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Agone 28
« Lutte des sexes & lutte des classes »
Coordination Béatrice Vincent
Parution : 16/04/2003
ISBN : 2748900030
Format papier : 272 pages (15 x 21 cm)
20.00 € + port : 2.00 €

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Table des matières

Inégalités de sexe, inégalités de classe Béatrice Vincent

De l’être humain mâle & femelle Joseph Déjacque

Lettre à P. J. Proudhon

Femmes & mouvement ouvrier Jacqueline Heinen

Femmes révolutionnaires Lucia Sanchez Saornil

Mujeres Libres : sans tutelle ni coercition

La mise à mort d’Antoinette Charles Jacquier

« On est tous morts de mort violente » Georgette Vacher

À propos de La Domination masculine Pierre Bourdieu

Un féminisme politique Annick Coupé

Femmes & taylorisme : la rationalisation du travail domestique Odile Henry

Féminisme & syndicalisme Annick Coupé

Aux sources du féminisme américain Howard Zinn

Famille, féminisme & droite américaine Andrew Kopkind

La tragédie de l’émancipation féminine Emma Goldmann

Médias & mondialisation libérale groupe « médias » d’ATTAC

La pute, l’esclave & l’étalon Loïc Wacquant

Langages de l’exploitation & de la résignation chez les boxeurs professionnels

Histoire radicale

Avant-propos à Charles Jacquier

La guerre vue de Mexico & de New York Alfred Rosmer

Boris Souvarine à Alfred Rosmer Boris Souvarine

La fin misérable de l’expérience Blum Jean Bernier

Faut-il réviser le marxisme ? André Prudhommeaux

18 déc. [1944 ?]

Chers amis,

  • 1 Menchévik géorgien, très opposé aux bolcheviques, Iraklii Georgievitch Tseretelli (1882-1959) chois (...)
  • 2 Essayiste suisse d’expression française, Denis de Rougemont (1906-1985) s’établit à Paris en 1930 e (...)
  • 3 Respectivement, l’épouse et la belle-fille de Souvarine.

Le temps n’est ni fertile en miracles, ni propice à la correspondance. Tout ce qui se passe dans le monde, toutes les nouvelles de France, tout décourage d’écrire. Ajoutez à cela le travail qui m’écrase. Je n’ai pas le moindre loisir et n’entrevois pas la fin du job qui me rive à mon écritoire. Cette situation m’alarme même au point que j’ai pris une grande décision, celle de quitter New York et de m’isoler à Princeton pour tâcher d’avancer et essayer d’en sortir. J’attends un bateau qui amène de France quelques amis (entre autres, Tseretelli1) et, ensuite, je partirai. J’ai sous-loué une chambre chez les Rougemont2. C’est tout près de New York et très calme ; il y a deux bonnes bibliothèques. Je viendrai à New York le lundi pour… expédier les affaires courantes. Tels sont mes plans, mais je me demande ce qu’en sera la réalisation. Je ne m’en rendrai compte qu’à l’expérience. Françoise et Ginette garderont le home3. Je vivrai en garçon.

  • 4 Albert Camus s’embarque au Havre le 10 mars 1946 pour les États-Unis. Il avait été précédé de Simon (...)
  • 5 Yvon, pseudonyme de Robert Guihéneuf (1899-1986). Ouvrier menuisier parisien, il décide en 1923 de (...)
  • 6 Pierre Pascal (1890-1983). Ancien élève de l’École normale supérieure, sa connaissance du russe l’a (...)
  • 7 Comptable de profession et syndicaliste révolutionnaire, Marcel Hasfeld (1889-1984) est avant tout (...)

Nous avons vu Malaquais. Sont annoncés Sartre et Camus4. Beaucoup de voyageurs de France, ces derniers mois. Tous disent les mêmes choses. Jamais témoignages n’ont été aussi unanimes. J’envoie à Houston un paquet de journaux parisiens en priant de vous les envoyer ensuite. Je vous envoie d’autre part, directement, un numéro de la Vérité : vous verrez le niveau. J’ai eu indirectement des nouvelles d’Yvon5; il vit séparé de Maroussia, avec le fils, qui suit les cours de Pascal6 aux Langues orientales. Hasfeld7 est toujours optimiste… Depuis vingt ans que je le connais, il perçoit des signes prometteurs, des symptômes réconfortants… Heureuse nature. Tant mieux pour lui. Il signale Bob, toujours là, dans ses parages.

Mes parents sont à Neuilly, ont récupéré une chambre de leur ancien appartement où campent cinq autres occupants, malgré une décision de tribunal en leur faveur. Ils voient les Pascal, leurs voisins. Jenny fait du piano. Pierrette Body suit aussi les cours de Piotr. Nicolas cherche un logement à Paris ; Ida a interviewé des soldats russes et envoyé un compte rendu ici.

Il y a des « non-rentrants » russes à New York bien intéressants ; ce qu’ils disent de la vie en URSS est simplement cauchemardesque. On se demande jusqu’où peut aller la capacité humaine de souffrir. La police russe opère à Paris comme chez elle.

Amitiés, B.

Mardi [1er mai 1945]

Chers amis,

  • 8 François Crucy (1875-1958), pseudonyme de Maurice Rousselot. Journaliste, membre de la SFIO, il par (...)

J’ai terminé cette nuit seulement mon job nocturne à France-Presse. Cette expérience m’a mis sur le flanc. On se fait vieux. Je renonce à l’agence, à ses pompes, à ses œuvres, juste au moment où François Crucy8 en prend la direction (le torchon tabouisque l’appelle « François de Crécy »). La fatigue seule m’a empêché d’écrire. Mais maintenant que, démobilisé, je m’y mets, je « réalise » qu’une autre raison me rend difficile cet exercice : le dégoût. Cette guerre agonise dans une horreur sans nom. Vous avez de la chance de ne pas avoir les journaux, pleins d’atrocités, d’abominations de toutes sortes. Cela ne peut se comparer à rien de ce que l’histoire nous enseigne. Et il est impossible de commenter. Ni de faire semblant d’ignorer. Lire ces choses est un supplice. Ne pas lire serait une lâcheté. Tels sont bien les temps que nous vivons : il n’y a pas d’issue.

La radio vient d’annoncer la mort de Hitler. On ne réagit même plus. La fin de Mussolini est écœurante. Rien de donne lieu à se réjouir. Et devant la perspective de la fin des grandes opérations militaires en Europe, chacun sent que la question n’est pas là. Que cette guerre ne conduit pas à la paix. Qu’un mensonge énorme pèse sur ce bas monde. Et d’autres mensonges subsidiaires.

Mais trêve de considérations générales. Je réponds maintenant sur les points précis aux lettres d’Alfred.

Je n’ai vu personne de la délégation diplomatique. Aucun de ses membres ne m’intéresse, a priori. En outre, je n’aurais pas eu le temps. Enfin, ils ne se sont pas arrêtés à New York. Que de bonnes raisons !

  • 9 Ouvrier sculpteur sur bois, président du Conseil national de la Résistance, Louis Saillant (1910-19 (...)

Saillant9 a fait halte à Washington avant d’aller à Oakland. Il a tenu très librement des propos violemment anti-gaullistes, en ajoutant : « Et vous pouvez le répéter de ma part. » Ceux qui l’ont vu le jugent comme un typique « cégétiste moyen », sans prestige.

J’ai dîné plusieurs fois avec Sartre, en compagnie d’autres personnes. Très décevant. Existentialisme, Kierkegaard, etc. Je ne peux pas vous raconter cela par écrit. Ce sera pour votre retour.

J’ai vu Grand, qui est maintenant ici pour Libération-Matin (en ce moment, à Frisco, comme tout le monde). Très intéressant. Inracontable. Hanté par le danger « communiste », dont il pige bien l’ampleur et la gravité.

  • 10 Max Nomad (1881-1973), pseudonyme de Max Nacht. Né en Galicie, il donne à partir de 1902 de nombreu (...)

Téléphoné à Nomad. Aucune nouvelle de Louzon10.

  • 11 Pierre Dukercy, pseudonyme de Pierre Mejecaze (1888-1945). Dessinateur de presse, notamment à L’Hum (...)

Dukercy est mort11.

  • 12 Nicola Bombacci (1879-1945), qui figure parmi les fondateurs du parti communiste italien à Livourne (...)

Bombacci12, exécuté avec Mussolini, vous avez vu cela ?

  • 13 Ignazio Silone (1900-1978), pseudonyme de Secondo Tranquilli. Romancier et essayiste italien, il s’ (...)

Silone et Modigliani se sont résignés à collaborer avec les communistes13. Disent qu’on ne peut pas faire autrement.

J’ai remarqué comme vous la série de bizarreries entourant la mort de Roosevelt. Mais j’aimerais savoir en outre qui a fait la popote à Yalta. Car enfin, « le cuisinier, etc. ».

Poids dérisoires des colis, tarifs monstrueux d’expédition, tout cela est le fait du gouvernement français, pas des Américains.

De même, le retard ou la non-transmission du courrier de France : censure française, et non manque de shipping. Aucun doute là-dessus.

De même : la taxe de luxe (environ 400 fr.) payée en France par les bénéficiaires des colis, dans certains cas (lesquels ? c’est indéfinissable ; arbitraire illimité).

Tout le régime est là, dans ces détails sordides.

On peut envoyer en Russie des colis de 22 livres à un très bas tarif. En Italie aussi. Mais la France… n’a perdu qu’une bataille, dit-on.

Toutes les nouvelles de France concordent pour décrire la situation comme un chaos. Il n’est question que de révolution prochaine ; lire : chambardement, supplément de gâchis. Mes pires appréhensions sont largement dépassées. Une infime minorité de profiteurs se goberge sans vergogne au détriment d’une multitude de malheureux. Je vous fais grâce des détails pour ne pas trop assombrir votre séjour de vacances.

Et puis, je me sens réellement très fatigué. J’ai écrit à la va-comme-je-te-pousse, et je n’ai goût à rien.

De Ménil est ici pour la semaine. Pas optimiste non plus. Dominique écrit pour demander des livres, beaucoup de livres : signe de santé. Have a good time ! À bientôt.

Princeton, vendredi 14 [septembre 1945]

Chers amis,

  • 14 Agrégé de philosophie, directeur d’études à l’École pratique des hautes études et syndicaliste CFTC (...)

avant de partir pour Princeton où j’espérais pouvoir travailler deux semaines dans de meilleures conditions qu’à New York (chaleur, humidité, bruit intenables), j’ai appris par Vignaux14, mais en termes imprécis, ce qui s’est passé chez vous. En vain ai-je essayé d’en savoir plus long en téléphonant à Paulding et à Miss Winter. Hier, de Princeton, j’ai encore téléphoné à Vignaux, qui n’a rien pu ajouter à ce qu’il m’avait déjà dit (soudaine crise cardiaque, artère coronaire, hôpital de Colorado Springs). Inutile de vous dire combien nous sommes tous inquiets et consternés, impatients aussi d’avoir plus de nouvelles. Je n’ose pas écrire à Dominique en un pareil moment. C’est donc sur vous que nous comptons pour être tenus tant soit peu au courant.

Nous avons sous-loué deux chambres chez Mme de Rougemont. Je travaille dans les deux bibliothèques, celle de l’université et celle du séminaire théologique. Mais je me demande si nous ne serons pas obligés de rentrer à NY dès la semaine prochaine tant il y a de difficultés à résoudre constamment de tous côtés. En tout cas, si vous pouvez répondre au reçu de cette lettre, écrivez à Princeton. Sinon, à New York où nous rentrerons dans une semaine au plus tard.

  • 15 Né en Autriche, historien anarchiste, érudit et collectionneur, Max Nettlau (1865-1944) étudie la p (...)
  • 16 Militant anarchiste, ingénieur et professeur, Paul Reclus (1858-1941) est le fils d’Élie. Exile en (...)
  • 17 Instituteur hollandais, Christian Cornellissen (1864-1943) travaille au côté de Domela Nieuwenhuis (...)
  • 18 Militante socialiste, Suzanne Buisson (1883-1945) est notamment secrétaire du Comité national des f (...)

Nous avons causé avec bien des voyageurs venant de Paris. Tout est si attristant, si désespérant, que je n’ai pas le cœur à vous le rapporter, surtout dans un pareil moment. Quelques nouvelles que vous n’avez pas eu par les journaux : Max Nettlau15, mort en mai 1944 à Amsterdam ; Paul Reclus16 et Chr. Cornelissen17, morts l’an dernier en Dordogne ; Suz. Buisson, assassinée par les Allemands18; Victor-Merle, tué à Lyon au cours d’un bombardement américain.

  • 19 Amédée Dunois, pseudonyme de Gabriel Catonné (1878-1945). Anarchiste dans sa jeunesse, puis syndica (...)
  • 20 Militant communiste proche de Boris Souvarine, Pierre Kaan (1903-1945) le suit dans l’opposition à (...)

Les amis n’ont plus d’espoir au sujet d’Amédée19. De même quant à Pierre Kaan20: il reste maintenant très peu de déportés dans la zone russe.

J’espère donc un mot de vous bientôt.

Amitiés, B.

Notes

1 Menchévik géorgien, très opposé aux bolcheviques, Iraklii Georgievitch Tseretelli (1882-1959) choisit l’exil et représente les géorgiens au Bureau socialiste international de la IIe Internationale.

2 Essayiste suisse d’expression française, Denis de Rougemont (1906-1985) s’établit à Paris en 1930 et s’engage dans les mouvements personnalistes. Il est l’un des fondateurs de la revue Esprit. Lecteur à l’université de Francfort (1935-1936), il est ensuite rédacteur en chef des Nouveaux Cahiers (1937-1939). De retour en Suisse en 1939 où il est mobilisé, il fonde la Ligue du Gothard, l’une des premières manifestations de l’esprit de résistance européen. À la suite d’un article célèbre sur l’entrée de Hitler à Paris, il est envoyé par le gouvernement helvétique aux États-Unis pour y donner des conférences. Professeur à l’École libre des hautes études de New York (1942) puis rédacteur à l’Office of War Information pour la radio La Voix de l’Amérique, il rentre en Europe en 1946 et milite dans les mouvements fédéralistes européens.

3 Respectivement, l’épouse et la belle-fille de Souvarine.

4 Albert Camus s’embarque au Havre le 10 mars 1946 pour les États-Unis. Il avait été précédé de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Les invités français sont accueillis par le conseiller culturel de l’Ambassade, Claude Levi-Strauss qui rédige alors Les Structures élémentaires de la parenté.

5 Yvon, pseudonyme de Robert Guihéneuf (1899-1986). Ouvrier menuisier parisien, il décide en 1923 de partir vivre en URSS, où il reste durant onze ans, d’abord comme ouvrier qualifié puis comme technicien et enfin comme directeur d’usine. Dès son arrivée, il y fait la connaissance de Pierre Pascal et de Boris Souvarine. Ayant conservé la nationalité française, il peut revenir en France en 1933 en compagnie de son épouse russe et de leur fils. Il retrouve un emploi de tourneur grâce à Simone Weil et collabore à La Révolution prolétarienne jusqu’en 1939, y analysant la vie politique et sociale soviétique. En 1938, il publie L’URSS telle qu’elle est (Gallimard), préfacé par André Gide.

6 Pierre Pascal (1890-1983). Ancien élève de l’École normale supérieure, sa connaissance du russe l’amène à la mission militaire française en Russie en 1916. Rallié au bolchevisme, il participe deux ans plus tard à la formation du Groupe communiste français de Moscou. Il travaille notamment comme collaborateur du commissariat des Affaires étrangères, de la section de presse du Komintern, enfin à l’Institut Marx-Engels de Moscou. Alors que sa belle-famille est persécutée – « l’affaire Roussakov », rapportée par Panaït Istrati –, il entreprent des démarches afin de revenir en France avec son épouse. Finalement, ils arrivent à Paris le 8 mars 1933, jour de l’arrestation de son beau-frère, Victor Serge. Sa condamnation par la justice militaire ayant été levée en 1925, il obtient trois ans plus tard sa réintégration dans la fonction publique et est nommé professeur à Lille. En 1937, il entre à l’École des langues orientales, où il devient un savant de réputation internationale et forme plusieurs générations de slavisants.

7 Comptable de profession et syndicaliste révolutionnaire, Marcel Hasfeld (1889-1984) est avant tout le fondateur et le directeur de la Librairie du travail, bibliothèque militante de prêt, mais surtout coopérative d’éditions, qui publia, jusqu’à sa disparition en 1939, plus de cent trente titres concernant le mouvement ouvrier, notamment des œuvres de Maurice Dommanget, Daniel Guérin, Lissagaray, Rosa Luxemburg, Marcel Martinet, Jacques Perdu, Alfred Rosmer, Victor Serge et Léon Trotski. (Lire Marie-Christine Bardouillet, La Librairie du travail, Maspero, 1977.)

8 François Crucy (1875-1958), pseudonyme de Maurice Rousselot. Journaliste, membre de la SFIO, il participe aux travaux du groupe Révolution constructive et devient chef du service de l’information de la présidence du Conseil sous le premier gouvernement Blum. Il dirige l’agence France-Presse d’avril à décembre 1945.

9 Ouvrier sculpteur sur bois, président du Conseil national de la Résistance, Louis Saillant (1910-1974) reste à la CGT en 1947 et devient secrétaire général de la Fédération syndicale mondiale. Prix Lénine « pour la paix entre les peuples » en 1958, il sera nommé docteur honoris causa de l’université Patrice Lumumba à Moscou.

10 Max Nomad (1881-1973), pseudonyme de Max Nacht. Né en Galicie, il donne à partir de 1902 de nombreux articles à la presse anarchiste et devient, en 1904, l’un des rédacteurs en chef du mensuel anarcho-syndicaliste polonais, Wolny Swiat. En août de la même année, pour éviter une arrestation, il s’exile à Zurich. Deux ans plus tard, il abandonne l’anarchisme et devient membre du groupe du révolutionnaire polonais Jan Waclav Makhaïski à Genève. Actif dans le mouvement révolutionnaire clandestin russo-polonais en 1908-1909, il part aux États-Unis en 1913, où il adopte le nom de Max Nomad. À New York et à Washington, il est traducteur pour le Soviet Information Bureau de 1921 à 1929 et collabore à des journaux et des revues historiques, sociologiques et politiques en Europe et aux États-Unis. En 1945, il devient professeur d’histoire et de science politique à la New York University et à la New School for Social Research.

Ingénieur, militant syndicaliste révolutionnaire puis communiste, Robert Louzon (1882-1976) compte parmi les fondateurs, en 1925, après sa rupture avec le PCF, de la revue syndicaliste La Révolution prolétarienne, à laquelle il collaborera toute sa vie, en particulier sur les questions économiques.

11 Pierre Dukercy, pseudonyme de Pierre Mejecaze (1888-1945). Dessinateur de presse, notamment à L’Humanité (1920-1924), à L’Internationale (1922) et au Canard Enchaîné (1923), il était proche du parti radical-socialiste dans les années 1930.

12 Nicola Bombacci (1879-1945), qui figure parmi les fondateurs du parti communiste italien à Livourne en 1921, se rallie au fascisme au milieu des années 1930, défendant la thèse d’une Italie prolétaire en lutte contre les puissances étrangères capitalistes. Il revient sur le devant de la scène en 1943, lors de la constitution de la république fasciste de Salo. Fait prisonnier par des partisans, il est exécuté à Dongo le 28 avril 1945.

13 Ignazio Silone (1900-1978), pseudonyme de Secondo Tranquilli. Romancier et essayiste italien, il s’engage, très jeune, dans le mouvement socialiste et choisit le communisme au congrès de Livourne (1921). Après diverses missions pour le Komintern, il quitte l’Italie en 1928 et s’établit en Suisse pour y soigner sa tuberculose. Sa défense de Trotski lui vaut son exclusion du PC deux ans plus tard. Désormais socialiste, il rentre en Italie en 1945, où il sera député à la Constituante.

L’avocat Guiseppe Modigliani (frère du célèbre peintre) avait été membre du comité exécutif de l’Internationale socialiste dans les années 1930 et avait participé à la commission d’enquête sur les procès de Moscou.

14 Agrégé de philosophie, directeur d’études à l’École pratique des hautes études et syndicaliste CFTC, Paul Vignaux (1904-1987) est invité à enseigner la philosophie à l’université de Notre Dame (Indiana) sur la recommandation de Jacques Maritain. Il s’exile en 1941 dans le cadre d’une « résistance extérieure » au nazisme. Il établit de nombreux contacts avec les syndicats américains et travaille avec l’Office of Strategic Services et pour le service français de la radio Voice of America, créée par l’Office of War Information. (Lire Laurent Jeanpierre, « Paul Vignaux, inspirateur de la “Deuxième Gauche” : récits d’un exil français aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 60, octobre-décembre 2000, p. 48-56.

15 Né en Autriche, historien anarchiste, érudit et collectionneur, Max Nettlau (1865-1944) étudie la philologie. Il vit à Vienne et à Londres et voyage à travers l’Europe pour constituer sa collection de documents historiques sur l’anarchisme et le socialisme. Il publie ainsi une Bibliographie de l’anarchie en 1897 et trois volumes d’une biographie de Bakounine. Après la Première Guerre mondiale, l’inflation lui fait perdre l’essentiel de son héritage et il vit désormais à Vienne dans la pauvreté, continuant à publier des travaux historiques sur l’anarchisme. En 1935, il vend son immense collection à l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam, ville où il se réfugie après l’Anschluss.

16 Militant anarchiste, ingénieur et professeur, Paul Reclus (1858-1941) est le fils d’Élie. Exile en Suisse après la Commune, il rentre à Paris en 1877 pour faire ses études et devient ingénieur en 1880. Partisan de la reprise individuelle et de la propagande par le fait, il est inculpé dans le « Procès des trente » et se réfugie à Londres. Professeur en Écosse en 1895, il vient s’établir en Belgique, en 1903, à la demande d’Elisée Reclus, pour l’aider à terminer l’édition de L’Homme et la terre. Autorisé à rentrer en France en 1914, il est l’un des signataires du « Manifeste des seize » ; il fonde, en 1925, le journal anarchiste Plus loin et participe, en 1937, à la Solidarité internationale antifasciste (SIA).

17 Instituteur hollandais, Christian Cornellissen (1864-1943) travaille au côté de Domela Nieuwenhuis dans la Fédération sociale-démocrate. Il participe aussi au Nationaal Arbeids-Secretariaat, d’inspiration syndicaliste révolutionnaire. En 1898, il s’installe en France comme journaliste, organisateur du syndicalisme international et théoricien de l’économie politique. En 1914, il se rallie à la cause des Alliés. Sympathisant du syndicalisme révolutionnaire sa vie durant, il se consacre dans l’entre-deux-guerres à des travaux scientifiques d’économie, obtenant tardivement la reconnaissance de savants de réputation internationale. (Lire Home Wedman, « Christian Cornelissen 1867-1943 », Les Temps maudits, n° 5, mai 1999, p. 79-92.)

18 Militante socialiste, Suzanne Buisson (1883-1945) est notamment secrétaire du Comité national des femmes socialistes. Pendant la guerre, elle est trésorière du Comité d’action socialiste de la zone sud en 1941 et membre du bureau national du parti socialiste clandestin. Arrêtée à Lyon par la Gestapo en juin 1943, elle est déportée en Allemagne où elle trouvera la mort.

19 Amédée Dunois, pseudonyme de Gabriel Catonné (1878-1945). Anarchiste dans sa jeunesse, puis syndicaliste révolutionnaire, il choisit le parti communiste en 1920 avant de le quitter en 1927 et de rejoindre la SFIO en 1930. Animateur à plus de 60 ans du parti socialiste clandestin et résistant actif, il est arrêté par la Gestapo en octobre 1943 et trouve la mort au camp de Bergen-Belsen.

20 Militant communiste proche de Boris Souvarine, Pierre Kaan (1903-1945) le suit dans l’opposition à partir de 1925, collaborant au Bulletin communiste (1925-1933) et à La Critique sociale (1931-1934). Résistant de la première heure, il devient l’un des adjoints de Jean Moulin après être passé à la clandestinité. Arrêté et torturé en décembre 1943, il est interné à Compiègne, déporté à Buchenwald, puis à Gleina (Tchécoslovaquie). Libéré par des partisans tchèques, il décède du typhus à l’hôpital de Budejovice.

Boris Souvarine

Réalisation : William Dodé