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Agone 28
« Lutte des sexes & lutte des classes »
Coordination Béatrice Vincent
Parution : 16/04/2003
ISBN : 2748900030
Format papier : 272 pages (15 x 21 cm)
20.00 € + port : 2.00 €

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Aujourd’hui comme hier, le sort réservé aux femmes dans la société et en particulier dans le monde du travail nécessite une double analyse, de genre et de classe. Si trop souvent les féministes ont failli à cet impératif, beaucoup de révolutionnaires, socialistes ou anarchistes, l’ont aussi négligé, voire dénigré. Pourtant, la lutte des sexes demeure un facteur invariable de la lutte des classes, et inversement. Béatrice Vincent

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Sommaire

De l’être humain mâle & femelle. Lettre à P. J. Proudhon, Joseph Déjacque
Élevez la voix contre cette exploitation de la femme par l’homme. Dites au monde que l’homme ne pourra désembourber la révolution, l’arracher de sa fangeuse et sanglante ornière qu’avec l’aide de la femme ; que seul il est impuissant. Dites à l’homme et dites à la femme qu’ils n’ont qu’un seul et même nom comme ils ne font qu’un seul et même être, l’être humain ; qu’ils en sont, tour à tour et tout à la fois, l’un le bras droit et l’autre le bras gauche. Dites-leur encore qu’à cette condition seule ils pourront percer les ombres qui séparent le présent de l’avenir, la société civilisée de la société harmonique.

Femmes & mouvement ouvrier, Jacqueline Henein
Nous avons pour projet d’éclairer ce que fut la situation des femmes et les luttes qu’elles menèrent en divers moments de l’histoire du mouvement ouvrier. Une chose ressort de nos analyses : si les femmes furent presque toujours aux premiers rangs dans les moments décisifs, elles n’apparaissent cependant jamais comme des protagonistes à part entière de l’histoire qui se joue. L’un des fondements de cet état de choses, c’est bien sûr la politique adoptée par les directions du mouvement ouvrier. Leur volonté de ne pas aller trop vite, de respecter les étapes, va à l’encontre des aspirations exprimées dans les couches les plus opprimées de la population, et par les femmes en particulier.

Femmes révolutionnaires. Mujeres Libres : sans tutelle ni coercition, Lucia Sanchez Saornil
Je me suis proposé d’ouvrir, pour la femme, les perspectives de notre révolution, en lui offrant des matériaux pour qu’elle se forme elle-même une mentalité libre, capable de distinguer le vrai du faux, le politique du social. La tâche est longue et difficile et je devine qu’un camarade, de ceux qui voient la révolution au coin de la rue, sourira avec suffisance et me dira qu’il est trop tard pour emprunter cette voie. Moi aussi, je me dois de sourire et de lui rappeler qu’il est bien de croire à la révolution tous les jours, mais il est encore mieux d’aller à sa recherche en la forgeant minute après minute dans les intelligences et dans les cœurs.

La mise à mort d’_Antoinette_, pièces choisies & présentées par Charles Jacquier
Décembre 1989, le comité confédéral national de la CGT annonce l’arrêt de la parution d’Antoinette. Dans une déclaration publique, Madeleine Colin écrit : « Porté par le dévouement militant de sa rédaction et de son réseau de diffuseuses, Antoinette avait réussi à faire circuler dans l’atmosphère confinée des instances de la CGT un vent frais de liberté, de contestation et de féminisme. […] En 1982, toute la direction d’Antoinette était licenciée et celle-ci reprise en main par la direction de la CGT. Dès lors, Antoinette devenait un bulletin mensuel asexué, sans personnalité, pâle annexe de La Vie ouvrière. […] Le moment était venu d’achever la besogne. Sans bruit, lâchement, le coup de grâce vient d’être donné. »

« On est tous morts de mort violente », Georgette Vacher
On prépare en ce moment le 25e anniversaire d’Antoinette. On a eu depuis deux mois tout ce qu’ils ont pu trouver de barrages. On voulait une fête des femmes, populaire, large, ouverte. Tout a été mis en œuvre pour barrer et on va avoir un machin, intéressant peut-être – je ne sais pas si on y arrivera – mais étriqué, encadré, protégé, rétréci par les mêmes hommes qui parlent de démocratie, de développement, de syndicalisation, d’expression. Les mêmes qui ont ça dans la bouche font tout pour qu’on se retrouve une poignée de militantes, toujours les mêmes à force de mettre des barrages.

À propos de La Domination masculine, Pierre Bourdieu (entretien avec Isabelle Rüf)
Presque universellement, la domination est impartie aux hommes, presque universellement les systèmes qu’on appelle mythologiques, et qui sont en fait des idéologies justificatrices de la domination masculine, mettent le masculin du bon côté, le féminin du mauvais côté, le masculin du côté du blanc, du soleil, du salut, etc., et le féminin du côté du sombre, des ténèbres, de l’eau noire, etc., et toute notre poésie reste imprégnée de mythologie archaïque, c’est-à-dire masculine. C’est presque universel, et, de ce fait, l’opposition, qui est une opposition historique, construite, paraît naturelle. Une des raisons de sa puissance extraordinaire, c’est qu’elle paraît aller de soi. À la fois au dominant et au dominé.

Un féminisme politique, Annick Coupé (entretien avec Franck Poupeau & Pierre Rimbert)
À partir du moment où il part du concret de ce que vivent les salariés, hommes ou femmes, le syndicalisme devrait par définition permettre aux femmes salariées, puisqu’on parle du monde du travail, d’exprimer leurs problèmes, ce qu’elles vivent… Mais quand je dis « devrait », c’est que ça ne s’est pas passé comme ça et que ça ne se passe pas toujours comme ça forcément. La question « femmes » a aussi été – historiquement, je veux dire avec tous les débats au début du siècle sur le droit des femmes à travailler ou à se syndiquer – une question politique et une contradiction au sein du mouvement syndical.

Femmes & taylorisme : la rationalisation du travail domestique, Odile Henry
La présence de représentantes des mouvements en faveur de l’éducation ménagère au sein des institutions de promotion de l’organisation scientifique du travail, majoritairement investies par des hommes, peut paraître incongrue. Cette bizarrerie, associée au caractère un peu ridicule dont ces militantes de la science domestique sont affublées, a toujours, lors des présentations orales de mes travaux sur l’histoire sociale du métier d’ingénieur-conseil, déclenché sourires et plaisanteries. Or, précisement parce que ces femmes – tout comme les petits conseils pratiques, astuces et propos du sens commun qu’elles offrent « modestement » – n’ont l’air de rien, leur contribution importante à la diffusion du taylorisme passe très souvent inaperçue.

Féminisme & syndicalisme, Annick Coupé
L’histoire des mouvements ouvrier et syndical français est marquée par deux courants. D’une part, le parti communiste, dont on ne peut pas dire qu’il ait brillé par son progressisme concernant la place des femmes dans la famille et dans la société ; d’autre part, un courant catholique. Aucun de ces courants n’a su percevoir d’emblée les enjeux que représentait l’entrée des femmes sur le marché du travail. De plus, il y a eu des résistances fortes à l’intérieur du mouvement syndical, qui s’est construit sur le modèle du salariat masculin, dans les grands bastions industriels. Il a fallu attendre les années 1970 pour que la question de l’émancipation des femmes, de leurs revendications spécifiques, et donc de leur oppression particulière, soit explicitement posée au sein du mouvement syndical.

Aux sources du féminisme américain, Howard Zinn
C’est au sein du mouvement pour les droits civiques des années 1960 que l’on peut trouver les premiers indices de l’émergence d’une conscience collective féminine. Comme toujours dans les mouvements sociaux, les femmes se trouvaient en première ligne, mais comme simples soldats, jamais comme généraux. Au bureau du Student Nonviolent Coordinating Committee d’Atlanta, Ruby Doris Smith, une étudiante du Spelman College emprisonnée durant les occupations de locaux, critiqua la manière dont les femmes étaient systématiquement réduites aux travaux de secrétariat. Sandra Hayden et Mary King en firent autant. Les dirigeants masculins les écoutèrent attentivement, étudiant leurs revendications et les documents réunis pour les étayer, mais rien ne changea réellement.

Famille, féminisme & droite américaine, Andrew Kopkind
Derrière l’avant-garde de la Nouvelle Droite qui bataille sur le front de la « défense de la famille », d’autres « soldats » se prononcent en faveur de la peine de mort, du nucléaire, des polices locales, du canal de Panama, de la saccharine, du FBI, de la CIA, du budget de la Défense, des sermons publics et de l’extension du parc immobilier ; et ils sont, en outre, particulièrement enclins à s’opposer à la politique volontariste de mixité scolaire, au ramassage scolaire, à la protection sociale, au secteur public, à la discrimination positive, à l’amnistie, à la marijuana, à la législation sur les armes, à la pornographie, à la limitation de vitesse à 55 km/h, aux hôpitaux de jour, à l’œcuménisme religieux, à l’éducation sexuelle, au covoiturage et à l’Agence pour la protection de l’environnement.

La tragédie de l’émancipation féminine, Emma Goldman
L’étroitesse de la conception existante de l’indépendance de la femme et de son émancipation ; la crainte d’aimer un homme qui n’est pas son égal au point de vue social ; la crainte que l’amour la dépouillera de sa liberté ou de son indépendance ; la terreur que l’amour ou la joie de la maternité nuise à l’exercice de sa profession, toutes ces appréhensions font de la femme moderne émancipée une vestale par force, devant laquelle passe la vie – avec ses grandes douleurs qui purifient et ses joies profondes qui ravissent – sans que son âme en soit touchée ou entraînée.

Médias & mondialisation libérale, groupe « médias » d’ATTAC
Les médias détiennent le monopole de l’information sur les médias. Et la plupart des journalistes n’admettent pour seules critiques que celles qu’ils consentent à formuler sur eux-mêmes. Le discours dominant des journalistes dominants sur la question des médias exagère presque toujours l’indépendance des journalistes à l’égard des pouvoirs et occulte corrélativement les rapports de propriété soumettant les médias à leurs propriétaires et à l’exigence du rendement (information marchandise, articles formatés, et parfois censurés, par la publicité). Le combat contre la mondialisation capitaliste impose d’informer sur l’information.

La pute, l’esclave & l’étalon. Langages de l’exploitation & de la résignation chez les boxeurs professionnels, Loïc Wacquant
L’une des notions les plus communément invoquées par les détracteurs du Noble Art pour expliquer la pérennité de ce sport est que les boxeurs sont naïfs, crédules à l’extrême, ignorants ou mal informés de la véritable nature de leur métier. En réalité, bien loin de se faire la moindre illusion, les boxeurs professionnels ont une conscience suraiguë d’entrer dans un univers d’exploitation illimitée dans lequel la filouterie, la manipulation, la dissimulation et les mauvais traitements font partie de l’ordre des choses et où les dégâts corporels et la dégradation personnelle sont la conséquence normale de l’exercice du métier.

HISTOIRE RADICALE

La guerre vue de Mexico & de New York, témoignage d’Alfred Rosmer & correspondance de Boris Souvarine ; présentation par Charles Jacquier

La fin misérable de l’expérience Blum, Jean Bernier ; présentation par Charles Jacquier

Faut-il réviser le marxisme ? André Prudhommeaux ; présentation par Bruno David

Réalisation : William Dodé