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Agone 28
« Lutte des sexes & lutte des classes »
Coordination Béatrice Vincent
Parution : 16/04/2003
ISBN : 2748900030
Format papier : 272 pages (15 x 21 cm)
20.00 € + port : 2.00 €

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Table des matières

Inégalités de sexe, inégalités de classe Béatrice Vincent

De l’être humain mâle & femelle Joseph Déjacque

Lettre à P. J. Proudhon

Femmes & mouvement ouvrier Jacqueline Heinen

Femmes révolutionnaires Lucia Sanchez Saornil

Mujeres Libres : sans tutelle ni coercition

La mise à mort d’Antoinette Charles Jacquier

« On est tous morts de mort violente » Georgette Vacher

À propos de La Domination masculine Pierre Bourdieu

Un féminisme politique Annick Coupé

Femmes & taylorisme : la rationalisation du travail domestique Odile Henry

Féminisme & syndicalisme Annick Coupé

Aux sources du féminisme américain Howard Zinn

Famille, féminisme & droite américaine Andrew Kopkind

La tragédie de l’émancipation féminine Emma Goldmann

Médias & mondialisation libérale groupe « médias » d’ATTAC

La pute, l’esclave & l’étalon Loïc Wacquant

Langages de l’exploitation & de la résignation chez les boxeurs professionnels

Histoire radicale

Avant-propos à Charles Jacquier

La guerre vue de Mexico & de New York Alfred Rosmer

Boris Souvarine à Alfred Rosmer Boris Souvarine

La fin misérable de l’expérience Blum Jean Bernier

Faut-il réviser le marxisme ? André Prudhommeaux

LA PRESENCE DE REPRESENTANTES des mouvements en faveur de l’éducation ménagère au sein des institutions de promotion de l’organisation scientifique du travail, majoritairement investies par des hommes, peut paraître incongrue. Cette bizarrerie, associée au caractère un peu ridicule dont ces militantes de la science domestique sont affublées, a toujours, lors des présentations orales de mes travaux sur l’histoire sociale du métier d’ingénieur-conseil, déclenché sourires et plaisanteries. Or, précisément parce que ces femmes – tout comme les petits conseils pratiques, astuces, propos du sens commun qu’elles offrent « modestement » – n’ont l’air de rien, leur contribution importante à la diffusion du taylorisme passe très souvent inaperçue. Avant de mettre en évidence les affinités profondes qui existent entre, d’un côté, les partisanes de l’éducation ménagère et, de l’autre, les spécialistes de la rationalisation du travail, industriel et administratif, nous reviendrons sur les enjeux, indissociablement sociaux et économiques, qui accompagnent en France la diffusion du taylorisme et sur les circonstances socio-historiques particulières dans lesquelles s’est déroulé le processus d’institutionnalisation de l’organisation du travail.

le taylorisme : une technique économique & une doctrine sociale

  • 1 Tout d’abord, Albert Thomas – sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions puis, de 1916 (...)
  • 2 Au cours des années 1920, les écarts de salaires entre les différentes catégories d’ingénieurs se c (...)

Pendant la Première Guerre mondiale, l’État contribue activement à la diffusion des méthodes d’organisation scientifique du travail, inspirées des travaux de l’ingénieur américain F. W. Taylor, ordonnant leur application aux industries liées à l’armement1. Le taylorisme est alors présenté comme une réponse technique permettant de résoudre certains problèmes d’ordre économique : en effet, dans un contexte marqué par la pénurie de main-d’œuvre ouvrière, le « scientific management » prétend accroître la production industrielle en rationalisant les processus de production et plus globalement en redéfinissant, selon les acquis de la science, l’ensemble des relations entre les grandes fonctions de l’entreprise. Dans la pratique, l’élaboration et la mise en place de ces nouveaux schémas organisationnels est généralement sacrifiée, faute de temps. Aussi, les ingénieurs-conseils chargés d’appliquer le taylorisme dans les entreprises ne retiendront de cette doctrine que les aspects les plus rentables, c’est-à-dire ceux qui, à très court terme, auront des effets significatifs sur la production : le chronométrage des temps de travail permettra d’améliorer les rendements, le plus souvent en augmentant les cadences et donc de faire peser principalement sur les ouvriers l’intensification de l’effort de production. Après 1929, la crise frappe le marché de l’emploi des ingénieurs et le nombre d’ingénieurs-conseils fondateurs de « bureaux » spécialisés dans les questions – d’organisation scientifique du travail ne cesse d’augmenter2. Exerçant le plus souvent cette activité sur le mode libéral, ces ingénieurs-conseils composent une population doublement dominée : à la fois du point de vue du capital scolaire et social (autodidactes, certains d’entre eux ont d’abord été ouvriers ou employés) et du point de vue de leur position structurale de prestataires de services auprès des dirigeants du champ économique. En effet, placés en situation de concurrence économique, ces ingénieurs-conseils sont contraints d’une part de créer la demande, c’est-à-dire de convaincre progressivement les patrons de faire appel à leurs compétences d’expert, d’autre part d’apporter à leurs clients la preuve de leur valeur distinctive (esprit de sérieux mesurable à la rentabilité économique de leurs interventions) et enfin d’élargir ou de maintenir leur clientèle en inventant de nouveaux savoir-faire. Aussi, chacun d’entre eux tendra à mettre en avant un savoir « maison », relativement secret, bricolé à partir de « recettes » éprouvées et ajusté aux besoins de la « pratique », c’est-à-dire de ceux qu’ils entendent conseiller. En sélectionnant dans la doctrine de Taylor les aspects susceptibles de faire l’objet d’un commerce, ces ingénieurs-conseils s’attireront les critiques d’un petit groupe de savants et d’ingénieurs, issus principalement de Polytechnique ou de Centrale, ayant introduit en France, bien avant la Première Guerre mondiale, les principes du scientific management. En effet, pour ces derniers, le taylorisme représente beaucoup plus qu’une simple technique visant à accroître la production industrielle.

  • 3 Sur les logiques sociales au principe de l’adhésion de certains ingénieurs au taylorisme, lire Odil (...)
  • 4 Quarante-cinq écoles d’ingénieurs ont été créées entre 1880 et la Première Guerre mondiale, alors q (...)
  • 5 Les démissions massives à la sortie de l’école tout comme l’augmentation exponentielle des demandes (...)
  • 6 Sur la fermeture du champ scientifique, lire Christophe Charle, Les Élites de la République, 1880-1 (...)
  • 7 Henry Le Chatelier, Le Taylorisme, Dunod, Paris, 1928.

Réunis autour de Henry Le Chatelier (1850-1936, ingénieur du corps des Mines, chimiste, professeur au Collège de France de 1897 à 1907 puis à la Sorbonne, traducteur de Taylor en 1907), ils reconnaissent dans l’œuvre de Taylor les fondements d’une science appliquée capable d’offrir une réponse aux questions industrielles3. Le Chatelier et ses disciples vont alors multiplier leurs efforts pour faire admettre la science industrielle en général et la science de l’organisation en particulier au sein des lieux de consécration scientifique (universités, laboratoires nationaux de recherche scientifique) ou mondaine (Académie des sciences). Pour ces ingénieurs, l’enjeu est de taille, puisqu’en obtenant pour les sciences appliquées les mêmes honneurs que ceux accordés aux sciences dites « pures » ils espèrent restaurer les fondements scientifiques de l’autorité exercée par les ingénieurs sur le monde industriel. En effet, la profession d’ingénieur connaît, du début du siècle aux années 1930, de grands bouleversements. D’une part, l’expansion numérique accentue les divisions entre les différentes catégories d’ingénieurs, les agents issus des écoles les plus anciennes et les plus élitistes, comme Centrale ou Polytechnique, étant prédisposés à mettre en relation ce phénomène d’inflation des effectifs avec la perte de la rareté relative du titre et à l’interpréter comme un signe de la dévalorisation du groupe4. D’autre part, la banalisation du pantouflage des polytechniciens a pour effet de contraindre ceux d’entre eux qui s’orientent vers les carrières industrielles à mieux diversifier leurs capitaux : désormais la possession d’un capital scientifique ou technique ne suffit plus à légitimer l’exercice du pouvoir sur l’économie, les ingénieurs doivent accepter de se soumettre aux impératifs économiques, organisationnels, administratifs et commerciaux5. En s’efforçant de rehausser le statut de la science industrielle au sein des instances académiques, Le Chatelier défend, au sein d’un champ économique où les compétences « administratives » sont dorénavant mieux rétribuées que les compétences purement scientifiques, la figure de « l’ingénieur savant » élaborée au cours du xixe siècle. Dans un contexte marqué par une autonomisation plus grande des champs scientifique et économique, Le Chatelier réaffirme que c’est au nom de la science que les ingénieurs peuvent légitimement agir sur l’industrie6. Le taylorisme, en postulant que les entreprises doivent être gouvernées selon des méthodes et des modes de pensée scientifiques et donc que les différentes fonctions de l’entreprise sont nécessairement subordonnées à la fonction production, commandée par des ingénieurs instruits de science industrielle, offre à ces ingénieurs une doctrine sociale ajustée à leurs attentes corporatistes. Dans ces conditions, l’ingénieur est investi d’un rôle social d’arbitre ou d’expert lui permettant de trancher, au nom de la science, dans les conflits aussi bien industriels (le scientific management accorde aux bureaux des méthodes et aux laboratoires d’essais industriels une place prépondérante dans la structure hiérarchique) que sociaux. En accord avec les théories de Saint-Simon, ces premiers disciples français de Taylor croient sincèrement que la soumission de la société non plus à des volontés humaines mais aux principes de la science suppose la ­disparition de l’arbitraire inhérent à toute forme de domination, et, à partir de là, que le taylorisme est la « solution complète des problèmes relatifs aux rapports entre capital et travail »7. Mais le clivage entre les différentes catégories de spécialistes de l’organisation scientifique rendront difficile le travail d’institutionnalisation qui vise à faire de l’organisation scientifique du travail une nouvelle catégorie d’action sociale.

  • 8 F. Le Chatelier, Henry Le Chatelier, un grand savant d’hier, un précurseur, Éditions S. Le Chatelie (...)
  • 9 Le CNOF bénéficie du soutien de la Société d’encouragement à l’industrie, financée par le Comité de (...)

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Le Chatelier tente de diffuser la doctrine de Taylor auprès des étudiants des grandes écoles d’ingénieurs, c’est-à-dire auprès d’un public doté d’un capital symbolique lui permettant d’agir avec efficacité sur le mode de direction et la vision du monde des dirigeants de l’industrie. Il parvient à convaincre la société Michelin de créer et de financer un comité destiné à former au taylorisme les ingénieurs des Écoles des ponts et chaussées, des mines et des arts et métiers de Paris. Si le comité Michelin a, entre 1921 et 1925, formé environ 300 étudiants, cette initiative n’a pas comblé les attentes de Le Chatelier. En effet, parce que les idées de Taylor ont globalement suscité la méfiance des industriels, à la fois à cause des fortes dépenses improductives engagées par leur application et aussi de l’autorité que cette doctrine accorde aux ingénieurs, les diplômés issus des grandes écoles se sont rapidement détournés d’une formation qu’ils estimaient peu monnayable sur un marché de l’emploi de plus en plus tendu. Aussi, Louis Guillet (1873-1946, centralien, directeur de l’École centrale à partir de 1923), disciple de Le Chatelier, a finalement pris le parti d’instituer au Conservatoire national des arts et métiers des cours du jour et du soir qui formeraient au taylorisme un public hétéroclite composé de cadres subalternes, de petits patrons, d’ingénieurs d’usine formés sur le tas et surtout de candidats ayant échoué aux concours des grandes écoles. Le taylorisme, en tant que prolongement de la science industrielle préconisée par Le Chatelier, semble donc moins attirer les agents les plus consacrés scolairement que les techniciens marqués par l’échec scolaire, prêts à prendre leur revanche en empruntant des voies plus risquées et en s’emparant d’idées encore peu acceptées par le champ patronal. Le Chatelier considérait avec mépris ces spécialistes de l’organisation, dont l’empirisme dépréciait la pure doctrine scientifique8. Aussi, lorsqu’en 1925 est fondé le Comité national de l’organisation française (CNOF), sur une initiative de journalistes et d’ingénieurs-conseils qui voyaient dans la diffusion des idées de Taylor un moyen d’élargir leur clientèle, Le Chatelier refuse d’y participer. Placé sous les auspices du patronat9, le CNOF est défini, dès sa ­création, comme un centre d’aide technique au service des industriels, réalisant ainsi les craintes de Le Chatelier. Les fondateurs du CNOF insistent sur l’impératif de neutralité que doit respecter le nouvel institut : ainsi, en cantonnant les discussions aux domaines les plus strictement techniques, ils excluent tout débat qui aboutirait à la formulation de revendications politiques ou corporatistes. L’élaboration de cette définition technique, dépassionnée de la rationalisation, est conforme aux vœux du patronat, donc à l’intérêt commercial des ingénieurs-conseils qui forment une fraction importante des adhérents du CNOF. À partir de 1929, le CNOF est structuré en neuf sections spécialisées : fabrication, facteur humain, formation, comptabilité, commerce, agriculture, économie domestique… Un tel cloisonnement renforce la division du travail de domination : l’autonomisation du traitement des questions sociales ou humaines par rapport aux questions d’organisation technique des différentes fonctions de l’entreprise (productives, administratives ou commerciales), par exemple, masque le fait que les « questions sociales » résultent de l’introduction des méthodes de rationalisation du travail et permet l’émergence de catégories distinctes de spécialistes. L’orchestration des débats qui opposent les défenseurs d’une vision plus « morale » ou plus « humaniste » de la rationalisation aux partisans de la « modernité » et des techniques américaines renforce la croyance dans la rationalisation, en tant que nouvelle catégorie de perception et d’action, et place au second plan les liens d’interdépendance tout comme l’accord relatif sur les enjeux du débat qui unissent entre eux ces spécialistes de l’organisation.

contribution des femmes à la diffusion du taylorisme

  • 10 Publié chez Dunod, l’ouvrage sera traduit en plusieurs langues et réédité jusqu’en 1969. Lire Marti (...)

Déserté dès sa création par les ingénieurs, comme Henry Le Chatelier ou Léon Guillet, qui occupent des positions dominantes à l’intersection des champs scientifique, économique et bureaucratique, le CNOF rassemble surtout des techniciens de faible envergure soumis aux demandes patronales. Fondé en 1922 par Paulette Bernège, l’Institut d’organisation ménagère participe aux différents congrès de l’organisation scientifique du travail qui préparent la naissance du CNOF puis, en 1929, à la création au sein du CNOF d’une section « économie domestique ». Financé au départ par une entreprise de commercialisation des appareils ménagers, cet institut devient en 1925 la Ligue de l’organisation ménagère. Licenciée en lettres, secrétaire générale de la revue Mon Bureau (dont le rédacteur en chef, M. Ponthière, est un des membres fondateurs du CNOF), Paulette Bernège est l’auteur en 1928 d’un best-seller, De la méthode ménagère10, qui plaide en faveur de l’application du taylorisme à la vie domestique. Affirmant que le travail ménager est une véritable profession qui, par conséquent, ne doit pas être abandonné à l’empirisme ou à la routine, Paulette Bernège définit la maîtresse de maison à la fois comme une ouvrière et comme un chef et propose que chaque foyer soit doté d’une sorte de bureau des méthodes. La disproportion entre le temps consacré à l’étude et à la préparation du travail ménager (la ménagère épingle à son corsage un podomètre qui enregistre le nombre et la longueur des pas qu’elle fait) et les résultats présentés dans l’ouvrage, qui sont bien souvent des conseils dictés par le bon sens, exerce un effet comique dont les journalistes ne se privent pas (effet d’autant plus comique sans doute qu’il s’agit de femmes revendiquant l’exercice d’une autorité technique sur le foyer en vue de l’amélioration de tâches domestiques peu valorisées et généralement considérées comme allant de soi ou sans importance ; notons que les leçons de bon sens que Henry Le Chatelier tire de l’application du taylorisme au travail industriel suscite certes des critiques – le taylorisme est alors assimilé à une bureaucratisation croissante de l’entreprise –, mais non de telles railleries). Ainsi, accueilli par la presse au mieux avec humour, au pire avec sarcasme, l’ouvrage est susceptible de mettre en cause la réputation de sérieux que le CNOF s’efforce d’acquérir. Bien que la question de la place accordée à la section « économie domestique » au sein du Bulletin du CNOF ou lors des colloques organisés par l’Organisation internationale de l’organisation scientifique du travail ait été débattue au cours de certains conseils d’administration, la section économie domestique sera active durant l’entre-deux-guerres et fera partie, dès septembre 1940, au moment où le CNOF reprend ses activités, des 12 commissions d’études mises en place par l’institut. Il est probable que le manque d’attractivité du nouvel institut auprès d’un public plus savant a permis aux « demi-savants » d’occuper les lieux. Cet aspect ne doit cependant pas masquer les relations sociales profondes qui unissent les partisans de la rationalisation du travail et les représentant(e)s de diverses institutions vouées à la formation de professionnel(le)s du « travail social » : infirmières visiteuses, surintendantes, assistantes d’aide sociale, assistantes d’hygiène scolaire, puéricultrices, c’est-à-dire autant de spécialistes instruites et instruisant l’organisation ménagère.

  • 11 Pour une analyse historique de ce mouvement, lire Martine Martin, Femmes & sociétés : le travail mé (...)
  • 12 Avec le développement du droit social et la généralisation des formes monétaires de sur-salaire, le (...)

L’institutionnalisation de l’éducation domestique et l’émergence d’une « science ménagère » datent des dernières décennies du xixe siècle11. Ce mouvement semble alors surtout porté par des initiatives privées : ainsi les responsables des milieux catholiques féminins et certains représentants du grand patronat industriel et paternaliste (appartenant plutôt à l’industrie minière et sidérurgique) ont été particulièrement actifs dans la diffusion d’un enseignement ménager auprès des ouvrières, des filles et des femmes d’ouvriers. Si pour les premières la revalorisation du travail ménager est liée à l’imposition du modèle normatif de la femme au foyer, l’éducation domestique répond aux intérêts à la fois économiques et sociaux des seconds. L’inculcation des bases d’une « science de l’économie domestique » est en effet un moyen de faire accepter les bas salaires que le mode de gestion paternaliste de la main-d’œuvre ne peut que consentir12, les difficultés économiques des familles ouvrières étant attribuées à l’incompétence des femmes, à leur propension à la perte de temps et au gaspillage. Initiatives privées et publiques semblent, à partir de la Première Guerre mondiale, entrer en concurrence à propos de l’enseignement ménager. D’une part, bien que les cours d’éducation ménagère ne forment plus le socle de l’enseignement féminin, ils restent inscrits au sein des programmes des écoles primaires de la République. Avec la création en 1917, sous l’influence conjointe d’Albert Thomas et de Cécile Brunschvicg, de l’école des surintendantes d’usine, l’éducation ménagère est intégrée à une formation supérieure (deux années d’études après le diplôme d’infirmière) soutenue par l’État. Enfin, en 1919, la loi Astier sur la formation professionnelle introduit de façon officielle les cours d’éducation ménagère au sein des programmes de l’enseignement technique d’État. Edmond Labbé, directeur général de l’enseignement technique et apôtre infatigable de l’enseignement ménager, établira un parallèle entre la concentration industrielle, qui fait apparaître le déclin des petites entreprises familiales comme inexorable, et la nécessité de confier l’apprentissage des « sciences » ménagères à l’institution scolaire, par opposition à la transmission mère-fille de savoirs empiriques, obscurs, traditionnels.

  • 13 Henri Fayol (1841-1925, diplômé de l’École des mines de Saint-Étienne) sera l’auteur d’une théorie (...)

Les liens établis entre les représentants de ces différents mouvements en faveur de la promotion de l’enseignement ménager et les partisans de la rationalisation du travail sont multiples. Pour ne citer que quelques exemples, Maxime Androuin (1876-1959), diplômé de l’École des arts et métiers d’Angers, ingénieur-conseil auprès des grandes entreprises de construction mécanique, membre du conseil d’administration du CNOF puis vice-président de cet institut, collaborera, en tant qu’ingénieur-conseil, avec Edmond Labbé et deviendra membre du Conseil supérieur de l’enseignement technique. Henry Le Chatelier, outre le soutien qu’il apporte aux propagandistes de l’application des méthodes de Taylor à la vie domestique (en 1920, il préface l’ouvrage de l’américaine Christine Frederick, Le Taylorisme chez soi, et appuiera par la suite les initiatives prises par Paulette Bernège), donne en 1935 trois conférences à l’école sociale d’action familiale du Moulin Vert, ­fondée par l’abbé Viollet. Il développe alors les diverses applications domestiques de l’organisation du travail (tenue de la maison, gestion du budget alimentaire, art culinaire, classement de la correspondance, rangement de la bibliothèque) et encourage son auditoire à acquérir l’esprit de méthode scientifique, par exemple en chronométrant ses temps de déplacement en fonction de l’itinéraire et des modes de locomotion empruntés. Enfin, Joseph Wilbois (1874-1952), normalien (section sciences), disciple de Le Play, héritier de Henri Fayol (le théoricien de l’organisation administrative13), spécialiste de la sociologie du commandement et de la psychologie des chefs et membre actif du CNOF, siège de 1923 à sa mort, au comité technique de l’Association des surintendantes d’usine de France puis, aux côtés de l’abbé Viollet, au comité d’honneur de cette institution.

  • 14 Après l’encyclique « Rerum Novarum » de 1981, qui marque la reconnaissance par le pape de la légiti (...)
  • 15 L. Lee Downs, « Les marraines élues de la paix sociale ? Les surintendantes d’usine et la rationali (...)
  • 16 Pendant toute la première moitié du siècle, la faiblesse du taux de natalité, au principe de l’étro (...)
  • 17 Avant 1942, les cours d’éducation ménagère reposent sur l’initiative personnelle des surintendantes (...)

Les aspects contradictoires d’une personnalité comme celle de Joseph Wilbois, dont la trajectoire illustre le mouvement de reconversion des sociologues catholiques leplaysiens, en quête d’un nouveau public, aux sciences de l’organisation14, semblent faire écho aux ambiguïtés qui caractérisent la fonction de surintendante. En effet, créée pendant la Première Guerre mondiale pour encadrer la nouvelle main-d’œuvre féminine affectée aux emplois déqualifiés, dont le nombre s’accroît avec l’adoption par les grandes entreprises liées à l’armement des formes rationalisées de production, cette profession se développe pendant l’entre-deux-guerres dans la métallurgie qui, avec la construction mécanique, fait partie des secteurs industriels les plus engagés dans la mise en œuvre de idées de Taylor. Les surintendantes incarnent alors « le visage humain et féminin du capitalisme industriel »15. Ayant pour fonction de concilier les stratégies économiques productivistes de leurs employeurs avec les intérêts sociaux, qui peuvent être aussi des intérêts économiques, de ces derniers à l’égard de la famille ouvrière dont le taux de natalité reste désespérément bas16, les surintendantes serviront de caution morale au patronat qui, à travers elles, témoigne des efforts menés pour mieux gérer la santé reproductrice des ouvrières. En pratique, les surintendantes contribueront surtout à augmenter le rendement de ces dernières. À travers notamment les cours d’éducation ménagère, considérés comme un moyen de relever la natalité, les surintendantes inculqueront aux ouvrières de nouveaux principes de discipline intérieure, fondés sur le contrôle de soi et la recherche constante d’une efficacité accrue, qui constitueront le travail ménager comme un entraînement au travail industriel. Ce travail d’inculcation est aussi un travail d’imposition identitaire – sur la base des valeurs de « l’éternel féminin », les qualités distinctives attribuées aux femmes par la physiologie du travail naissante (application, précision, patience, résistance à l’effort, régularité dans le travail) sont particulièrement bien ajustées aux dispositions exigées par les emplois répétitifs et monotones qui résultent de la production en série. L’éducation ménagère a d’autant plus de chances de réussir qu’elle est proposée « librement » par les surintendantes17. En effet, contrairement au patronat paternaliste de la sidérurgie, qui dispose de ses propres écoles d’éducation ménagère et en impose la fréquentation pour l’obtention d’un logement ouvrier, les patrons « modernistes » de la métallurgie, sur lesquels pèsent des contraintes économiques qui favorisent la rupture avec le paternalisme autoritaire, semblent avoir compris que leurs objectifs productivistes seront d’autant mieux atteints qu’ils renonceront aux modes de contrôle direct et accepteront de déléguer le travail d’inculcation des nouvelles normes comportementales à des institutions dotées d’une relative indépendance, dont le métier de surintendante offre un exemple. Inscrit dans ce mouvement d’accélération de la division du travail de domination, le CNOF fait partie de ces nouvelles institutions spécialisées dans le scientific management qui constituent autant de relais permettant aux nouvelles techniques d’intégration morale des salariés aux objectifs du patronat d’acquérir une plus grande légitimité. Alors que la fonction de surintendante reste explicitement liée au patronat (les surintendantes sont employées par les services sociaux des entreprises ou des caisses de compensation patronales), la Ligue de l’organisation apparaît comme une institution de propagande technique, spécialisée dans l’application de la rationalisation au travail ménager et dotée d’une neutralité lui permettant de satisfaire les différentes tendances patronales qui soutiennent le CNOF.

Considérant avant tout le travail ménager comme une profession de plus en plus complexe et qui nécessite par conséquent une formation spécialisée, Paulette Bernège (fondatrice de la Ligue) reste très floue sur la désignation de l’exécutrice de ces tâches (domestique, femme au foyer, femme active), ce qui lui permet d’éluder la délicate question du droit des femmes au travail. Ainsi, la position techniciste de la Ligue de l’organisation ménagère est suffisamment ambiguë pour être adoptée aussi bien par les représentants des milieux laïcs plutôt favorables au travail des femmes – la rationalisation des tâches ménagère défendue par Paulette Bernège permet d’augmenter le rendement des femmes, donc la productivité du travail domestique, ce qui le rend compatible avec un travail extérieur – que par les milieux catholiques qui interprètent la revalorisation du travail domestique comme un encouragement au renouveau de la vocation historique de mère de famille. Enfin cette position est compatible avec les intérêts du patronat qui, dans les périodes de pénuries de main-d’œuvre, voit l’éducation ménagère comme un moyen de former des ouvrières ajustées aux exigences de l’entreprise taylorisée et, dans la conjoncture de crise économique des années 1930, un moyen de les renvoyer dans leur foyer. Ainsi, renvoyant dos à dos les mouvements qui inscrivent l’éducation ménagère dans une perspective plutôt « progressiste » ou plutôt « traditionaliste », Paulette Bernège entend faire du travail ménager une voie de promotion professionnelle pour les femmes. Admiratrice des représentantes, comme Lilian Gilbraith ou Christine Frederick, du mouvement américain pour les sciences domestiques, elle fonde en 1930 l’École du haut enseignement ménager, ouverte aux jeunes filles de la bourgeoise. Cet institut, qui privilégie les cours théoriques par rapport aux leçons pratiques, est destiné à former des journalistes, des professeurs, des expertes en publicité ou en marketing – l’industrie de l’électro-ménager constituant le principal débouché –, ou encore des maîtresses de ­maison. Cependant, là encore, la question de la professionnalisation des femmes reste ouverte puisque Paulette Bernège ne précise pas s’il s’agit d’activités salariées ou d’occupations bénévoles susceptibles de séduire les femmes au foyer appartenant à la bourgeoisie en ascension, qui forment une fraction importante du public de la revue Mon Chez-Moi, qu’elle fonde en 1923. Cette ambiguïté explique en partie l’échec du projet.

  • 18 Cité par Patrick Fridenson, « L’idéologie des grands constructeurs de l’entre-deux-guerres », Le Mo (...)

En mettant en avant la nécessité de développer en France les études de marketing qui formeront les futures consommatrices et en insistant sur l’urgence, pour les femmes françaises, à occuper ce nouveau terrain professionnel, de façon à s’approprier une forme de pouvoir sur l’économie, Paulette Bernège essaie de transformer les dispositions inscrites au plus profond des habitus féminins en compétences reconnues et valorisées. Dans cette perspective, ses écrits tendent à faire l’apologie du mode de vie américain, de la mécanisation des foyers de la middle class américaine et à offrir une nouvelle construction sociale de l’identité féminine, à l’opposé de la femme de la bourgeoise établie « servie » par de nombreux domestiques. Or, d’une part, après la crise économique le modèle fordien d’une société américaine caractérisée par la production et la consommation de masse est relativement remis en question, d’autre part, même avant la crise, le patronat français est relativement divisé par rapport à ce modèle. L’opposition entre les pratiques d’épargne et d’auto-production, d’un côté, et le culte de la consommation de masse, de l’autre, qui constitue un des points de clivage entre les différents mouvements de promotion de l’enseignement ménager, correspond aussi à un des principes de structuration du champ patronal. En effet, protégés par des systèmes d’ententes, les patrons de la sidérurgie sont peu enclins à abaisser leurs prix. En outre, le système de gestion paternaliste de la main-d’œuvre auquel ils sont liés rend très difficile la mise en place d’une politique des hauts salaires qui permettrait la consommation de masse. Leur malthusianisme a fait l’objet de nombreuses critiques de la part du patronat des industries nouvelles (automobile, construction mécanique et électrique) qui, davantage soumis à la concurrence extérieure, ont le plus intérêt à la création d’un marché intérieur, à la production et la consommation de masse et à l’abaissement des prix de revient. Ainsi, à travers les cours d’éducation ménagère, les premiers encouragent, comme nous l’avons vu, l’autarcie économique des familles ouvrières tandis que les seconds, liés pour une part d’entre eux au Salon des arts ménagers (1923), refusent toute ingérence dans la vie privée des ouvriers, qui sont alors libres d’organiser leurs loisirs, « les heures de loisirs [étant] autant d’occasions de consommation », comme l’affirme Louis Renault18. L’inculcation de besoins nouveaux semble alors être une des conditions au relâchement des formes de contrôle social. La participation active de la Ligue de l’organisation ménagère au Salon des arts ménagers tend à marquer cette institution du côté des patrons « modernistes ». Mais cette attirance pour la « modernité » est aussitôt contrebalancée par les prises de positions « passéistes » de la fondatrice de la Ligue qui, à partir des années 1930, consacre un certain nombre d’articles à la célébration du mode de vie paysan et à la déploration de son affaiblissement. D’autre part, si P. Bernège prend le parti de la mécanisation des tâches domestiques, elle justifie ce point de vue par le fait que la femme moderne doit désormais se passer de personnel de maison et « tout faire par elle-même », rejoignant alors la vision des partisans de l’auto-production.

  • 19 Citée par Martine Martin, Femmes & sociétés…, op. cit., p. 157-158.
  • 20 Paulette Bernège, « De la méthode ménagère », Revue du CNOF, n° 9, novembre 1928. (C’est moi qui so (...)

Ce dernier aspect met particulièrement en évidence les affinités ­profondes qui existent entre la Ligue de l’organisation ménagère et les partisans de la rationalisation du travail. Conformément aux doctrines productivistes américaines, selon lesquelles la conjugaison du taylorisme et du fordisme aura pour effet la disparition du groupe ouvrier, désormais fondu dans une vaste classe moyenne, la Ligue de l’organisation ménagère montre que la mécanisation est avant tout le moyen de mettre fin à l’asservissement des domestiques. Si, comme le dit une journaliste de L’Art ménager, les abus du taylorisme ont suscité la haine des travailleurs en intensifiant l’exploitation, « appliqué à l’univers domestique, ce système est merveilleux19 ». Rendant hommage à Henry Le Chatelier, en précisant que la mécanisation des tâches domestiques doit être précédée par une phase d’études confiée aux spécialistes de la science industrielle, la présidente de La Ligue de l’organisation ménagère importe au cœur du foyer domestique les principes d’une conduite méthodique de la vie quotidienne préconisés par le traducteur de Taylor, participant ainsi à la formation d’un nouvel habitus économique que les femmes instruites de science domestique diffuseront ensuite au sein des classes populaires. La construction sociale du rapport au temps est une dimension essentielle de cet habitus : ainsi, l’esprit de méthode que Le Chatelier voit à l’œuvre dans le taylorisme consiste à renoncer au laisser-aller, à la paresse, à la routine, pour exercer sur soi-même un contrôle permanent des pulsions. Cette rationalisation du comportement, au sens wébérien d’un ascétisme dégagé de tout fondement religieux, suppose, selon Paulette Bernège, que les femmes procèdent à un « examen de conscience ménager » et acceptent la remise en cause permanente de leurs habitudes. L’enjeu principal de la rationalisation du travail domestique ne réside pas tant dans les gains de temps que les méthodes d’organisation scientifique permettent de réaliser (nous avons vu que les résultats étaient dérisoires eu égard aux moyens déployés) mais dans ce travail constant d’inculcation de – nouvelles dispositions sociales. « L’organisation ménagère est un sujet passionnant, affirme Paulette Bernège, car il touche à l’intimité profonde de notre vie, au bonheur de chacun de nous. La paix sociale dans les usines, la santé, le rendement des ouvriers dépendent de la maison qu’ils habitent, de la ménagère qui les soigne. […] Pour améliorer le rendement de la femme, comme ouvrière de la maison, il faut améliorer son outillage et sa formation, il faut créer des écoles ménagères qui n’enseignent pas seulement des techniques mais s’élèvent au niveau de la méthode, il faut enseigner aux femmes l’organisation du travail.20 » Les effets économiques du taylorisme (paix sociale dans les usines, hausse du rendement ouvrier) supposent donc une conversion du rapport au monde qui passe par les femmes, responsables de la rationalisation des différentes opérations concourant à la reproduction physique et à la moralisation de la force de travail. Ainsi, conformément au principe taylorien d’une division du travail toujours plus poussée – à chaque agent est assigné une fonction précise, l’organisation scientifique étant le meilleur mode de gestion des inégalités sociales, étant entendu que celles-ci ne peuvent être combattues –, les femmes sont, en dernière analyse, définies comme les ouvrières au service de la maison.

Notes

1 Tout d’abord, Albert Thomas – sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions puis, de 1916 à 1917, ministre de l’Armement – encourage l’application des méthodes définies par Taylor à la production massive de munitions tandis qu’Étienne Clémentel, ministre du Commerce et de l’Industrie, renforce le Comité consultatif des arts et manufactures, organe où les disciples français de Taylor sont majoritaires. Louis Loucheur, qui succède à Thomas au ministère de l’Armement, fait venir pendant la guerre un groupe d’ingénieurs-conseils américains pour aider à la mise en œuvre de ces nouvelles méthodes. Enfin, à partir de 1917, Clemenceau ordonne qu’on mette en application le taylorisme dans toutes les usines contrôlées par l’État. (Sur ce point, lire Aimée Moutet, Les Logiques de l’entreprise. La rationalisation dans l’industrie française de l’entre-deux-guerres, Éditions de l’EHESS, Paris, 1997, et D. Reid, « Fayol : excès d’honneur ou excès d’indignité ? », Revue française de gestion, n° 70, septembre-octobre 1988.)

2 Au cours des années 1920, les écarts de salaires entre les différentes catégories d’ingénieurs se creusent ; les ingénieurs les plus démunis de toute espèce de capital occupent alors durablement des positions de contremaîtres. Après 1929, le chômage des ingénieurs se généralise, cette profession étant l’une des plus touchées par la crise. Aussi le métier d’ingénieur-conseil apparaît-il comme un débouché possible pour les ingénieurs privés d’emploi. (Luc Boltanski, Les Cadres, Minuit, Paris, 1982, et André Grelon, « L’évolution de la profession d’ingénier en France dans les années 1930 », in André Grelon (dir.), Les Ingénieurs de la crise. Titre et profession entre les deux guerres, Éd. de l’EHESS, Paris, 1986.)

3 Sur les logiques sociales au principe de l’adhésion de certains ingénieurs au taylorisme, lire Odile Henry, « Henry Le Chatelier et le taylorisme », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 133, juin 2000.

4 Quarante-cinq écoles d’ingénieurs ont été créées entre 1880 et la Première Guerre mondiale, alors qu’il n’en existait que vingt auparavant. Chiffres établis par Robert Gilpin, La Science & l’État en France, Gallimard, Paris, 1970.

5 Les démissions massives à la sortie de l’école tout comme l’augmentation exponentielle des demandes de mises en congé des ingénieurs ayant rejoint les corps de l’armée contribuent à ce qu’un grand nombre de polytechniciens connaissent entre 1880 et 1914 de sérieuses difficultés pour trouver un emploi dans l’industrie, phénomène inconnu jusque-là à l’École polytechnique. Terry Shinn, Savoir scientifique & pouvoir social, l’École polytechnique (1794-1914), Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1980. Sur la remise en cause du capital scientifique au principe du pouvoir exercé par les polytechniciens sur l’économie, lire J.-C. Beaune, « L’ingénieur en question », in André Thépot (dir.), L’Ingénieur dans la société française, Les éditions ouvrières, Paris, 1985 et Antoine Picon, L’Invention de l’ingénieur moderne. L’École des ponts et chaussées, 1747-1851, Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, Paris, 1992.

6 Sur la fermeture du champ scientifique, lire Christophe Charle, Les Élites de la République, 1880-1900, Fayard, Paris, 1987.

7 Henry Le Chatelier, Le Taylorisme, Dunod, Paris, 1928.

8 F. Le Chatelier, Henry Le Chatelier, un grand savant d’hier, un précurseur, Éditions S. Le Chatelier-Revue de métallurgie, Paris, 1969.

9 Le CNOF bénéficie du soutien de la Société d’encouragement à l’industrie, financée par le Comité des forges, de l’Union des industries métallurgiques et minières et de la Chambre de commerce de Paris. Cet institut est financé en grande partie par des entreprises adhérentes : la sidérurgie, les compagnies de chemins de fer, la construction automobile, l’aviation et l’industrie électrique étant particulièrement bien représentées. (Lire Aimée Moutet, Les Logiques de l’entreprise, op. cit., p. 36-43.)

10 Publié chez Dunod, l’ouvrage sera traduit en plusieurs langues et réédité jusqu’en 1969. Lire Martine Martin, Femmes & sociétés : le travail ménager, 1919-1930, thèse d’histoire, Paris VII, 1984.

11 Pour une analyse historique de ce mouvement, lire Martine Martin, Femmes & sociétés : le travail ménager, 1919-1930, op. cit.

12 Avec le développement du droit social et la généralisation des formes monétaires de sur-salaire, les coûts de la prise en charge paternaliste paraissent de plus en plus élevés. Le renforcement des modes de contrôle de la vie ouvrière, dont l’éducation ménagère est un exemple, tout comme le recours à une main-d’œuvre immigrée bon marché et exclue des œuvres patronales seront autant de moyens de maintenir ce système pendant l’entre-deux-guerres en en réduisant les coûts. Gérard Noiriel, « Du patronage au paternalisme : la restructuration des formes de domination de la main-d’œuvre ouvrière dans l’industrie métallurgique française », Le Mouvement social, n° 144, juillet-­septembre 1988.

13 Henri Fayol (1841-1925, diplômé de l’École des mines de Saint-Étienne) sera l’auteur d’une théorie de l’organisation concurrente à celle développée par Henry Le Chatelier et ses disciples. Après la mort de Fayol, les deux « écoles » s’unifieront pour fonder le CNOF.

14 Après l’encyclique « Rerum Novarum » de 1981, qui marque la reconnaissance par le pape de la légitimité de l’État à intervenir dans les conflits sociaux, les mouvements catholiques ne soutiennent plus aussi fermement le courant leplaysien, encore très attaché à la prépondérance des initiatives privées. (Lire A. Savoye, « Les continuateurs de Le Play au tournant du siècle », Revue française de sociologie, juillet-septembre 1981, et B. Kalaora & A. Savoye, « Les mutations du mouvement leplaysien », Revue française de sociologie, mars-avril 1985.)

15 L. Lee Downs, « Les marraines élues de la paix sociale ? Les surintendantes d’usine et la rationalisation du travail en France. 1917-1935 », Le Mouvement social, n° 164, juillet-septembre 1993. Lire également Annie Fourcaud, Femmes à l’usine en France dans l’entre-deux-guerres, Maspero, Paris, 1982.

16 Pendant toute la première moitié du siècle, la faiblesse du taux de natalité, au principe de l’étroitesse du marché intérieur, est présentée comme une des causes principales du retard de l’industrialisation française.

17 Avant 1942, les cours d’éducation ménagère reposent sur l’initiative personnelle des surintendantes, ce n’est qu’après cette date que cet enseignement fait officiellement partie de leurs tâches.

18 Cité par Patrick Fridenson, « L’idéologie des grands constructeurs de l’entre-deux-guerres », Le Mouvement social, n° 81, octobre décembre 1972.

19 Citée par Martine Martin, Femmes & sociétés…, op. cit., p. 157-158.

20 Paulette Bernège, « De la méthode ménagère », Revue du CNOF, n° 9, novembre 1928. (C’est moi qui souligne.)

Odile Henry

Réalisation : William Dodé