couverture
Agone 38 et 39
« Villes et résistances sociales »
Coordination Benoît Eugène
avec 1 DVD : Art Security Service, Bernard Mulliez (1h29) et Les Indésirables, Patrick Taliercio (1h13)
Parution : 23/05/2008
ISBN : 9782748900712
Format papier : 320 pages (15 x 21 cm)
30.00 € + port : 3.00 €

Commander

Lire en ligne 
Format PDF 
Format EPUB 

Accès libre

PDF 
EPUB 

Table des matières

La parabole de Gino Benoît Eugène

Naissance du promoteur Louis Chevalier

Le paysage contemporain de la ville de Marseille Alèssi Dell’Umbria

Aux origines de l’avant-dernière destruction (1960-2005)

La volonté de non-savoir Jean-Pierre Garnier

Comment la gentrification est devenue, de phénomène marginal, un projet politique global Mathieu Van Criekingen

Un déguerpissement exemplaire à Ouaga (Burkina Faso) Patrick Taliercio

Revitaliser la ville indienne Solomon Benjamin

Milieux d’affaires, société civile & politiques anti-pauvres

Les jeux Olympiques, médaille d’or des expulsions Centre on Housing Rights and Evictions

Les mirages du partenariat public-privé Pierre J. Hamel

Le cas des municipalités au Québec

L’international sera le genre humain Benoît Eugène

Une expérience de planification néolibérale au quartier Midi (Bruxelles)

« Ce ne sont que les émanations toxiques de la cerfelle d’un prof ! » Borislav Pekic

Histoire radicale

Pierre Monatte & le congrès d’Amiens Miguel Chueca

Souvenirs Pierre Monatte

Le Centre américain de secours après le départ de Varian Fry Daniel Bénédite

La Leçon des choses

Le besoin de croyance & le besoin de vérité Jacques Bouveresse

Le rêve de Bismarck (novembre 1870) Patrick Taliercio

Un inédit d’Arthur Rimbaud en jeune patriote ?

Vidéos jointes au numéro

Art Security Service (Bernard Mulliez ) et Les indésirables (Patrick Taliercio)

  • 1 Le texte fut repris peu après dans le volume Trois scissions syndicales, paru en 1958 à L’Atelier-É (...)
  • 2 L’homme de plus de soixante quinze ans qui parle de la passion avec laquelle il suivit le congrès d (...)
  • 3 J’avoue ici ma dette à l’égard d’Anthony Lorry, du CEDIAS-Musée social, qui m’a signalé que l’usage (...)

Le texte qui suit [cf. Souvenirs de Pierre Monatte] fut rédigé en 1956 par Pierre Monatte (1881-1960), alors dans les dernières années de sa vie, à l’occasion du cinquantenaire du congrès syndicaliste d’Amiens, un congrès qui passa à l’histoire pour la fameuse « charte » adoptée à l’issue de ses travaux, dont la postérité n’a guère retenu que l’affirmation de l’indépendance du syndicalisme à l’égard des partis politiques. Cinq décennies après le vote de la « charte » d’Amiens, Pierre Monatte revenait, pour la revue Actualité de l’histoire 1, sur un congrès qui fut le premier auquel il assista, tout jeune militant de vingt-cinq ans, avec une passion que, selon ses propres dires, il ne devait jamais plus ressentir au cours de sa longue vie militante. Que des considérations personnelles de ce genre aient pu pousser Monatte, cinquante ans après l’événement, à présenter de ce congrès une image qui ne correspond pas tout à fait à ce qu’il fut réellement, il suffit, pour s’en convaincre, de lire ce que le même Monatte en écrivait à l’époque des faits 2. Faut-il penser pour autant que, comme il le suggère dans les premières lignes de « Souvenirs », ces considérations-là aient pu le conduire à accorder une importance exagérée à l’événement ? Certai­nement pas. S’il est un seul congrès du mouvement ouvrier français qui soit resté dans les mémoires – aussi peu que ce soit –, c’est bien celui-là, et s’il fallait citer le nom d’une ville dont l’évocation soit (ait été ?) liée à la tenue d’un congrès ouvrier, c’est sans doute celui d’Amiens qui viendrait en premier. Cela étant, le souci de l’exactitude nous oblige à noter que le caractère « historique » qu’on accorde généralement au congrès d’Amiens ne lui vint en vérité qu’après coup : il fallut, en particulier, qu’on commence – dès 1908 puis de plus en plus massivement à partir de 1912 3 – à se référer à la motion votée à l’issue des débats d’octobre 1906 comme à la « charte » du syndicalisme pour qu’on se décide à le regarder comme un congrès « historique », le « congrès de la charte d’Amiens ».

  • 4 Émile Pouget est alors une des trois « têtes » de la CGT, avec Victor Griffuelhes et Georges Yvetot (...)

Quoi qu’il en soit, aussi important qu’il soit dans l’histoire du mouvement ouvrier français, rares furent, parmi les délégués présents à ce congrès, ceux qui portèrent témoignage sur un événement qui, à dire vrai, ne parut pas plus « historique » aux yeux des militants ouvriers de l’époque que les congrès immédiatement antérieurs, celui de Bourges en 1904 et de Montpellier en 1902. Pierre Monatte fut de ces délégués-là, qui donna un long texte à l’hebdomadaire anarchiste Les Temps nouveaux, ainsi qu’Émile Pouget – l’ex-Père Peinard, devenu en 1906 un des militants les plus en vue de la CGT et co-auteur, avec Griffuelhes, de la résolution d’Amiens 4–, qui fit de même pour la revue Le Mouvement socialiste, dirigée par Hubert Lagardelle, le porte-parole des intellectuels du syndicalisme révolutionnaire. Bien plus tard, un autre des quelque trois cents délégués présents à Amiens, l’assez obscur Eugène Marty-Rolland, rassemblerait ses souvenirs – parfois incertains, au demeurant – sur le sujet dans la petite brochure Comment fut élaborée la Charte d’Amiens ?, qui ne fut publiée qu’en 1939.

Pouget, fatigué et découragé, ayant pris ses distances avec le mouvement ouvrier organisé dès 1909, pour s’en écarter définitivement après 1918, seul Monatte pouvait revenir une seconde fois sur le congrès d’Amiens. Et c’est ce qu’il fit, un demi-siècle plus tard, dans une période historique qui n’avait plus guère de points en commun avec celle qui avait vu la naissance et l’éclosion du syndicalisme d’action directe ­français. Si on devait ne reconnaître qu’un seul mérite au texte de Monatte repris ci-après – et il en a bien d’autres, à l’évidence –, on pourrait d’emblée retenir celui-là.

Les indications de l’auteur étant parfois trop allusives, surtout pour les lecteurs peu familiers de l’histoire du mouvement ouvrier français d’avant 1914, nous avons jugé nécessaire de lui adjoindre, en bas de page, un certain nombre de notes explicatives et de compléter ces annotations par quelques observations sur la trajectoire de l’auteur du texte dans les années antérieures – et légèrement postérieures – au congrès d’Amiens. On nous permettra de renvoyer le lecteur désireux de mieux connaître cette attachante figure du mouvement ouvrier français au petit ouvrage Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, dû à l’historienne Colette Chambelland, dans lequel nous avons puisé une partie de nos informations. Le lecteur y trouvera tout ce qu’il importe de savoir sur le parcours de Monatte dans les années qui vont de la Première Guerre mondiale à 1956.

Pierre Monatte naît en 1881 à Monlet, un village de la Haute-Loire peuplé de paysans et de petits artisans, d’une mère dentellière et d’un père forgeron et maréchal-ferrant. Dans une région aux sentiments majoritairement monarchistes, la branche familiale dont est issu Pierre Monatte est, elle, de convictions républicaines, teintées chez son père de sentiments vaguement anticléricaux et antimilitaristes, ce qui valut à la famille le sobriquet de « Monatte-les-Rouges », chargé de les distinguer de leurs homonymes conservateurs. Excellent élève, il passe son certificat d’études à neuf ans et, grâce à une « demi-bourse », il poursuit ses études au collège laïc de Brioude, où il se découvre un goût pour la lecture qui l’accompagnera tout au long de sa vie. Passionné aussi par les luttes politiques, il lit le quotidien socialiste La Petite République, que lui apporte son camarade de collège Guy Tourette. Ils adhèrent tous deux, en 1895, au groupe des Jeunesses socialistes de Clermont-Ferrand, mais Monatte se sent bien vite attiré par la doctrine anarchiste, qui connaît alors en France ses années les plus fastes.

  • 5 Revue littéraire et artistique fondée en Belgique en 1899 puis reprise à Paris deux ans plus tard, (...)

Son attrait pour le journalisme militant se manifeste dès 1898, avec la création de l’hebdomadaire La Démocratie vellavienne, l’« organe des groupes avancés de la Haute-Loire », dont il est, à dix-sept ans, le rédacteur en chef. Bachelier sans moyens de subsistance, il est répétiteur dans l’académie de Clermont avant d’accepter un poste dans celle de Lille. Répétiteur stagiaire dans cinq collèges du Nord et du Pas-de-Calais de mai 1898 au printemps 1902, il met à profit ses vacances parisiennes pour passer au siège des revues auxquelles il est abonné, Le Mouvement socialiste, La Revue blanche 5 et Les Temps nouveaux, où il fait la connaissance de Jean Grave, représentant d’un anarchisme plutôt traditionnel, et, surtout, de Paul Delesalle et Émile Pouget, déjà engagés l’un et l’autre dans le jeune mouvement syndicaliste. C’est cette voie qu’il va emprunter à son tour, suivant en cela le conseil que Fernand Pelloutier, le brillant secrétaire général de la Fédération des Bourses du travail (FBT), a donné aux libertaires dans sa Lettre aux anarchistes, parue en février 1900, un écrit qui reprenait les réflexions ébauchées cinq ans auparavant dans son article des Temps nouveaux « L’anarchisme et les syndicats ouvriers ».

  • 6 Le mouvement des ESRI est fondé en 1891 et rassemble des étudiants appartenant à plusieurs écoles s (...)

Monatte s’installe à Paris au printemps 1902, l’année même où, à l’occasion du congrès de Montpellier, la FBT va s’unir à la CGT, une fusion qui est comme une seconde naissance pour l’organisation ouvrière et dont elle va tirer tout l’élan et l’énergie qui lui ont manqué au cours de ses premières années d’existence. Tout en consolidant les amitiés nouées au fil des ans aux Temps nouveaux, Monatte se lie avec les responsables de la revue Pages libres, fondée par l’ex-polytechnicien Charles Guieysse en 1901, qui lui proposent un emploi au service de librairie de la revue, qu’il occupera jusqu’en 1904. C’est aussi au cours de ces années que Monatte fréquente les ESRI (Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes 6), dont il sera du reste le dernier secrétaire en 1903.

  • 7 On s’interroge souvent sur le qualificatif qui conviendrait le mieux au courant syndicaliste qui mè (...)

Deux ans plus tard, en 1904, Monatte quitte Pages libres et son occupation d’employé de librairie pour embrasser le métier de correcteur, une activité qu’il gardera jusqu’au bout de sa vie professionnelle. C’est cette même année – celle du congrès de Bourges, où s’affirme le courant révolutionnaire de la CGT mené par le duo Victor Griffuelhes-Émile Pouget – qu’il est « harponné » par ce dernier, qui, à la recherche de militants de valeur pour un « syndicalisme révolutionnaire 7 » en plein essor, le fait entrer au Comité des Bourses du travail comme représentant de celle de Bourg-en-Bresse.

  • 8 Il est appelé ainsi pour le distinguer du syndicat mené par le socialiste Étienne Basly – le Lantie (...)

Un an plus tard, au cours de la grande manifestation populaire qui accompagne la dépouille mortelle de Louise Michel vers le cimetière de Levallois-Perret, le secrétaire de la fédération syndicale des Mineurs du Pas-de-Calais, Benoît Broutchoux – qui s’attend à être emprisonné très bientôt –, vient demander à Monatte de prendre sa place à la tête de L’Action syndicale, l’organe du « jeune syndicat 8» des Mineurs du Pas-de-Calais. Dans cette demande joue autant la proximité doctrinale entre les deux jeunes hommes, libertaires confessés l’un et l’autre, que la bonne réputation que Monatte s’est faite déjà par ses articles parus dans Pages libres. On verra dans l’article repris ci-après que c’est encore à son talent de plume qu’il devra d’être présent au congrès d’Amiens, avec un mandat qui lui vient du secrétaire du syndicat des Marins de commerce de Marseille, frappé lui aussi par la qualité des articles signés de son nom dans Les Temps nouveaux.

Cet aperçu de la trajectoire de Pierre Monatte avant Amiens, aussi bref qu’il soit, donne, il nous semble, une idée fidèle de ce que fut son engagement militant d’avant Amiens, très similaire à bien des égards – avec quelques années de retard – à celui de Fernand Pelloutier. Passés tous deux, à grandes enjambées, du républicanisme à l’anarchisme après une courte étape socialiste, ils ont trouvé bien vite dans le syndicalisme l’instrument le plus approprié pour la réalisation de leurs idéaux. Tous deux – amateurs de cette « culture de soi-même » dont parla Pelloutier dans sa belle Lettre aux anarchistes – sont également convaincus de la nécessité où est le prolétariat de se donner les instruments intellectuels indispensables à son émancipation. Tous deux ont aussi en commun d’être avant tout des militants de la plume, venus au syndicalisme par le « haut », poussés par leurs convictions, plutôt que par le « bas », par l’enracinement dans un métier, et c’est tout naturellement qu’ils consacreront une bonne partie de leur temps et de leur énergie à l’animation de publications étroitement liées au mouvement ouvrier.

  • 9 Sur cette organisation secrète, fondée à l’image du Noble Order of the Knights of Labor américain, (...)
  • 10 À ce propos, on lira « Pourquoi je démissionne du comité confédéral », la lettre de démission de Mo (...)

Un point essentiel les sépare toutefois : si Pelloutier ne recule pas devant les postes des plus hautes responsabilités, tant à la Chevalerie du travail française 9 qu’à la Fédération des Bourses, Monatte, assez piètre orateur et peu porté sur la course aux mandats, n’occupera jamais qu’un seul poste de responsabilité syndicale jusqu’à sa démission du comité confédéral de la CGT à la fin 1914 10. C’est là une règle de conduite – très caractéristique de sa personnalité – à laquelle il ne dérogera plus après 1914 et que relèvent dès 1908 les auteurs du livre Ces messieurs de la CGT, les journalistes Girod de Fléaux et Maurice Leclercq, lesquels notent son « rôle de conseiller intime » au sein du comité confédéral de la CGT, « apprécié par Pouget, écouté par Griffuelhes », non sans avoir remarqué auparavant qu’il « ne s’est jamais occupé d’aucune grève » et qu’on ne l’a jamais « entendu parler dans aucun meeting important ».

  • 11 Lire le petit livre de Jacques Julliard, Clemenceau, briseur de grève, Julliard, 1965.

Monatte, qui va occuper encore quelques années une place au sein du comité confédéral de la CGT, se voue avec passion à ce qui est alors – et qui restera – son activité principale, l’écriture militante, la collaboration aux organes de presse du syndicalisme révolutionnaire. Aux côtés de Griffuelhes, Pouget, Delesalle, Lagardelle, Dunois et Cornelissen, il anime, de janvier à octobre 1908, l’hebdomadaire L’Action directe, qui ne survivra pas à la répression postérieure aux affrontements sanglants de la fin juillet 1908 à Villeneuve-Saint-Georges 11. Mais il reprend bientôt du service auprès d’Émile Pouget, qui, toujours désireux de créer un quotidien syndicaliste de qualité, susceptible de rivaliser avec L’Humanité de Jaurès, lance La Révolution le 1er février 1909. L’expérience tourne court très vite, trop même, mais l’échec cinglant de l’aventure ne change rien à la conviction de Monatte qu’un quotidien est nécessaire à la bonne santé du syndicalisme et qu’il est en outre « parfaitement viable », à condition qu’il s’assure de ces bases solides qui avaient manqué au projet de l’ex-Père Peinard.

  • 12 Les citations de Monatte sont tirées du dernier article signé de lui dans La Révolution prolétarien (...)

Si l’échec « piteux » de La Révolution lui a fait voir les difficultés inhérentes à la vie d’un quotidien, la disparition de Pages libres, absorbée par La Grande Revue, et les premiers signes d’essoufflement du Mouvement socialiste, abandonné par Georges Sorel et son disciple Édouard Berth, vont le convaincre – et convaincre ses amis, dont son jeune camarade Amédée Dunois, chargé des questions syndicales aux Temps nouveaux – de l’opportunité de créer une revue capable de former ces militants et propagandistes dont le syndicalisme révolutionnaire a tant besoin à un moment où, comme il le dira bien plus tard, le mouvement commençait à manquer de militants, « de bons militants ayant de la jugeote et de la flamme » 12. Ce sera La Vie ouvrière, dont le premier numéro paraît le 5 octobre 1909 – presque trois ans, jour pour jour, après le congrès d’Amiens –, qui emprunte son titre à un ouvrage des frères Pelloutier (Fernand et Maurice), La Vie ouvrière en France, paru en 1900.

Bien qu’elle ne soit pas le porte-parole officiel de l’organisation ouvrière, La Vie ouvrière n’en reçoit pas moins l’appui de plusieurs des fédérations de la CGT qui animent son courant révolutionnaire, dont, entre autres, la Métallurgie, le « jeune syndicat » des Mineurs, les Cuirs et Peaux, la Bijouterie et le Bâtiment. Cependant, Monatte s’est adressé d’abord à deux hommes de confiance, Charles Guieysse et le vieux libertaire James Guillaume, l’animateur de la fameuse section jurassienne de la Première Internationale, qui lui ont apporté une aide financière non négligeable.

  • 13 Extrait de la « Lettre familière aux 5 000 abonnés possibles », qui ouvre le premier numéro de la r (...)

La Vie ouvrière, qui s’affiche d’emblée, et assez paradoxalement, comme une « revue d’action », affirme ce caractère œcuménique qui caractérise si bien le syndicalisme révolutionnaire français d’avant la Grande Guerre : « Les camarades qui se sont rencontrés autour de La Vie ouvrière ne ­partagent pas tous les mêmes opinions. Il en est qui appartiennent au parti socialiste et y militent activement ; d’autres consacrent tout leur temps et toute leur activité au mouvement syndical – c’est la majorité ; d’autres, enfin, sont anarchistes et ne s’en cachent nullement. Mais tous nous sommes unis sur le terrain syndicaliste révolutionnaire et nous nous ­proclamons nettement antiparlementaires. 13 »

Les premiers succès rencontrés par La Vie ouvrière n’ont cependant pas effacé le souvenir de l’échec de La Révolution et le projet d’un quotidien lié à la CGT mais sans en être un organe officiel va refaire surface très bientôt. Monatte fait partie du comité d’administration provisoire du quotidien et c’est lui qui est chargé de la circulaire d’appel aux syndicats. Soutenue elle aussi par quelques-unes des fédérations les plus représentatives du courant syndicaliste révolutionnaire, celle du Bâtiment au premier chef, La Bataille syndicaliste paraît enfin le 27 avril 1911.

  • 14 Il ne rendra son tablier à la VO qu’à la fin de l’année 1921, une fois consommée la première scissi (...)

Cependant, ici encore, les difficultés vont s’accumuler très vite et, après un violent affrontement entre Griffuelhes et Monatte, le premier se retire du journal pour ne plus y revenir, convaincu qu’il n’y a pas de place, en France, pour une publication de ce type. D’autres le suivront, à un moment où la crise au sein de la CGT – et de son courant révolutionnaire – bat son plein : c’est le cas d’Amédée Dunois, qui délaisse La Bataille pour le quotidien de Jaurès, à la « tribune syndicale » duquel Émile Pouget collabore déjà régulièrement. Après la démission de Griffuelhes, c’est l’équipe de la VO, Rosmer et Merrheim en tête, qui se charge également de faire vivre le quotidien syndicaliste. Mais, devant les difficultés pressantes auxquelles font face les deux publications, Monatte va choisir d’abandonner le conseil d’administration de La Bataille afin de mieux aider à l’animation de La Vie ouvrière 14, celle des deux publications à laquelle, à l’évidence, il tient le plus.

  • 15 Sur le sujet, lire Anarchisme & syndicalisme. Le congrès anarchiste international d’Amsterdam (1907 (...)
  • 16 Colette Chambelland, Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, L’Atelier/Éditions ouvrières, 199 (...)
  • 17 Hebdomadaire révolutionnaire fondé à la fin de l’année 1906 autour de Gustave Hervé par une équipe (...)
  • 18 « Le congrès du Havre », La Vie ouvrière, 20 octobre 1912, p. 118.

L’engagement dans la presse syndicaliste absorbe alors, et depuis quelques années déjà, toutes ses énergies militantes et paraît l’éloigner peu à peu des milieux libertaires, bien que, comme on l’a vu, il entretienne toujours des liens avec certaines grandes figures du mouvement. Colette Chambelland date son éloignement de l’anarchisme du congrès anarchiste international de 1907 à Amsterdam 15 – auquel il s’est rendu sur les instances d’Amédée Dunois et où il a croisé le fer avec Errico Malatesta à propos des relations entre l’anarchisme et le syndicalisme –, bien qu’elle n’en donne, hélas, que d’assez vagues explications, en se bornant à relever l’opposition de Monatte à l’anarchisme individualiste et à ses représentants, pour lesquels il ne ressent, dit-elle, « ni sympathie ni affinité 16 », une explication d’autant plus courte et peu satisfaisante que les préventions – pour ne pas dire la franche antipathie – de certains de ces anarchistes à l’endroit du syndicalisme ne sont pas, en 1907, une chose nouvelle. Il conviendrait ici, sans aucun doute, de pousser un peu plus avant l’analyse de Colette Chambelland, en se penchant de préférence sur la détérioration des liens de Monatte avec ces autres libertaires – parfois proches de l’équipe de l’hebdomadaire La Guerre sociale 17– qui, contrairement à leurs coreligionnaires individualistes, sont « venus sincèrement, entièrement au syndicalisme » et amorcent à son égard ce « mouvement de repliement, de retraite » que Monatte signale, pour le regretter, dans La Vie ouvrière 18.

  • 19 Lire supra, note 4, p. 216.
  • 20 Émile Pouget, 1906. Le Congrès syndicaliste d’Amiens, Éditions CNT-RP, 2006, p. 101-102.

Toutefois, notre sentiment est qu’il faudrait chercher ailleurs que dans le domaine des relations personnelles et de faits purement psychologiques la raison profonde d’un éloignement qui, comme on vient de le voir, opère d’ailleurs dans les deux sens, Monatte prenant ses distances, peu à peu, à l’égard de l’anarchisme dans le même temps que certains de ses compagnons de la veille en font de même vis-à-vis du syndicalisme. En réalité, l’évolution de Monatte, fort similaire à celle qu’a suivie Émile Pouget avec quelques années d’avance, est probablement déjà in nuce dans la conception qu’ils se font tous deux des liens entre la doctrine anarchiste et le syndicalisme. Les réflexions faites par Pouget dans le compte rendu rédigé pour Le Mouvement socialiste 19 quelques semaines après la clôture des débats d’Amiens donnent une bonne clé pour comprendre le trajet suivi par Monatte après le congrès d’Amsterdam. Dans le très intéressant passage qu’il consacre aux relations entre l’anarchisme et le syndicalisme – une réflexion rendue nécessaire par les attaques portées par les guesdistes mais aussi par plusieurs leaders syndicalistes du courant réformiste de la centrale ouvrière contre la mainmise des « anarchistes » sur la CGT –, où Pouget relève les motifs pour lesquels de nombreux libertaires sont allés au syndicalisme, on peut aussi trouver la raison pour laquelle nombre d’entre eux s’en sont progressivement écartés. On nous autorisera à en extraire les lignes suivantes, particulièrement significatives : « La critique que font du parlementarisme les libertaires, écrit-il, leur horreur de la conquête des pouvoirs publics, ils la trouvaient dans les syndicats, non sous une forme combative, mais sous forme d’indif­férence : les syndicats n’étaient pas antiparlementaires, mais, très ­nettement, ils se manifestaient a-parlementaires. […] De plus, les fins révolutionnaires poursuivies par les syndicats s’identifient avec l’idéal anarchiste. Le fédéralisme économique qu’ils entrevoient comme devant s’épanouir sur les ruines de la centralisation étatiste et capitaliste, avec des groupements de production, de circulation et de répartition pour base sociale, […] qu’est-il, sinon le communisme libertaire ? 20»

Dans la mesure où, aux yeux de Pouget – qui exprime ici, probablement, un sentiment répandu chez de nombreux libertaires, à commencer par le Monatte du congrès d’Amsterdam –, le syndicalisme intègre le meilleur de l’anarchisme et son aspect le plus pratique, il était assez logique que, pour nombre de ses coreligionnaires comme pour lui, l’engagement syndical se suffise à lui-même et rende inutile leur activité au sein des petits groupes de propagande. Une évolution au fond assez similaire à celle qu’ont connue les autres fondateurs du syndicalisme grève-généraliste, les socialistes révolutionnaires de la faction allemaniste.

  • 21 Voilà ce qu’écrivait Monatte à la fin du congrès d’Amiens, en réaction aux jugements de Pierre-Mari (...)

Si, au lendemain des débats d’Amiens, Monatte pouvait encore nier – à juste titre, il nous semble – l’existence d’une quelconque rupture entre « syndicalistes anarchistes » et « syndicalistes tout court » 21, il va cependant s’écarter, presque insensiblement, des positions des premiers pour adopter celles des seconds avant d’entamer un voyage sans retour qui, à partir de la révolution d’Octobre, l’entraînera, à l’instar de nombre de syndicalistes révolutionnaires d’avant 1914, dans le giron du mouvement communiste. Dès lors, c’est une tout autre histoire qui commence pour lui, solidaire – durant quelques années, du moins – de celle d’une partie du mouvement ouvrier français.

Nous parlions plus haut des similitudes entre le parcours de Monatte et celui de Pelloutier. Hormis le goût ou la répulsion de l’un et de l’autre pour les postes de responsabilité, il est encore une différence notable entre les deux hommes. Si la vie fut chiche avec l’admirable animateur de la FBT, disparu en 1901 à l’âge de 34 ans, elle eut au moins l’élégance de l’abandonner à un moment où le syndicalisme révolutionnaire – ou « grève-généralisme », pour le dire avec l’expression créée par ses détracteurs guesdistes – était encore en plein essor et riche encore de toutes ses promesses. Plus généreuse avec Monatte, elle lui concéda cependant ce triste privilège de voir se déliter peu à peu les énormes espérances dont le syndicalisme était encore porteur en 1906, au cours d’un processus qui, après la faillite de l’été 1914 et la révolution d’Octobre, fut comme une revanche des « vaincus » du congrès d’Amiens, la CGT s’orientant majoritairement vers le plus plat des réformismes ou vers un néo-­guesdisme – auquel nolens volens participa Monatte lui-même – qui, en matière de subordination politique du mouvement syndical, dépassa de très loin tout ce qu’avaient pu désirer, et même imaginer, les guesdistes du début du xxe siècle.

  • 22 « Son soutien enthousiaste à la Révolution russe, son adhésion moins enthousiaste au parti communis (...)

Le temps qui s’est écoulé depuis 1906 n’est pas passé en vain et c’est un Monatte fort d’une longue et amère expérience – où les échecs ont été plus nombreux, à l’évidence, que les succès 22 – qui revient sur un événement dont il est d’autant plus difficile de prendre l’exacte mesure en 1956 qu’il ne reste alors rien, ou presque, de l’inspiration du congrès d’Amiens dans le mouvement syndical français : son courant principal, lié au « communisme » stalinien, a tourné le dos à l’idée d’indépendance du syndicalisme à l’égard des partis – un des points majeurs de la « charte » votée en 1906 –, et le courant minoritaire qui s’en réclame encore n’en retient que cela, au détriment de l’esprit révolutionnaire qui inspire la motion rédigée par Victor Griffuelhes et Émile Pouget.

  • 23 Cette vision du sens du congrès d’Amiens et de la résolution qui en est issue va complètement à l’e (...)

Particularité du syndicalisme révolutionnaire à la française, qui n’aurait pas existé sans l’apport des anarchistes et de l’« esprit libertaire » mais qui fut cependant l’« œuvre commune de militants ouvriers venus de tous les camps socialistes, de tous les horizons révolutionnaires ». Refus de réduire le riche contenu doctrinal de la motion votée à Amiens à la seule mention de l’indépendance du syndicalisme à l’égard des partis politiques. Et, enfin, vision du congrèscomme point culminant d’une marche entamée longtemps avant par le mouvement syndicaliste, « dix à vingt ans peut-être » 23 : une fois parvenu là commence l’irrémédiable descente dont Monatte voit le début en 1910, avec l’affaire de la Maison des fédérations, et qui, de secousse en secousse, va le mener au désastre de l’été 1914. Ce sont là, brièvement résumées et extraites de l’évocation précise des faits et des hommes de 1906 – au passage : il y a encore très peu de femmes dans le syndicalisme français des « temps héroïques » –, les principales leçons que nous retiendrons, pour notre part, d’un texte qui va bien au-delà de ce que suggère son titre et repose sur une connaissance et une compréhension intimes du syndicalisme français d’avant 1914.

  • 24 Nous nous sommes déjà employés à cette tâche dans les pages de la présente revue, avec la publicati (...)

En présentant aux lecteurs d’aujourd’hui ces « Souvenirs » – que nous avons fait précéder du texte de la « charte » d’Amiens –, nous espérons contribuer à mieux leur faire connaître 24 un événement dont le centenaire fut certes assez modestement fêté en 2006 – peut-être plus, à tout prendre, que ne l’avait été son cinquantenaire –, mais qui n’en demeure pas moins très emblématique de la brève, et passionnante, histoire du syndicalisme révolutionnaire français. Ces textes inciteront peut-être les lecteurs – c’est du moins notre espoir – à étudier plus à fond, et pour leur compte, un mouvement qu’on a trop souvent considéré comme une sorte de maladie infantile ou de péché de jeunesse appelé, comme naturellement, à être « intégré » et « dépassé » par ce qui viendrait après alors qu’il fut une tentative cohérente et originale de mettre sur pied un véritable socialisme ouvrier.

Notes

1 Le texte fut repris peu après dans le volume Trois scissions syndicales, paru en 1958 à L’Atelier-Éditions ouvrières.

2 L’homme de plus de soixante quinze ans qui parle de la passion avec laquelle il suivit le congrès d’Amiens se souvient-il des premières phrases du compte rendu qu’il avait consacré à cet événement quelques semaines à peine après sa conclusion ? « On avait prévu, écrit-il alors, que ce congrès serait passionné, que la lutte des idées y serait violente. Il n’en a rien été. » (Les Temps nouveaux, 27 octobre 1906)

3 J’avoue ici ma dette à l’égard d’Anthony Lorry, du CEDIAS-Musée social, qui m’a signalé que l’usage du terme de « charte » pour désigner la résolution d’Amiens est inauguré par Louis Niel en 1908, dans un article, « La course à la mort », paru dans L’Humanité le 29 octobre de cette année, peu après le congrès de Marseille. Mais il nous semble que c’est à partir de 1912, l’année où l’ex-­guesdiste Victor Renard présente une motion similaire à celle qui, en 1906, avait été à l’origine de la résolution d’Amiens, que le terme, acclimaté une fois pour toutes, est massivement utilisé dans la presse et le discours syndicalistes.

4 Émile Pouget est alors une des trois « têtes » de la CGT, avec Victor Griffuelhes et Georges Yvetot. Son compte rendu paraît en plusieurs livraisons sous le titre « Le congrès syndicaliste d’Amiens ». Il a été repris, sous ce même titre, par les Éditions CNT-RP à l’occasion du centenaire du congrès.

5 Revue littéraire et artistique fondée en Belgique en 1899 puis reprise à Paris deux ans plus tard, La Revue blanche bénéficie du concours d’écrivains et d’artistes de premier plan. Félix Fénéon, critique d’art de convictions anarchistes, en est le secrétaire de rédaction de 1896 jusqu’en 1903, l’année de la disparition de la revue.

6 Le mouvement des ESRI est fondé en 1891 et rassemble des étudiants appartenant à plusieurs écoles socialistes. Après le départ des guesdistes, en 1893, les ESRI s’orientent vers l’anarchisme et s’ouvrent à des syndicalistes libertaires comme Paul Delesalle ou Monatte.

7 On s’interroge souvent sur le qualificatif qui conviendrait le mieux au courant syndicaliste qui mène la CGT du début du siècle jusqu’à la veille de la Grande Guerre. Émile Pouget, pour sa part, utilisait souvent le terme composé « révolutionnaire-réformiste » pour désigner cette « double besogne quotidienne et d’avenir » à laquelle se voue le syndicalisme.

8 Il est appelé ainsi pour le distinguer du syndicat mené par le socialiste Étienne Basly – le Lantier de Germinal – dans le Nord.

9 Sur cette organisation secrète, fondée à l’image du Noble Order of the Knights of Labor américain, nous ne pouvons que renvoyer à la lecture d’un des plus grands livres de Maurice Dommanget, La Chevalerie du travail française, 1893-1911, Rencontre, Lausanne, 1967.

10 À ce propos, on lira « Pourquoi je démissionne du comité confédéral », la lettre de démission de Monatte récemment reprise dans Agone, 2006, n° 35/36, p. 273-277.

11 Lire le petit livre de Jacques Julliard, Clemenceau, briseur de grève, Julliard, 1965.

12 Les citations de Monatte sont tirées du dernier article signé de lui dans La Révolution prolétarienne, en décembre 1959 et janvier 1960, où, peu avant de ­mourir, il commémorait le cinquantenaire – un de plus – de la création de La Vie ouvrière.

13 Extrait de la « Lettre familière aux 5 000 abonnés possibles », qui ouvre le premier numéro de la revue. De fait, malgré ses grandes qualités, la revue n’atteindra jamais un tel objectif et ne parviendra même pas aux 3 000 nécessaires à son bon équilibre financier.

14 Il ne rendra son tablier à la VO qu’à la fin de l’année 1921, une fois consommée la première scission au sein de la CGT. Quatre ans plus tard, en 1925, il lance La Révolution prolétarienne, revue « syndicaliste-communiste », puis « syndicaliste-révolutionnaire », à partir de 1930, quand son équipe et lui rompent tous les ponts avec le bolchevisme. Ce sera là sa dernière expérience éditoriale, et la plus longue aussi.

15 Sur le sujet, lire Anarchisme & syndicalisme. Le congrès anarchiste international d’Amsterdam (1907), publié en 1997 par Nautilus et les Éditions du Monde libertaire.

16 Colette Chambelland, Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, L’Atelier/Éditions ouvrières, 1999, p. 39.

17 Hebdomadaire révolutionnaire fondé à la fin de l’année 1906 autour de Gustave Hervé par une équipe composée, pour l’essentiel, de socialistes « insurrectionnels » et de libertaires.

18 « Le congrès du Havre », La Vie ouvrière, 20 octobre 1912, p. 118.

19 Lire supra, note 4, p. 216.

20 Émile Pouget, 1906. Le Congrès syndicaliste d’Amiens, Éditions CNT-RP, 2006, p. 101-102.

21 Voilà ce qu’écrivait Monatte à la fin du congrès d’Amiens, en réaction aux jugements de Pierre-Marius André, un journaliste de la tendance guesdiste : « Certain socialiste a voulu remarquer qu’une prétendue scission s’était manifestée au cours du congrès entre les syndicalistes anarchistes et les syndicalistes tout court. Regardez de plus près, citoyen André, et vous verrez que de scission il n’y en a pas, il n’y en a jamais eu que dans votre imagination ou dans votre désir. L’inaction pourrait délier les efforts ; mais, tant qu’il y aura action dans le sens indiqué par le congrès d’Amiens après le congrès de Bourges, […] les syndicalistes anarchistes ne bouderont pas à la tâche. » (Les Temps nouveaux, 3 novembre 1906)

22 « Son soutien enthousiaste à la Révolution russe, son adhésion moins enthousiaste au parti communiste, son impossibilité à retrouver la voie de l’indépendance syndicale, sont pour lui des échecs. » (Colette Chambelland, Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, op. cit., p. 184)

23 Cette vision du sens du congrès d’Amiens et de la résolution qui en est issue va complètement à l’encontre, est-il besoin de le dire, de celle de tous ces analystes d’obédiences diverses – communistes, socialistes et même certains anarchistes – qui, à l’instar des guesdistes de l’époque, veulent voir à tout prix dans la motion issue du congrès de 1906 une atténuation, un affadissement voire une rupture avec l’orientation précédente de la centrale ouvrière. Sur ce point, Monatte reste attaché à l’interprétation qui était la sienne – ainsi que celle de tous les représentants du courant révolutionnaire de la CGT – à l’époque du congrès. Sur les interprétations suscitées par le congrès et sa motion finale, nous renvoyons à notre introduction au livre 1906. Le Congrès syndicaliste d’Amiens, op. cit., p. 39-43.

24 Nous nous sommes déjà employés à cette tâche dans les pages de la présente revue, avec la publication du texte « La grève générale révolutionnaire (Réponse à Jaurès) », signé de la Commission de propagande de la grève générale de la CGT (Agone, « Le syndicalisme et ses armes », 2005, n° 33, p. 175-201).

Miguel Chueca

Table des matières

La parabole de Gino Benoît Eugène

Naissance du promoteur Louis Chevalier

Le paysage contemporain de la ville de Marseille Alèssi Dell’Umbria

Aux origines de l’avant-dernière destruction (1960-2005)

La volonté de non-savoir Jean-Pierre Garnier

Comment la gentrification est devenue, de phénomène marginal, un projet politique global Mathieu Van Criekingen

Un déguerpissement exemplaire à Ouaga (Burkina Faso) Patrick Taliercio

Revitaliser la ville indienne Solomon Benjamin

Milieux d’affaires, société civile & politiques anti-pauvres

Les jeux Olympiques, médaille d’or des expulsions Centre on Housing Rights and Evictions

Les mirages du partenariat public-privé Pierre J. Hamel

Le cas des municipalités au Québec

L’international sera le genre humain Benoît Eugène

Une expérience de planification néolibérale au quartier Midi (Bruxelles)

« Ce ne sont que les émanations toxiques de la cerfelle d’un prof ! » Borislav Pekic

Histoire radicale

Pierre Monatte & le congrès d’Amiens Miguel Chueca

Souvenirs Pierre Monatte

Le Centre américain de secours après le départ de Varian Fry Daniel Bénédite

La Leçon des choses

Le besoin de croyance & le besoin de vérité Jacques Bouveresse

Le rêve de Bismarck (novembre 1870) Patrick Taliercio

Un inédit d’Arthur Rimbaud en jeune patriote ?

Vidéos jointes au numéro

Art Security Service (Bernard Mulliez ) et Les indésirables (Patrick Taliercio)

Réalisation : William Dodé