’équipe « pédagogique ») en triant les élèves sur critères… astrologiques ! Et cette « astropédagogie » n’est pas un épiphénomène 20.

Remplacement Raison —> Sensation

Nous vivons actuellement une phase particulière de modification des processus d’acquisition des connaissances. L’expansion de l’information est en effet essentiellement, sinon seulement, caractérisée par une enflure de l’image visuelle et de la sensation immédiate au détriment du symbole écrit et de l’analyse étayée.

En tant que moyen de communication, l’écrit permet une analyse détaillée, construite, critique et disponible sur un intervalle de temps conséquent, alors que les médias actuels font une place grandissante à l’image instantanée et aux stimuli qu’elle déclenche. Cette substitution du couple « symbole écrit + analyse étayée » par le couple « image visuelle + sensation immédiate », ce progressif et sournois remplacement de la raison par la sensation mériterait d’être étudié de manière globale, au-delà même de la conséquence pour laquelle je l’évoque ici, à savoir le confortement du type de pensée qui sous-tend les croyances.

Tripes ou encéphale ? That’s the question

La science et la culture sont au centre de l’homme moderne. Voilà pourquoi, au-delà des difficultés qui peuvent exister, un scientifique, citoyen impliqué dans la société dans laquelle il vit, peut et doit soulever les problèmes posés par le développement des pseudosciences et des croyances.

Il est d’autant plus important que cela se fasse que la science est, par définition, ce qui gêne les dogmatiques. Le rôle de citoyen du scientifique prend donc un sens particulier et s’élargit au-delà de la simple sphère du « paranormal » et son action dans la res-publica, par essence même politique, peut aider à mettre en évidence que croyances et paranormal sont intrinsèquement opposés à l’homme. En effet, dans ce « domaine », quelques questions se posent :

• Le destin de l’homme-objet, sans libre arbitre, est-il inscrit dans les arabesques des planètes, au cœur des étoiles ?

• Les extraterrestres sont-ils venus sur Terre pour éduquer les hommes-primates incapables d’évoluer par eux-mêmes ?

• Se laissera-t-on réduire par les médecines magiques à n’être qu’un homme-tronc ? A-t-on vraiment besoin d’accorder un pouvoir thérapeutique spécifique à des granules vides ou à de plaisantes aiguilles ? Niera-t-on l’impact de l’homme même au cœur de son corps ?

• Un pouvoir surhumain, se manifeste-t-il via les sujets choisis (par qui ?) que sont les médiums qui – leur nom l’indique – ne sont que des hommes-supports ?

• Y a-t-il une entité qui transcende l’homme et daigne se manifester au travers des miracles ? L’homme-vassal, sujet obéissant, est-il condamné à prendre ses lois, ses commandements, ses ordres au cœur du surnaturel ?

Contrairement à la forme de leurs allégations, la plupart des astrologues, archéomanes, patamédecins, parapsychologues et théologues répondent finalement, sur le fond, aux questions qui précèdent de manière clairement affirmative. Toutes les « solutions » qu’ils proposent ainsi ne sont en réalité que des solutions de facilité qui posent comme base première l’inadaptation foncière de l’homme à pouvoir comprendre l’univers qui l’entoure. Alors qu’il serait si simple de souligner que s’investir avec les tripes ne doit pas nous empêcher de faire travailler un peu l’encéphale. Et qu’aux diverses questions qui peuvent se présenter, il faut essayer d’élaborer des éléments de réponse un peu plus pertinents que les véritables insultes à l’intelligence humaine que sont les allégations des psiphiles et autres croyants.

Cette négation de l’homme est bien mise en évidence dans la technique sectaire qui consiste à dépersonnaliser l’individu. Technique pouvant prendre différents aspects (y compris celui de… donner « une » personnalité à l’individu) mais restant de fait, sur le fond, toujours la même. Privation sensorielles, privations physiologiques, privation d’information, isolement, méditation, etc. Des marines US (ou l’équivalent français qui ne me vient pas directement à l’esprit) aux ashrams hindous en passant par Trappistes and Co, il n’est pas très évident de voir où est la différence de fond. Si tant est qu’il y en ait une. De fait, que le passage se fasse de M. Alfred Duparc à « Matricule 30-42-7824 » ou à « Soleil du Matin » ou à « Frère Gennaro », la technique de passage/dépersonnalisation est constante.

Ainsi, contrairement à la « réalité » affichée trop souvent dans la plupart des médias colportant monts et merveilles sur religions, croyances et pseudosciences, ces dernières ne sont que les aspects émergés d’un mode de pensée dont la base est, à l’inverse des allégations soutenues, la négation même de la notion d’individu. Le leitmotive est que des « forces » peuvent être mises en valeur par certains individus (les « élus », les « messies », les « surdoués » ; les autres n’étant que valetaille juste bonne à écouter…) qui pourtant ne sont pas les « générateurs » de ces forces, de ces pouvoirs, mais uniquement les « focaliseurs », les « prêtres », les « médiums ».

On assiste ainsi à une mystification de la connaissance qui a pour résultat une conception du monde dans laquelle de nombreux éléments sont irrémédiablement hors du champ de compréhension – donc du contrôle – de la majorité des individus. Cette déformation des modes de pensée induit à terme une stratification du monde – ceux qui ont des « pouvoirs », savent et agissent et, loin en dessous, ceux qui s’étonnent, regardent et suivent sans comprendre – débouchant sur le fatalisme béat et la déresponsabilisation de l’individu.

  • 21  Si j’écris « citoyen », les sourcils de certains risquent de se froncer s’ils se remémorent quelqu (...)

Sans oublier qu’attitude scientifique et comportement civique 21 nécessitent en fait le même terreau mental-moral spécifique pour leur développement. Et une société véritablement démocratique présuppose nécessairement des citoyens aptes à la réflexion. Voilà pourquoi il serait encore plus grave qu’on ne le pense généralement que s’effondrent les bases mêmes de l’esprit critique.

Contrairement à ce que pensent de nombreux scientifiques ou philosophes, qui refusent de consacrer un iota de leur temps aux « non-sens paranormaux », ces stars médiatiques ne sont pas des déchets inoffensifs ou recyclables, propres à la consommation du plus grand nombre. Ce sont de véritables virus intellectuels pouvant infecter n’importe qui, scientifiques compris, et l’épidémie peut atteindre une envergure insoupçonnée jusqu’à ce que culture et société soient affaiblies, perdent leurs réactions de défenses immunitaires – le terme « sida intellectuel » serait ici étymologiquement parfaitement adapté – et se tournent contre la science, seul véritable moteur du progrès de l’humanité.

Dans notre société en quête d’expédients intellectuels, de gratifications réduites au seul niveau de l’imaginaire et de vertiges faciles, il est beaucoup plus tard que l’on ne croit. Raison de plus pour prôner urbi et orbi le développement de la raison.

Conclusion ?

  • 22  Frédéric Lenoir, « Controverses à propos des sectes », Manières de Voir (Le Monde diplomatique), n (...)

Bien sûr, « la prévention et l’éducation au discernement restent sans doute les moyens les plus efficaces de lutter contre des groupes […] qui manipulent les aspirations humanitaires et spirituelles des individus […et], au-delà de la nécessaire vigilance des États, la meilleure réponse à la question [des sectes] reste probablement l’esprit critique des individus » 22. Mais encore faut-il que l’esprit critique : 1. existe ; 2. ait une base sur laquelle s’exercer. Un esprit critique – sous la réserve évidente qu’il existe ou soit formé – tournera de fait à vide s’il n’est pas suffisamment informé et informé de manière suffisamment objective.

  • 23  Noam Chomsky, texte de 1987 cité par Gérard de Selys dans sa conclusion à l’ouvrage collectif Médi (...)

D’où le retour au problème : 1. du système éducatif ; 2. des médias. Sans l’information, l’utilité d’un esprit critique est nécessairement limitée (limitation que de nombreux groupes recherchent). Quant à la formation – première nécessité –, elle est peut-être difficilement assurée lorsqu’on se rend compte que le milieu des journalistes, des dits intellectuels et des enseignants constitue quasiment … le vivier des croyances ! Noam Chomsky écrit à propos des journalistes qu’« ils ont créé l’image d’une masse stupide qui doit être dirigée par des intellectuels intelligents. En fait, ce que nous avons souvent découvert, c’est que ces intellectuels, ces classes éduquées, forment la partie la plus endoctrinée, la plus ignorante, la plus stupide de la population » 23.

Ne croyez pas que la découverte soit simplement due au fait que ce linguiste ait enquêté chez les néo-primates intellectuels du Nouveau-Monde aux racines culturelles courtes et étriquées (c’est à peu près la vision qu’en ont certains depuis le pays de Descartes). Dans notre bon vieux pays de France, flambeau du monde, je vous rappelle que des travaux de sociologues nous ont révélé que la croyance aux phénomènes paranormaux augmente avec le niveau « culturel » ! Et que la stupidité de certains journaux télévisés n’a plus de limites.

  • 24  Henri Broch, « Les phénomènes paranormaux… au secours de la culture scientifique », Bulletin de la (...)

Un intellectuel est une personne dont la profession comporte essentiellement une activité de l’esprit. Certes, mais cela n’implique en rien que cette activité soit intelligente. De manière générale, face aux croyances, face à cette perte du sens (critique, évidemment), que peut-on essayer de faire concrètement ? Je vous renvoie, Lecteur, vers un remède qui me tient particulièrement à cœur : le développement de la zététique 24.

Et pour finir sur une note optimiste, je voudrais dire que tout espoir n’est pas perdu puisque, quelque part dans un recoin perdu de l’encéphale, prêtres et fidèles gardent une parcelle de raison qui les poussent à accepter l’aide de la science et de ses applications comme nous le rappelait plaisamment, il y a déjà presque deux siècles, le naturaliste Lichtenberg : « Ce n’est pas parce qu’on prêche dans les églises que les paratonnerres y sont inutiles ». Mais que le sourire esquissé ne nous fasse pas oublier que lorsqu’on parle de religions, sectes, idéologies, savoirs « parallèles » et autres merveilles, pour ne point se ressembler sur la forme, les prisons de l’esprit n’en sont pas moins identiques sur le fond.

Notes

1  Ce titre a été choisi en souvenir d’un film canadien de Pierre Lasry, Prisons de l’esprit (Captive Minds: Hypnosis and Beyond), 1984, 16mm, 55 min.

2  Bruce Hunsberger, « Social-psychological causes of faith », Free Inquiry, vol. 19, n° 3, été 1999, p. 34-37.

3  Voir Jean Bricmont, « Science et religion : l’irréductible antagonisme », infra, p. 131-151.

4  On retrouve ici le problème du choix des mots que j’ai déjà soulevé par exemple in Le Paranormal, coll. « Science ouverte », Seuil, 1985 (1997).

5  Barry Palevitch, « Science and the Versus of religion », Skeptical Inquirer, vol. 23, n° 4, juillet-août 1999, p. 32-36

6  Guy Fau, Le Christianisme sans Jésus, auto-édité, 1995 (Guy Fau, av. de la Gare, 07220 Viviers). Voir également La Fable de Jésus, éd. Rationalistes, 1967.

7  Jean-Kléber Watson, Le Christianisme avant Jésus-Christ, auto-édité, 1988 (ouvrage en souscription : Henri Labbé, 19 avenue Jeanne-d’Arc, 24000 Périgueux).

8 Jean Meslier, Mémoire des pensées et des sentiments de Jean Meslier, prêtre curé d’Etrépigny et de Balaives (1664-1729), Coll. « Lumières de tous les temps », éd. Rationalistes, 1973.

9  Henri Broch, Le Paranormal, op. cit.

10  Déjà plus de 600 béatifications et 300 canonisations ! alors que pour les quatre siècles précédents, le Vatican a canonisé 679 personnes…

11  Christopher Hitchens, Le Mythe de mère Teresa, Dagorno, 1996.

12  C’est l’écriture précise que j’ai adoptée car, si cette femme ignorait ce que maternité veut dire, elle connaissait fort bien ce que dollar signifie.

13  Richard Dawkins, « You can’t have it both ways : irreconciliable differences ? », Skeptical Inquirer, vol. 23, n° 4, juillet-août 1999, p. 62-64.

14  Henri Broch, « Science, pseudo-sciences et zététique », Dictionnaire encyclopédique Quillet Actuel, 1994, p. 184-190.

15  Henri Broch, Au cœur de l’Extra-ordinaire, coll. « Zététique », Éd. Chimérique, Bordeaux, 1994.

16  Daniel Boy & Guy Michelat, « Croyances aux parasciences. Dimensions sociales et culturelles », Revue française de sociologie, XXVII, 1986, p. 175-204.

17  Thérèse & Guy Valot, Lourdes et l’illusion, Maloine, 1957.

18  Pensez à l’audience du journal télévisé de France 2, le 1er janvier 2000 !

19  Umberto Eco, La Guerre du faux, Grasset, 1985.

20  Henri Broch, « Les phénomènes paranormaux… », op. cit.

21  Si j’écris « citoyen », les sourcils de certains risquent de se froncer s’ils se remémorent quelques lignes de Jean-Claude Michéa, « L’École du Capitalisme total », dans le n° 22 de la revue Agone

22  Frédéric Lenoir, « Controverses à propos des sectes », Manières de Voir (Le Monde diplomatique), n° 48, novembre-décembre 1999, p. 79-81.

23  Noam Chomsky, texte de 1987 cité par Gérard de Selys dans sa conclusion à l’ouvrage collectif Médiamensonges, éd. EPO, Bruxelles, 1991.

24  Henri Broch, « Les phénomènes paranormaux… au secours de la culture scientifique », Bulletin de la Société Royale des Sciences, Liège, Belgique, vol. 67, 1998, p. 235-253 ; « Teaching “Paranormal versus Zetetics” at the University », in Actes du European Skeptics Tenth Congress (16-20 septembre 1999, Maastricht, Pays-Bas), sous presse. (Une version abrégée est également sous presse dans la revue du CSICOP américain : « Save Our Science. The struggle for reason at the University », Skeptical Inquirer ).

Henri Broch

Réalisation : William Dodé