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Agone 25
« Varia »
Parution : 10/05/2001
ISBN : 2910846555
Format papier : 208 pages (15 x 21 cm)
17.53 € + port : 1.75 €

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Dans notre précipitation à lier médecine et génétique, nous perdons de vue les autres possibilités d’améliorer la santé publique : approche sociale de la santé, analyse des causes de décès, etc. Les différences de structure sociale, les habitudes de vie et l’environnement comptent pour beaucoup plus dans les maladies que les différences génétiques. Voilà le genre d’information qu’il est nécessaire de faire partager le plus largement pour résister à l’assaut du « tout génétique ».
La génétique va révolutionner la médecine, nous dit-on, et il faut se préparer à cette perspective inéluctable au bénéfice de tout un chacun. Ne doit-on pas plutôt se demander s’il est fondé de vouloir imposer une telle médecine quand il n’y a pas de gènes majeurs dans les maladies communes et que nombre de tests seront inutiles et mal interprétés. Alors que les marchands de tests poussent les feux pour s’imposer, des données de plus en plus nombreuses montrent que, très souvent, les facteurs génétiques jouent un tout petit rôle. Laurent Dianoux

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Sommaire

Lettre d’un lecteur d’aujourd’hui à l’éditeur de la Fackel, Jacques Bouveresse
Il subsiste bien, encore aujourd’hui, quelques esprits chagrins et attardés, en particulier des sociologues, des critiques sociaux et culturels, des moralistes et même des philosophes apparemment sérieux, qui partagent assez largement, souvent sans le savoir, votre point de vue sur le monde actuel. Mais chacun sait que le journalisme ne possède en aucune façon le genre d’unité, d’homogénéité, de docilité, de conformisme et encore moins de perversité que les théories qui restent, comme la vôtre, inspirées par la vieille idée de la conspiration ont tendance à lui attribuer.

La nouvelle censure, Serge Halimi
Quand les manipulations de l’information sont habituelles, quand des fabricants d’armes diffusent la morale du jour, quand l’espace public, déjà endeuillé par les privatisations, est envahi par le fracas publicitaire et boursier, quand de « grands » journalistes ne rêvent que de faire équipe avec les maîtres de la planète – lesquels sont aussi les maîtres des médias –, et quand tout cela se fait au nom de la liberté, comment ne pas partager un instant le sentiment de Karl Kraus qu’appliquée à la presse la « liberté » vaut à peine mieux que la censure ?

Invitation à la trahison. Avant-propos à Les Chiens ont soif. Critiques & propositions libertaires suspendues à l’air du temps, Normand Baillargeon
Aux intellectuels sont consentis des loisirs et des privilèges si considérables qu’ils leur permettraient, s’ils le voulaient, de contribuer à ce que soit connue la vérité sur certaines questions d’une grande importance. On devrait donc attendre des intellectuels qu’ils rendent compte de ce qu’ils ont compris de notre société et qu’ils le fassent entendre aux principaux concernés en s’exprimant de manière à être entendu. Je soutiens que c’est trop souvent le contraire qui se produit. Les intellectuels servent plus volontiers les pouvoirs qui oppressent qu’ils ne les dénoncent et, loin de la combattre, ils contribuent à la propagande des maîtres. Pire encore, il arrive qu’ils soient les premiers destructeurs des outils de libération auxquels ils ont un accès privilégié : les faits, la raison, la vérité, la clarté, l’éducation, etc.

Lettre ouverte à mes collègues bibliothécaires vautrés dans la médiologie, Nicolas Morin
Régis Debray relève, dans l’évolution de nos outils, la victoire du petit sur le grand, qu’il résume d’une formule, « less is more ». Il attribue cette formule aux architectes Mies van der Rohe et Adolf Loos. Évidement, je ne suis pas architecte, mais il me semble que ces derniers seraient fort surpris d’apprendre qu’ils avaient voulu dire par là que le petit doit primer sur le grand. Car il s’agissait plutôt d’un principe tant d’économie esthétique que d’honnêteté intellectuelle : « less decoration, more functionality », moins de fioritures de style, plus d’efficacité, c’est-à-dire exactement l’inverse de ce que pratique Régis Debray.

Effets pervers des politiques d’aide humanitaire, Arnaud Quemin
L’aide humanitaire permet aux États qui la financent de répondre aux attentes de leurs opinions publiques, de fournir des raisons de participer à des situations éloignées de leurs zones immédiates d’influence, d’assurer leur emprise sur le déroulement d’événements ne relevant pas de leur pouvoir et de donner un fond de moralité à des actions qui en ont besoin. Si, pour une raison ou une autre, une crise humanitaire ne peut répondre à au moins l’une de ces quatre finalités, elle a toutes les chances de ne bénéficier que d’un financement marginal et inférieur à ses besoins réels et de s’ajouter à la liste des « crises oubliées de l’humanitaire »

L’ethnologue organique de la migration algérienne, Pierre Bourdieu & Loïc Wacquant
En tant qu’ethnologue organique de la migration algérienne, observateur témoin du drame silencieux de l’exode massif des paysans berbères de Kabylie vers les bas-fonds industriels de leur ancien maître colonial, Abdelmalek Sayad nous offre la figure exemplaire du sociologue en «écrivain public » qui enregistre et diffuse la parole de ceux qui en sont le plus cruellement dépossédés par le poids écrasant de la subordination impérialiste et de la domination de classe, sans jamais s’instituer en porte-parole, sans jamais s’autoriser de la parole donnée pour donner des leçons, si ce n’est des leçons d’intégrité ethnologique, de rigueur scientifique et de courage civique.

Sciences du vivant & marché : du cognitif aux applications. Le cas de la génétique humaine, Laurent Dianoux (Précédé de la Charte de l’association Génétique et Liberté)
La biologie a connu de grands bouleversements ces vingt-cinq dernières années grâce au développement des nouveaux outils de la biologie moléculaire et du génie génétique. Elle est devenue un phénomène scientifico-industriel de première importance car ses répercussions concernent aussi bien la recherche de base que ses applications, l’impact sur la société, les conséquences pour les individus, la conception des régulations sociales. Ce développement s’accompagne toutefois de la présentation de progrès, réels ou supposés, qui sont tout simplement des manipulations médiatico-scientifiques.

Santé publique, environnement & aliments transgéniques. Extrait de La Guerre au vivant (J.P. Berlan, dir.), Michael Hansen (Précédé de la Charte d’adhésion du Collectif Alerte Santé)
Pour les biotechniciens, le vivant apparaît comme un mécano fascinant qu’ils peuvent bricoler à loisir. Pour les « investisseurs », l’enjeu est celui du retour sur investissement. La conjonction des deux ne justifie pas de foncer dans l’agriculture transgénique car notre connaissance des conséquences est bien limitée, pour ne pas dire inexistante. La brève revue des nuisances potentielles que révèlent les travaux scientifiques récents montre que la plus grande prudence est d’autant plus de mise que les bénéfices seront, de toute évidence, bien mal partagés. Dans l’état actuel de l’incertitude scientifique, l’alimentation transgénique ne répond qu’à l’urgence du retour sur investissement de quelques transnationales.

La panique aux commandes. Tout ce que vous devez savoir de la mondialisation économique (extrait), Robin Hahnel
(Traduit de l’anglais par Mickey Gaboriaud)
Parmi les systèmes économiques, le capitalisme fait figure de patient maniaco dépressif. L’exubérance, l’optimisme débridé et l’euphorie – suivis par la mélancolie, l’apathie et la dépression – sont ses états naturels. Quel que soit le nombre de fois où le cycle se répète, le patient croit à chaque fois que le dernier « boom » sera éternel et se retrouve comme un imbécile lorsque la bulle éclate. De la même façon, quel que soit le nombre de fois où le patient rechute, le « centre psychiatrique » économique finit toujours par céder à ses supplications et le laisse suspendre la thérapie pendant les moments d’euphorie, libérant son économie exubérante pour finalement s’apercevoir, une fois de plus, que le patient doit recommencer à prendre ses cachets lorsqu’il s’effondre faute de soins.

À BUT NON LUCRATIF. CENTS ANS DE LIBERTÉ D’ASSOCIATION

Pierre Waldeck-Rousseau (Chambre des députés, 11 février 1882) ;
Arthur Groussier (Chambre des députés, 4 février 1901)
Charles Gras (Chambre des députés, 28 février 1901)
Société civile & libéralismes, Jérôme Pellissier
Aux actes…, Françoise Vanni
Une vie de militante, Claudette Rosell

L’État à double figure, « animateur » côté nation, où il se désiste de son ancien rôle de régulateur économique au « profit » des associations, reste, côté monde, « stratège » et « pilote ». Conscient que s’y décident les grandes orientations des prochaines décennies, il souhaite rester maître d’une souveraineté qui pourtant, même là, lui échappe de plus en plus nettement. Dans cette situation, l’État « animateur » serait simplement conduit, à l’intérieur des cadres nationaux, à convaincre du bien-fondé des décisions supranationales, à accomplir quelques fonctions administratives et redistributives minimales, à « accompagner » les animations associatives, ainsi qu’à maintenir la paix sociale et à assurer l’ordre et la justice. Dans cette situation néanmoins, l’État, d’« animateur », risque de devenir rapidement « pénal ».

HISTOIRE RADICALE

Signification historique de la barbarie stalinienne, Maximilien Rubel
Avant-propos de Bruno David Pour penser contre un présent d’oppression

Âmes mortes au XXe siècle. Le parti socialiste communiste unifié & le sort de Zensl Müsham, Margarete Buber-Neumann
Avant-propos de Charles Jacquier Errance mortelle des militants antifascistes en URSS

Marinus Van der Lubbe ou Le mythe dans l’Histoire, Paul Barton
Avant-propos de Charles Jacquier Pour maintenir vivante une perspective libératrice

Dossier de presse
Dissidences, n°11, juin 2002
Les temps maudits, octobre 2001
Très riche numéro, autour d’un dossier sur les « Sciences du vivant & marché », pour démonter le mythe de la nécessité du recours au transgénique pour nourrir ou soigner. Plus que dans le recours aux biotechnologies, l’amélioration de notre sort relève de l’amélioration des conditions de vie ou de travail. Message développé au long de plusieurs articles.

Cette réflexion critique imprègne également les articles hors dossiers, dont plusieurs traductions. À retenir le superbe hommage de Bourdieu et Wacquant au sociologue algérien Abdel Malek Sayad, décédé récemment. Texte profond, émouvant, essentiel. À lire aussi trois courts textes rassemblés sous la rubrique « Histoire radicale ». Chacun d’entre eux est précédé d’une belle introduction, en présentant les conditions de publications. Le premier, un court texte de Maximilien Rubel, éditeur de Marx à la Pléiade, qui a souligné la dimension libertaire de l’apport marxien. Le second est une republication d’un article de Margarete Beuber-Neumann, femme d’un dirigeant communiste allemand « offerte » par Staline à Hitler, ayant vécue la double expérience concentrationnaire stalinienne et nazie. Buber-Neuman s’inquiète du devenir de Zensl Mühsam, la femme de l’anarchiste allemand exécuté en 1934 par les nazis, disparue dans la Russie stalinienne. Enfin, un article de Barton réhabilitant Marinus Van der Lubbe, l’auteur de l’incendie du Reichstag en février 1933, que les nazis ont condamné et exécuté, après que l’Internationale Communiste ait cherché à le faire passer pour agent provocateur. Article singulier qui remet en question beaucoup de nos prétendues connaissances sur les débuts du nazisme.

Un numéro à lire de bout en bout, une revue à suivre.
Dissidences, n°11, juin 2002
Dans sa dernière livraison, cette revue, qui s’est taillé déjà une réputation (méritée) de qualité, proposait quelques textes extraits de livres sortis il y a peu en librairie : La Guerre au vivant, coordonné par Jean-Pierre Berland, La Panique aux commandes de l’économiste américain Robin Hahnel – tous les deux publiés par les éditions Agone elles-mêmes – ou encore celui que signe le philosophe Jacques Bouveresse aux éditions de Minuit, Schmock ou le triomphe du journalisme. La grande 6ataille de Karl Kraus. Ce dernier précède un court texte (« La nouvelle censure ») que Serge Halimi avait donné au numéro spécial publié par la CNT à l’occasion de la semaine Pour un autre futur organisée en mai 2000. La revue publie aussi l’avant-propos que Normand Baillargeon a rédigé pour son propre livre (Les chiens ont soif. Critiques et propositions libertaires suspendues à l’air du ternps à paraître incessamment chez Agone). Là, I’auteur du recent vade-mecum, L’ordre moins le pouvoir, consacré a I’histoire et l’actualité de l’anarchisme, rappelle que, contrairement àce qu’on croit (et à ce qu’ils se plaisenr à croire eux-mêmes), les intellectuels « servent pluts volontiers Ies pouvoirs qui oppressent qu’ils ne les dénoncent et, loin de la combattre, ils contribuent à la propagande des maîtres » À titre d’exemple, il cite le cas d’une discipline comme la science économique dont il écrit, à juste raison, qu’elle constitue « dans une large et significative mesure une entreprise de justification de l’ordre établi ». Notre ami québécois affirme toutefois qu’il ne suffit pas aux intellectuels de « faire état de la misère du monde », mais qu’il leur incombe de « proposer des modèles alternatifs qui soient tout à la fois attirants, plausibles et mobilisateurs », à l’instar du projet dit d’économie participative – qui s’inscrit explicitement dans la tradition du socialisme libertaire – imaginé par les deux économistes radicaux Michael Albert et Robin Hahnel (cité plus haut), dont il est un des meilleurs connaisseurs hors des États-Unis. Parmi les autres essais de cette riche livraison, on lira avec profit le texte de Arnaud Quemin sur les effets pervers des politiques d’aide humanitaire ou les amusantes réflexions qu’inspirent à Nicolas Morin les textes théoriques du « médiologue » Régis Debray, qu’il qualifie sans ambages d’« escroquerie intellectuelle ». De leur côté, Pierre Bourdieu et Loic Wacquant rendent hommage à œlui qu’ils nomment « I’ethnologue organique de la migration algérienne », Abdelmalek Sayad, disparu il y a deux ans. Enfin, dans une intéressate rubrique intitulée « Histoire radicale », Agone reprend un texte paru en 1959 dans la Révolution prolétarienne, où Paul Barton évoquait la destinée de l’ouvrier révolutionnaire Marinus Van der Lubbe, qui revendiqua la responsabiliré de l’incendie du Reichstag survenu dans la nuit du 27 au 28 février 1933, peu apres l’avènement de Hitler au pouvoir ; on y trouvera aussi un essai (« Signification historique de la barbarie stalinienne ») publié en 1945 – sans signature – dans une publication d’ultra-gauche, que les animateurs d’Agone, par l’entremise de Bruno David, croient pouvoir attribuer à Maximilien Rubel. Un excellent numéro, donc, auquel on ne pourra guère reprocher que d’avoir recouru à l’excés à des extraits de livres qui, récemment publiés en Franœ, sont facilement accessibles aux lecteurs.
Les temps maudits, octobre 2001
Réalisation : William Dodé