couverture
Agone 38 et 39
« Villes et résistances sociales »
Coordination Benoît Eugène
avec 1 DVD : Art Security Service, Bernard Mulliez (1h29) et Les Indésirables, Patrick Taliercio (1h13)
Parution : 23/05/2008
ISBN : 9782748900712
Format papier : 320 pages (15 x 21 cm)
30.00 € + port : 3.00 €

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Table des matières

La parabole de Gino Benoît Eugène

Naissance du promoteur Louis Chevalier

Le paysage contemporain de la ville de Marseille Alèssi Dell’Umbria

Aux origines de l’avant-dernière destruction (1960-2005)

La volonté de non-savoir Jean-Pierre Garnier

Comment la gentrification est devenue, de phénomène marginal, un projet politique global Mathieu Van Criekingen

Un déguerpissement exemplaire à Ouaga (Burkina Faso) Patrick Taliercio

Revitaliser la ville indienne Solomon Benjamin

Milieux d’affaires, société civile & politiques anti-pauvres

Les jeux Olympiques, médaille d’or des expulsions Centre on Housing Rights and Evictions

Les mirages du partenariat public-privé Pierre J. Hamel

Le cas des municipalités au Québec

L’international sera le genre humain Benoît Eugène

Une expérience de planification néolibérale au quartier Midi (Bruxelles)

« Ce ne sont que les émanations toxiques de la cerfelle d’un prof ! » Borislav Pekic

Histoire radicale

Pierre Monatte & le congrès d’Amiens Miguel Chueca

Souvenirs Pierre Monatte

Le Centre américain de secours après le départ de Varian Fry Daniel Bénédite

La Leçon des choses

Le besoin de croyance & le besoin de vérité Jacques Bouveresse

Le rêve de Bismarck (novembre 1870) Patrick Taliercio

Un inédit d’Arthur Rimbaud en jeune patriote ?

Vidéos jointes au numéro

Art Security Service (Bernard Mulliez ) et Les indésirables (Patrick Taliercio)

Désormais, il ne s’agit plus de savoir si tel ou tel théorème est vrai, mais s’il est bien ou mal sonnant, agréable à la police ou nuisible au capital. La recherche désintéressée fait place au pugilat payé, l’investigation consciencieuse à la mauvaise conscience, aux misérables subterfuges de l’apologétique.
Karl Marx
Le Capital, livre 1, tome 1

  • 1 Le processus vaut, comme on le verra plus loin, pour les autres pays de l’Europe du Sud.

Un immense soulagement court en filigrane tout au long des « ré­interrogations » et des « refondations » théoriques dont les sciences sociales, en général, et la recherche urbaine, en particulier, n’ont cessé de faire l’objet – ou servir de prétexte ? – depuis presque une trentaine d’années en France 1. C’est à qui, en effet, se félicitera avec le plus d’enthousiasme et d’assurance de la « mort des idéologies » – réduites à une seule, comme on va le voir – qui, en substituant la rhétorique d’un discours à la connaissance d’un objet, auraient, pendant une période courte mais dévastatrice (1968-1975), perverti la démarche scientifique au point d’en faire oublier la finalité : produire des savoirs. Que l’on ne s’avise plus aujourd’hui, par conséquent, de se demander quel type de savoirs, à quelles fins et au profit de qui. Ce serait là, précisément, retomber dans les errements du passé. Autant dire que de telles questions ne sont absolument plus d’actualité.

Du soupçon à l’acquiescement

  • 2 Thierry Paquot, professeur de philosophie, ancien militant d’une « Gauche ouvrière et paysanne » au (...)
  • 3 Thierry Paquot, Michel Lussault et Sophie Body-Gendrot, La Ville et l’urbain. L’état des savoirs, L (...)
  • 4 Manuel Castells, « Mouvements urbains et voie démocratique vers le socialisme », Autrement, septemb (...)

Dans la présentation d’un ouvrage paru au début du siècle nouveau, censé dresser un panorama de la pensée française actuelle sur l’urbain, son principal maître d’œuvre 2 revenait une fois de plus, pour s’en réjouir, sur ce qui sépare cette pensée de l’«état d’esprit revendicatif et critique du capitalisme » qui prévalait au début des années 1970, époque caractérisée par une « aggravation de la propension à marxiser à tout vent » 3. Prisonniers de leur engagement dans ce que l’on appelait alors la « contestation » de notre société, beaucoup de chercheurs n’étaient-ils pas guidés, non par une quête de vérité, mais par le souci de voir confirmées les « vérités » qui justifiaient cet engagement ? Animés d’une volonté militante, n’avaient-ils pas fini par concevoir la recherche comme une manière de poursuivre la politique par d’autres moyens ? « La perspective historique des mouvements urbains », décrétait, par exemple, en 1976, le plus influent d’entre eux, « articulés de façon étroite au mouvement ouvrier, dans l’ensemble d’une stratégie socialiste, réclame de façon urgente une théorie scientifique et révolutionnaire de l’urbain. 4 » Rien de moins !

Par bonheur, les œillères dogmatiques qui aveuglaient ceux qui faisaient profession de scruter le monde social mieux que d’autres sont tombées au fur et à mesure que s’effritaient les idéaux d’émancipation, atteints de plein fouet par le discrédit puis l’effondrement des régimes, des partis et des doctrines qui passaient à tort pour les incarner. Enfin libérés des grilles conceptuelles et des corsets théoriques qui bridaient leur réflexion, les chercheurs pourraient désormais s’intéresser aux « mutations » du monde urbain contemporain sans devoir pour autant porter sur elles un regard soupçonneux voire hostile devenu hors de saison.

  • 5 Pierre Bourdieu, « La science et l’actualité », Actes de la recherche en sciences sociales, mars 19 (...)

L’ère serait donc révolue où le géographe comme l’historien, le sociologue comme l’économiste tendaient « moins à dire ce qui est que ce qu’il faut en penser 5 ». Renouant avec la vocation de sa discipline, chacun aurait aujourd’hui pour seule préoccupation de faire connaître ce qu’il sait et non plus ce qu’il croit. Pourtant, à confronter ces proclamations et ces professions de foi aux résultats de leurs travaux, les chercheurs en sciences sociales donnent plutôt l’impression, aujourd’hui comme hier, de dire surtout ce qu’ils croient savoir. Et, chose nouvelle, de rester sciemment muets, désormais, sur ce qu’ils préfèrent ignorer.

Marxisme & commande publique

Contrairement à ce que l’entrée en matière qui précède pourrait laisser supposer, il n’entre nulle nostalgie, de ma part, dans la référence à une époque, assez brève, au bout du compte, où les chercheurs français prétendaient, selon le précepte althussérien, « mener la lutte des classes dans la théorie ». Prétention illusoire et qui aurait dû apparaître comme telle à des gens férus de « démystification » et de « déconstruction », s’ils avaient consenti à faire preuve de lucidité réflexive. Mais il est vrai que cela aurait été à leurs propres dépens.

  • 6 Jean-Pierre Garnier, Le Marxisme lénifiant, ou la Politique bourgeoise au poste de commande, Le Syc (...)

Pour en avoir traité jadis, sans attendre que des années passent pour découvrir après coup ce qui était évident, je ne pense pas devoir insister outre mesure sur l’instrumentalisation dont la pensée critique d’inspiration marxiste, situationniste ou foucaldienne a pu faire l’objet de la part des stratèges de l’aménagement urbain. Et aussi de la part des chercheurs eux-mêmes qui trouvèrent par ce biais un moyen d’affirmer leur excellence et de satisfaire leur soif de reconnaissance 6.

  • 7 Maurice Blanc, « Commande publique et sociologie urbaine », Espaces et Sociétés, 1987, n° 48-49. (...)
  • 8 Michel Amiot, Contre l’État, les sociologues. Éléments pour l’histoire de la sociologie urbaine en (...)

« Arrêtons de croire que les sociologues sont assez futés pour faire de la subversion sans que personne ne s’en aperçoive ! 7 » Cet avertissement ironique qu’adressait rétrospectivement l’un d’entre eux à ses collègues visait ceux qui s’étaient imaginé « détourner », comme le recommandait la vulgate situationniste, l’institution qui les employait à des fins opposées à celles qui lui étaient fixées. Outre que le « libéralisme avancé » qui constituait l’image de marque du giscardisme n’était sans doute pas étranger à la « libérale largeur de vue 8 » des commanditaires étatiques de la recherche urbaine, l’appétence de ces derniers pour la sociologie marxiste ou d’autres théorisations à visée critique résultait avant tout de la nécessité de fournir à des planificateurs urbains en plein désarroi les connaissances dont ils avaient besoin.

Confrontés alors à l’incapacité de l’urbanisme technocratique à maîtriser une « urbanisation anarchique », à l’apparition de « nouveaux mouvements sociaux » sur le « cadre de vie », à l’émergence du « malaise des grands ensembles » dans les banlieues ouvrières, le tout aggravé par un contexte national de récession économique, les hauts fonctionnaires du ministère de l’Équipement avaient perdu confiance dans les approches fonctionnalistes, technicistes et économicistes qui avaient inspiré jusque-là le traitement, tant théorique que pratique, de l’espace urbain. Devenu le lieu et l’enjeu de conflits ouvertement politiques, celui-ci ne pouvait plus être abordé de manière « objective » et « neutre », c’est-à-dire « apolitique », comme on le faisait auparavant. Pour aider les « décideurs » publics et même privés à comprendre les « dysfonctionnements du système » et à « réguler » les relations entre l’État et la « société urbaine », les instances bureaucratiques qui pilotaient la recherche firent appel à une nouvelle génération de chercheurs, celle qui venait de faire ses classes à l’université au moment où celle-ci était secouée par les turbulences estudiantines de Mai 68.

  • 9 Maurice Blanc, « Commande publique et sociologie urbaine », art. cit.

C’est ainsi que des crédits furent affectés au financement d’études démontant les « mécanismes capitalistes de la production de l’espace » ou les « dispositifs de contrôle des appareils d’État ». Des concepts que l’on avait l’habitude de voir fleurir sur les tracts gauchistes vont, en effet, figurer parmi les clés permettant d’élucider les « contradictions » – le terme va significativement se substituer, pendant quelque temps, à celui de « dysfonctionnement » – auxquelles devaient faire face les aménageurs et les bâtisseurs : « classes sociales », « exploitation », « domination », « ségrégation », « normalisation », etc. Est-ce à dire, pour autant, comme le suppute malicieusement le sociologue cité plus haut, que « les planificateurs se sont emparés des analyses marxistes comme les militaires des traités de guérilla 9 » ? Encore eût-il fallu que ce marxisme-là et, d’une manière plus générale, cette pensée critique fussent initialement destinés au peuple, et que les « travailleurs intellectuels », comme nombre de chercheurs aimaient à se dénommer eux-mêmes, aient affûté leurs « outils théoriques » dans l’intention d’en finir plus rapidement avec le « mode de production capitaliste » dont ils se disaient les adversaires. Or, ce n’était nullement le cas.

Il ne faut pas, en effet, surestimer la radicalité critique de la recherche urbaine des années 1970. Les rapports rédigés à l’intention des commanditaires ministériels par les sociologues, pour ne mentionner qu’eux, qui se réclamaient du « matérialisme dialectique » autorisent à parler d’un véritable « marxisme d’État ». À la différence des « traités de guérilla », ils étaient sans utilité aucune, y compris lorsque les « luttes urbaines » en constituaient le thème central, pour qui aurait voulu mener un combat conséquent contre le « pouvoir bourgeois ». Le pédantisme ésotérique et le théoricisme sophistiqué qui en constituaient la marque de fabrique traduisaient bien plutôt, de la part de leurs auteurs, le désir de s’imposer aux yeux des commanditaires de leurs travaux, et aussi de leurs pairs, comme les porteurs exclusifs d’un regard véritablement scientifique sur la réalité urbaine.

La longue marche de la petite bourgeoisie intellectuelle dans les institutions

  • 10 Jean-Pierre Garnier et Denis Golschmidt, Le Socialisme à visage urbain. Essai sur la locale-démocra (...)
  • 11 Pierre Lassave, Les Sociologues et la recherche urbaine dans la France contemporaine, Presses unive (...)

Sans revenir longuement, là non plus, sur un processus dont j’ai, avec quelques autres, exposé à plusieurs reprises les tenants et les aboutissants 10, il faut quand même rappeler que « cet étonnant mariage entre une science contemptrice du pouvoir et une technocratie en mal de certitudes 11 »auquel on a assisté durant une dizaine d’années prenait place dans une conjoncture socio-historique bien particulière. Celle où la petite bourgeoisie intellectuelle (PBI), dont faisaient partie les chercheurs, les enseignants de l’université et leurs étudiants, s’apprêtait – terme à prendre dans ses deux acceptions – à passer du statut de fraction dominante des classes dominées à celui de fraction dominée des classes dominantes. Avec la conversion idéologique qu’une telle transmutation impliquait.

  • 12 Ibid.
  • 13 Ibid.

Que « l’engagement dans les sciences sociales » de nombre de jeunes diplômés ait été, comme le rappelle un sociologue, « porté, bien au-delà des enjeux universitaires, par la conviction que le changement du monde était l’enjeu principal », cela ne fait aucun doute 12. Encore ne faudrait-il pas se borner, en guise d’explication, à évoquer «le climat intellectuel des années 1960 13 », où la critique de l’ordre établi était, pour ainsi dire, dans l’air du temps. Si le « changement du monde » en constituait effectivement l’horizon, c’est que l’écart était devenu tel, pour les néo-petits bourgeois, entre leurs espérances d’ascension sociale et les chances de les voir réalisées, qu’il ne leur laissait plus d’autre choix que de combattre – au moins par le verbe – un « système » qui bridait leur carrière professionnelle et, pour les plus déterminés, leurs ambitions politiques.

Il convient de souligner, ici, que ce « blocage » de la PBI dans son ­irrésistible ascension n’était pas particulier à la France, pas plus que la radicalisation idéologique qu’il provoqua chez les membres de cette classe. Avec des décalages dans le temps et des spécificités historiques et sociales propres à chaque pays, l’ensemble de l’Europe du Sud de l’après-guerre se trouvait ou allait se trouver dans la même situation paradoxale : le poids croissant, aux plans démographique, économique et culturel, d’une classe montante secrétée par le développement et la modernisation du capitalisme, contrastait de manière flagrante avec la place mineure, voire inexistante, qui lui était réservée dans le champ politique.

En France, au début de la Ve République, en Italie sous le règne de la démocratie chrétienne, au Portugal sous le salazarisme comme en Espagne sous le franquisme, pour ne rien dire de la Grèce, à peine entrée dans l’ère industrielle et soumise à des gouvernements réactionnaires, la concentration du capital n’avait pas encore laminé les anciennes classes moyennes (petits commerçants, artisans et paysans). Les secteurs dynamiques et modernistes de la classe dirigeante étaient eux-mêmes encore minoritaires au sein de cette dernière. Aussi la petite bourgeoisie tra­ditionnelle figurait-elle encore, dans le bloc au pouvoir, comme alliée privilégiée de la bourgeoisie, ce qui l’autorisait à imposer ses valeurs conservatrices, pour ne pas dire rétrogrades, à l’ensemble de la société alors que l’évolution de celle-ci les faisait apparaître de plus en de plus en plus anachroniques. D’où, chez les agents de la nouvelle classe montante, politiquement marginalisée et culturellement étouffée, des frustrations et, par contrecoup, des aspirations qui, à être contrariées, vont prendre parfois un tour démesuré.

Une « classe régnante »

  • 14 Lors des manifestations, la plupart des slogans criés par les manifestants ou peints sur les bander (...)

C’est alors, en effet, que la PBI, galvanisée par les discours « révolutionnaires » de ses maîtres-penseurs, va rêver de devenir « grande », c’est-à-dire une classe dirigeante, mais sur le mode du déni en liant son sort de manière fantasmagorique à celui des « petits » – « le prolétariat », « la classe ouvrière », les « travailleurs », « les masses », etc. Ainsi s’identifierait-elle, par exemple, aux « damnés de la terre » du tiers-monde. Elle se projettera sur des partis « socialistes » ou « communistes » qui, sous d’autres cieux, avaient permis à une avant-garde politique issue de ­l’intelligentsia de prendre puis d’exercer le pouvoir « au nom du peuple ». Elle se fera fort de jeter bas 14, à son tour, non seulement un gouvernement mais aussi un régime et même un système social. Ambition irréaliste eu égard aux possibilités historiques de cette classe dans un pays capitaliste développé.

  • 15 Les réformistes s’inscrivaient encore dans la perspective d’un passage « pacifique et graduel » – q (...)

Alors que, dans la division sociale du travail, les tâches de direction et celles d’exécution reviennent respectivement à la bourgeoisie et au ­prolétariat, ouvrier ou employé, il incombe à la PBI d’assurer celles, toujours plus nombreuses et plus complexes, qui garantissent la reproduction des rapports de production, à savoir les tâches de médiation : conception, organisation, contrôle et inculcation. Certes, les compétences qu’exige leur accomplissement peuvent, comme l’expérience l’avait prouvé dans les pays anglo-saxons et scandinaves quelques décennies auparavant, être réinvesties dans la conquête et l’exercice du pouvoir politique. Mais un pouvoir subordonné, étant donnée la place subalterne occupée par la PBI vis-à-vis de la classe possédante. Ce qui a fait dire qu’il était celui d’une « classe régnante » par délégation plutôt que véritablement dirigeante. Toujours est-il que, de même que la bourgeoisie ne consent à des réformes favorables aux couches populaires que sous la menace, fantasmée ou non, d’une révolution, il a fallu aux élites de la PBI des pays du sud européen se faire passer un moment pour révolutionnaires pour faire valoir et reconnaître leur vocation réformiste ou, plus exactement, réformatrice 15.

  • 16 Pour donner de la crédibilité à leur alliance électorale aux yeux du peuple, le Parti socialiste et (...)

En matière de conception et, secondairement, d’inculcation, domaines où l’intelligentsia peut faire montre de ses talents, le « grand récit » de l’émancipation qu’elle affectionnait quand elle se voulait progressiste correspondait donc à une période troublée où l’ancienne alliance de classes était en train ou sur le point de se fissurer, laissant entrevoir à celle qui rongeait son frein dans l’opposition des perspectives de pouvoir aussi insoupçonnées qu’illusoires. En France, cependant, les croyances en un « socialisme démocratique et autogestionnaire » commenceront à faiblir avant même que le goulag, les boat people, l’échec de la révolution des œillets au Portugal et la faillite du Programme commun de la gauche 16 ne fournissent les alibis qui serviront de justification aux retournements de veste futurs.

  • 17 Sous l’appellation de « Nouvelle Société », une première tentative de ralliement des « nouvelles co (...)

À la faveur de la « Nouvelle Société 17 » puis, surtout, du « libéralisme avancé » mis en place par les représentants des secteurs éclairés de la bourgeoisie après l’alerte de Mai 68, chercheurs et enseignants vont consacrer la majeure partie de leur temps et de leur énergie à poursuivre leur « longue marche » dans les institutions. Ce qui les conduira à abandonner en route, avec plus ou moins de désinvolture, un bagage idéologique « gauchiste » devenu par trop encombrant pour qui voulait accéder aux postes de responsabilité. En même temps que leur « engagement » s’affaiblissait au plan idéologique et prenait la voie électoraliste au plan politique, ils se dispersaient, en pratique, dans les multiples offices offerts par le travail académique ou l’expertise auprès des autorités. Bref, l’horizon d’attente du professionnel des sciences humaines n’était plus le bouleversement de la société mais la réussite dans la Cité savante. Il ne l’a pas quittée depuis, sauf pour quelques incursions dans les allées du pouvoir, national ou local, voire international, pour jouer le rôle de conseiller du Prince. Son « regard » sur la ville et, surtout, sur ceux qui la mettent plus que jamais en coupe réglée ne pouvait pas ne pas s’en trouver quelque peu infléchi.

  • 18 Thierry Paquot, introduction à La Ville et l’urbain, op. cit.

« L’état d’esprit revendicatif et critique du capitalisme » n’avait plus, par conséquent, lieu d’être parmi les chercheurs 18. Leurs revendications étaient déjà largement satisfaites dans le cadre du système socio-économique ­existant, et, pour celles qui ne l’étaient pas encore, il n’était plus besoin de « marxiser à tout vent », puisqu’il suffisait désormais d’aller, si l’on peut dire, dans le sens du vent. Celui-ci soufflait dorénavant d’ouest en est une fois éteintes les dernières lueurs de l’« Orient rouge », et il n’était plus question de théoriser à contre-courant.

  • 19 Pierre Lassave, Les Sociologues et la recherche urbaine…, op. cit.

De leur voyage initiatique aux États-Unis où nombre d’entre eux étaient partis en pèlerinage après la fin de l’ostracisme dont la « patrie de ­l’impérialisme » avait été frappée, les chercheurs français ramenèrent, émerveillés par « la découverte libératrice et fascinante de la ville américaine 19 », toutes sortes d’« outils scientifiques » rutilant de nouveauté. S’ils n’avaient pas le don de convertir en or le vil plomb de la réalité capitaliste, ils avaient du moins le mérite de la rendre assez méconnaissable pour que l’on finisse par l’accepter. Et cela d’autant mieux que l’on n’avait pas à en subir les désagréments.

Ainsi, dans le milieu de la recherche urbaine comme ailleurs, les vastes systèmes d’interprétation échafaudés dans l’intention de « comprendre le monde pour le transformer » cédèrent la place à des « paradigmes locaux » où le descriptif succédait au prescriptif. En fait, sous couvert de « démarche plus compréhensive qu’explicative », l’esprit critique sera peu à peu évincé au profit d’une apologie plus ou moins subtile de l’ordre des choses. L’existence quotidienne des citadins, en particulier, sera « observée » dans le détail avec empathie, et non plus toisée depuis des positions de surplomb qui perdaient de vue les individus. C’est pourquoi les approches phénoménologiques vont tenir le haut du pavé tandis que les déconstructions structuralistes seront remisées dans l’historiographie des théories dépassées.

  • 20 Ibid.

Pour rendre compte d’un « monde fragmenté », d’une « société morcelée » – épithètes réifiantes destinées à euphémiser la désintégration sociale provoquée par l’intégration à marche forcée de l’économie française dans le marché mondialisé –, il fallait un « régime narratif » adapté, aux antipodes des « systèmes de pensées totalisants » désormais suspectés d’accointances inavouées avec le « totalitarisme ». Le temps était venu de « mettre entre parenthèses les contenus trop massifsde l’histoire », pour rendre compte des « régularités minimales » de la vie en société irréductibles aux « discours englobants » 20. En sciences sociales, comme dans le champ culturel, ce sera ainsi l’heure des « petits récits » : « analyse microscopique des processus de socialisation », « microsociologie des interactions », « microphysique des formes symboliques », « suivi minutieux des mouvements infinitésimaux de la scène publique », etc. Bref, plus le monde se « globalisait », plus s’amenuisait la vision qu’il convenait d’en avoir. Tout s’est passé, en somme – et tout se passe encore, pour beaucoup –, comme si, faisant inconsciemment de nécessité vertu, le néo-petit bourgeois s’était résolu à ériger sa petitesse en mesure du monde.

Une science du cacher

« Il n’est de science que du caché », avait l’habitude de répéter le philosophe Gaston Bachelard. Mais celui-ci n’avait pas prévu, semble-t-il, qu’une « science du cacher » – les situationnistes parlaient à ce propos de « falsification » – en plein essor viendrait relativiser la portée de cette définition. Certes, aujourd’hui comme hier, tout chercheur qui se respecte se fait fort de rendre intelligibles, grâce à son intervention scientifique, des phénomènes sociaux dont la logique ne saute pas aux yeux. Mais ce travail de « décryptage » – un terme en vogue dans la corporation – va de pair maintenant avec un travail parallèle d’occultation qui requiert au moins autant d’efforts que le précédent.

  • 21 Alain Touraine, « Sociologies et sociologues », in L’État des sciences sociales, La Découverte, 198 (...)

« La souveraine compétence du regard qui sait voir les réalités de la vie sans fard », pour reprendre une formulation célèbre du sociologue Max Weber, est, en effet, remplacée par une autre : celle qui, au contraire, sait les maquiller avec art au point d’en gommer les aspects les moins reluisants. Là réside désormais le véritable « savoir », si tant est que l’on puisse qualifier de tel ce mélange de savoir-faire et de faire savoir. Ainsi en va-t-il, par exemple, pour l’« analyse scénographique » des comportements dans l’espace public. Scrutées avec autant de méticulosité que de bienveillance, les formes les plus aliénées du mode de vie urbain contemporain seront transfigurées en autant de preuves irréfutables de l’aptitude de l’habitant ou de l’usager, perçus, bien entendu, comme des « acteurs », au jeu, à la ruse, à l’évitement, au détournement, à l’improvisation, à la transgression. Bref, autant de manifestations d’une « compétence citadine » qui n’aura d’égale que celle, scientifique celle-là, du chercheur à la dénicher parmi les formes apparemment superficielles et éphémères de la « socialité en ville ». Seuls, dans ces conditions, des maniaques du dévoilement et des obsédés de la dénonciation pourraient encore s’acharner à « découvrir au-delà des acteurs la machine infernale qui aspire et exclut, contrôle et reproduit 21 ».

Telle qu’elle se présente aujourd’hui, la recherche urbaine en France illustre on ne peut mieux le poids de cette adhésion à l’ordre établi qui n’exige pas d’être affichée puisqu’elle « va de soi », comme on dit. Essayer de découvrir, dès lors, dans les travaux récents des chercheurs une critique autre qu’« interne » de l’urbanisation capitaliste serait une entreprise vaine. Certes, les « questionnements » et les « débats » sur le sens à lui donner – qu’il s’agisse de la signification à en dégager ou de la direction à lui imprimer – n’ont jamais été aussi nombreux. Mais on n’y trouvera guère de points de vue qui rompent avec la vision dominante, pour ne pas parler d’aveuglement partagé, inconscient ou délibéré.

  • 22 Pierre Bourdieu, Leçon sur la leçon, Minuit, 1989.

Quoi qu’ils en prétendent, les chercheurs qui se targuent de « ne pas confondre science et politique » – comme d’autres… ou les mêmes, naguère, s’évertuaient à la distinguer de « l’idéologie » – sont plus que jamais imprégnés de « catégories de pensées impensées qui délimitent le pensable et prédéterminent la pensée 22 ». Des « valeurs », avec les présupposés et les préjugés afférents, continuent d’inspirer le choix des thèmes de recherche, d’orienter la formulation des problématiques et des hypothèses, de conditionner la sélection des terrains d’observation et des méthodes d’investigation, de déterminer ce qui, pour l’« observateur », apparaîtra important ou secondaire, significatif ou insignifiant, intéressant ou dérisoire… Cependant, deux traits différencient la situation actuelle de celle qui prévalait à l’époque de la « contestation » : ces « valeurs » ne sont plus les mêmes, et l’implicite a succédé à l’explicite. Les deux changements sont d’ailleurs liés.

À l’époque où l’intelligentsia se déclarait progressiste, l’« émancipation humaine » ou la « libération des peuples » transparaissaient nettement comme horizon d’attente dans la plupart des recherches menées sur le monde social. En revanche, les valeurs cardinales que sont devenues, de nos jours, l’« économie de marché » et « la démocratie » – l’article défini impliquant, pour cette dernière, la clôture du débat portant sur sa définition – relèvent d’un idéal déjà réalisé et quasiment naturalisé. Elles n’ont donc plus besoin d’être sans cesse réaffirmées comme référents positifs communs, sauf lorsque tel ou tel « dysfonctionnement de notre modèle social » vient à réactiver quelques doutes sur leurs mérites, ou qu’elles sont prises pour cible par les nostalgiques d’un anticapitalisme hors d’âge.

Nouveaux mots d’ordre

  • 23 Prisonniers d’une conception « citoyenne » – c’est-à-dire nominaliste et politicienne – de la polit (...)
  • 24 Sylvie Tissot et Franck Poupeau, « La spatialisation des problèmes sociaux », Actes de la recherche (...)

Les proclamations triomphantes sur la libération de la recherche en sciences sociales à l’égard des injonctions partisanes et des schémas réducteurs qu’elles impliquaient ne doivent donc pas faire illusion. C’est peu dire, à ce propos, qu’à la suite de l’abandon du « paradigme marxiste » – lié à « l’histoire de la gauche française, communiste comme socialiste 23 » – la « recomposition idéologique » qui a suivi s’est opérée « autour de mots d’ordre moins conflictuels » 24. « Plus consensuels », en effet, eût été mieux approprié pour les qualifier. Un qualificatif qui peut s’appliquer à l’ensemble des « mots d’ordre » utilisés par les chercheurs à la suite d’un aggiornamento langagier qui n’avait d’autre visée que de dépolitiser des débats qui auraient pu, comme jadis, s’inscrire dans un combat.

« Capitalisme », « impérialisme », « exploitation », « domination », « dépossession », « oppression », « aliénation », etc. Jadis érigés au rang de concepts, ces mots de « guerre civile larvée » ne sauraient avoir cours dans une « démocratie apaisée ». Presque considérés comme des gros mots, ils ont été rayés du vocabulaire dans les salles de cours ou de rédaction, dans les amphithéâtres universitaires comme sur les plateaux de télévision. Idem pour d’autres, issus de la même veine belliqueuse et décrétés « non opératoires » pour cette raison, tels « classes », « luttes », « antagonismes », « contradictions », « intérêts », « bourgeoisie », « prolétariat », « travailleurs », etc. Et que dire de ces vocables renvoyant à des utopies chimériques : « émancipation », « socialisme », « communisme », « anarchisme » ?! Chacun sait, et les chercheurs les premiers, qu’avoir recours à ce glossaire périmé revient à s’exprimer dans une « langue de bois ».

Il faut reconnaître que la « démocratie de marché » bénéficie, pour son versant économique, d’un idiome d’allure autrement plus fringante : « compétitivité », « rentabilité », « productivité », « faisabilité », « efficacité ». Avec quelques néologismes en sus, témoignant de la plasticité de cette langue de poids – celle des gens qui pèsent – et de sa capacité à refléter les « mutations » les plus récentes de notre système de pro­duction : « profitabilité », « flexibilité », « employabilité », etc. Sans doute subsiste-t-il des réfractaires à ce système dénigré par eux comme « globalitaire », qui se plaisent à faire rimer les trois derniers concepts avec « précarité » et « pauvreté ». Et à en tirer prétexte pour y voir la confirmation que les pratiques auxquelles tous ces noms renvoient n’ont d’autre légitimité que celle provenant des « eaux froides du calcul égoïste » qui ont servi à les baptiser.

Par chance, d’autres chercheurs se tiennent prêts, sur le versant social de la « démocratie de marché » cette fois-ci, à déverser l’eau tiède d’un citoyennisme moralisant et d’un culturalisme bien-pensant. La « civilité », l’« urbanité », la « solidarité », l’« équité » comptent parmi les maîtres mots de leur credo, toujours bons à glisser entre les mots des maîtres mentionnés plus haut pour donner une touche d’humanité au monde impitoyable qu’ils contribuent à façonner. D’autres vocables aident à désamorcer les conflits dont ce monde est, malgré tout, traversé, en les déplaçant sur le terrain « culturel » où il seront plus facilement « gérés ». On fera alors toute leur place à l’« identité », à l’« ethnicité », aux « minorités », aux « communautés ». Aux yeux des sociologues, anthropologues et autres politologues, en y adjoignant quelques philosophes de pacotille, adeptes du « vivre ensemble » dans une société divisée, la coexistence est toujours possible, en effet, à défaut de fraternité, sous le signe du « multi­culturalisme » et de la « diversité ». Mais il ne saurait y avoir de « cohésion sociale » durable sans faire intervenir la dimension spatiale. On fera donc appel, pour compléter le tableau d’une « société ressoudée », aux géographes et aux urbanistes qui mettront en avant les bienfaits de la « proximité » et de la « mixité ».

Sirupeuse de bons sentiments, visqueuse et gluante de l’hypocrisie qui les enrobe, cette logorrhée suinte l’idéologie au moins autant que le langage militant des chercheurs engagés d’antan. Les chercheurs à gages qu’ils sont devenus ou qui les ont remplacés peuvent bien abonder en « questionnements » et en « hypothèses » sur les « perspectives » offertes par la « nouvelle civilisation urbaine » en gestation, pour les optimistes, ou sur les « risques » multiples que comporte une « crise urbaine » qui ne cesse de s’aggraver, selon les pessimistes. Grâce au maniement expert de notions mystificatrices dont je n’ai livré ici que quelques échantillons, l’ordre social qui sous-tend cette « civilisation » et la « crise » qui la menacerait échappe, en règle général, à toute remise en cause. Les plus audacieux ne s’en prendront qu’à sa version « hard », le « néolibéralisme ». Mais, critiqué tout au plus pour l’irrationalité de son fonctionnement et l’immoralité de ses excès, le capitalisme n’en reste pas moins, dorénavant, « l’horizon indépassable de notre temps », pour ne rien dire de ceux à venir.

Nouveaux poncifs

Sans doute quelques téméraires vont-ils, sans le nommer comme tel, jusqu’à envisager sa disparition, mais celle-ci surviendrait en même temps que celle de l’humanité. Un scénario catastrophe qui sert en général de prélude à un appel unanimiste à resserrer les rangs, toutes classes – si l’on peut dire, puisqu’elles n’existeraient plus – confondues autour d’une nouvelle grande cause mobilisatrice : le « développement durable ». Rien, en revanche, sur le mode de production capitaliste comme mode de destruction de l’environnement tant naturel qu’humain, et donc urbain, puisque c’est précisément lui qu’il s’agit de faire durer.

En dépit des déclarations d’intention rituelles sur le « pluralisme des approches » et le « caractère non consensuel des débats », force est de constater que « la pensée française sur la ville », telle qu’elle émane des ouvrages, articles ou colloques des vingt dernières années, est, sinon, « unique », du moins unanime. Elle obéit, en effet, à une conception du « pluralisme » contre laquelle on avait longtemps cru le monde intellectuel français immunisé : la diversité dans la conformité.

Le principe en est simple : s’affirmer résolument à contre-courant des « idées reçues », des « modes », du « politiquement correct », généralement identifiés aux « visions erronées » qui ont cours sur la scène médiatique ou politicienne, avant d’asséner avec gravité d’autres poncifs tout aussi conformes à l’idéologie dominante dont ils ne constituent qu’une variante savante. Dernier exemple en date : le débat suscité par les « émeutes de banlieues » de novembre 2005, opposant, au sein de la « communauté scientifique », les défenseurs du « modèle républicain français d’intégration sociale » aux partisans d’une promotion « à l’anglo-saxonne » des « minorités » ethnico-culturelles voire des « communautés ».

Pour les premiers, la rébellion de la jeunesse des quartiers populaires résulterait du « mépris et de la violence des institutions » à l’égard de ces jeunes gens traités comme des citoyens de seconde zone, et du sentiment d’injustice provoqué par la tension entre ce déni de citoyenneté et l’idéal égalitaire. Pour les seconds, c’est cet idéal égalitaire lui-même qu’il faudrait incriminer, car son « universalisme abstrait », en niant le « droit à la différence », serait à l’origine des discriminations et de la stigmatisation des enfants issus de l’immigration. Mais il ne vient à l’esprit ni des uns ni des autres de confronter cette égalité proclamée aux inégalités socio-économiques inhérentes au système capitaliste. Tout ne serait, en somme, qu’affaire de « respect » et de « reconnaissance », d’« équité » et de « solidarité », donc de morale.

D’où le succès de la thématique de la « mixité » résidentielle comme antidote à la ségrégation socio-spatiale, alors que l’aggravation de la précarité et ses effets multiples la rendent impraticable sur le terrain. En fait, l’impératif de la « mixité » sert surtout à légitimer la dispersion et l’éloignement accru des « classes dangereuses » actuellement concentrées dans la périphérie immédiate des villes-centres promise, comme les quartiers populaires de ces dernières, à la « gentrification ».

Des chercheurs sont, en tout cas, passés maîtres dans l’art de la critique « intégrée » ou « interne », indispensable à la consolidation, tant idéologique que pratique, de l’ordre établi. Il faut, à cet égard, distinguer entre les anciens gauchistes qui, en cas de troubles politiques, renouent avec un langage radical, mais pour proposer des solutions réformistes rebaptisées « utopies concrètes » ; et, d’autre part, les experts « altermondialistes » dont les analyses et les propositions, inscrites dans la perspective improbable d’un retour à l’État-providence ou de l’avènement d’une « Europe sociale », œuvreraient à la concrétisation de cet « autre monde possible » dont ils oublient de préciser qu’il s’agirait d’un monde autrement capitaliste et non d’un monde autre que capitaliste. Tous dénoncent les politiques néo-libérales menées par les gouvernements de droite ou même de gauche, mais sans remettre en cause les rapports de production capitalistes. Ce qui correspond parfaitement aux visées réformatrices – et non réformistes – des représentants les plus lucides de la bourgeoisie et des politiciens néo-petits bourgeois à qui est souvent déléguée la gestion locale et spatiale des nouvelles contradictions sociales.

Affaiblissement des luttes urbaines

Pour ce qui est des critiques pratiques en matière territoriale, celles-ci sont, depuis quelque temps déjà, devenues assez rares. D’abord parce que les « luttes urbaines » extra-institutionnelles, voire illégales, menées par la néo-petite bourgeoisie ont quasiment disparu avec l’intégration politique de ses leaders à l’échelon national ou régional, départemental et communal dans le cadre de la décentralisation des responsabilités administratives au profit des collectivités locales. En investissant la vie associative, les structures de démocratie participative, voire les conseils municipaux, les militants écologistes, trotskistes et « altermondialistes » ont adopté et intériorisé une vision « citoyenne », c’est-à-dire étatique, de la politisation des questions urbaines qui les vide de leur contenu de classe.

Ensuite, la résistance à l’urbanisation capitaliste, quand elle subsiste, a pris un tour ponctuel et défensif sans vision d’ensemble ni alternative, comme, par exemple, dans le cas de l’opposition au rachat d’immeubles ou groupes d’immeubles en centre-ville par des promoteurs ou des fonds de pension étrangers à des fins de revente spéculative. Ces opérations condamnent les habitants financièrement incapables d’acquérir leurs logements à des prix élevés à les quitter. Certes, des « collectifs » de locataires se sont créés, mais leurs revendications, au lieu de remettre en cause la propriété privée des logements, se limitent à critiquer le mauvais usage qui en est fait et à demander aux politiciens d’édicter les lois pour les protéger. Ce qui, étant donné le rapport de forces actuel, favorable au capital financier, n’aboutit à rien. Toujours dans le domaine du logement, une seule organisation, appelée Droit au logement (DAL), milite activement pour que ce droit soit autre chose qu’un principe constitutionnel en manifestant dans la rue et en squattant des logements ou des bureaux vides, ce qui oblige les autorités soit à la répression, soit à loger ou reloger, soit à appliquer une loi de réquisition des logements vides en cas d’urgence. Mais cet activisme ne parvient pas, malgré la réflexion critique qui le nourrit ou qu’il provoque sur la « question du logement », plus aiguë que jamais, à réarticuler celle-ci à la « question sociale », quitte à reformuler l’une et l’autre à nouveau frais. Encore faudrait-il, il est vrai, que cette dernière ne soit pas décrété périmée voire réglée par tous ceux qui ont intérêt à ce qu’elle ne soit plus jamais posée, sous prétexte que la « démocratie de marché » l’aurait définitivement emporté.

Il en va de même pour les autres aspects de l’urbanisation capitaliste, comme la soi-disant « politique de la ville ». Des associations de jeunes résidents qui se sont constituées dans les quartiers d’habitat social classés « zones urbaines sensibles » lui reprochent naïvement d’avoir cherché à « réduire la conflictualité sociale » dans les « cités » – ce qui était son objectif réel –, au lieu d’assurer « la cohésion sociale et territoriale » – ce qui était son ambition affichée. Sans se rendre compte, en plus, du caractère à la fois irréaliste et mystificateur d’une telle ambition dans un contexte où le sort qui attend les citadins précarisés et paupérisés est la marginalisation urbaine, c’est-à-dire la relégation.

  • 25 Thierry Paquot et al., La Ville et l’urbain, op. cit.
  • 26 Gustave Massiah, « Le débat international sur la ville et le logement après HABITAT II », in ibid. (...)
  • 27 Jacques Lévy, « La France urbaine dans l’Europe des villes », in ibid.
  • 28 Jacques Lévy, Le Monde pour Cité, Hachette, 1996.

Pour qui voudrait dégager les tenants et les aboutissants idéologiques de la recherche urbaine en France « à l’aube du xxie siècle », l’ouvrage mentionné au début de notre propos pourrait de constituer un corpus tout trouvé 25. Censé réunir les « contributions synthétiques des meilleurs spécialistes français », on n’y compte plus, tout d’abord, les vœux pieux en forme de truismes, notamment dans nombre de paragraphes conclusifs. Exemple : « À l’échelle du monde, si l’humanité peut loger les siens, elle doit le faire. Ce défi peut être relevé. À condition d’être reconnu. 26 » Chez certains chercheurs, le vœu pieux est déjà devenu réalité, au prix d’une solide contre-vérité. Ainsi en va-t-il d’une tirade finale à la gloire du « modèle européen » de la « ville compacte » qui, « tous murs tombés, choisit librement l’être-ensemble dans l’espace public et chasse les démons de l’écart 27 ». L’auteur, un géographe de renom, avait débuté sa carrière avec la carte du parti communiste français en poche, dénonçant tous azimuts l’emprise de l’impérialisme mondial sur la destinée des peuples. Vingt ans plus tard, il se félicitera de « la réconciliation partielle entre deux groupes autrefois opposés, la bourgeoisie d’argent et les intellectuels », œuvrant en commun, « globalisation » aidant, à cette tâche grandiose : « Faire du monde une Cité. 28 » Visiblement, ce globe-trotter de la citoyenneté mondialisée ne s’est pas aperçu, au cours de ses pérégrinations subventionnées, de la prolifération des caméras de vidéo-surveillance, de l’intensification de la présence policière et du développement d’un ­apartheid urbain de fait. Il est vrai que ce sont là des « mutations » qui ne sont pas spécifiques de « l’Europe des villes » !

  • 29 François Ascher, « Quelle civilisation urbaine à l’échelle planétaire ? », in Thierry Paquot et al. (...)
  • 30 François Ascher, « Quelques critiques de l’“économie urbaine” », Espaces et Sociétés, décembre 1971 (...)
  • 31 Ibid.

À l’appui de ses vaticinations sur l’avenir de « la civilisation urbaine à l’échelle planétaire », un sociologue – ancien expert ès problèmes urbains, lui aussi, d’un PCF encore stalinisé, et qui officie aujourd’hui, entre autres, comme conseiller scientifique à la tête de l’Institut de la Ville en mouvement, une fondation de la firme Peugeot – use des grands mots dont raffolent les prophètes du temps présent : « enjeu décisif », « défis majeurs », « montée des risques » 29. Ce qui lui évite d’avoir à appeler les choses par leur nom et à rappeler ce qu’il professait naguère. Le même, il y a une trentaine d’années, posait, en effet, des questions qui pourraient encore fâcher aujourd’hui : « Quels sont les rapports entre l’urbanisation et l’exploitation ? C’est-à-dire dans quelle mesure et comment la ville contribue à l’extorsion, l’appropriation et la réalisation de la plus-value. 30 » Mais la « modernité avancée » s’est substituée, au moins dans les textes, au« capitalisme monopoliste d’État », et Marx et Althusser ont dû s’effacer devant Ulrich Beck et Anthony Giddens, deux maîtres à penser d’un « social-libéralisme » de moins en moins social et de plus en plus libéral. C’est qu’à force d’être reçu dans les cabinets gouvernementaux ou les cénacles patronaux, on finit par « oublier » de « réintroduire les rapports sociaux » que « l’économie bourgeoise » s’ingénie à évacuer 31.

Trajet professionnel et trajet intellectuel

  • 32 Francis Godard, « La ville, recherches transversales », in Thierry Paquot et al., La Ville et l’urb (...)
  • 33 Manuel Castells, Francis Godard, Monopolville, Mouton, 1974.

Que les prises de positions actuelles dans le champ scientifique de chercheurs épris jadis de « contestation » aient quelque chose à voir avec la position qu’ils sont parvenus à occuper dans l’espace social, c’est là un secret de polichinelle. Et cela, sans qu’il soit besoin de se référer à feu Pierre Bourdieu, accusé de« ne rien comprendre à l’émergence de champs de recherche comme celui de la ville » du fait de son entêtement sectaire à vouloir préserver l’autonomie du champ scientifique à l’égard des sollicitations des gouvernants 32. L’accusation ne manque pas de sel, venant d’un apparatchik de la recherche urbaine qui s’était fait, lui aussi, connaître jadis en se réclamant d’un « matérialisme dialectique » assaisonné à la sauce structuralo-marxiste pour mettre en lumière l’« univers totalitaire » d’un système urbain soumis à la « logique implacable » des grandes entreprises, relayée par l’État 33.

Comment, là encore, ne pas être tenté d’établir un lien entre le trajet intellectuel de nombre de chercheurs et leur trajet professionnel pour les replacer dans la trajectoire sociale qui leur donne sens, celle de leur classe d’appartenance ? Mais c’est justement le type de tentation qui, dans le milieu reformaté de la recherche en sciences sociales, n’est plus du tout en odeur de sainteté. L’imprudent – ou l’impudent – qui y cède se verra illico accusé du péché de « sociologisme marxisant », péché capital puisque parler de corde dans la maison du pendu revient maintenant à blasphémer.

Que les conditions sociales d’exercice de l’activité de recherche puissent entraîner des effets sur la mise en œuvre du projet de connaissance dont ils sont porteurs, voilà ce que les chercheurs répugnent aujourd’hui à envisager. Toute tentative d’objectivation sociologique de leurs prises de position théoriques sera ressentie comme une atteinte insupportable à leur indépendance autoproclamée, un véritable crime de lèse-majesté scientifique, comme si elles jouissaient d’un droit divin d’exterritorialité idéologique. La « distance » et le « recul » qu’ils se plaisent à préconiser dans l’examen des faits et de leur représentation n’auraient-ils plus lieu d’être à l’égard des « examinateurs » ?

La « Cité scientifique » ne se trouve pourtant pas sur une autre planète, pas plus que les êtres qui la peuplent ne sont des extra-terrestres, même si l’élitisme exacerbé qui caractérise leurs pratiques et leurs représentations peut faire croire le contraire. Est-ce faire preuve de « populisme », à cet égard, que de comparer l’archipel des campus universitaires, des centres de recherches et des palais des congrès entre lesquels vont et viennent ces capitalistes du savoir à un ghetto pour privilégiés, maintenant mondialisé, qui a les largement déconnectés des préoccupations et des aspirations populaires ? Cela dit, sauf à imaginer que les « ruptures épistémologiques » – appellation pompeuse donnée à certains produits dérivés du tournant idéologique opéré dans le monde intellectuel français vers la fin du siècle dernier – prennent place dans l’éther des idées pures, l’interdit dont fait l’objet, depuis quelque temps déjà, la critique radicale de l’ordre établi n’est pas tombé du ciel. Si les sciences sociales sont passées en quelques années d’une « philosophie du soupçon » à une autre, que l’on a dénommée « de l’acquiescement », ce n’est pas, pour les raisons évoquées plus haut, en vertu d’on se sait quelle dynamique autonome et réflexive propre à l’univers scientifique, où la succession des paradigmes résulterait d’un mouvement autocentré d’ordre purement intellectuel.

Une chose est de dégager la logique interne de l’évolution du savoir, comme s’y emploie l’épistémologie historique, une autre est de mettre entre parenthèses son conditionnement « extérieur ». Les « grandes interrogations d’une époque » qui, aujourd’hui comme hier, traversent la recherche urbaine portent l’empreinte des conditions socio-historiques qui les ont suscitées. Par-delà la diversité de caractères et de styles des personnalités, les revirements, les reniements et les ralliements qui ont jalonné le retour des intellectuels « contestataires » – très présents, comme chacun sait, dans la recherche urbaine durant le dernier quart de siècle – au bercail d’une « démocratie » qu’ils qualifiaient jadis de « formelle » trouvent dans le processus résumé plus haut son explication majeure.

  • 34 Michel Wieviorka, Une société fragmentée ? Le multiculturalisme en débat, La Découverte, 1996.

L’attitude la plus répandue consistera à faire comme si l’on ne voyait pas ce dont la bienséance ou la prudence commande de ne point dire mot. Ainsi, un sociologue qui, après avoir flirté quelque temps avec le trotskisme, était passé directement au service des puissants en jouant les experts ès « terrorisme » puis ès « violence urbaine », s’extasiera-t-il sur « le chatoiement multiculturel des populations urbaines »dans la « ville globale », sans trop se préoccuper des conditions de vie indignes des plus pauvres d’entre elles 34. Dix ans plus tard, ce ravissement cédera la place au dépit et à l’indignation devant le flamboiement des voitures incendiées par les nouveaux barbares dans les « cités ».

  • 35 Sophie Body-Gendrot, « Sécurité et insécurité dans la ville », in La Ville et l’urbain, op. cit. (...)

D’autres « observateurs », chargés d’éclairer les « décideurs » sur les « dysfonctionnements » de notre société et de leur suggérer des modes de « régulation » – à défaut de solutions – pour en neutraliser les effets, opteront pour l’euphémisation. Ce qui amènera, par exemple, une politologue qui avait joué un rôle idéologique actif, pour le compte du ministère de l’Intérieur, dans la promotion du sécuritarisme comme une valeur « de gauche », à baptiser « coproduction de sécurité » la collaboration des habitants avec la police pour venir à bout d’une jeunesse populaire rétive au salariat précaire. Et à présenter, de surcroît, cette collusion à base de délation comme un pas en avant dans l’« avènement d’une démocratie locale plus consensuelle 35 ».

À quoi bon multiplier les exemples ! On aura probablement compris que, lorsque des chercheurs désormais inféodés sans vergogne aux pouvoirs en place parlent de l’« état des savoirs » sur l’urbain, c’est de savoirs d’État qu’il s’agit. Et que de la domination multiforme d’un capitalisme devenu sans extérieur, ils ne veulent plus rien savoir, pas plus que de la question sociale qu’il préfèrent travestir en « problèmes urbains ». Autant dire que si une critique radicale de l’un et une solution révolutionnaire à l’autre il doit y avoir dans l’avenir, cela se fera sans eux. Et sans doute contre eux.

Notes

1 Le processus vaut, comme on le verra plus loin, pour les autres pays de l’Europe du Sud.

2 Thierry Paquot, professeur de philosophie, ancien militant d’une « Gauche ouvrière et paysanne » aussi improbable qu’éphémère. Presque exclusivement composé d’universitaires, la GOP, groupuscule gauchiste d’inspiration maoïste, était née à la faveur des « grèves sauvages » ouvrières et des luttes paysannes extra-insitutionnelles du début des années 1970, pour disparaître lorsqu’elles amorcèrent leur déclin. Désormais « philosophe de l’urbain » omniprésent dans les médias, de France Culture au Monde diplomatique, Thierry Paquot aime à jouer aussi les conseillers du prince auprès des personnalités politiques aux couleurs les plus diverses.

3 Thierry Paquot, Michel Lussault et Sophie Body-Gendrot, La Ville et l’urbain. L’état des savoirs, La Découverte, 2000.

4 Manuel Castells, « Mouvements urbains et voie démocratique vers le socialisme », Autrement, septembre 1976, n° 6.

5 Pierre Bourdieu, « La science et l’actualité », Actes de la recherche en sciences sociales, mars 1986, n° 61.

6 Jean-Pierre Garnier, Le Marxisme lénifiant, ou la Politique bourgeoise au poste de commande, Le Sycomore, 1979.

7 Maurice Blanc, « Commande publique et sociologie urbaine », Espaces et Sociétés, 1987, n° 48-49.

8 Michel Amiot, Contre l’État, les sociologues. Éléments pour l’histoire de la sociologie urbaine en France (1900-1980), EHESS, 1986.

9 Maurice Blanc, « Commande publique et sociologie urbaine », art. cit.

10 Jean-Pierre Garnier et Denis Golschmidt, Le Socialisme à visage urbain. Essai sur la locale-démocratie, Rupture, 1978 ; Jean-Pierre Garnier et Louis Janover, La Deuxième Droite, Robert Laffont, 1986 ; La Pensée aveugle. Quand les intellectuels ont des visions, Spengler, 1993.

11 Pierre Lassave, Les Sociologues et la recherche urbaine dans la France contemporaine, Presses universitaires du Mirail, 1997.

12 Ibid.

13 Ibid.

14 Lors des manifestations, la plupart des slogans criés par les manifestants ou peints sur les banderoles commençaient inévitablement par « À bas… ! »

15 Les réformistes s’inscrivaient encore dans la perspective d’un passage « pacifique et graduel » – qualifié de « démocratique » par opposition à la rupture révolutionnaire – au socialisme, alors que réformateurs ne visent qu’à améliorer – aux sens à la fois technique et éthique – le fonctionnement du capitalisme.

16 Pour donner de la crédibilité à leur alliance électorale aux yeux du peuple, le Parti socialiste et le Parti communiste français avaient entamé une négociation laborieuse pour élaborer un projet politique supposé orienter la transition du capitalisme au socialisme.

17 Sous l’appellation de « Nouvelle Société », une première tentative de ralliement des « nouvelles couches moyennes », c’est-à-dire de la PBI, avait été effectuée, au début des années 1970, par un gouvernement de droite. Sous la présidence de Georges Pompidou, le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, entouré d’une équipe de hauts fonctionnaires que l’on retrouvera plus tard dans les instances dirigeantes du PS, avait lancé quelques réformes modernistes. Mais elles intervenaient dans un contexte où la classe ouvrière donnait des signes inquiétants de rébellion en multipliant les « grèves sauvages ». Effrayée, la majorité parlementaire de droite mit fin à l’expérience. Chaban-Delmas fut mis en minorité et remplacé par un militaire, Pierre Messmer, à la tête d’un gouvernement ultra-réactionnaire.

18 Thierry Paquot, introduction à La Ville et l’urbain, op. cit.

19 Pierre Lassave, Les Sociologues et la recherche urbaine…, op. cit.

20 Ibid.

21 Alain Touraine, « Sociologies et sociologues », in L’État des sciences sociales, La Découverte, 1986.

22 Pierre Bourdieu, Leçon sur la leçon, Minuit, 1989.

23 Prisonniers d’une conception « citoyenne » – c’est-à-dire nominaliste et politicienne – de la politique, la plupart des interprètes du « recentrage » de « la gauche », en France ou à l’étranger, font abstraction de sa dimension de classe.

24 Sylvie Tissot et Franck Poupeau, « La spatialisation des problèmes sociaux », Actes de la recherche en sciences sociales, septembre 2005, n° 159.

25 Thierry Paquot et al., La Ville et l’urbain, op. cit.

26 Gustave Massiah, « Le débat international sur la ville et le logement après HABITAT II », in ibid.

27 Jacques Lévy, « La France urbaine dans l’Europe des villes », in ibid.

28 Jacques Lévy, Le Monde pour Cité, Hachette, 1996.

29 François Ascher, « Quelle civilisation urbaine à l’échelle planétaire ? », in Thierry Paquot et al., La Ville et l’urbain, op. cit.

30 François Ascher, « Quelques critiques de l’“économie urbaine” », Espaces et Sociétés, décembre 1971, n° 4.

31 Ibid.

32 Francis Godard, « La ville, recherches transversales », in Thierry Paquot et al., La Ville et l’urbain, op. cit.

33 Manuel Castells, Francis Godard, Monopolville, Mouton, 1974.

34 Michel Wieviorka, Une société fragmentée ? Le multiculturalisme en débat, La Découverte, 1996.

35 Sophie Body-Gendrot, « Sécurité et insécurité dans la ville », in La Ville et l’urbain, op. cit.

Jean-Pierre Garnier

Table des matières

La parabole de Gino Benoît Eugène

Naissance du promoteur Louis Chevalier

Le paysage contemporain de la ville de Marseille Alèssi Dell’Umbria

Aux origines de l’avant-dernière destruction (1960-2005)

La volonté de non-savoir Jean-Pierre Garnier

Comment la gentrification est devenue, de phénomène marginal, un projet politique global Mathieu Van Criekingen

Un déguerpissement exemplaire à Ouaga (Burkina Faso) Patrick Taliercio

Revitaliser la ville indienne Solomon Benjamin

Milieux d’affaires, société civile & politiques anti-pauvres

Les jeux Olympiques, médaille d’or des expulsions Centre on Housing Rights and Evictions

Les mirages du partenariat public-privé Pierre J. Hamel

Le cas des municipalités au Québec

L’international sera le genre humain Benoît Eugène

Une expérience de planification néolibérale au quartier Midi (Bruxelles)

« Ce ne sont que les émanations toxiques de la cerfelle d’un prof ! » Borislav Pekic

Histoire radicale

Pierre Monatte & le congrès d’Amiens Miguel Chueca

Souvenirs Pierre Monatte

Le Centre américain de secours après le départ de Varian Fry Daniel Bénédite

La Leçon des choses

Le besoin de croyance & le besoin de vérité Jacques Bouveresse

Le rêve de Bismarck (novembre 1870) Patrick Taliercio

Un inédit d’Arthur Rimbaud en jeune patriote ?

Vidéos jointes au numéro

Art Security Service (Bernard Mulliez ) et Les indésirables (Patrick Taliercio)

Réalisation : William Dodé