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Agone 33
« Le syndicalisme et ses armes »
Coordination Christophe Patillon
Parution : 12/04/2005
ISBN : 2748900324
Format papier : 288 pages (15 x 21 cm)
22.00 € + port : 2.20 €

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On peut regretter l’absence de grands dirigeants syndicaux comme Émile Pouget, ce secrétaire national de la CGT d’avant 1914, pour proclamer : « L’action directe, c’est la force ouvrière en travail créateur : c’est la force accouchant du droit nouveau – faisant le droit social. »
On entend déjà les sceptiques et les « modernes »: il est impossible de transposer les méthodes d’hier au traitement des questions d’aujourd’hui, de tirer des leçons d’un conflit localisé pour des questions d’importance nationale dans un contexte mondialisé. Il faut savoir s’adapter, renoncer à la grève qui est périmée, et tout miser sur le dialogue social.
La classe ouvrière organisée n’existe plus guère, certes, mais les ouvriers et employés subalternes restent légion et largement majoritaires dans nos pays développés. La plus grosse difficulté vient du fait qu’eux-mêmes et la plupart des intellectuels qui s’expriment ne croient plus qu’ils sont potentiellement porteurs d’un avenir meilleur pour l’humanité.

Ce numéro est le fruit d’une collaboration avec le Centre d’histoire du travail (CHT, 2 bis Léon-Bureau 44200 Nantes – 02 40 08 22 04). Depuis plus de vingt ans cette association conserve et met en valeur les archives des organisations et des militants ouvriers et paysans, principalement de Loire-Atlantique. Pour bâtir le dossier sur les grèves de 1955 à Nantes et Saint-Nazaire, il a été fait appel à la plume d’historiens locaux aux archives du CHT (fonds syndicaux, interviews, etc.) ainsi qu’à celles, encore soumises à dérogation, conservées aux Archives départementales de Loire-Atlantique (ADLA).
Une exposition relatant ce long conflit social a été présentée cette année en 2005 à Saint Nazaire et Nantes.

> Conférence donnée par Christophe Patillon (du Centre d’Histoire du travail de Nantes) et Charles Jacquier à la librairie L’Odeur du temps à Marseille le 23 septembre 2005 :
1. Télécharger la présentation de Charles Jacquier
2.Télécharger la présentation de Christophe Patillon

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Sommaire

ENTRE ACTION DIRECTE ET LÉGALISATION
Les caractères de l’action directe suivi de Le sabotage, Émile Pouget
Il n’y a pas de forme spécifique de l’action directe. Certains l’expliquent par un abattage copieux de carreaux. Se satisfaire d’une semblable définition serait considérer cet épanouissement de la force prolétarienne sous un angle vraiment étroit ; ce serait ramener l’action directe à un geste plus ou moins impulsif ; ce serait oublier qu’elle est la symbolisation de la révolte ouvrière.

Gaston Couté, la grève, l’action directe et les « chansons de la semaine » de La Guerre sociale, Lucien Seroux
Poète, conteur, chansonnier, Gaston Couté (1880–1911) fut une des « plumes » les plus attachantes et singulières du siècle naissant. Libertaire et syndicaliste, il écrivit durant les dernières années de sa vie de nombreuses chansons sur les luttes sociales dans les colonnes de La Guerre sociale.

La légalisation de la classe ouvrière, Bernard Edelman
La politique, pour le droit, c’est le fonctionnement des institutions constitutionnelles qui exclut la classe ouvrière en tant que classe, et la transforme en une somme de citoyens. Et on a bien compris ce que cachait la distinction professionnel/politique : l’interdiction légale faite aux travailleurs d’envisager la lutte « économique » comme une lutte « politique ».

La nouvelle tactique syndicaliste : l’occupation des usines, Édouard Berth
Les ouvriers ne quittent plus l’usine, ils l’occupent ; il y couchent, ils y mangent, boivent et dorment ; ils s’y installent, comme en pays conquis, que dis-je, comme chez eux. Ma parole, se croiraient-ils donc, ces ouvriers, les véritables possesseurs et propriétaires de ces fabriques, bureaux et magasins, où nous, patrons, nous avions la charité de vouloir bien les faire travailler ?

Syndicats et comités d’entreprise : histoire d’un vieux couple instable, Jean-Pierre Le Crom
Dès leur origine, les comités d’entreprise sont marqués par une ambiguïté : sont-ils des instruments au service des revendications syndicales, ou des agents de coopération de toutes les catégories de personnel de l’entreprise avec la direction ?

LES GRÈVES DE 1955 À SAINT-NAZAIRE ET NANTES
« Action directe » et négociations dans la grève nazairienne de 1955, Jean-Yves Martin
La grève de 1955 n’est ni le fruit d’un spontanéisme ouvrier ni le résultat de la mise en branle d’une « action directe » qui serait une caractéristique « historique » du syndicalisme nazairien. Elle a sa logique et sa dynamique, dont l’analyse souligne les rôles respectifs de ses acteurs : ouvriers, patrons, secrétaires et délégués syndicaux, population, élus locaux et nationaux.

Les grèves de la métallurgie à Nantes pendant l’été 1955, Yves Rochcongar
Ces ouvriers de 1955 s’étaient dressés, contraints et forcés, contre le mépris et la morgue de certains patrons, non pas pour faire la révolution mais pour se faire respecter. La leçon avait porté, mais il fallut encore des rappels, comme un certain 13 mai 1968, qui vit les ouvriers de Sud-Aviation de Nantes-Bouguenais souder les grilles de l’usine, garder prisonnier dans son bureau leur directeur, donnant ainsi le point de départ de la grève généralisée qui paralysa la France entière pendant plusieurs semaines.

Les ouvriers face à la bureaucratie. Le conflit de 1955 selon Socialisme ou Barbarie, Cornélius Castoriadis
Il y a dans l’attitude des ouvriers nantais une contestation radicale des syndicats, puisqu’ils ne leur font confiance ni pour définir les revendications, ni pour les défendre, ni pour les négocier, et qu’ils ne comptent que sur eux-mêmes. Cette méfiance totale, exprimée dans les actes, est infiniment plus importante que ce que ces mêmes ouvriers pouvaient « penser » ou « dire » au même moment (y compris ce qu’ils ont pu voter au cours des élections législatives récentes).

« Masses » et « dirigeants » : le conflit de 1955 analysé par les Unions départementales CGT, CFTC et FO de Loire-Atlantique, Christophe Patillon
Les grands médias partagent avec le patronat et l’État une même conviction : le syndicalisme doit être un outil d’encadrement des masses au service de la pacification des rapports sociaux. Quant aux dirigeants syndicaux, ils oscillent entre l’appel à la mobilisation des masses et la volonté de rester maître de la conduite du mouvement.

Les grèves de 1955 et La Révolution prolétarienne : Une autre confirmation : les grèves de Saint-Nazaire, Roger Hagnauer — Les mouvements revendicatifs dans l’industrie privée, Le Métallo

PAROLES D’ACTEURS

Du côté des syndicats
Ces grèves de 1955 sont la conséquence directe de l’attitude du patronat » — Entretien avec Marcel Guihéneuf
« Les ouvriers admettaient difficilement que la CGT accepte la reprise du travail dans ces conditions-là » — Entretien avec Gaston Jacquet
« Un moment fort et qualitatif de l’action syndicale » — Entretien avec Georges Prampart
*L’action directe selon Alexandre Hébert
— Unité d’action à Saint-Nazaire
— À Nantes, sous le signe de l’unité révolutionnaire, violences ouvrières et violence patronale

Du côté des patrons et de l’État
« Ici j’ai trouvé ce qu’étaient la pagaille, le sabotage et les imbéciles » — Entretien avec Wladimir Zalkind
« On a donné une réputation à la région qui faisait que les gens hésitaient à venir s’installer dans le coin » — Entretien avec Marius Piron

Des grèves de 1955 à la démocratie sociale de demain ?, René Bourrigaud
La référence aux « grèves de 1955 » est devenue plus ou moins mythique, car finalement mal connue. Pour les uns, c’était le bon temps de la lutte des classes à l’état pur. Pour les autres, une catastrophe pour l’image de marque de la région, qui a fait fuir les investisseurs. Une preuve parmi d’autres que la lutte se poursuit au moins par les représentations… Posons-nous une seule question : peut-on tirer des leçons de cet épisode bien délimité dans le temps et l’espace, susceptibles de nous guider dans les débats d’aujourd’hui sur ce qu’il est convenu d’appeler la « démocratie sociale » ?

HISTOIRE RADICALE

La grève générale révolutionnaire (Réponse à Jaurès), Confédération générale du travail (Commission de propagande de la grève générale)
Le court instant « grève-généraliste » de la CGT, présentation par Miguel Chueca
Lettre de Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de la France, à Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, tract trouvé à la manifestation du 1er mai 2003

Modestes contributions de Julien Coffinet à l’érosion de l’imaginaire fondateur du système capitaliste
Dossier présenté par Charles Jacquier
— La mission du prolétariat
— Qu’est-ce qui a détruit la démocratie ? Analyse de la technologie capitaliste

LA LEÇON DES CHOSES

Capital financier et nouvelle philanthropie, Nicolas Guilhot
Le capitalisme et son « éthique » : une lecture de Max Weber, Isabelle Kalinowski
En hommage à Lothar Baier : « En souvenir d’un révolutionnaire qui se posait des questions. À propos de Frantz Fanon »

Dossier de presse
A contretemps - Revue des revues, 13/09/06
Revue des revues, Dissidences, juin 2006
Journal du conseil général de Loire-Atlantique, n°45, 01/2006
Les temps maudits, n°22, 10-12/2005
Offensive, n°8, 12/2005
Dissidences, 11/2005
Pelloutier.net, 15/06/2005
Jean Magniadas
L'Humanité, 06/06/2005
SUR LES ONDES
France culture – La Fabrique – Histoire de la grève (12 décembre 2005)
La dernière livraison de la revue-livre Agone - « Le syndicalisme et ses armes » - « se propose de jeter un éclairage sur quelques pratiques syndicales développées durant son histoire, de l’action directe de jadis à l’intégration par le biais des comités d’entreprise ». Structuré en deux parties (« Entre action directe et légalisation » et « Les grèves de 1955 à Saint-Nazaire et Nantes »), le tout forme un fort numéro - coordonné par Christophe Patillon et conçu en étroite collaboration avec le Centre d’histoire du travail de Nantes -, qui aurait néanmoins gagné en lisibilité par une mise en perspective historique plus précise du projet général. Malgré cette réserve d’ordre méthodologique, on insistera sur la qualité des études publiées dans ce numéro, et on citera, parmi elles, celle de Lucien Seroux - « Gaston Couté, la grève, l’action directe et les “chansons de la semaine” de la Guerre sociale » -, celle de Jean-Pierre Le Crom - « Syndicats et comités d’entreprise : histoire d’un vieux couple instable » ou encore celles de Jean-Yves Martin et Yves Rochcongar, plus directement centrées sur les grèves de 1955 en Loire-Atlantique. Quant à la toujours intéressante rubrique « Histoire radicale » - à charge de Charles Jacquier -, elle ne dément pas, cette fois encore, sa réputation. Ainsi, on y lira, en plus d’un excellent dossier consacré à Julien Coffinet et présenté par C. Jacquier, une longue et pertinente introduction de Miguel Chueca - « Le court instant “grève-généraliste” de la CGT » - à la « Réponse à Jaurès » parue, sous signature de la « commission de propagande de la grève générale », dans la Voix du peuple, organe de la CGT, en septembre 1901.
A contretemps - Revue des revues, 13/09/06
http://atheles.org/agone/revueagone/agone34/
Revue des revues, Dissidences, juin 2006
On peut regretter l’absence de grands dirigeants syndicaux comme Emile pouget, ce secrétaire national de la CGT d’avant 1914, pour proclamer : « L’action directe, c’est la force ouvrière en travail créateur : c’est la force accouchant du droit nouveau – faisant le droit social. » Cette phrase figure en tête de la quatrième de couvercure du n° 33 de la Revue Agone, intitulé « le syndicalisme et ses armes ». Le titre aurait tout aussi bien pu être « le syndicalisme d’action directe » puisque c’est de celui-ci qu’il s’agit.
Ce numéro très riche, on oserait même dire indispensable, s’organise autour de deux grandes parties. La première évoque les oscillations du syndicalisme « entre action directe et légalisation ». Elle commence par une évocation des caractères de l’action directe définie par Emile Pouget. L’occasion de rappeler qu’il n’y a pas de forme spécifique de l’action directe et qu’on ne saurait la réduire à « un abattage copieux de carreaux » selon la formule de Pouget. L’action directe comme force ouvrière en travail créateur c’est cette force qui « outre sa valeur de fécondation sociale, porte en soi une valeur de fécondation morale, car elle affine et élève ceux qu’elle imprègne, les dégage de la gangue de passivité et les excite à s’irradier en force et en beauté. » Suivent un texte de Pouget sur le sabotage et un article consacré à Gaston Couté, reproduisant plusieurs de ses chansons « d’interpellation et de contestation sociale et politique ». L’article « La légalisation de la classe ouvrière », paru initialement en 1978, remémore opportunément l’ambivalence de la légalisation originelle de la classe ouvrière. Le « droit » de faire grève n’est un droit que pour autant qu’il est encadré par la légalité bourgeoise, à savoir l’interdiction de la « grève politique » ; c’est-à-dire l’interdiction d’envisager la lutte « économique » comme une lutte « politique » s’affirmant comme conflit de classe. Ce rappel est important à l’heure du démantèlement du droit du travail par le gouvernement et de la tentation de défendre le droit du travail dans son ensemble comme un droit protecteur oeuvrant pour le progrès social. Contre cette vision social-démocrate, il faut réaffirmer que le droit du travail reste bien dans son essence le droit de l’exploitation capitaliste. C’est dire que, du point de vue syndicaliste révolutionnaire qui est le notre, la grève n’est pas un droit : elle est un pouvoir.
Suivent un article sur la tactique d’occupation des usines et un autre consacré aux relations tumultueuses entre syndicats et comités d’entreprise. Ce dernier est particulièrement intéressant pour l’analyse d’une question qui fait encore débat au sein de la CNT. L’auteur revient sur le dilemne auquel est confronté le syndicalisme face à une instance conçue dès le départ comme un « instrument de coopération de tous les éléments de la production », par l’ordonnance du 22 février 1945 qui lui a donné naissance, et la volonté d’en faire un instrument au service des revendications syndicales. Si, dans un premier temps, la CGT a pu présenter les CE comme un acquis de la lutte, elle s’est heurtée en pratique à la difficulté de tisser des liens organiques entre syndicats et CE afin d’éviter que les élus deviennent des « gérants loyaux » de l’entreprise. Aujourd’hui, alors que le centre de gravité de la négociation collective tend à se déplacer vers l’entreprise (1), les CE se voient reconnaître une place centrale dans cette négociation, en l’absence de délégués syndicaux (2). Une évolution qui renouvelle et complique encore un peu plus le débat stratégique aurour des CE. La seconde partie est entièrement consacrée aux grèves de 1955 à Saint-Nazaire et à Nantes, conflit resté dans la mémoire collective par sa durée er sa dureté. À noter, entre autres, la reproduction d’un article de Cornelius Castoriadis consacré à cet événement et paru dans Socialisme ou Barbarie en 1955, et la parole donnée à des acteurs directs de ce mouvement, aussi bien du côté syndical que du côté de l’État et du patronat. Pour le reste, on vous laisse découvrir... Mais vous aurez compris que ce numéro est indispensable à tous ceux qui s’intéressent au syndicalisme d’action directe et veulent le construire. À la clôture de la rédaction, nous apprenons que le numéro 34 de la Revue Agone paraîtra le 28 octobre 2005, sous le titre « Domestiquer les masses ». Le sommaire est publié sur le site Web de la revue.

(1) Nottament à la suite de la loi Fillon de mai 2004
(2) A ce sujet, voir l’analyse de cette loi par P. Bance dans le supplément n°9 d’un autre futur
Les temps maudits, n°22, 10-12/2005
Ce dossier s’intéresse au syndicalisme, un objet dont la familiarité trompeuse cache une vaie difficulté à l’aborder. Dans le discours dominant, en caricaturant à peine, le syndicalisme doit être, au mieux, un outil d’encadrement de la force de travail et de maintien de la paix sociale, au pire, un empêcheur intolérable de profiter entre privilégies. Pour les courants radicaux, le syndicalisme est partout et toujours un instrument de collaboration de classe et de trahison des travailleurs. Pour penser le syndicalisme dans son histoire et ses ambiguïtés, ce numéro suit l’évolutIon qui le fait passer de l’action directe théorisée par Emile Pouget, qui prône le sabotage et la grève générale, à sa légalisatlon et à son institutionnalisation de plus en plus marquée, malgré les grèves où les travailleurs eux-mêmes inventent de nouveaux moyens de lutte comme les occupations d’usine de 1936. Il propose ensuite une analyse fouillée des grèves de 1955, à Nantes et à Saint-Nazaire, mêlant articles historiques, documents et témoignages d’époque. Ce conflit social est à la fois emblématique de l’histoire sociale d’une région, mais aussi des rapports complexes entre ouvriers et organisations syndicales, ainsi qu’à l’intérieur de chacun d’entre elles. Depuis ces grèves, l’institutionnalisation du syndicalisme s’est poursuivie jusqu’à en faire un simple « partenaire social » négociant les reculs suceessifs des droits sociaux des salariés. Il ne trouvera un avenir pour le plus grand nombre qu’à la condition de se saisir des armes qui, en d’autres temps, surent faire la preuve de leur efficacité.
Offensive, n°8, 12/2005
Revue des revues
Edité en collaboration avec le Centre d’Histoire du Travail (CHT) de Nantes, ce numéro est absolument indispensable, pour qui s’intéresse au mouvement syndical, par la multiplicité des angles d’approche qu’il offre sur ce thème. Il est divisé en deux parties. La première est centrée sur le syndicalisme d’action directe (à partir d’articles d’Emile Pouget ou d’Edouard Berth). J.-P Le Crom, auteur d’un ouvrage remarqué sur ce thème chez Syllepse, livre l’essentiel de son analyse sur les comités d’entreprise, tandis que B. Edelman revient sur la question de la légalisation de la classe ouvrière. La seconde partie est consacrée aux grèves de Saint-nazaire et Nantes de 1955. Les contributions sur cet épisode d’intervention massive des ouvriers dans la lutte sont abordées par des articles de Cornélius Castoriadis, Roger Hagnaueur, J.Y. Martin ou encore Christophe Patillon. La parole des acteurs est largement présente, à travers des textes et entretiens avec plusieurs d’entre eux (Alexandre Hébert, Marcel Guihéneuf, par exemple). Ce très riche ensemble est prolongé par des articles sur l’histoire radicale, proposés par Charles Jacquier. Enfin, le lecteur est invité à découvrir des contributions sur Max Weber ou encore, un hommage à Lothar Baier à propos d’un texte sur Franz Fanon.
Dissidences, 11/2005
La revue Agone nous fournit ici une grosse livraison, très dense comme à son habitude, et particulièrement intéressante. Il est très difficile de rendre compte d’un tel numéro, qui couvre des périodes chronologiques larges et des aspects du syndicalisme assez divers.

C’est d’ailleurs le seul reproche que l’on pourrait faire de ce numéro : sa densité est tellement importante que mis à part le dossier concernant les grèves de 1955 à Nantes et Saint-Nazaire, on a du mal à trouver un fil conducteur dans cette juxtaposition de textes d’époques, d’études originales (J.-P. Le Crom par exemple) et de témoignages...

Mais ne gachons pas notre plaisir, et vous jugerez vous-même de l’intérêt de la publication grâce au descriptif fournis ci-dessous.

http://www.pelloutier.net/livres/livres.php?ref=13
Pelloutier.net, 15/06/2005
En collaboration avec le Centre d’histoire du travail de Nantes, la revue Agone consacre cette livraison à l’action syndicale. La première partie porte sur le syndicalisme révolutionnaire, dit aussi « anarcho-syndicalisme », dont l’apogée se réalisera au Congrès d’Amiens de la CGT en 1905, et dont la « Charte » alors adoptée fera l’objet, au cours du siècle, de bien des controverses.
On y trouve la reproduction d’un article d’Émile Pouget, polémiste original et fondateur du Père Peinard, sur l’action directe et le sabotage, coeur des conceptions syndicales de l’époque, certes solidement fondées sur la lutte de classes, mais s’enfermant dans l’idée que « le syndicat suffit à tout » et le réduisant à l’action de minorités agissantes. Un article est consacré au chansonnier Gaston Couté, poète et conteur situé dans le même courant, tandis qu’est reproduit un texte de 1936 sur l’occupation des usines, d’Édouard Berth, disciple de Sorel. Bernard Edelman étudie les débats juridiques et idéologiques autour de l’instauration du droit de grève. Jean-Pierre Le Crom, revient sur la genèse des comités d’entreprise. Silencieux sur les affrontements qui ont marqué leur naissance et accompagnent depuis leur existence, il n’observe dans cette institution qu’ambiguïtés et machine à consensus, méconnaissant l’hostilité du patronat qui se voyait privé d’une base de paternalisme, alors que, hanté par l’intervention dans la gestion, il entendait la réduire à un instrument de collaboration de classes. Tentative à laquelle la CGT s’opposera avec succès.
La seconde partie de ce dossier porte sur le grand conflit de Saint-Nazaire en 1955, la puissance de la grève, des négociations marquées de tensions, d’affrontements très vifs, d’une proposition patronale provocatrice d’augmentation de salaire de 4 % face à une revendication de 30 %. Le patronat devra finalement subir une augmentation de 22 %. Ce conflit, très significatif de la combativité ouvrière, s’est inscrit dans la mémoire collective d’une histoire sociale locale très riche. Certains ont voulu en faire un épouvantail. D’autres n’y voir qu’une simple résurgence du syndicalisme d’action directe ou fabriquer un modèle exemplaire. Une pitoyable attaque contre le secrétaire général actuel de la CGT gâche quelque peu la tenue de l’ouvrage. Misère de la polémique sans fondement !
Jean Magniadas
L'Humanité, 06/06/2005
Réalisation : William Dodé