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Agone 29 et 30
« L’éducation et ses contraires »
Parution : 26/09/2003
ISBN : 2748900006
Format papier : 304 pages (15 x 21 cm)
22.00 € + port : 2.20 €

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Les médias convertis aux évangiles du marché ne cessent d’expliquer que la « crise de l’école » est liée à sa rigidité et son inadaptation face aux exigences du monde de l’entreprise, dans le cadre d’une « économie de la connaissance » et d’une « société cognitive » appelées à rentabiliser les investissements en « capital humain ». Face à ce point de vue de décideurs économiques, des tracts syndicaux ou des pamphlets vengeurs mettent l’accent sur le péril de la privatisation de l’enseignement, dont la dévaluation des savoirs constituerait une première étape. Ce discours militant, qui repose bien souvent sur les mêmes catégories d’analyse et les mêmes présupposés indiscutés, tend à n’être que l’envers du discours managérial. Ces deux points de vue enferment la réflexion sur l’école dans une alternative qui ne se justifie que par leur circularité. Une interrogation sur les catégories d’analyse utilisées pour penser les transformations en cours s’avère ainsi indispensable. Frank Poupeau

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Sommaire

Sur l’instruction publique, l’égalité d’éducation, le rationalisme humanitaire & le relèvement de l’enseignement public, Condorcet — Jules Ferry — Franciso Ferrer — Jaurès — Dewey
Dans une société qui s’est donné pour tâche de fonder la liberté, il y a une grande nécessité de supprimer les distinctions de classes. Or, dans la société actuelle il y en a une qui est fondamentale : c’est la distinction entre ceux qui ont reçu l’éducation et ceux qui ne l’ont point reçue. Je vous défie de faire jamais de ces deux classes une nation égalitaire, animée de cet esprit d’ensemble qui fait la force des vraies démocraties si, entre ces deux classes, il n’y a pas eu le premier rapprochement qui résulte du mélange des riches et des pauvres sur les bancs de quelque école.

L’école de la remédiation. De l’internationalisation des systèmes d’enseignement à la gestion institutionnelle des flux scolaires, Franck Poupeau & Sandrine Garcia
On peut concevoir l’unification du système scolaire comme une étape nécessaire à un accès plus large des individus aux études qui ne se traduise pas par une hiérarchisation croissante du système scolaire. Mais le compromis entre les forces économiques et l’État semble s’établir en laissant aux premières les écoles privées ; le service public d’éducation gardera ceux dont le marché ne veut pas et sans doute quelques formations vraiment sélectives, afin que l’élite puisse continuer à se reproduire.

Les politiques européennes d’éducation & de formation à travers les textes, Jean-Luc de Meulemeester & Denis Rochat
Les politiques que les experts européens souhaiteraient voir se réaliser sont le reflet de leurs postulats quant à l’organisation optimale de la société. Ils sont partisans d’un certain laisser-faire, laissez-passer, d’où l’accent mis sur les bénéfices à attendre d’une participation sans entrave de l’Union européenne au marché mondial, et de la mise en place d’un modèle de société fondé sur l’initiative et la responsabilité individuelles ; la maximisation du bien-être matériel (croissance, puissance économique) étant le critère à l’aune duquel toute politique doit être évaluée.

La marchandisation en route. Éducation & business au Royaume-Uni, Richard Hatcher
L’Angleterre est depuis des années le laboratoire de la mise en œuvre du programme de marchandisation de l’école en Europe. Préparée par une réforme des modes de management du secteur public, la création d’une industrie de l’éducation à but lucratif, capable de lutter dans la « nouvelle économie globale », s’opère dans sept domaines majeurs : publicité, sponsoring, services gouvernementaux nationaux, initiative de financement privé, services des autorités éducatives locales, direction des écoles à but lucratif, technologies informatiques et zones d’action éducatives.

La politique d’accès à l’enseignement supérieur. Comparaison entre France & Grande-Bretagne, Cécile Deer
Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton
Le système éducatif, le type d’organisation politico-économique et l’idéologie forment un ensemble de critères qui permet une approche des pratiques d’accession à l’enseignement supérieur fondée sur le principe qu’un système éducatif est ce que les gens ont voulu qu’il soit et ce qu’ils ont été capables d’en faire. Flirtant avec l’idée d’un accès globalement contrôlé, l’enseignement supérieur anglais pourrait s’apparenter à une médiocratie pseudo-égalitaire. De son côté, en persistant à défendre l’idée d’un accès systématique aux études supérieures, la France se complaît dans ce mythe d’un enseignement pseudo-méritocratique mais néanmoins élitiste.

Un regard afro-américain sur une « cité » de la banlieue parisienne : Les Courtillières, Trica Keaton
Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton
J’ai découvert Les Courtillières lors d’une enquête sur les jeunes filles stigmatisées lors de la controverse du « voile». Je voulais savoir comment des adolescentes – nées et élevées dans une société libérale en matière de sexualité – ressentaient ces événements en tant que musulmanes et en tant que jeunes filles d’origine africaine et élèves d’un système scolaire qui me semblait très rigide et focalisé sur les examens. En outre, je désirais analyser les différentes manières dont le contexte social structure leurs comportements et les dimensions moins visibles et trop souvent négligées de leur expérience vécue, autrement dit leurs émotions, leurs attentes, leurs seuils de tolérance et, plus essentiellement, leurs chances dans la vie.

Chronique des luttes – 3e volet, Franck Poupeau & Olivier Vanhee
Transformer l’école & la société, entretien avec Olivier Vinay (École émancipée), propos recueillis par Franck Poupeau

Éducation & « capital humain ». La contribution des théories économiques à la définition des politiques éducatives, Jean-Luc de Meulemeester
Le futur de l’enseignement supérieur semble sombre : soit il serait voué à la simple privatisation pour ceux qui ne croient pas à l’existence des externalités, soit à l’instrumentalisation étroite par des pouvoirs publics soucieux de la promotion de la croissance et de l’employabilité des citoyens. Le maintien d’un contrôle public n’est donc en rien la garantie immunitaire contre une dérive «marchande». Sans doute parce que tous les acteurs de la société partagent peu ou prou aujourd’hui cette vision.

La « professionnalisation » des enseignements universitaires, Christian de Montlibert
La professionnalisation est une orientation imposée aux universités depuis plus de vingt ans par le biais de créations de filières, de modules et de diplômes. Elle conduit à des diplômes d’université remettant en cause la certification garantie par l’État (certification protectrice des salariés dans leurs rapports avec les employeurs) et contribue à défaire l’homogénéisation des disciplines et des conditions de travail des universitaires (base de la cumulativité des savoirs), et, par là, de l’avancement de la recherche.

Dualisme scolaire & dualisme social, ARESER
L’efficacité du discours néolibéral repose en partie sur sa capacité à prendre argument de dysfonctionnements bien réels des services publics. Corrélativement, la défense de l’Université dans son fonctionnement actuel apporte trop souvent des arguments aux partisans de la professionnalisation et de la privatisation. Basé sur une analyse sans concession des carences de l’Université et de ses causes profondes, ce rapport montre, en creux, combien les réformes actuelles renforceront le dualisme scolaire et social ; cette inégalité fondamentale contre laquelle, justement, fut fondé, dans un esprit égalitaire, le projet d’éducation nationale.

Le dehors & le dedans. La logique de domination sociale dans l’éducation, Alain Accardo
L’exemple de l’institution scolaire-universitaire est particulièrement éclairant pour comprendre comment le système peut « récupérer » des pratiques sociales qui, dans le principe, devaient obéir à une autre logique, se proposer d’autres finalités que celle de la reproduction des inégalités. Les enseignants sont dans leur immense majorité des démocrates convaincus, et si d’aventure un gouvernement leur ordonnait officiellement de s’arranger pour que l’échec scolaire frappe massivement les enfants des classes populaires, ils crieraient au scandale, au crime contre l’esprit et s’insurgeraient contre de telles instructions. Et pourtant c’est exactement ce qui se passe dans la réalité.

L’Argentine survivra-t-elle au néolibéralisme ?, Marc Bonnaire (en collaboration avec Jean-Pierre Tailleur)
Traduit de l’espagnol par Claudia Martínez
Début décembre 2001, les punteros du parti péroniste firent circuler une fausse information, selon laquelle certains supermarchés allaient distribuer gratuitement de la nourriture. À l’heure dite, des centaines de personnes se regroupèrent devant les magasins et, réalisant qu’on n’allait rien leur donner, commencèrent spontanément les pillages. Aucune sanction ne fut prise contre les policiers qui avaient permis les saccages, se contentant de protéger les chaînes d’hypermarchés (Auchan et Carrefour, notamment, sur demande expresse de l’ambassadeur de France).

HISTOIRE RADICALE

«Historien & militant.Daniel Guérin, un itinéraire»
L’expérience Roosevelt, Daniel Guérin
Présentation, Bruno David
Historien & militant, David Berry
Daniel Guérin & les États-Unis, Larry Portis
Repères biographiques

Dossier de presse
N'autre école- Un autre futur, hiver 2004
La revue Agone tient le pari de présenter un point de vue à la fois scientifiquement rigoureux et pleinement militant. Les sociologues qui l’animent, tout en se plaçant dans l’héritage de Pierre Bourdieu, invitent à dessiner à travers le choix des thèmes abordés, des analyses proposées, une pensée et une pratique sociale d’inspiration libertaire (dirions-nous syndicalist révolutionnaire ?). Après un numéro quasiment prophétique intitulé « Revenir aux luttes », c’est à l’école que la revue s’attaque, avec d’ailleurs un fort joli titre, « L’éducation et ses contraires ». Si le regard sociologique l’emporte, cela n’empêche pas ce numéro d’aborder la question sous des angles divers et parfois novateurs. La question de la marchandisation, aujourd’hui incontournable, se taille la part du lion (avec une étude très intéressante sur « éducation et business au Royaume-Uni » et surtout un décryptage du regard des sciences économiques sur l’école qui propose une synthèse non caricaturale – et donc vraiment utile ! – de la pensée libérale en matière d’éducation).
À ne pas manquer non plus, les analyses de Franck Poupeau et surtout son interview de notre camarade Olivier Vinay, figure bien connue du syndicalisme en région parisienne, animateur infatigable de L’Émancipation/École émancipée, qui nous fait partager son expérience incontournable de la lutte contre la précarité dans l’éducation depuis les années 70. Un numéro essentiel, malgré son prix (on en a quand même pour son argent avec 260 pages !).
N'autre école- Un autre futur, hiver 2004
Réalisation : William Dodé