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Agone 26 et 27
« Revenir aux luttes »
Parution : 15/05/2002
ISBN : 291084658X
Format papier : 368 pages (15 x 21 cm)
22.00 € + port : 2.20 €

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Revenir aux luttes et douter de la bonne santé de la contestation renaissante, telles sont les évidences qui se sont imposées pendant que s’élaborait ce dossier. Pourtant, la contestation de la politique néolibérale de globalisation paraissait plus forte que jamais après les spectaculaires – et tragiques – manifestations de Gênes, point culminant d’une internationalisation des résistances, de Québec à Göteborg, de Barcelone au Chiapas et à Porto Alegre. Il nous semblait cependant que, pris dans la spirale de la médiatisation, ce mouvement n’était pas aussi fort que le laissait croire le discours triomphaliste de ses porte-parole mandatés ou auto-désignés. Franck Poupeau

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Sommaire

Licenciement, reclassement, déclassement, Fanny Doumayrou
Dans l’avalanche de dégraissages et de fermetures d’usines qui marque l’actualité sociale, on voit émerger un large consensus des politiques et des dirigeants d’entreprises pour présenter le « reclassement » comme solution miracle au problème des licenciements. On explique aux salariés menacés de perdre leur emploi : « La logique économique est implacable, vos licenciements, inéluctables, votre résistance, inutile. Votre avenir n’est pas si sombre, puisque l’on s’engage à vous reclasser. Mieux vaut vous résigner… » Mais la puissance financière des grands groupes ne règle que la paix sociale, pas l’avenir professionnel des salariés licenciés.

Libéralisme & nouveau mode de contrôle des salariés dans l’entreprise, Jean-Philippe Melchior
Renault-Le Mans peut être présenté comme un type idéal en matière de conditions de travail et de relations entre la direction et les salariés dans ce secteur industriel. Au nom de la productivité et de la « qualité », la direction cherche à supprimer toute forme de résistance et à écarter tous ceux qui ne s’inscrivent pas pleinement dans la poursuite de ces objectifs. Les moyens mis en œuvre pour éradiquer les obstacles à ce management ramènent les relations sociales à ce qu’elles étaient avant l’émergence du syndicalisme, quand chaque salarié, privé de toute possibilité de réaction collective, ne pouvait lutter contre l’exploitation sans subir personnellement la répression patronale.

« Refondation sociale » & pacification syndicale. Les fonctions de la notion de « société civile », Paul Lagneau-Ymonet
L’entreprise de « refondation sociale » menée par le patronat français depuis 1999 s’appuie sur la redéfinition de termes politiques propres à promouvoir certains rapports sociaux et à disqualifier toute tentative de contester aussi bien la légitimité que les effets des politiques économiques néolibérales. La mobilisation de la notion de « société civile », qui appartient à des traditions politiques très diverses, constitue un exemple privilégié de ce travail d’imposition d’une vision du monde social conforme aux intérêts des décideurs économiques, sous l’impulsion conjointe du MEDEF et de la CFDT.

Quel corporatisme ? Notes sur la disqualification des mouvements syndicaux, Pierre Contesenne
L’actualité sociale génère régulièrement des néologismes, inventés par des personnalités politiques ou des journalistes pour désigner des faits ou des acteurs sociaux afin de les disqualifier. La disqualification du « corporatisme », terme détourné de sa véritable signification au profit d’une vision libérale du monde social, constitue un lieu commun par lequel la pensée dominante entreprend la délégitimation des forces collectives de contestation.

CHRONIQUE DES LUTTES. Premier volet

Un métier dans les luttes, Entretien avec Jacques Toublet (Propos présentés par Franck Poupeau)
Cette série d’entretiens réalisés avec des militants veut tout à la fois restituer la mémoire des luttes et comprendre comment se constitue le capital militant, ce mélange d’autorité et de savoir-faire qui s’investit dans les activités revendicatives. Ces « chroniques des luttes » seront consacrées à des formes minoritaires d’engagement qui caractérisent des militants, responsables ou anonymes, pour lesquels les luttes ne constituent pas une voie détournée de promotion – sociale ou politique – mais l’accomplissement d’une résistance enracinée dans le « refus de parvenir ».

PERSPECTIVES MILITANTES

Les multiples visages de la révolte globale & la face assassine de Big Brother, Serge Quadruppani
Un air de carnaval & de révolution, John Jordan & Jennifer Whitney
Critique des « Mc Protests », Naomi Klein
De nouvelles cibles, Michael Albert

La guerre de l’eau (Bolivie, 1999–2001), Franck Poupeau
Il arrive que les mouvements de contestation les plus implantés dans une population restent les plus ignorés des médias et des réseaux militants. C’est le cas de la « guerra del agua », qui a eu lieu à Cochabamba de janvier à septembre 2000. Moins romantique et médiatisée que les guérillas centraméricaines, elle incarne pourtant une forme de contestation dont pourraient s’inspirer bien des mouvements de résistance au libéralisme : elle est, à ce jour, la seule lutte qui ait fait reculer, sur le terrain, les forces néolibérales ; et elle s’est accompagnée de pratiques radicalement démocratiques dans la mise en place d’une gestion participative de l’eau.

La récupération de la contestation par les médias, Serge Halimi & Pierre Rimbert
Les groupes contestataires (partis, associations, collectifs ou syndicats) agissent le plus souvent comme si leur rapport aux médias allait de soi : ils pensent se servir des grands moyens de communication sans s’y asservir. Le danger que les « médias dominants », c’est-à-dire les « faiseurs d’opinion », font peser sur les mouvements contestataires est analysé au travers de l’exemple de ce que les journalistes appellent le « mouvement anti-mondialisation », et plus précisément de l’association ATTAC.

L’espace public comme construction journalistique. Les auteurs de « tribunes » dans la presse écrite, Louis Pinto
Parmi les transformations récentes qui ont contribué à modifier la physionomie de la presse, que ce soit dans son contenu, son style ou encore ses fonctions, une des plus remarquables est l’essor de la « tribune ». Intermédiaire entre courrier des lecteurs, articles d’information élaborés par les journalistes de métier et écrits d’expert, ce genre est censé favoriser des traits qui manquent habituellement à la simple relation des faits. Son statut d’exception est propre à rassurer les journalistes : ils sont justifiés de ce qu’ils sont et ne sont pas, justifiés de ne pas appartenir à un groupe dont les déficiences sont attestées par celui qui, par ses défis de « gêneur », est capable de « déranger » les doctes et les doctrinaires.

Marcel Mauss, le don & la révolution, François Athané
L’amnésie des conditions sociales de production du discours scientifique, qui accompagne souvent la citation des auteurs consacrés, a pour effet d’évacuer le contenu politique de leurs textes.Elle contribue ainsi à entretenir la séparation entre préoccupations politiques et recherches en sciences sociales, alimentant aussi bien l’anti-intellectualisme de l’action militante que le mépris pratique de la réflexion savante. De sorte que les engagements politiques de Durkheim, de Weber ou de Mauss ne sont souvent évoqués que sur un mode allusif sans être investis dans l’analyse des textes.

La sociologie dans les luttes. De la situation coloniale à l’impérialisme néolibéral, Franck Poupeau & Thierry Discepolo
Les textes « politiques » ou « critiques » de Pierre Bourdieu retenus ici tiennent avant tout de la mise en situation : invitation à la lecture d’une œuvre souvent neutralisée et rendue inaccessible par ses conditions académiques de réception ; rassemblement d’analyses, d’entretiens et de textes de circonstance, écrits souvent mineurs qui se retrouvent parfois dans les livres sous une forme plus élaborée, plus « savante ». Il s’agit de montrer, à travers les étapes de l’itinéraire du sociologue, replacé dans son contexte historique, une articulation certaine entre recherche scientifique et intervention politique.

Pierre Bourdieu
Les sous-prolétaires algériens
Sartre, l’invention de l’intellectuel total
Incorrigiblement optimiste

De la société ouverte à la société concrète, Jacques Bouveresse
Le chemin qui mène du dieu ou de la bête État à l’État humain, s’il y en a un, passe nécessairement par la notion de pouvoir local. Il faut naturellement se garder de transformer à nouveau cette idée en un fétiche et admettre qu’elle devra, comme n’importe quelle autre, faire ses preuves. Mais il est indispensable de lui donner la possibilité et les moyens réels de les faire. « Les idées montrent en fin de compte à l’avenir non pas le chemin, mais seulement la direction ; elles sont des filets qui sont jetés sur le futur pour attraper quelque chose et qui sont toujours en partie et jamais entièrement déchirés par lui. »

Questions aux « défenseurs des droits de l’homme », Jean Bricmont
Les événements du 11 septembre 2001 sont suffisamment graves pour qu’ils nous conduisent à nous poser des questions de fond. Ainsi le tournant pris vers la fin des années 1970 par la plupart des mouvements de gauche ; tournant qui a consisté à remplacer la lutte pour des objectifs socio-politiques tels que le socialisme (entendu sous une forme ou une autre) par celle en faveur des droits de l’homme et de la démocratie. Ce tournant a amené, in fine, beaucoup d’intellectuels et d’organisations de gauche à soutenir ou à s’opposer très mollement à la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie.

Les « secrets » de Wittgenstein. Notes sur quelques « révélations » faites au grand public français en commémoration du 50e anniversaire de sa mort, Thierry Discepolo
Au milieu du tourbillon éditorial qui entoura l’an dernier le cinquantenaire de la mort du philosophe Ludwig Wittgenstein paraissait un tout petit livre au titre accrocheur : Carnets secrets. De quels « secrets » ces cahiers sont-ils donc tissés ? De quels propos sont-ils remplis ? de quelles réflexions hétérodoxes ? Quels rapports ce journal entretient-il avec l’œuvre du philosophe ? L’introduction ne nous en dit pas grand-chose… Le présent texte et le suivant ont pour objet de répondre à ces questions.

Le courage d’être. Introduction aux Carnets secrets 1914–1916, de Ludwig Wittgenstein, Aldo G. Gargani
On nous a appris à nous représenter l’auteur d’une œuvre philosophique en le séparant de sa biographie. Au milieu, entre les deux moitiés dont est artificiellement composée cette même personne, surgirait l’œuvre théorique, comme une structure autonome et indépendante. Pourtant les Carnets secrets de Wittgenstein font voler en éclats cette image fictive dont nous avons longtemps été prisonniers.

HISTOIRE RADICALE

Le refus de parvenir. Cette fusion entre l’idée de civilisation & l’idée de révolution, Marcel Martinet
Résister aux sirènes du mensonge d’État. Avant-propos à « John Dewey, homme d’action », Charles Jacquier
John Dewey, homme d’action, Alfred Rosmer
En désespoir de cause. Avant-propos à Léon Blum, les grandes illusions, Charles Jacquier
Léon Blum, les grandes illusions*, Boris Souvarine

Dossier de presse
Les temps maudits, n°14, 10/2002
La revue Agone ne paraissait plus depuis un an environ. Elle revient en force avec un numéro double de près de 400 pages, d’une grande richesse de contenu. On y lira, entre autres, trois textes de Pierre Bourdieu qui s’étalent sur presque 40 ans, depuis l’essai « Les sous-prolétaires algériens » paru en 1962 dans les Temps modernes jusqu’à un entretien accordé en novembre 2001 à la publication brésilienne O Globo, en passant par une réflexion écrite pour Libé en mars 1983 à l’occasion de la mort de Jean-Paul Sartre. La section « Histoire radicale » met à la disposition du lecteur des essais de Boris Souvarine et d’Alfred Rosmer ainsi que les belles réflexions qu’inspira, en 1923, « le refus de parvenir » à Marcel Martinet, l’auteur des Temps maudits, un recueil de poèmes antimilitaristes auquel notre revue a emprunté son titre.
Cependant, c’est aux premiers articles de la revue que se réfère le titre de cette livraison, « Revenir aux luttes », où se trouvent rassemblés – à côté de quelques articles inspirés par les grandes manifestations anti-mondialisation –, des textes portant sur les résistances des ouvriers aux licenciements et la réalité des « reclassements » proposés à certains d’entre eux (cas de Cellatex ou Danone), au nouveau mode de contrôle des salariés dans l’entreprise (Jean-Philippe Melchior se penche tout particulièrement sur le cas de Renault-Le Mans) ou à la fonction de la notion de « société civile » dans l’imposition, par leurs servants – Medef et CFDT, en l’occurrence –, de la vision du monde des dominants. De cet ensemble, nous retiendrons tout particulièrement le long entretien ( « Un métier dans les luttes » ) avec notre camarade Jacques Toublet, récemment disparu.
Les temps maudits, n°14, 10/2002
Réalisation : William Dodé