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Agone 28
« Lutte des sexes & lutte des classes »
Coordination Béatrice Vincent
Parution : 16/04/2003
ISBN : 2748900030
Format papier : 272 pages (15 x 21 cm)
20.00 € + port : 2.00 €

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Table des matières

Inégalités de sexe, inégalités de classe Béatrice Vincent

De l’être humain mâle & femelle Joseph Déjacque

Lettre à P. J. Proudhon

Femmes & mouvement ouvrier Jacqueline Heinen

Femmes révolutionnaires Lucia Sanchez Saornil

Mujeres Libres : sans tutelle ni coercition

La mise à mort d’Antoinette Charles Jacquier

« On est tous morts de mort violente » Georgette Vacher

À propos de La Domination masculine Pierre Bourdieu

Un féminisme politique Annick Coupé

Femmes & taylorisme : la rationalisation du travail domestique Odile Henry

Féminisme & syndicalisme Annick Coupé

Aux sources du féminisme américain Howard Zinn

Famille, féminisme & droite américaine Andrew Kopkind

La tragédie de l’émancipation féminine Emma Goldmann

Médias & mondialisation libérale groupe « médias » d’ATTAC

La pute, l’esclave & l’étalon Loïc Wacquant

Langages de l’exploitation & de la résignation chez les boxeurs professionnels

Histoire radicale

Avant-propos à Charles Jacquier

La guerre vue de Mexico & de New York Alfred Rosmer

Boris Souvarine à Alfred Rosmer Boris Souvarine

La fin misérable de l’expérience Blum Jean Bernier

Faut-il réviser le marxisme ? André Prudhommeaux

Dans les locaux de SUD-PTT, à Paris dans le 20e arrondissement, le lundi 23 juillet 2001. Une réunion se tient pour coordonner les actions contre la répression policière lors des manifestations anti-G8 de Gênes, qui se sont déroulées le week-end précédent. Il y a là des représentants des associations de lutte (DAL, Droits Devant !, Mumia, ATTAC, etc.), des syndicats « contestataires » (SUD, CGT-Finances, CNT, etc.) et des partis politiques (PC, LCR, Les Verts, Les Alternatifs, Alternative libertaire, etc.). À un bout de la table disposée en carré, autour de laquelle se pressent, debout, les participants, c’est une femme, Annick Coupé, qui préside la séance, distribue les tours de parole qu’elle a notés sur une feuille – en citant à chaque fois les noms et l’organisation d’appartenance –, recadre les interventions selon l’ordre du jour, et synthétise les propositions. Sur un sujet aussi brûlant, qui a donné lieu à des discours antagonistes sur les prétendus « casseurs », on a tout lieu de craindre un affrontement entre partisans de l’action directe et militants dits « pacifistes ». Rien de tout cela : l’intensité de la répression (arrestations, témoignages de tortures, etc.) impose aux participants calme et retenue, mais la conduite de la réunion par Annick Coupé n’y est pas étrangère, et l’attention qu’on lui accorde témoigne du respect qu’elle inspire dans les milieux militants. Responsable syndicale et cofondatrice de SUD, elle bénéficie d’une reconnaissance qui ne s’explique pas seulement par sa présence au cœur des luttes sociales mais parce qu’elle incarne aussi, par son mode d’engagement, des valeurs militantes où le désintéressement et l’efficacité se conjuguent et incarnent sa capacité à « payer de sa personne ».

NEE EN 1953 à Falaise, une petite ville administrative du Calvados, Annick Coupé a grandi dans un quartier populaire où ses parents ont tenu un café après avoir, comme le grand-père, exercé le métier de boulanger. En mai 1968, elle est en seconde dans une classe littéraire. Elle participe à l’occupation de son lycée, ­animée d’une « révolte contre les profs » qui la conduit à plusieurs reprises en conseil de discipline. C’est sans doute anecdotique, mais lorsque la salle de permanence de son lycée mixte sépare les garçons et les filles par un rideau, elle le découpe en inscrivant « À bas le rideau de fer ». Elle poursuit des études de lettres à l’université de Caen, où les groupes maoïstes sont très présents : « Le premier cours de français où je suis allée, c’était un prof de linguistique qui était au PC, assez réputé à l’époque. Donc c’était dans un grand amphi. Et d’un seul coup arrive une bande d’étudiants, cheveux longs, un peu hirsutes, avec une corde, et ils commencent à gueuler au prof : “On va te pendre ! PC collabo” et à faire des bombages partout… J’ai trouvé ça très drôle, ça m’a tout de suite fait marrer, ce côté “contre l’ordre établi”… »

C’est lors de cette première année d’université, marquée par une longue grève de trois mois, qu’elle commence à acquérir une culture politique : « Ce qui était intéressant, c’est qu’il y avait vachement de débats. T’allais dans les amphis, il y avait plusieurs centaines de personnes. Des discussions, entre des groupes politiques d’extrême gauche, auxquelles je ne comprenais parfois pas grand-chose. Mais ce qui me plaisait bien, c’était le côté révolte, impertinence. » Il y a aussi des fêtes, des concerts de jazz, des militants étrangers qui sont invités : « Je me suis retrouvée à flotter là-dedans, et ça me plaisait. »

N’ayant rien fait du point de vue scolaire, elle n’est pas reprise en foyer universitaire et prend ses distances avec sa famille : elle ­commence alors à faire des « petits boulots » pour assurer son ­indépendance financière. C’est à la rentrée 1971 qu’elle se rapproche plus de Front rouge, une des scissions du parti communiste marxiste-léniniste français (PCMLF) : « En fait, c’est là que j’ai commencé à m’engager politiquement. Ce qui est marrant, c’est que j’avais plutôt une conception “spontanéiste” – comme on disait à l’époque – et que je me suis retrouvée dans l’un des groupes les plus sectaires. » Pendant ces années où le PCMLF accorde un « soutien inconditionnel » à la Chine, Annick vit avec l’un des dirigeants locaux. Ils ont une fille. C’est lui l’intellectuel du couple, qui lui parle de ses lectures : « J’étais une bonne activiste, mais les débats théoriques me faisaient chier. » Elle travaille alors comme caissière dans un supermarché et adhère à la CFDT. L’union régionale Basse-Normandie est, à l’époque, l’un des bastions d’« oppositionnels » à la direction de la confédération – ceux qui refuseront le recentrage impulsé par Edmond Maire en 1978.

Premiers pas dans le militantisme : la politique avant le syndicalisme

Comment es-tu entrée au PCMLF ?

C’était une des forces les plus influentes sur la fac dans les années 1970, ils étaient vraiment très dynamiques. Il y avait quelques militants avec qui j’avais sympathisé : ils faisaient partie des leaders du mouvement étudiant. Deux d’entre eux étaient vraiment des gens sympas, brillants. J’étais un peu en admiration et quand je suis retournée à la fac à la rentrée en octobre, je les ai retrouvés, ils recrutaient des militants. Leur démarche partait de là : « Le mouvement étudiant a des limites, on l’a bien vu, on s’est battu toute l’année, au bout du compte il y a quand même eu la répression mais les cours ont repris, donc il faut se tourner vers la classe ouvrière. » C’était un peu le moment du tournant ouvrier dans les formations d’extrême gauche, et ce discours me plaisait : « Si on veut vraiment changer les choses, il faut être un peu sérieux. » Donc j’ai adhéré, je suis rentrée au PCMLF.

Mais pour vous resituer un peu l’époque, quand on remplissait sa fiche biographique, il y avait des tas de questions, par exemple : « Est-ce que vous avez peur de la répression ? » ou encore : « Est-ce que vous êtes prêt à mourir pour la révolution ? » Et tu te prenais la tête ! Alors j’ai mis « Oui », mais c’est vrai que ça paraît assez surréaliste maintenant… Et alors j’ai commencé à beaucoup militer.

Combien étiez-vous à militer dans ce groupe ?

  • 1 Raymond Marcelin fut ministre de l’Intérieur à partir du 31 mai 1968. Nommé à ce poste pour écraser (...)

À l’époque, il y avait des cellules, parce que c’était clandestin. C’était un des partis qui avaient été interdits en 1968, et il y avait une espèce de parano sur la répression – il est vrai qu’à l’époque le ministre de l’Intérieur était Marcelin1… Comme c’était organisé en cellules, tu ne connaissais pas le nombre, tu connaissais un dirigeant, etc. J’ai vite complètement laissé tomber les études, et puis j’ai commencé à bosser – j’ai vendu du poisson sur les marchés…

Tu as retrouvé le même genre de discussions au parti qu’à la fac ?

Avec le centralisme démocratique, ce n’était pas vraiment un espace de débat ! En même temps, je ne renie pas du tout ça, qui m’a formée en termes de problèmes politiques, qui m’a ouvert les yeux sur les rapports de force, les rapports de classe, etc. Et ça m’a habitué à réfléchir politiquement ; enfin, à réfléchir… En tout cas, ça m’a fait baigner dans un débat politique, même s’il était figé, un peu dogmatique… Et puis d’emblée, tout ce qui était débat théorique ne m’intéressait pas, ce qui m’intéressait c’était d’aller distribuer des tracts à la porte des usines, de faire de l’activité, voire de l’activisme…

Les pratiques militantes ordinaires alors c’était distribuer des tracts à l’usine…

C’étaient les collages, les bombages. C’était une époque avec une volonté de s’implanter dans les usines à Caen, comme Moulinex, Geiger, SAVIEM, Renault. De plus, l’année 1968 à Caen a été marquée par des luttes très dures : dès le mois de janvier, il y a quasiment eu une insurrection dans le centre-ville, menée par des ouvriers de SAVIEM, sur des questions de salaires, ils étaient allés en manifestation et ça avait été très dur avec les flics, il y avait eu une nuit d’émeutes. Sur SAVIEM, il y avait une tradition de lutte, c’était la CFDT, une CFDT très combative. Des liens se sont tissés. Il n’y a pas eu, comme dans d’autres usines, la rupture entre les étudiants, le milieu gauchiste et le PC, parce qu’à SAVIEM c’était la CFDT qui était majoritaire.

Étais-tu syndiquée à l’époque ?

Je suis restée quatre ans caissière à l’hypermarché Continent, et je suis rentrée à la CFDT, parce qu’à Continent il n’y avait que FO, qui était vraiment le syndicat patronal, et la CFDT. Le secrétaire de section à la CFDT était un prêtre-ouvrier socialiste, mais il était assez cool, il m’aimait bien ! J’étais la petite jeune ! À la CFDT en Basse-Normandie (et même ailleurs), il y avait beaucoup de militants très ouverts au débat politique, même à l’extrême gauche, et donc, comme j’étais assez démerde, je suis devenue assez rapidement déléguée syndicale, ­jusqu’en 1976, où je suis partie à Paris.

Et en tant que déléguée syndicale, tu as eu des conflits à mener ?

Non. On a eu une grève une fois d’une heure ou deux. On avait surtout à gérer des histoires d’horaires, de passage d’un temps partiel à un temps complet, et puis des conflits avec les chefs.

Avais-tu des activités dans la CFDT ?

J’étais déléguée au niveau local et je participais au conseil syndical du syndicat du commerce parisien. Mais il y a eu un débat assez important dans la CFDT en 1974. Le PS avait lancé une opération qu’ils avaient appelée les « Assises du socialisme » avec l’idée de faire de la CFDT la courroie de transmission du PS, comme la CGT l’était pour le PC. À ce moment-là, il y avait quand même eu des sacrés débats parce que, même en Basse-Normandie, des copains étaient tentés par cette histoire et on s’était un peu engueulés.

Cela ne posait pas de problèmes d’être au PCMLF et à la CFDT ?

Il faut se remettre dans la tête qu’à l’époque, à la CFDT, on pouvait discuter de tout, on pouvait discuter des comités de soldats, de l’avortement, du socialisme autogestionnaire. Tu n’avais pas les refus d’aujourd’hui, même s’il y avait des rapports de force à l’intérieur, il existait un espace de débats. Tu pouvais causer de tout. Tu pouvais poser n’importe quel débat politique. Tu pouvais parler de la révolution, de la prise de pouvoir. Il n’y avait pas de sujets politiques tabous. C’était un des intérêts de la CFDT. Je crois que la CFDT avait eu l’intelligence de se développer par rapport à la CGT en s’appuyant sur ce qu’il y avait de positif dans Mai 68, c’est-à-dire l’aspiration à débattre, l’autogestion, toutes les questions de société. Historiquement la CFDT a vraiment décollé après 68.

Tu adhérais aux idées de la CFDT ?

Ben… Quand on était maoïste, l’autogestion ce n’était pas vraiment… J’ai adhéré à la CFDT parce que, dans la boîte, c’était vraiment les plus combatifs à Caen. Mais il y avait quand même une certaine coupure entre mon engagement politique et mon engagement syndical. Quand je travaillais, je faisais du syndicalisme, mais à l’extérieur je ­faisais de la politique… Ben… Quand on était maoïste, l’autogestion ce n’était pas vraiment… J’ai adhéré à la CFDT parce que, dans la boîte, c’était vraiment les plus combatifs à Caen.

Les maos & la « question femmes »

Comment a eu lieu la rupture avec les maos ?

Des choses dans ma vie personnelle se sont confondues avec la politique. Le père de ma fille a rompu avec la politique en 1974-1975, de façon assez brutale et cynique, sur le thème « Tout ça n’est que de la manipulation ». On s’est séparés à cette époque. J’étais toujours à Caen et j’avais une vie affective personnelle un peu compliquée. Je me suis fait engueuler dans le parti sur le thème « Ce n’est pas correct, c’est une attitude petite-bourgeoise »… Ça a commencé à me gonfler quand ils se sont mis à me convoquer pour me demander des comptes sur ma vie personnelle. À l’époque, j’avais eu une histoire avec un autre type du parti et on a été convoqués tous les deux. On nous a demandé des comptes et tout. Ça m’avait quand même énervée, mais comme j’étais encore à l’époque assez respectueuse de la discipline, je n’ai rien dit, et en fait je n’en ai fait qu’à ma tête.

  • 2 MLAC : Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception, qui mobilisa surtout de (...)

Une autre affaire m’avait posé quelques problèmes : la question des femmes. Ce n’était pas une question que je connaissais beaucoup, mais j’y ai été confrontée parce que je me suis fait avorter en 1974, à une époque où l’avortement n’était pas encore légalisé en France – il fallait aller en Angleterre. Seul le MLAC2 faisait quelques avortements. Ce qui, politiquement, m’a posé problème, c’est que j’ai eu une attitude de consommatrice avec le MLAC, je l’ai utilisé pour mon avortement, mais après je n’ai pas continué, notamment parce qu’au PCMLF on pensait que ce n’était pas prioritaire… D’autre part, il y avait la façon dont les femmes de militants étaient traitées. Je pense notamment à un camarade de 45 ans, qui travaillait dans la métallurgie à Caen, donc le cœur de la classe ouvrière, et qui était odieux avec sa femme, il lui tapait ­dessus et lui interdisait de prendre la pilule alors qu’ils avaient déjà cinq gosses. Et ça, il ne fallait pas en parler, donc ça m’avait un peu… Mais pas plus que ça.

Et il y avait beaucoup de femmes dans l’encadrement ?

Non, les dirigeants étaient des hommes, les nanas étaient soit complètement clandestines, parce que c’étaient les femmes des chefs, soit elles étaient plutôt les « petites mains »…

Et donc tu es venue à Paris …

Je suis venue à Paris parce que le copain avec qui j’étais à l’époque, qui était prolo, en 1976 le parti lui a demandé de venir à Paris pour le lancement du Quotidien du peuple – en fait toute l’extrême gauche a essayé de faire des quotidiens à l’époque. J’ai donc débarqué à Paris. Il fallait que je trouve du boulot parce que lui était payé par le parti, mais genre le SMIC, et en plus il avait deux enfants d’un premier mariage, donc il avait les pensions alimentaires. À l’époque, on recrutait beaucoup d’institutrices suppléantes, et je me suis retrouvée un beau matin avec 30 mômes en maternelle, alors que je ne savais rien. Je n’avais aucune formation, rien, et j’ai fait des remplacements pendant deux ans. Ensuite, je suis rentrée à la Poste, à la fois par ras-le-bol de cette précarité et avec l’idée de rentrer dans une grosse boîte… parce que j’étais encore au PCMLF qui s’était légalisé en PCRML (parti communiste révolutionnaire marxiste-léniniste). Mais il y avait des tensions entre eux et moi, notamment sur la question des femmes : je dois être la seule personne à avoir été interdite de voyage en Albanie pour conduite petite-bourgeoise, à cause de ma vie personnelle, parce que ça ne s’était pas bien passé avec le copain avec qui j’étais venue à Paris, qui était un dirigeant ouvrier du parti. On s’est séparés. Enfin on s’est séparés… j’ai eu une histoire avec un autre mec et ça a été le drame. J’ai été à nouveau convoquée. Et là je me suis vraiment révoltée. Parce que certes, comme ils disaient, “je l’avais trompé”, mais en même temps lui m’a tapé dessus un jour et j’ai été obligée de me sauver de la maison. Je me suis retrouvée dehors, à minuit, en chemise de nuit, et j’ai descendu le quartier à fond la caisse, nu-pieds, pour aller chez une copine qui habitait à deux rues de là. J’étais prête à reconnaître que j’avais fait des erreurs, que je ne m’étais pas toujours comportée comme j’aurais dû, mais qu’on ne dise rien sur son attitude, ça ça m’avait quand même…

Et puis il y avait eu d’autres choses. On avait monté une organisation de jeunesse qui marchait plutôt bien : elle s’appelait l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, avec un journal qui s’appelait Rebelles, et ça me plaisait bien parce qu’avec les jeunes c’était assez dynamique. Je m’éclatais tellement avec eux que je n’étais pas assez à la maison quand mon camarade rentrait de ses réunions : le ménage n’était pas fait, la bouffe n’était pas prête, et ça posait des problèmes. Je ne plaisante pas ! On m’a retiré de l’organisation de jeunesse sous le prétexte officiel que je n’avais pas assez de temps pour m’occuper de ma fille, mais en fait parce qu’il y avait eu plainte du mec avec qui j’étais et, tout de même, comme c’était un dirigeant du prolétariat, il fallait…

Et ce qui a achevé les choses, c’est cette histoire d’Albanie. On m’a interdit d’y aller sous prétexte de mon comportement… Après, on a menacé de m’envoyer en Lorraine dans la sidérurgie ! Alors là j’ai dit : « Écoutez, ça va ! » En même temps, il y avait un certain nombre de critiques qui commençaient à se faire sur la Chine, parce qu’il y avait eu l’épisode mort de Mao et « Bande des Quatre », ce qui devenait indéfendable… Donc je me suis tirée début 1978, assez tard. Et on a fait un texte politique d’explication, ce qui ne se faisait jamais. D’habitude les gens portaient sur la pointe des pieds, un peu honteux… C’était pratiquement la première fois qu’un groupe de gens écrivaient pourquoi ils partaient, on posait à la fois des problèmes politiques et des problèmes personnels, la façon dont les femmes étaient traitées dans l’organisation, les rapports hommes-femmes, etc. On a vraiment eu du culot parce qu’on est allé le distribuer à un meeting à la Mutualité, et là on a vraiment failli se faire taper dessus.

Responsabilités syndicales

  • 3 La Ligue : Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ; LO : Lutte ouvrière ; PT : parti des travailleu (...)

Quand je suis rentrée à la Poste en 1978, je suis restée à la CFDT. La section des services financiers de la Poste était très contestataire, assez gaucho, enfin il y avait pas mal de copines de la Ligue. Il faut savoir qu’au milieu des années 1970 toute l’extrême gauche était présente aux chèques postaux : la LCR, LO, le PT3, une autre branche mao, L’Humanité rouge. Les chèques postaux, où travaillaient 14 000 personnes, étaient l’une des 100 entreprises suivies directement par le comité central du PC. Assez vite, je suis allée au conseil syndical et c’est vrai que j’avais de l’expérience, donc, dans ces cas-là, ça va assez vite. Je me suis retrouvée secrétaire adjointe du syndicat. À l’époque, les copines de la LCR m’ont proposé d’y rentrer, mais la rupture avec les organisations politiques était claire pour moi. De plus, j’avais envie de consacrer mon temps aux questions syndicales et aux questions « femmes », car depuis mon arrivée à Paris j’avais commencé à prendre contact avec les groupes « femmes », un peu au même moment que ma rupture avec les maos. Aux chèques postaux, il y avait un groupe « femmes » d’entreprise, dans lequel je me suis aussi pas mal investie.

Quelles étaient les activités de ces groupes « femmes » ?

On tenait des réunions. C’était en même temps un peu groupe de paroles, où les filles racontaient ce qu’elles avaient sur le cœur, ce qu’elles vivaient, ce qu’elles avaient vécu. Parmi les militantes, beaucoup étaient passées par l’extrême gauche. On avait à la fois des militantes qui étaient à la CFDT, d’autres à la CGT, et on faisait des permanences intersyndicales, par exemple sur la question de l’avortement en 1979, quand il y a eu le débat définitif sur la loi Veil, qui avait d’abord été votée pour cinq ans en 1974. On faisait aussi des tables de presse avec des bouquins féministes, sur la violence, sur le viol ; on écrivait des tracts, et on a participé aux ­premières manifs pour les droits des homosexuels.

Tu avais des décharges syndicales ? Tu as gardé toujours le même boulot ?

J’ai toujours bossé à la caisse d’épargne de la Poste, qui était rattachée aux chèques postaux. En fait, je suis devenue secrétaire du syndicat en 1982. Depuis 1974, toutes les secrétaires du syndicat avaient été des copines de la Ligue. Il y avait à la fois l’idée de renouveler et de garder une vision politique des choses. J’avais un peu le profil idéal, avec mon expérience politique d’extrême gauche et mon activité syndicale. Je pense que je suis arrivée au bon moment… En 1984 se produit une grosse crise dans la CFDT-PTT de la région parisienne, qui était tenue par une coalition de gens plutôt proches du PS, et qui étaient assez incompétents. On a pris la majorité de la région parisienne. « On », c’est-à-dire des sensibilités d’extrême gauche, notamment la LCR, les anars, et des militants non encartés qui en avaient marre des dirigeants qui n’étaient là que pour appliquer la ligne de la direction confédérale.

  • 4 In La Subversion démocratique, entretiens avec August Dubourg, Le Temps des Cerises, Paris, 2000, p (...)
  • 5 Lire Annick Coupé et Anne Marchand, Syndicalement incorrect. SUD-PTT, une aventure collective, Syll (...)

Ces tensions entre la fédération CFDT-PTT et la confédération CFDT vont s’accroissant tout au long des années 1980, jusqu’à la rupture et la création de SUD. Annick Coupé dira plus tard avoir été « mis dehors comme si on était des gangsters4». Les causes et les motifs en sont multiples : il y a tout d’abord le « recentrage » impulsé dès la fin des années 1970 par Edmond Maire, qui déçoit les attentes des militants ayant trouvé dans la confédération, après Mai 68, l’expression d’un syndicalisme de contestation. Il y a aussi, en 1988, les négociations salariales de la fonction publique que le bureau national veut signer en dépit de l’opposition de nombreux adhérents, dont les militants de plusieurs syndicats de la région parisienne, mise sous tutelle depuis plusieurs mois. Il y a enfin, depuis 1986, la reprise des luttes sociales, à travers des coordinations que la CFDT refuse de soutenir. En octobre 1988, la confédération va jusqu’à retirer son appui aux grévistes du centre de tri de Lezennes, près de Lille. A Paris a lieu le « conflit des camions jaunes »5. Les secrétaires des sections locales du centre de tri de Lille-Lezennes et des garages postaux de Paris sont suspendus et privés de leur mandat syndical. Ces sanctions ne sont que le début d’un processus beaucoup plus large d’exclusion des « oppositionnels », entamé lors du congrès confédéral de la CFDT à Strasbourg (21-28 novembre 1988). Dans son discours, Edmond Maire revient sur les luttes récentes : « Il y a des personnes qui ont animé ces conflits et qui n’ont plus leur place à la CFDT, ce sont des moutons noirs et l’organisation doit s’en passer. » Lorsqu’elle intervient en tant que secrétaire régionale de la CFDT-PTT Île-de-France, Annick Coupé se fait huer et doit terminer son discours avec le micro coupé. Quelques jours plus tard, le comité national de la CFDT-PTT retire leur mandat aux responsables de l’union syndicale Île-de-France, et le 7 décembre des militants de la fédération sont envoyés pour les déloger de leurs locaux… Rétrospectivement, Annick Coupé pense que la CFDT préparait en fait la réforme de la fonction publique « avec les PTT en vitrine » qui serait lancée trois mois plus tard : « ça c’est passé au niveau de Rocard… La CFDT a choisi de s’engager dans cette réforme… Il fallait qu’ils fassent le ménage dans la région parisienne pour être crédibles auprès du ministre. »

  • 6 Sur la fondation de SUD-PTT, lire Syndicalement incorrect, op. cit.
  • 7 Lire Fédération de SUD-PTT, L’Acharnement. Chronique de la répression des sept postiers de Lille-Le (...)
  • 8 La loi de juillet 1990, dite « loi Quilès », met un terme à l’administration des PTT. Elle laisse p (...)

Les « moutons noirs » résistent : en janvier, Christophe Aguiton, Christian Chartier, Annick Coupé Thierry Renard, Alain Sauvage, et quelques autres jettent les bases d’une nouvelle fédération. Dans les petits locaux de la rue de Malte (Paris 11e) s’engage alors une lutte pour l’existence même de la structure syndicale6 : dépôt des statuts, obtention des droits syndicaux, élections professionnelles en mars 1989. Le nouveau syndicat Solidaires Unitaires Démocratiques (SUD) remporte 16 % des voix dans les services financiers parisiens, 45 % dans les centres de tri de Créteil et Issy-les-Moulineaux, 5 % au plan national. Dès la fin 1989, lors du conflit de Lille-Lezenne7, sept militants de SUD sont révoqués à la suite de la séquestration, une partie de la nuit, d’un cadre administratif venu remettre au travail les grévistes du centre de tri. Cette opération répressive, destinée à casser les bastions les plus combatifs dans lesquels s’implantait SUD (dont seuls les militants se trouvaient criminalisés) a pour effet de souder encore plus les anciens « oppositionnels », qui en appellent à la Ligue des droits de l’homme pour monter une commission d’enquête. Interdits en 1991 de se présenter aux élections du conseil d’administration des PTT, devenus entreprise publique depuis la loi Quilès8, « les SUD » posent un recours au Conseil d’État – qu’ils gagnent trois ans après – et sont présents sur le terrain du conflit social, notamment dans les bureaux de poste parisiens en 1993.

  • 9 Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception. Constituée en 199 (...)

Représentant un « point d’équilibre » entre les forces présentes dans le syndicat, Annick Coupé en est la porte-parole, en tant que secrétaire fédérale, jusqu’en 2000, où elle est remplacée par une autre femme, Joëlle Charuel. Ce n’est pas pour autant que la question des femmes est résolue dans les syndicats et même dans SUD, où les « copains » sont pourtant loin d’être « ce qu’il y a de plus macho dans le mouvement ouvrier ». Il y a des quotas pour la représentation des femmes dans les postes de direction, même si d’autres priorités ont prévalu au cours de la période de fondation, dans une période où « il ne se passait pas grand-chose sur le plan féministe ». En 1992, lorsque se crée le CADAC9, le syndicat est néanmoins « partie prenante, parce que la question femmes est, depuis le début de SUD, une question importante ». Le rôle d’Annick Coupé est, on peut s’en douter, déterminant dans cette démarche.

Un militantisme féministe implicite

Quand tu racontes ton parcours chez les maos puis le début de SUD, tu fais référence à toi non seulement en tant que militante mais aussi en tant que femme. Avais-tu conscience de cette dimension des luttes dès le début ?

Quand je me suis engagée en politique dans les années 1970, cette dimension-là n’était pas explicite mais, étant le produit de la génération de Mais 68 et d’après, j’étais forcément concernée par ces questions-là – ne serait-ce que parce que, si la contraception existait en 1967, les médecins ne pouvaient la délivrer qu’aux jeunes femmes majeures, à l’époque à 21 ans et non à 18 ans. Pour les jeunes filles de ma génération, quand on commençait à avoir des rapports sexuels, il n’était pas si facile d’avoir accès à la contraception.

Même si je n’étais pas du tout engagée dans des groupes « femmes » ou des mouvements féministes, tout cela m’apparaissait quand même lié au mouvement militant. La question « femmes » était donc présente dans mon engagement mais pas de façon explicite. La preuve c’est que dans ce que j’ai vu dans mon organisation politique mao, en termes de comportements, cela ne m’a pas forcément heurtée ni scandalisée. Je pense donc que la question des femmes en ce qui me concerne fait partie des fils rouges, mais en même temps ce n’était pas explicite ni revendiqué. Ce que je revendiquais à l’époque, c’était plutôt une liberté individuelle, et il se trouvait que l’individu en question c’était un individu-e, au féminin… La liberté d’une jeune femme à ce moment-là touchait aussi aux questions de contraception et d’avortement, qui étaient centrales.

Et tu n’avais pas de rapport avec les mouvements féministes ?

Je n’ai pas rencontré tout de suite de militantes féministes. Sauf dans mon organisation mao, une copine qui était assistante sociale dans un quartier et qui était engagée dans un groupe MLAC. Ces groupes portaient la lutte pour la contraception : ils pratiquaient des avortements dans la clandestinité en le revendiquant. Il s’est trouvé que je me suis retrouvée en situation d’avorter et d’aller voir le MLAC par le biais de cette copine. Je pense que ça a quand même contribué à consolider ma conscience de l’inégalité fondamentale entre les hommes et les femmes en matière de sexualité : pour les uns, il n’y avait pas de conséquences, et pour les autres, les conséquences pouvaient être destructrices. Dans ces permanences du MLAC, j’ai vu de très jeunes filles pour qui c’était un drame familial terrible, qui n’osaient pas dire à leurs parents qu’elles étaient enceintes ; mais aussi des femmes immigrées ou même des femmes ouvrières qui n’osaient pas dire à leur mari qu’elles voulaient se faire avorter parce qu’elles avaient déjà trois ou quatre enfants et qu’elles n’en voulaient pas davantage. Ça m’a touchée, même si ça ne s’est pas traduit par un engagement militant dans ce groupe MLAC à Caen. En plus, le fait d’être dans une organisation mao séparait le militantisme féministe du militantisme directement politique.

Comment expliques-tu cette frontière ?

C’était une organisation politique totalement traditionnelle du point de vue des rapports entre les hommes et les femmes. Ce n’était pas la seule à l’époque, mais c’était peut-être l’une des plus caricaturales dans ce domaine-là, à cause de l’idée que la contradiction principale était la question du capital et du travail, de la classe ouvrière et de la bourgeoisie ; pour aller vite, le reste était assimilé à des luttes de la petite bourgeoisie. Je me souviens – j’étais déjà à Paris, en 1976 ou 1977 –, sur un autre terrain, celui du droit des homosexuels… Il y avait eu un communiqué commun au groupe « femmes » et à un mouvement de défense des droits des homosexuels qui devait être le FHAR [Front homosexuel d’action révolutionnaire]. Le communiqué était passé dans le journal du PCR, Le Quotidien du peuple, mais la partie qui faisait référence à l’homosexualité avait été enlevée. Je m’en souviens parce que je commençais à prendre de la distance et faire quelques critiques, et ça faisait partie des comportements qui m’avaient choquée. Il y avait des choses que j’acceptais… Enfin, que j’acceptais… Oui, que j’acceptais parce que je me taisais.

J’avais un copain, enfin un camarade, qui était un prolo, qui était marié, qui avait cinq mômes, et dont la femme voulait prendre la pilule, et lui refusait. Il ne refusait pas forcément pour avoir plus de mômes, mais il était extrêmement jaloux et si elle prenait la pilule, c’était pour elle un facteur de liberté. Elle, un jour, a craqué et m’a parlé de ça, et j’ai essayé d’en parler dans le parti. Je me suis fait envoyer paître, sur le thème : « C’est une question privée »… Je pense qu’on était dans un fonctionnement politique où la « question privée » était une question personnelle, sans voir que, dans la sphère du privé, il y avait des rapports de domination très importants. Je pense que j’ai accumulé tout ça de façon un peu éparse ; et quand je suis arrivée à Paris en 1976-1977, la période de rupture avec le mouvement mao a aussi été la période où j’ai rencontré des militantes féministes. Puis je me suis vraiment engagée dans les groupes « femmes ».

Féminisme & syndicalisme

Penses-tu que la forme syndicale permet plus l’intégration des femmes ?

  • 10 En 1913, Emma Gouriau exerce le métier de « typote » depuis 17 ans.Elle vient pourtant d’être embau (...)

À partir du moment où il part du concret de ce que vivent les salariés, hommes ou femmes, le syndicalisme devrait par définition permettre aux femmes salariées, puisqu’on parle du monde du travail, d’exprimer leurs problèmes, ce qu’elles vivent… Mais quand je dis « devrait » c’est que ça ne s’est pas passé comme ça et que ça ne se passe pas toujours comme ça forcément. La question « femmes » a aussi été – historiquement, je veux dire avec tous les débats au début du siècle sur le droit des femmes à travailler ou à se syndiquer – une question politique et une contradiction au sein du mouvement syndical. Il y a une affaire célèbre, l’affaire Gouriau10. Cette femme travaillait comme typographe et voulait se syndiquer. Le syndicat a eu un débat très long en son sein sur le fait de savoir si elle pouvait être syndiquée et surtout si elle pouvait travailler parce que, alors, elle prenait le travail des hommes ; et, surtout, elle le prenait à un moindre coût. C’est quelque chose qui a marqué le mouvement ouvrier depuis le début et qui n’a jamais été éradiqué. Par exemple, dans les années 1970, quand un mouvement comme le MLAC a posé la question de l’avortement et de la contraception, il s’est adressé à toutes les organisations syndicales et ça a provoqué des débats très difficiles dans la CFDT, et dans la CGT qui était marquée par un lien historique assez fort avec le PC, où, dans les années 1950-1960, on disait que tout ça n’était que des affaires de petites-bourgeoises. (Quand Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir est sorti, L’Humanité a écrit que c’était un livre contre le prolétariat…) En outre, il faut savoir que la CFDT vient d’une tradition chrétienne, bien que, de fait, il y a eu déconfessionnalisation avec la création du syndicat en 1964. Ses cadres venaient pour une bonne part du courant chrétien – même si c’était un courant chrétien de gauche –, et ces questions-là étaient évidemment difficiles à régler dans la CFDT.

Finalement partie prenante du MLAC, la CFDT a délégué Jeannette Laot au CA [conseil d’administration]. C’était une attitude assez courageuse – qui a fait l’objet de débats difficiles. Je suis persuadée que le syndicalisme, dans la mesure où il devrait partir des réalités de ce que vivent les salariés, doit prendre en compte ce que vivent les salariées femmes, et le traduire en revendications, en émancipation sociale. Mais les contradictions et les rapports de domination traversent le syndicalisme, qui n’est pas en dehors de la société.

Avec une organisation comme SUD, même si on a écrit des choses dans nos textes fondateurs, cette question reste très présente : à partir du moment où une organisation se développe, où des hommes et des femmes qui arrivent n’ont pas cette histoire-là, ils viennent avec ce qu’est la société et comment fonctionne la société. Ce qui veut dire qu’il faut une vigilance de tous les instants.

Penses-tu que les principes de fonctionnement de SUD sont suffisants pour assurer cette vigilance ?

Non. Je pense qu’il n’y a jamais de principes suffisants pour empêcher des phénomènes de domination, que ce soient ceux-là ou d’autres. Par contre, je pense qu’il est important de rendre visible ce que vivent les femmes dans le monde du travail mais aussi dans le syndicalisme. Rendre visible c’est dire, par exemple, qu’aujourd’hui, dans une organisation ­syndicale comme SUD-PTT, on a environ 35 % de femmes qui sont adhérentes, alors qu’il y a 40 % de femmes salariées à la Poste et à France Télécom. On se rend compte qu’on est déjà un peu en dessous. Mais c’est aussi faire le constat que, dans les structures de direction des syndicats départementaux, il doit y avoir 20 % de femmes : quand on prend les secrétaires départementaux – il y a à peu près 70 ou 80 syndicats départementaux dans SUD-PTT –, s’il y a cinq femmes, c’est le maximum – et encore je dois être généreuse. Alors, quand je dis « rendre visible », ça veut dire sortir des chiffres de cette façon-là et demander qu’il y ait des débats, veiller à ce qu’il n’y ait pas des dessins sexistes dans nos publications, ne pas tolérer qu’il y ait des remarques sexistes, etc.

Quand on traite de la question des femmes, je pense qu’il est très important de ne jamais découper les choses en morceaux : il n’y a pas d’un côté ce que les femmes vivent au travail, d’un autre côté ce qu’elles vivent dans le syndicat et, d’un autre encore ce qu’elles vivent en dehors, dans leur famille, dans leur vie personnelle ou dans la société. Je pense que l’un des apports fondamentaux du mouvement féministe c’est de montrer que la domination des femmes traverse toutes les sphères de la société. Et ça, je pense qu’en tant qu’organisation syndicale c’est important de le comprendre. On ne pourra pas se battre réellement sur les conditions de travail des femmes (qui peuvent être différentes de celles des hommes) et sur les inégalités qu’elles vivent au travail si on ne comprend pas ce qu’elles vivent dans le reste de la société. Il y a un exemple classique : la réduction du temps de travail. Il est évident que le temps des femmes n’est pas le même que le temps des hommes – pour des raisons qu’on connaît : le poids des charges familiales, etc. On ne peut pas raisonner sur la réduction du temps de travail si on n’intègre pas ça. Je pense d’ailleurs que si le mouvement syndical a accepté dans les années 1980 toute la logique gouvernementale de développement du temps partiel, c’est parce qu’il considérait qu’effectivement cela permettait aux femmes de concilier vie familiale et vie professionnelle : on restait dans le schéma où c’est aux femmes d’assumer la responsabilité principale de la vie familiale, assurer l’éducation ou l’élevage des enfants. Je pense que ça a été une bataille perdue : du point de vue des femmes, il aurait fallu mettre en avant la réduction du temps de travail pour tout le monde, hommes et femmes, qui était une des conditions, évidemment pas la seule, d’une autre répartition des tâches dans la société. En fait, tout le mouvement syndical a marché dans cette affaire-là : développons le temps partiel parce que d’une part ça va permettre de sauver des emplois – ce qui était évidemment complètement faux –, et d’autre part ça va permettre aux femmes de s’épanouir – ce qui était aussi complètement faux au vu du bilan du temps partiel, vingt ans après, en termes de développement de la précarité et de perte d’autonomie. S’il y avait eu un développement du temps partiel sur les emplois masculins, le mouvement syndical n’aurait pas réagi comme ça. J’en suis persuadée, mais à l’époque on était très minoritaires dans la CFDT et dans le mouvement syndical en général pour s’opposer à ça…

Pour revenir à SUD-PTT, le fait que des femmes se succèdent au poste de secrétaire générale, est-ce vraiment significatif du rôle que jouent les femmes dans le syndicat, ou n’est-ce pas un peu symbolique ?

Non, ce n’est pas du tout du symbolique. Le fait qu’il y ait des femmes secrétaire générale n’est pas anodin, même si ce n’est pas suffisant. Mais on est dans une société qui fonctionne sur les images : le fait qu’il y ait des femmes en situation de responsabilités et de « responsabilités les plus hautes », parce que c’est parfois comme ça que c’est vécu, je pense qu’en termes d’image ça peut contribuer à changer les choses. Mais ce n’est pas suffisant, bien sûr. À SUD, on a essayé de faire une intégration de femmes non pas individuellement mais en groupe ; cela nous semblait important parce que, quand il y a une seule femme au milieu d’un nombre important d’hommes, c’est très difficile de s’intégrer, sauf situations très particulières, ce qui pouvait être mon cas au début dans SUD : j’étais la seule femme au secrétariat. Et si malgré tout je pense que ma place était reconnue, c’est qu’il y avait une habitude de travail, on se connaissait depuis suffisamment longtemps et je n’avais pas à faire mes preuves. Pour les femmes qui montent dans des structures, soit elles s’intègrent comme ça, soit elles doivent faire leurs preuves plus que les hommes. Je pense que l’une des façons de faire, c’est d’intégrer des femmes collectivement dans les structures.

Quelles solutions pratiques favorisent la participation des femmes ?

On a un système de quotas à SUD. Pour la petite histoire, c’est mon syndicat (CFDT des services financiers) qui a combattu en 1982 la mise en place des quotas dans la confédération au congrès national de Metz. Pour moi, à cette époque, la place des femmes dans le syndicalisme était une question politique qui se réglait par le débat et les orientations, par la mise en place de commissions « femmes », et non par des mesures « techniques » comme les quotas. De plus, il y avait un débat interne à la CFDT : parce qu’il n’y avait pas vraiment de quotas, neuf places avaient été ajoutées aux trente du bureau confédéral – autrement dit, le problème n’a pas été posé en disant : « Il faut qu’il y ait des hommes qui laissent leur place »… De toute façon, à l’époque, j’étais fondamentalement contre les quotas sur la base : « On ne règle pas les problèmes comme ça, c’est d’abord des questions de conceptions politiques, etc. » En fait, si je suis devenue plus favorable aux quotas, je considère toujours qu’évidemment ce n’est pas une fin en soi.

Au début de SUD, on a expérimenté cela avec 20 % dans le bureau national de SUD – non sans discussion et beaucoup d’hésitations. (On l’a fait un peu en se disant : « On va essayer et puis on verra. ») Mais s’il n’y avait pas eu ça, je suis sûre qu’au congrès suivant, « spontanément » et « naturellement » , il y aurait eu moins de femmes, parce que quand les syndicats débattent, par exemple, de qui ils vont présenter comme candidat, eh bien – j’allais dire « spontanément » mais évidemment ce n’est pas spontané, c’est une construction sociale – ce sont des hommes qui vont se présenter ou des hommes qu’on va présenter. À qualité égale, on va se retrouver avec des hommes et pas de femmes.

Je pense qu’il faut en passer par une période de quotas à condition de faire aussi autre chose. Si on ne fait que des quotas, cela ne sert à rien. Par contre, si on fait des quotas et qu’en même temps on fait un vrai travail dans les commissions « femmes », dans le journal du syndicat, si on prend en charge des débats qui intéressent les femmes dans les structures normales du syndicat, c’est un tout. Là aussi, je pense qu’il ne faut pas isoler la question des quotas du reste de la question syndicale. À SUD, on a les quotas, mais en même temps on a une commission « femmes », et en même temps il y a régulièrement des dossiers dans le journal du syndicat sur ces questions-là, sur les structures mixtes du syndicat, etc. Parce que le syndicat n’échappe pas aux situations d’inégalité, il faut en passer par là. Je pense aussi qu’un des intérêts des quotas c’est qu’à un moment donné, s’il n’y a pas de femmes pour remplir ces places, elles restent vides, et ça rend visible aussi une situation anormale. Il est anormal que dans un syndicat on ne trouve pas de femmes pour prendre des responsabilités. Il n’y a aucune raison à cela. Il n’y a aucune raison qui justifie ça. Et s’il y a cette situation, c’est que le syndicat doit travailler à y remédier.

En même temps est-ce que ce n’est pas lié au fait que le militantisme favorise tout simplement les conditions de participation des hommes en dressant des obstacles aux femmes, par exemple sur le plan familial ?

C’est la question du fonctionnement de tout syndicat. Quand on a réfléchi dans la commission « femmes » de SUD, on a fait des propositions pour tenter d’améliorer le fonctionnement – les heures de réunion, les prises de parole, etc. –, et on s’est aperçu que ce n’était pas seulement un problèmes de femmes. C’était aussi un problème d’intégration de nouveaux et de nouvelles militantes, y compris de jeunes militants – jeunes pas forcément en termes d’âge mais d’expérience. Pour eux aussi, prendre leur place dans des structures, ce n’était pas si facile que ça. On a donc expliqué que le fait que les femmes posent le problème de leur place dans les structures devait aussi permettre de favoriser la place et le renouvellement de jeunes générations. C’est très important mais en même temps c’est compliqué : par exemple, sur la question des débats, Nelly Martin, qui s’occupe de la commission « femmes », a fait des statistiques sur la présence des hommes et celle des femmes au bureau national de SUD-PTT (c’est-à-dire sur l’« assiduité »). On s’est aperçu, sur un relevé de présence d’un an, que les femmes étaient beaucoup plus assidues que les hommes aux réunions. Donc, quand on dit que les femmes ont plus de difficulté à se libérer – ce qui est vrai objectivement –, on oublie qu’en même temps, quand elles s’engagent, elles font l’effort d’assumer et d’assurer cet engagement.

Je raconte toujours une anecdote qui, à force, commence à être usée, mais malheureusement c’est toujours vrai : j’ai souvent constaté que, quand une réunion se prolonge, si des femmes s’en vont parce qu’elles doivent aller chercher leurs mômes, elles le font très discrètement ; si jamais il y a un homme qui doit s’en aller pour aller chercher son môme, il le fait savoir à tout le monde – comme si c’était extraordinaire.

On avait aussi commencé à faire des statistiques sur les prises de parole. Souvent, dans les réunions syndicales, dans le militantisme, il ne faut pas se raconter d’histoires, les plus brillants, ceux et celles qui savent le mieux parler, qui ont l’habitude etc., parlent le plus. Les prises de parole n’échappent pas aux rapports de pouvoir. Et on a souvent remarqué que des femmes qui s’inscrivaient dans un débat, si d’autres avaient déjà dit ce qu’elles avaient à dire, il arrivait assez souvent qu’elles se rayent, en disant : « Je passe mon tour parce que ça a déjà été dit. » J’ai rarement vu un homme se rayer…

Tout cela pour dire que c’est très difficile d’améliorer réellement le fonctionnement d’une structure. D’autre part, il faut aussi que les copines qu’on a poussées, ou qu’on voudrait pousser pour prendre des responsabilités, elles-mêmes intègrent qu’il faut venir trois jours à Paris une fois par mois. C’est dur pour elles. Pas forcément parce qu’elles n’auraient personne pour garder leurs mômes, mais parce qu’elles-mêmes ont intégré que si elles s’absentent trois jours ça va poser des problèmes, ça va pas être bien, elles vont culpabiliser, etc. Il y a des phénomènes d’intériorisation des femmes, qui ont du mal à dépasser ça, peut-être qu’elles se posent la question de savoir si ça vaut vraiment le coup de faire ce sacrifice, ou ce qu’elles vivent comme un sacrifice…

Comment as-tu intégré progressivement cette dimension dans le syndicalisme à SUD ? Est-ce lié à la perception que tu avais des féministes, souvent considérées comme des « bourgeoises parisiennes » dans les années 1970 ? Est-ce que tu as dû te défaire de cette représentation ?

  • 11 Claudie Broyelle, La Moitié du ciel, Denoël, coll. « Femmes », 1973.

Non, je n’avais pas cette vision de « bourgeoises parisiennes » – même si c’était celle de mon organisation politique. En même temps, il y avait au PCR des choses contradictoires : je me souviens de textes sur la Chine (qui était notre modèle), où on mettait beaucoup en avant l’émancipation des femmes chinoises. J’avais lu un bouquin qui s’appelait La Moitié du ciel11 et qui vantait – je pense de façon pas tout à fait objective – ce qui était la réalité des femmes chinoises. Le socialisme chinois était présenté comme émancipateur des femmes pour avoir rompu avec un système féodal où les femmes étaient vendues, mariées de force, etc. D’une certaine façon, cet aspect-là était un peu présent, plus sous forme de mythe qu’autre chose. En fait, il n’y avait pas vraiment de débat sur ces questions-là dans le PCR.

Je n’ai pas rencontré d’organisations de femmes quand j’étais à Caen. Bon, je n’ai pas non plus essayé de les rencontrer, j’étais un peu en dehors de ça, je n’avais pas de vision sectaire mais je n’ai quand même pas non plus eu de volonté de les rencontrer. C’est en fait quand je suis arrivée à Paris que j’ai commencé à rencontrer des féministes, qui étaient rentrées au PCR et qui commençaient à poser ces questions-là. C’est avec elles que je suis allée à la première réunion des coordinations femmes. Et puis, surtout, quand je suis rentrée à la poste en 1978, il y avait un groupe « femmes » dans les services financiers, avec des militantes de la CFDT, de la CGT et des non-syndiquées. J’avais dû accumuler par bribes, les années précédentes, des trucs individuels sur l’avortement, la contraception ; l’idée qu’il y a quand même quelque chose d’inégalitaire entre les hommes et les femmes. Ce qui m’intéressait dans les premières discussions de ce groupe, c’était le côté « paroles de femmes » : on parlait y compris de ce qu’individuellement les unes et les autres on vivait. Je pense que ça a été assez important pour faire le lien entre les grandes questions politiques et nos vécus individuels. Cela crée de la solidarité entre les filles. Disons que je m’y sentais assez bien.

Ça a duré jusqu’à quand ?

En gros, de 1977 jusqu’à 1981 à peu près. C’était aussi la période des manifestations de 1979 pour la légalisation définitive de l’avortement, parce que la loi Veil avait été votée en 1974 mais pour cinq ans.

Je me souviens aussi des débats sur le remboursement de l’avortement. Il avait fallu manifester parce que Bérégovoy, alors ministre des Affaires sociales [à partir du 29 juin 1982], s’était prononcé contre le remboursement de l’avortement. Ça a été à deux doigts que l’avortement ne soit pas remboursé. Alors que c’était une des promesses de Mitterrand et de la gauche. Quand le problème s’est posé, il y a vraiment eu dans le gouvernement des débats très importants. Je me souviens qu’à ce moment-là une femme comme Yvette Roudy, qui était ministre des Droits de la femme, s’était beaucoup battue parce que, là-dessus, c’était vraiment une femme de conviction. Et Bérégovoy freinait, avec des arguments économiques du genre : « Ça va coûter trop cher à la Sécu »… On a dû faire une manifestation…

Quel était votre rôle, en tant que syndicalistes, dans les coordinations de femmes ?

On avait une coordination de femmes d’entreprise et aussi de femmes de quartier (il en restait alors encore) : on avait sorti du matériel sur la question du temps partiel, mais on a été très isolées là-dessus…

À la CFDT ?

À la CFDT mais aussi à la CGT. À cette époque-là, il y a eu pas mal de manifestations sur le thème du viol et des violences. Je me souviens de manifs de nuit, autour du 1er mars, sur ces questions. Il y avait beaucoup de débats, et notamment pour faire du viol un crime. Par exemple, en 1979, dans un squat vers Montparnasse, une nana avait été violée, et il y avait eu un débat d’enfer dans les mouvements autonomes, face à des positions du genre : « Vous les féministes vous faites appel à la justice bourgeoise, et puis un viol ce n’est pas si grave que ça. » C’était assez chaud…

Au début des années 1980, la CFDT-PTT de la région parisienne était quasiment le seul secteur « femmes » qui avait maintenu une commission « femmes » non mixte. On avait un certain nombre d’activités, on sortait des tracts, des journaux, des trucs comme ça… En gros, jusqu’à 1981, les groupes « femmes » ont bien fonctionné. Puis, avec l’accession de la gauche au pouvoir est arrivé au mouvement féministe un peu ce qui est arrivé au mouvement syndical : une partie des femmes ont cru que ça allait se passer sur le terrain législatif, les droits donnés par le gouvernement, un ministère des Droits des femmes, etc. Une certaine institutionnalisation et un écroulement du mouvement des femmes comme force collective. Certes, il reste des groupes à droite à gauche, mais il n’y a plus vraiment de mouvement fort et central. Et dans la CFDT, les groupes « femmes », qui s’étaient développés dans les années 1975, disparaissent… avec une volonté de la direction de la CFDT de normaliser : « C’est passé, maintenant on est dans une autre période, on a acquis des droits, c’est des schémas anciens. » La CFDT insistait à cette époque sur la « diversité » des choix individuels des femmes. Un discours en accord avec toute la dérive de la CFDT sur le recentrage. Mais aux PTT, on a maintenu une commission « femmes », qui sera quasiment la seule structure jusqu’à ce qu’on se fasse virer en 1988. C’est pour ça que, dès le début de SUD, la question « femmes » est très présente : parce que s’y retrouvent les militantes de la commission « femmes » de la CFDT.

Cette dimension « femmes » n’a jamais été évoquée dans la rupture avec la CFDT ?

Parce que ça n’a pas été le point central de friction. Au moment où on s’est fait mettre dehors, ça n’a pas été une des causes explicites, c’était plutôt un point de débat et de tension dans la CFDT depuis plusieurs années. Notamment sur le temps de travail, parce que c’était toute la période où la CFDT commençait à développer une orientation sur les petits boulots, le libre temps choisi, le libre choix des femmes, etc. Là-dessus, on était en désaccord, mais ce n’était pas un point central dans la rupture elle-même.

Une coupure entre générations

Une fois que SUD est constitué, comment arrives-tu à faire la jonction entre l’action syndicale et la lutte féministe ? Seulement à travers la présence des femmes dans le syndicat ?

On a fait une erreur dans les premières années de SUD-PTT : on a affirmé la question de l’oppression des femmes et la nécessité d’une commission « femmes » et d’un travail « femmes », mais on ne s’est pas donné les moyens. Surtout de faire le lien avec les jeunes générations. Par exemple, beaucoup de jeunes copines ne se reconnaissaient pas dans ce combat-là, nous disant : « Vous avez tort, c’est dépassé, ce n’est plus d’actualité, c’est plus à l’ordre du jour, etc. » Elles étaient prises dans les croyances de cette époque-là : le début des années 1990 et tout ce délire sur les femmes battantes, celles qui arrivent à concilier vie professionnelle, vie familiale et épanouissement individuel…

Il me semble qu’aujourd’hui SUD fonctionne du point de vue des plus jeunes et notamment des jeunes femmes. Mais c’est vrai qu’à cette époque il y a un peu une coupure de générations. Dans la commission « femmes » au départ, il y avait les « vieilles féministes » – les militantes qui étaient dans les groupes féministes et les commissions « femmes » – et puis il y avait les plus jeunes. On sentait bien qu’il y avait un problème, mais on ne savait pas tellement comment le résoudre.

En 1993, on propose à SUD-PTT de faire une « conférence nationale femmes », avec pour objectif de faire venir à peu près 200 femmes (donc forcément des jeunes), avec l’idée – avant d’élargir le débat – de partir de ce qu’elles vivent à la Poste où à France Télécom. Je pense que ça été une vraie bonne idée, qui a permis de faire discuter les filles qui sont venues. On était en période de changement de statut, de changement du mode de classification des emplois, etc. En discutant, entre elles, elles finissent par se dire : « Mais enfin, c’est vrai ce n’est pas normal, on ne vit pas la même chose que les hommes dans les services et on n’est pas traitées forcément de la même façon… ». Le deuxième jour, on a abordé la place des femmes dans le syndicat. Et là aussi, en discutant, un certain nombre de filles ont dit : « Finalement, on n’a pas tout à fait la même place que les autres. Pourquoi ce ne sont quasiment que les hommes qui sont secrétaires de syndicat ? » Les langues se déliaient, et les yeux s’ouvraient. Je me souviens qu’on avait passé un petit film pas très connu, Le Temps d’une pause, qui montre simplement une journée d’une femme au travail – une femme normale, qui n’a rien d’extraordinaire – et la façon dont elle est obligée de jongler sans arrêt avec des petites choses. Après ce film, tout le monde a applaudi dans la salle, et toutes ont dit : « Oui, c’est ça qu’on vit. » En fait, ça a vraiment marqué un saut qualitatif dans SUD-PTT, parce que ça a permis de renouer le lien avec les jeunes générations.

  • 12 Ce collectif est né après la manifestation du 25 novembre 1995 pour prolonger l’initiative dans un (...)

Depuis, je pense qu’on a un peu trouvé un équilibre entre des combats généraux et des luttes spécifiques. Par exemple, lorsque la CADAC s’est constituée en 1992, quand il y a eu des commandos anti-avortement qui ont attaqué des cliniques, il y a eu la volonté de créer un collectif unitaire avec des associations féministes et des syndicats sur la base : « L’avortement a été légalisé en France, mais il n’est toujours pas légitime. La preuve, c’est que des gens se permettent aujourd’hui d’attaquer des cliniques des hôpitaux, des médecins, etc. » Donc SUD s’est impliqué en tant que tel dès le début de la CADAC et, à partir de 1995, dans le Collectif des droits des femmes12. Ensuite, dans la commission « femmes », on a vraiment essayé de tenir un équilibre entre notre investissement extérieur sur les grandes questions qui touchent toutes les femmes et ce qui se passait à la Poste et à France Télécom.

Comment est-ce que ça a eu des implications concrètes ? Qu’est-ce que vous avez mis en place ?

De nouvelles femmes sont venues dans la commission, justement de cette génération qui n’avait connu ni les groupes « femmes » ni le combat féministe. C’est très important : ça avait assez peu d’intérêt d’être entre femmes convaincues et qui se connaissaient ; ça a également permis de poser les problèmes dans les structures nationales de SUD-PTT, lors de deux congrès.

  • 13 Ce texte portait sur la place des femmes et les changements à opérer dans le fonctionnement interne (...)

En 1996, on a fait un texte qui a été adopté quasiment sans amendements – tout le monde l’a voté comme un seul homme13. Mais, en fait, quand on regarde les statistiques de féminisation des structures syndicales, ça n’a pas changé grand-chose. Donc, au congrès de 1999, on s’y est pris autrement : on a fait ce qu’on appelle un débat ouvert, il n’y avait pas de texte à voter mais des contributions à partir desquelles se déroulait le débat pendant deux heures, avec une certaine liberté de parole. L’idée était de faire parler sur les raisons pour lesquelles il est difficile qu’il y ait des femmes dans les syndicats. On n’a pas été déçues, au sens où, là aussi, les bouches se sont ouvertes, mais pas forcément dans le bon sens : ce qu’un certain nombre de militants pensaient tout bas, ils l’ont dit tout haut. C’était du genre : « Ces combats-là sont dépassés et, de toutes façons, il y a une bande de féministes rétrogrades qui monopolisent, qui terrorisent… ». Ça a été un peu traumatisant pour un certain nombre de copines. Sur le coup, c’est vrai que c’était un peu dur, mais le bilan que j’en ai tiré, c’est que c’était bien que cela se soit exprimé, ça donnait un point d’accroche pour dire : « Y compris dans SUD, ces questions-là ne sont pas réglées. » La preuve ? C’est que ça s’exprime comme ailleurs dans la société, moins violemment et dans des termes moins machistes sans doute, mais c’était quand même pas loin.

  • 14 Le Groupe des dix (rebaptisé en 1998 Union syndicale solidaire), qui rassemble une vingtaine d’orga (...)

Depuis, est-ce que les choses avancent ? Je dirais à tout petits pas. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a un réseau de femmes dans SUD, les femmes qui viennent aux commissions « femmes » et celles qui viennent aux intersyndicales « femmes », qu’on fait tous les ans depuis quatre ans. Les intersyndicales sont des sessions de réflexion qui durent deux jours, organisées en commun par la FSU [Fédération syndicale unitaire], SUD-PTT et le Groupe des dix14 ; également la CGT, même si elle n’est pas très investie, et quelques syndicats CFDT. On réunit maintenant de 300 à 350 personnes, très majoritairement des femmes, avec une double idée : avoir à la fois des apports théoriques – donc on fait venir des chercheurs et des chercheuses – et en même temps des témoignages concrets. Ces journées d’études créent de vrais réseaux. Ce qui est important, c’est de voir que ces problèmes sont transverses au syndicalisme. Même si ce n’est pas tout à fait pareil à la CFDT, à la CGT et chez nous, on retrouve en gros les mêmes problèmes…

L’internationalisation des luttes féministes

Comment vous êtes-vous investies avec SUD dans la Marche mondiale des femmes ?

En 1995, on a entendu dire que la Fédération des femmes du Québec avait fait une marche appelée « Du pain et des roses », qui avait très bien marché. Elle avait ensuite lancé l’idée de faire une marche mondiale des femmes pour l’an 2000. Au début, quand on a commencé à en discuter dans le Collectif des droits des femmes, on était un peu sceptiques, disant – souvent, les femmes, on est un peu comme ça : « On ne va pas y arriver, ça va être trop dur, etc. » En même temps, je pense que c’est apparu comme quelque chose d’assez tentant parce que c’était une très bonne idée d’être dans les luttes anti-mondialisation, qui commençaient un peu, mais où on voyait bien que la dimension femmes n’était pas très présente. On n’est pas allé à la manifestation du 25 novembre 1995 au nom de SUD-PTT mais dans le Collectif des droits des femmes – qui s’est en fait mis en place en 1996.

Une autre grosse initiative a été, en 1997, les Assises pour les droits des femmes, qui partaient de l’idée que la question des droits et de l’égalité des femmes n’est pas réglée dans la société française – et donc, évidemment, encore moins dans le monde –, et qu’il faut construire une structure unitaire pour travailler sur ces terrains-là. Mais avec l’idée que ce n’était plus un mouvement féministe, un mouvement de femmes, comme dans les années 1970, qui s’était construit un peu en rupture, à côté, voire en contradiction assez forte avec les organisations syndicales ou les organisations de gauche et d’extrême-gauche. Cette fois, l’idée était plutôt de construire ensemble un collectif pour faire le lien et influer sur les organisations mixtes – partis, syndicats, etc. Cette analyse-là, qu’on partageait les unes et les autres – c’est-à-dire aussi bien des féministes que des militantes syndicales comme nous – reposait sur l’idée qu’on n’était plus à une période où l’on pouvait recréer un mouvement féministe en dehors du mouvement social. Bien sûr, certaines pensaient que ça aurait été utile, mais l’époque n’était pas à ça : il fallait créer un collectif sur les droits des femmes qui permette d’impliquer les forces syndicales, politiques et associatives. C’est un peu sur cette idée-là que se sont construites les assises en janvier 1997, qui ont été une grosse réussite, avec à peu près deux mille femmes.

Qui a organisé ça ?

Le Collectif droits des femmes – avec le soutien d’autres organisations. Depuis, le collectif a mené un certain nombre de campagnes – contre l’extrême droite, sur la question du temps de travail, etc. Il faut dire que la seule manifestation nationale en France sur la question du temps de travail a été menée à l’initiative du Collectif national des droits des femmes – les syndicats n’ayant fait aucune manifestation nationale. Cette manifestation a été en un certain sens petite – parce qu’on était cinq ou six mille – mais ça a été la seule initiative de type revendicatif sur le contenu de la loi : on n’était pas d’accord sur le contenu de la loi et donc on revendiquait un autre contenu.

Qu’est-ce que vous revendiquiez ?

  • 15 Loi n° 98-461 (dite loi Aubry ) du 13 juin 1998 d’orientation et d’incitation relative à la réducti (...)

On voulait des créations d’emploi proportionnelles à la réduction du temps de travail. On craignait que ce soit une occasion de flexibilité supplémentaire – que les femmes subissaient déjà beaucoup. Il y avait aussi l’idée (puisque à l’époque ce n’était pas réglé) qu’il fallait arrêter les aides au temps partiel dans la mesure où une loi disait que toute embauche à temps partiel était aidée par un dégrèvement des charges patronales. (Depuis, il y eu la loi Aubry-II, mais la première loi Aubry ne prévoyait pas ça15.) Il s’agissait d’affirmer que si cette loi était une occasion de davantage flexibiliser, les femmes la prendraient de plein fouet, et que si elle ne permettait pas des embauches très importantes, cela casserait d’une certain façon la dynamique de réduction du temps de travail.

Quelles responsabilités avais-tu dans le Collectif des droits des femmes ?

Ce n’est pas moi mais Nelly qui représentait alors SUD au secrétariat de ce collectif. En tant que membre du secrétariat de SUD-PTT, disons que j’ai apporté mon soutien pour légitimer ce travail. Par exemple, j’intervenais dans les bureaux fédéraux de SUD-PTT, dans les comités nationaux-fédéraux pour défendre et valoriser les initiatives de la commission « femmes ».

Les obstacles à la dynamique des luttes

SUD a donc fait l’effort de déléguer une personne dans ce collectif.

Oui, il y a eu un accord politique et donc organisationnel. SUD-PTT a décidé de déléger du temps de permanence pour l’organisation ­française de la Marche mondiale des femmes – en l’occurence Sophie Sapharie et Anne Leclerc.

  • 16 Une soixantaine de collectifs se sont constitués en province.

La FSU et SUD-PTT ont été les deux forces syndicales, en France, à vraiment s’investir dans cette marche mondiale. On est parti de l’idée, je crois assez juste, de redynamiser des collectifs unitaires en province16, car il est important que ça repose sur des réalités locales. Mais quand il y a des échéances de mobilisations – genre manifs comme la marche mondiale –, il faut arriver à tout coordonner et à faire exister le collectif.

Est-ce que l’idée selon laquelle seules les manifs permettent de remobiliser les régions sur des actions éloignées est aussi juste dans d’autres domaines de l’organisation syndicale ?

Ce n’est pas pareil. Une organisation syndicale est, par définition, une structure permanente. Dans le syndicalisme, il y a quasiment des choses à faire tous les jours.

Pour la Marche mondiale des femmes, il devrait aussi y avoir des choses à faire tous les jours. Mais on a constaté qu’il faut des objectifs de mobilisation pour recréer des réseaux. Le problème est alors de maintenir le réseau en dehors des périodes de mobilisation nationale genre manifs, et de faire perdurer des collectifs qui se sont formés à un moment donné et qui associent des féministes, des syndicalistes, etc. C’est une question difficile et qui, à mon avis, n’est toujours pas résolue… Un certain nombre de collectifs se sont organisés autour de la Marche mondiale des femmes, puis ils ont disparu ou demeurent plus ou moins en veilleuse ; d’autres continuent et relancent des activités « femmes » dans plusieurs villes, autour de lieux de femmes, de centres de droits de femmes, de centres de documentation, etc.

C’était une surcharge ou plutôt une source de motivation supplémentaire de faire la jonction entre les deux engagements, féministe et syndicaliste ?

Le problème c’est qu’à la fois c’est indispensable : on est obligé de faire en sorte que le syndicalisme prenne en charge ces problèmes-là – en tout cas selon mon point de vue sur un syndicalisme efficace –, mais en même temps, c’est parfois usant parce qu’on a l’impression de remettre sans arrêt sur le métier les mêmes problèmes et que ça avance vraiment doucement.

Il est vrai qu’aujourd’hui, dans la commission « femmes » de SUD-PTT, on pense à la fois qu’il faut être dans cette commission, mais qu’il faut aussi investir les structures mixtes du syndicat. Ce qui veut dire qu’on en rajoute… C’est toujours le même problème : pour les femmes, il faut toujours en faire plus, y compris dans ce domaine-là ; ce qui fait qu’on est toujours un peu l’« emmerdeuse de service », celle qui la ramène toujours, qui ne laisse pas passer les vannes désagréables et les attitudes machistes… C’est un peu Sisyphe… Et c’est moins valorisant que d’autres activités politiques ou syndicales. Nelly dit souvent que le travail « femmes » dans SUD ce n’est pas valorisant – et je pense qu’elle n’a pas tort… On le fait parce qu’on est SUD, quand même ! Faut pas déconner, on a des valeurs, quoi ! Mais ce n’est pas quelque chose qui sera considéré comme important, ce ne sera pas valorisé comme, par exemple, de s’investir dans ATTAC…

  • 17 L’expérience de gestion participative de Porto Alegre (Brésil) a suscité un grand enthousiasme aupr (...)

Ou d’aller à Porto Allegre17 ?

Je trouve que c’est très important qu’on ne laisse pas se développer une lutte contre la « mondialisation libérale » sans la dimension « femmes ». Au début de Porto Allegre, cette question-là n’était pas du tout abordée, mais des femmes qui étaient dans la marche mondiale de différents pays ont imposé la visibilité des questions « femmes » dans la lutte anti-mondialisation. Par exemple, j’ai vu des images de manifs qui ont été faites dans l’enceinte de Porto Allegre où avait lieu le forum, à l’initiative des latino-américaines sur le droit à l’avortement, à la contraception, etc.

Maintenant, le réseau de la Marche mondiale des femmes est présent dans les rendez-vous anti-mondialisation, dans les manifestations, dans les débats. Ça me semble très important. Et c’est la même chose dans le syndicalisme, où il faut des structures spécifiques et des structures mixtes pour construire des rapports de force : si on ne va que dans des structures mixtes normales, la question « femmes » disparaîtra, mais en même temps il faut être dans ces structures syndicales mixtes, sinon on sera marginalisées – on nous dira : « Vous êtes dans des commissions spécifiques, c’est un peu le ghetto… »

Mais les luttes anti-mondialisation posent d’autres problèmes : de démocratie, de structuration. Et je suis vraiment persuadée que, là aussi, spontanément, il n’y aura pas de place pour les femmes si elles ne créent pas, dans ces mouvements, un rapport de force, et imposent une visibilité de ce que c’est la mondialisation pour les femmes. Car les phénomènes de mondialisation libérale n’ont pas forcément la même signification pour les hommes et pour les femmes. Et c’est la même chose pour le chômage : ce n’est pas la même chose d’être un chômeur et d’être une chômeuse. Quand on dit, par exemple, qu’il y a 25 % de taux de chômage chez les jeunes entre 18 et 25 ans, on ne dit pas que c’est 33 % de jeunes femmes et 18 % de jeunes hommes.

Je suis vraiment persuadée que, dans tout mouvement social syndical politique, anti-mondialisation, des sans-papiers, etc., si on n’est pas vigilants à rendre visibles la réalité de ces problèmes pour les hommes et pour les femmes – ils peuvent être communs mais ils peuvent aussi être différents –, eh bien, les femmes se feront avoir… C’est une lutte de tous les moments, et ça veut dire que les hommes doivent accepter de faire des places dans tous les domaines. Et ça ce n’est pas si simple…

D’après ce que tu dis, la structure syndicale n’est pas non plus très propice aux luttes féministes…

Elle devrait l’être, mais dans les faits elle ne l’est pas. Elle ne l’est pas parce que le mouvement syndical s’est construit en France – mais dans d’autres pays aussi – sur le modèle des grands bastions industriels, où ce sont essentiellement des hommes qui étaient aux commandes… Et de la même façon, le syndicalisme n’était pas forcément un lieu propice pour les travailleurs immigrés OS des chaînes de l’automobile : même s’ils étaient syndiqués, on ne les retrouvait sans doute pas dans les structures de l’organisation… Je pense que le parallèle peut être fait…

Propos recueillis en juillet 2001 par Franck Poupeau & Pierre Rimbert

Notes

1 Raymond Marcelin fut ministre de l’Intérieur à partir du 31 mai 1968. Nommé à ce poste pour écraser les émeutes, il mena une politique de répression massive, notamment à l’encontre des manifestants, dont il ordonna le matraquage systématique. Il s’employa également à terroriser les militants ­d’extrême gauche, directeurs de publications, artistes et éditeurs, dont certains furent inculpés et incarcérés plusieurs mois pour leurs activités « subversives ».

2 MLAC : Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception, qui mobilisa surtout des médecins.

3 La Ligue : Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ; LO : Lutte ouvrière ; PT : parti des travailleurs .

4 In La Subversion démocratique, entretiens avec August Dubourg, Le Temps des Cerises, Paris, 2000, p. 87.

5 Lire Annick Coupé et Anne Marchand, Syndicalement incorrect. SUD-PTT, une aventure collective, Syllepse, Paris, 1998. Les conducteurs des camions postaux de l’Île-de-France se mettent en grève le 20 octobre 1988 pour réclamer l’ouverture de négociations sur leur classification. Ils s’organisent en coordination à l’issue d’une assemblée générale. Les militants de la CFDT-PTT de la région s’engagent dans ce conflit, aux côtés de militants CGT, mais se heurtent au refus de négocier du ministre. Le conflit se durcit et le courrier est bloqué pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce qu’un compromis soit passé entre la direction générale de la Poste et les syndicats FO, CFTC, CFDT qui appellent à la reprise du travail le 7 novembre, sans avoir ni informé ni consulté les personnels concernés.

6 Sur la fondation de SUD-PTT, lire Syndicalement incorrect, op. cit.

7 Lire Fédération de SUD-PTT, L’Acharnement. Chronique de la répression des sept postiers de Lille-Lezennes, Syllepse, Paris, 1993.

8 La loi de juillet 1990, dite « loi Quilès », met un terme à l’administration des PTT. Elle laisse place à deux « exploitants de droit public ». Ces établissements restent, en 1990, la propriété de l’État, mais leur gestion courante s’apparente de plus en plus à celle d’entreprises privées. Le ministre Quilès promet « le maintien de l’unité humaine et sociale » à la Poste et à France Télécom. Côté personnel, on « modernise ». C’est le volet social de la réforme : le personnel en place conserve le statut de la fonction publique mais celui-ci est en partie vidé de son contenu.

9 Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception. Constituée en 1990 pour faire face aux actions commando contre les centres d’IVG (interruption volontaire de grossesse), le CADAC est un rassemblement d’associations, de syndicats et de partis politiques dont l’objectif commun est la défense du droit des femmes à disposer de leurs corps.

10 En 1913, Emma Gouriau exerce le métier de « typote » depuis 17 ans.Elle vient pourtant d’être embauchée à Lyon au tarif syndical. Mais sa demande d’adhésion à la Chambre syndicale des typographes est rejetée et, pour l’avoir laissée exercer son métier, son époux est exclu de la section lyonnaise. Emma Gouriau crée alors le syndicat des typotes, qui reçoit le soutien de plusieurs groupes syndicaux et féministes. En 1914, suite aux débats suscités par l’affaire Gouriau, la CGT prévoit la création d’une « commission féminine », mais qui ne verra le jour qu’après guerre, en 1922.

11 Claudie Broyelle, La Moitié du ciel, Denoël, coll. « Femmes », 1973.

12 Ce collectif est né après la manifestation du 25 novembre 1995 pour prolonger l’initiative dans un collectif formellement constitué de plus de 150 organisations : associations, organisations féministes, syndicats comme la FSU, SUD-PTT, le Groupe des dix, la CGT – mais ni la CFDT ni FO ; quelques partis politiques en font partie, dont le PS, « donc c’est un truc très très large ».

13 Ce texte portait sur la place des femmes et les changements à opérer dans le fonctionnement interne de SUD : l’enjeu était de permettre aux femmes d’occuper plus de place dans les structures syndicales.

14 Le Groupe des dix (rebaptisé en 1998 Union syndicale solidaire), qui rassemble une vingtaine d’organisations, s’attache à développer l’unité syndicale et la convergence des luttes (interprofessionnelles, privé-public, mouvement social…). [nde]

15 Loi n° 98-461 (dite loi Aubry ) du 13 juin 1998 d’orientation et d’incitation relative à la réduction du temps de travail.

16 Une soixantaine de collectifs se sont constitués en province.

17 L’expérience de gestion participative de Porto Alegre (Brésil) a suscité un grand enthousiasme auprès des militants de l’anti-mondialisation. Deux forums sociaux y furent organisés en 2000 et 2002, rassemblant les mouvements sociaux, organisations politiques et syndicales du monde entier, opposés au nouvel ordre libéral et aux sommets internationaux qui le représentent.

Annick Coupé

Réalisation : William Dodé