couverture
Agone 38 et 39
« Villes et résistances sociales »
Coordination Benoît Eugène
avec 1 DVD : Art Security Service, Bernard Mulliez (1h29) et Les Indésirables, Patrick Taliercio (1h13)
Parution : 23/05/2008
ISBN : 9782748900712
Format papier : 320 pages (15 x 21 cm)
30.00 € + port : 3.00 €

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Table des matières

La parabole de Gino Benoît Eugène

Naissance du promoteur Louis Chevalier

Le paysage contemporain de la ville de Marseille Alèssi Dell’Umbria

Aux origines de l’avant-dernière destruction (1960-2005)

La volonté de non-savoir Jean-Pierre Garnier

Comment la gentrification est devenue, de phénomène marginal, un projet politique global Mathieu Van Criekingen

Un déguerpissement exemplaire à Ouaga (Burkina Faso) Patrick Taliercio

Revitaliser la ville indienne Solomon Benjamin

Milieux d’affaires, société civile & politiques anti-pauvres

Les jeux Olympiques, médaille d’or des expulsions Centre on Housing Rights and Evictions

Les mirages du partenariat public-privé Pierre J. Hamel

Le cas des municipalités au Québec

L’international sera le genre humain Benoît Eugène

Une expérience de planification néolibérale au quartier Midi (Bruxelles)

« Ce ne sont que les émanations toxiques de la cerfelle d’un prof ! » Borislav Pekic

Histoire radicale

Pierre Monatte & le congrès d’Amiens Miguel Chueca

Souvenirs Pierre Monatte

Le Centre américain de secours après le départ de Varian Fry Daniel Bénédite

La Leçon des choses

Le besoin de croyance & le besoin de vérité Jacques Bouveresse

Le rêve de Bismarck (novembre 1870) Patrick Taliercio

Un inédit d’Arthur Rimbaud en jeune patriote ?

Vidéos jointes au numéro

Art Security Service (Bernard Mulliez ) et Les indésirables (Patrick Taliercio)

L’appartenance au Mouvement olympique impose des responsabilités légales et morales
Raymond Gafner
Comité international olympique, 1984

  • 1 Lire Henri Kissinger, « Minutes de la 110e session, Lausanne, 11-12 décembre 1999 », CIO, p. 7. (...)
  • 2 Nations unies, document A/RES/58/5.

Pendant lantiquité grecque, on donnait aux jeux Olympiques (JO) pour mission de promouvoir l’idéal, avec un message éthique global, d’un « corps sain dans un esprit sain ». En 1894, Pierre de Coubertin fut à l’origine de la refondation des JO, dont l’objectif affirmé était de promouvoir la paix, la fraternité et le fair-play. Un siècle plus tard, les membres du Comité international olympique (CIO) réaffirment le socle de cet héritage en insistant sur son importance pour la jeunesse mondiale 1. « Mettre le sport au service de la paix » est aussi un objectif réaffirmé en 2005, dans le cadre de la proclamation de l’« Année internationale du sport et de l’éducation physique », l’assemblée générale des Nations unies déclarant que le sport est un moyen de « réaliser la solidarité et la coopération dans le but de promouvoir une culture de paix, l’égalité sociale et sexuelle, le dialogue et l’harmonie ». La résolution souligne également que le sport contribue aux objectifs de développement fixés internationalement 2.

  • 3 Les membres du Mouvement olympique s’engagent à respecter la Charte olympique et reconnaissent l’au (...)

Les valeurs au fondement de cette volonté de lier le sport à la paix et au développement (et particulièrement les principes éthiques qui sous-tendent les jeux Olympiques) sont certes admirables ; de même que les retombées bénéfiques attendues pour les populations des villes-hôtes. En effet, l’accueil des JO stimule en général le développement d’infrastructures, l’économie et le marché du travail ainsi que le tourisme tout en renforçant le statut et l’image de la ville-hôte, voire du pays. Les JO de Séoul firent ainsi de la Corée du Sud une destination touristique et ceux de Beijing ambitionnent d’« ouvrir la Chine au monde ». Pour le CIO et le Mouvement olympique 3, dont les entreprises sponsors, les Jeux constituent aussi, au niveau mondial, une publicité sans équivalent et des opportunités de profits financiers.

  • 4 Gary Cox, « Showing off or Showing Up the City ? The Social Impacts of Major Events », 16th Annual (...)
  • 5 Les investissements consentis pour les JO de Montréal de 1967 ne furent remboursés qu’en 2006, nota (...)
  • 6 Helena Smith, « Venues Rot as Greece Loses Its Olympic Gains’ » The Observer, 6 Mars 2006.
  • 7 UNCESCR, General Comment 7,1997.
  • 8 United Nations Commission on Human Settlements, An Urbanizing World, 1996, p. 245-246.
  • 9 Outre le rapport d’UN-Habitat, lire aussi Asian Coalition for Housing Rights (ACHR), « Evictions in (...)

Mais les effets négatifs sont incontestables et de grande amplitude. Les dettes générées peuvent, par exemple, grever les finances municipales pour des décennies 4. Par le passé, les JO ont parfois conduit à la construction de coûteux « éléphants blancs », restés à la charge des communautés locales 5 – à défaut d’avoir prévu la reconversion des infrastructures olympiques 6. D’un point de vue environnemental, l’obligation pour les villes candidates de réaliser une étude d’impact atteste de la prise en compte d’un risque réel. Mais c’est la multiplicité des conséquences sociales qui est de loin la plus choquante. Certaines échappent à toute évaluation, c’est particulièrement vrai dans le domaine du logement. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies (UNCESCR) a pourtant dénoncé à quel point les grands événements sportifs comme les JO sont cause d’expulsions à grande échelle 7. La création de nouvelles infrastructures conduit à la destruction de logements publics ou privés. Les campagnes d’« embellissement » des villes – dites « beautification » – provoquent des déplacements de population. Selon UN-Habitat, les embellissements réalisés en vue d’un événement international constituent l’une des justifications les plus couramment utilisées pour éradiquer des bidonvilles 8. En 1999, cette institution estimait ainsi qu’environ 720 000 personnes avaient été déplacées pour embellir les quartiers de Séoul pour les JO de 1988 9. Ce sont les quartiers les plus pauvres qui furent particulièrement affectés par les expulsions. À Beijing, on estime qu’au moins 1,25 million de personnes ont été déplacées dans le cadre d’un gigantesque plan d’urbanisme légitimé par les JO de 2008. Ce nombre devrait atteindre in fine 1,5 million. Au total, malgré le précédent de Séoul, ce sont deux millions de personnes qui ont été déplacées depuis vingt ans du fait des JO.

  • 10 Helen J. Lenskyj, The Best Olympics Ever ? Social Impacts of Sydney 2000, SUNY Press, 2002, p. 95. (...)

Les JO ont aussi des conséquences directes sur le marché du logement, faisant s’évaporer tout espoir de loyers bon marché pour les moins aisés. À Sidney, la spéculation immobilière a conduit à l’expulsion de locataires parfois très anciens et, en cinq ans, le nombre de sans-abri a triplé 10. Les JO intensifient la gentrification des quartiers ouvriers ou immigrés et fournissent souvent un prétexte pour se débarrasser de minorités ethniques – comme les Roms à Athènes ou les travailleurs immigrés à Beijing. Par le passé, ces politiques ont conduit à la marginalisation accrue, voire la criminalisation des sans-abri – comme durant la phase préparatoire des JO d’Atlanta, où environ 9 000 d’entre eux furent arrêtés, en majorité afro-américains.

Record battu à Barcelone – en attendant Londres

En 1992, les JO de Barcelone ont eu un impact négatif sur la disponibilité et le coût du logement. Dans un contexte de réduction de l’intervention de l’État dans le secteur du logement, les JO exacerbèrent les effets de la privatisation. Les prix du logement à la location et à la vente augmentèrent respectivement de 145 et 139 % entre 1986 et 1993, faisant suite à une baisse globale de 75,92 % entre 1986 et 1992. Le secteur de la construction battit tous les records de croissance dans les années précédant les Jeux. La construction de logements neufs augmenta de 101 % entre 1986 et 1992.

La plupart des sites proposés par Londres – à savoir North Newham, Manor Park, Leyton, Homerton et Hackney Wick – présentent une force concentration de logements privés loués à des prix relativement bas. Ce type de logement est rare dans une ville comme Londres, et très précieux pour des milliers de personnes à revenu faible ou moyen. En conséquence, la crainte est générale que les JO de 2012 provoqueront une diminution du stock de logements abordables. À en croire le London’s Advisory Services to Squatters, « le logement social promis par la société du village olympique ne sera pas disponible à temps pour compenser la perte importante de logements locatifs dans la zone ». Par ailleurs, des craintes se sont exprimées que le logement social promis par la candidature de Londres, dont la définition est floue, ne soit en fait pas accessible aux travailleurs à bas revenus…

Les PME sont aussi concernées par les JO. Selon un communiqué de presse du groupe d’opposants « No London 2012 », 5 542 emplois sont menacés de relocalisation ; et 284 lettres d’expropriation avaient déjà été envoyées début 2005 à des entreprises de la Lower Lea Valley. Les entrepreneurs de Marshgate Lane Estate protestent contre les indemnités d’expropriation qui seraient de 20 à 30 % inférieures au prix des terrains nus… Les autorités ont été accusées de présenter des offres « dérisoires » empêchant d’assurer la poursuite de l’activité. Selon The Marshgate Lane Business Group, celles-ci ont provisionné 450 millions de livres alors que des consultants professionnels estimaient les sommes nécessaires pour indemniser les coûts réels à 1,5 milliard.

Les JO, catalyseurs du développement urbain

Les Jeux constituent un moyen important pour, littéralement, redessiner la ville
John Rennie
Global Metropolitan, 2004

Ce que les jeux Olympiques peuvent faire pour une ville, c’est passer au bulldozer toutes les barrières au développement et nettoyer le terrain pour des projets de renouvellement urbain massifs qui, sinon, seraient impensables
Charles Rutheiser
The Village Voice, décembre 2004

  • 11 Solomon J. Green, « Staged Cities : Mega-events, Slum Clearance and Global Capital », Yale Human Ri (...)

Comme le remarque David Schearf, « pendant la phase préparatoire [des JO], la frontière entre préparation de l’événement proprement dit et le long terme s’estompe : hôtels, stades, complexes de loisirs, parcs et monuments sont construits en vue des JO mais dans la perspective de projets de développement urbain plus larges. Bien souvent, dans les années qui précèdent [les JO], la ville-hôte connaît des taux de construction sans précédent pour se préparer à l’arrivée massive des visiteurs et au regain d’attention internationale 11 ».

  • 12 Kristopher Olds, « Canada : Hallmark Events, Evictions, and Housing Rights », in A. Azuela, E. Duha (...)

C’est particulièrement vrai des centres-ville. Les installations olympiques (ou au moins une partie d’entre elles) sont généralement implantées dans les zones centrales qui font l’objet de plans de reconversion. Avec leur calendrier serré, les JO agissent comme un accélérateur de ces projets ou un motif pour les étendre afin d’atteindre l’« échelle olympique ». Même quand les sites olympiques sont excentrés, la nécessité d’améliorer le « look » de la ville et de disposer d’une offre d’équipements plus large peut aboutir au même résultat. Les sites olympiques, centraux ou non, sont communément planifiés dans les zones les plus délabrées ou négligées, dont la valeur foncière est la plus faible et les plus adaptées à la « revitalisation ». Pour les habitants pauvres ou aux revenus faibles qui vivent dans les zones visées par ces plans, celle-ci signifie la plupart du temps l’expulsion ou le déplacement. Ces habitants manquent en général du pouvoir politique nécessaire pour exercer une quelconque influence sur les décisions ou bénéficier des avantages liés à ces transformations 12.

Loin de se limiter aux infrastructures des Jeux eux-mêmes, l’échelle des transformations et leur caractère permanent dépassent de loin ce qui serait nécessaire pour accueillir un événement sportif d’une durée de deux semaines. On ne peut dès lors que s’inquiéter du caractère massif de ces investissements et tout particulièrement du détournement de ressources politiques et financières qui pourraient être mises au service du logement abordable et d’autres objectifs sociaux.

Orgie d’infrastructures

Les JO ont un impact important sur les villes-hôtes en matière d’infrastructures Outre les équipements sportifs proprement dits, il s’agit de la construction de nouvelles routes, moyens de transport, aéroports, équipements de gestion des déchets, du nettoyage de zones contaminées et de protection du patrimoine culturel. En 1964, les JO de Tokyo ont ainsi vu la construction de vingt-deux autoroutes, de deux lignes de métro et de trois stations d’épuration. Le « nettoyage » de Tokyo s’est effectué à grande échelle – rues, rivières, sources, réorganisation de la collecte des ordures –, contribuant à améliorer significativement la santé publique. Quatre ans plus tard, Munich en profitait pour restaurer son quartier historique, développer ses transports publics et construire cent quarante-cinq kilomètres d’autoroutes. L’extension du métro est à porter au compte des JO de Montréal de 1976 ; et pas moins de trois nouvelles lignes virent le jour à Séoul pour ceux de 1988. Séoul étendit également son aéroport, quand, pour les JO de 1980, Moscou en construisit carrément un nouveau. Tel fut aussi le cas de Barcelone, en 1992, qui se dota également d’une rocade et plus généralement consacra en huit ans autant d’investissements aux infrastructures qu’au cours des cinquante années précédentes. Athènes développa ses transports publics, étendant le métro, se dotant d’un tramway côtier et d’un nouveau périphérique. Pour le rendez-vous de 2008, Beijing achève le plus grand aéroport du monde, cent cinquante kilomètres de lignes de tram, deux nouveaux périphériques, une nouvelle voie expresse, et trois cent dix-huit kilomètres de voirie sont construits ou prolongés. Deux gazoducs et la réfection de six cent quarante kilomètres d’égouts sont prévus au titre des objectifs environnementaux. L’industrie lourde au charbon a été délocalisée vers d’autres villes pour améliorer la qualité de l’air. À Séoul aussi on avait pris des mesures contre la pollution de l’air et dépollué le fleuve Han ; exemple suivi par Sydney, qui installa le village olympique dans la baie de Homebush fraîchement décontaminée. De même à Barcelone, où les développeurs incitèrent à reconvertir en site olympique une zone industrielle qui serait ensuite aménagée en zone de loisirs balnéaires ; et à la reconversion du port et de la zone côtière. Atlanta investit aussi de façon significative dans ses espaces publics, avec la construction d’un parc de neuf hectares au centre-ville. À Athènes, on planta des arbres, restaura ou nettoya les façades. La culture ne fut pas oubliée, comme à Séoul, où l’on édifia des Palais des arts et de la culture ; tandis que Barcelone rénovait ses musées, théâtres et autres galeries d’art. Athènes bâtit un réseau piétonnier reliant ses sites archéologiques et accorda une attention particulière aux nombreux sites liés à l’héritage olympique antique. Enfin Beijing rénove ses sites patrimoniaux du centre-ville, comme par exemple le quartier historique de Qianmen I.

Convergence public-privé

L’utilisation des JO comme moteur de la rénovation urbaine change les priorités. […] Le problème avec les JO, c’est que vous n’avez pas voix au chapitre pour définir ce qui est important pour votre ville. Dans les faits, les choix sont faits par un comité d’organisation.
Don Butler
CanWest News, juin 2006

  • 13 Kristopher Olds, « Canada… », op. cit.

Les JO sont souvent à l’origine d’une collaboration étroite et parfois sans précédent entre les autorités fédérales, nationales et locales et des entités publiques et privées. Celle-ci s’impose en partie du fait d’un calendrier serré et de ce qu’Olds appelle l’« illusion du consensus » 13. Différentes institutions trouvant là une opportunité de satisfaire leurs intérêts particuliers, elles peuvent converger temporairement dans le soutien et la promotion des JO. Ce fut le cas de la municipalité de Barcelone, des autorités catalanes et du gouvernement espagnol, qui coopérèrent ainsi, bien que poursuivant des objectifs fort différents. La municipalité considérait les JO comme une occasion unique d’obtenir les fonds nécessaires à la transformation radicale de la ville ; le gouvernement régional souhaitait promouvoir la Catalogne (et le nationalisme catalan) ; tandis que le gouvernement espagnol voulait démontrer la modernité de l’Espagne et asseoir sa position dans l’Union européenne.

  • 14 Entretien avec un expert local, Barcelone, 5 juillet 2006.
  • 15 Michiyo Nakamoto, « Goldman to back Fukuoka Olympics », The Financial Times, 26 août 2006.

La volonté d’une municipalité d’améliorer l’image de la ville et de « revitaliser » son centre rencontre l’intérêt de l’industrie du bâtiment pour les grands travaux. À Atlanta, les JO ont permis au monde des affaires d’obtenir le soutien du gouvernement et les financements nécessaires à ses plans de revitalisation. À Barcelone, la compagnie du gaz et d’autres entreprises ayant des intérêts dans des zones délaissées du bord de mer utilisèrent les JO pour obtenir les fonds publics nécessaires à la reconversion de ces espaces, supposant notamment l’amélioration de leur connexion aux réseaux de base 14. À Séoul, le gouvernement sud-coréen, confronté à la nécessité de soutenir son industrie du bâtiment fragilisée suite à l’effondrement de ses marchés au Moyen-Orient, eut moins de mal à « vendre » ce projet au nom de la nécessité de préparer la ville aux JO. Une loi spéciale, dite de « redéveloppement conjoint », facilita l’appel aux capitaux, à l’expertise et à la technologie du privé, lui garantissant la rentabilité du processus de « réaménagement ». L’investissement privé joue ainsi un rôle crucial, la ré-urbanisation induite par les JO étant un processus coûteux rendant la collaboration entre les secteurs public et privé incontournable. Cela explique le recours très fréquent à des modèles de partenariat public-privé. Un exemple extrême est fourni avec la candidature du Japon pour les JO de 2016, où Goldman Sachs (un fonds d’investissement américain) propose de financer les infrastructures à Fukuoka sur ses fonds propres, postulant qu’un tel investissement lui assurerait des « retours appréciables » 15.

Derrière la façade des JO d’Atlanta

« À Atlanta, explique Larry Keating, l’onction Olympique permit aux entreprises et aux promoteurs de masquer les enjeux politiques, autrement dit la population au sens large ne vit même pas ce qui était en jeu. Les JO coïncidèrent avec une relance de la gentrification, parée des habits neufs de l’aura olympique. Cela rendit les gens plus malléables. II »

Dans le cadre de la préparation des JO, le secteur des affaires et les planificateurs proposèrent la démolition de Techwoods Homes, le plus ancien complexe de logements sociaux des États-Unis (inscrit à l’inventaire du patrimoine historique) et de onze autres complexes de logements publics. À l’instar d’autres zones telles que Summerhill, la proximité de ce complexe avec les sites olympiques focalisait l’attention. Mais d’anciens responsables de l’administration du logement nous ont déclaré que le but était en fait de privatiser le parc de logements sociaux d’Atlanta, construit cinquante ans auparavant. Techwood était aussi surnommé le « problème Techwood », en raison de son délabrement. Mais ses habitants soulignaient que celui-ci n’était que le résultat d’une stratégie d’abandon des quartiers où vivaient les pauvres et les minorités, mise en œuvre très efficacement par la municipalité et le milieu des affaires depuis des dizaines d’années. La suppression des services publics, dont la police, visait à transformer les quartiers en ghettos pour qu’ils soient mûrs pour le redéveloppement et la gentrification. Les JO donnaient aux développeurs, au monde des affaires et à la municipalité l’occasion d’accélérer ce projet. Des personnes très en vue à Atlanta, notamment l’architecte Dick Bradfield, le spécialiste du logement Larry Keating et Max Creighton, directeur de l’Urban Design Center d’Atlanta, démontrèrent que les démolitions pouvaient être limitées à cent appartements. Couverts par le service du logement d’Atlanta, ils travaillèrent avec les habitants durant deux ans pour élaborer un contre-projet – qui ne fut jamais pris en considération. Le complexe fut entièrement détruit pour faire place au village olympique accueillant les athlètes et une partie de la presse. À l’issue des Jeux, la plus grande partie en fut cédée au Georgia Board of Regents qui avait financé sa construction. Le restant du site accueillit des logements destinés aux revenus moyens.

La rénovation du quartier de Summerhill, près du stade olympique, faisait aussi partie des projets de gentrification spécialement développés dans le cadre des JO. Les habitants les plus visibles, car situés juste en face du stade, bénéficièrent de logements flambant neufs, devenant la « vitrine de la façon dont la ville d’Atlanta traite ses quartiers pauvres ». Mais de nouveaux bâtiments ne furent en fait construits qu’en front du boulevard menant au stade. Les façades fraîchement peintes cachaient une autre réalité : un bâti en piteux état et des sans-abri tentant d’échapper aux arrestations.

« Le premier site olympique livré exactement dans les délais » avait été la nouvelle prison – comme le directeur de cet établissement de détention préventive le décrivit. Beaucoup de comités de quartiers étaient persuadés qu’il avait été spécialement construit à l’intention des sans-logis dans la perspective des Jeux.

« État d’exception » mental

La logique olympique […] s’insinua même chez les élus municipaux progressistes. Ils acceptèrent des exceptions du type « juste pour les Jeux » ou « on peut bien le tolérer pour quelques semaines ». La frénésie tourna au patriotisme, et les gens qui normalement se souciaient de la réalité de la vie urbaine étaient comme sous hypnose.
Anita Beaty, groupe de travail sur les sans-abri d’Atlanta (2007)

Si vous croyez dans les chances de Londres pour 2012, vous êtes un chic type qui aspire à la réussite de la Grande-Bretagne. Mais si vous exprimez des doutes, vous êtes un sale rabat-joie.
Finlo Rohrer
BBC News, février 2005

  • 16 On estime qu’environ 2 700 Roms ont été affectés par la préparation des JO d’Athènes. Soit qu’ils a (...)

La volonté d’élever les villes olympiques au « premier rang » bénéficie en général aux populations les plus aisées. C’est au privilège des élites que la ville-hôte entre dans le club des villes mondiales, mais les pauvres et les défavorisés sont chassés et s’en trouvent un peu plus marginalisés, alors même que la ville devient une destination touristique mondiale. L’augmentation des prix de l’immobilier en avantage certains (les propriétaires fonciers et immobiliers) au détriment d’autres (les locataires et les bas revenus). Principales victimes des méga-événements, les plus désavantagés sont massivement présents dans les zones vouées au réaménagement, aux embellissements et à la gentrification. Ils sont le plus souvent locataires ou ne jouissent pas de titres de propriété clairs et définitifs. Les groupes affectés de façon particulièrement disproportionnée sont les minorités ethniques (comme les Roms à Athènes 16), les personnes âgées (particulièrement dans le cas de Barcelone et Sydney), les handicapés physiques ou mentaux, les vendeurs de rue (par exemple à Séoul et très certainement à Beijing), les travailleurs du sexe (auxquels Barcelone fit particulièrement la guerre) et les travailleurs migrants (Beijing).

  • 17 Kristopher Olds, « Canada… », op. cit.
  • 18 Ibid.

Une sorte d’« état d’exception mental » accompagne en général l’annonce de la sélection de la candidature de la ville aux JO. Cette opportunité est considérée comme tellement importante pour la ville qu’elle réclame ou justifie des mesures d’exception pour se concrétiser. Dans ce contexte, la population et ses dirigeants acceptent plus facilement une simplification des procédures, la limitation des droits et autres mesures jugées « nécessaires » pour tenir le calendrier et mettre de l’huile dans les rouages. On voit généralement d’abord apparaître des mesures criminalisant les sans-abri qui, en d’autres circonstances, paraîtraient sans doute tout à fait inacceptables. D’autres mesures d’exception peuvent abaisser le niveau de protection des locataires, modifier les règles d’urbanisme et de chantiers et limiter les droits civiques 17. Ce climat de fébrilité peut biaiser les décisions publiques au bénéfice des élites urbaines, permettre des niveaux d’endettement exceptionnels et mener à l’éradication de bidonvilles pour réduire la visibilité de la pauvreté en ville 18. Le consensus (même temporaire) qui accompagne les JO permet l’exécution de grands projets de réaménagement urbain sans trop de critiques publiques et absout les mesures destinées à neutraliser les résistances.

Si les JO stimulent la fierté nationale et la ferveur de la population, le soutien de celle-ci est aussi indispensable à leur réussite. Dès lors, ceux qui s’inquiètent des conséquences éventuellement négatives peuvent se voir reprocher leur manque de patriotisme ou être accusés d’être hostiles aux JO. Dans le pire des cas, ils peuvent être harcelés, intimidés, emprisonnés ou violemment réprimés.

Fierté nationale & répression à Beijing

Intervenant devant le CIO durant la dernière phase de sélection, à Moscou en 2001, Liu Qi, maire de Beijing, déclarait que « 95 % de la population soutient la candidature car ils savent que les JO de 2008 aideront à élever leur niveau de vie. Les Chinois soutiendront tous nos projets sociaux et économiques et bénéficieront aussi du renforcement de notre engagement dans le domaine des droits humains ».

Les documents officiels diffusés au niveau national et municipal soulignent que l’un des buts de la Chine en organisant les JO en 2008 est de faire de ceux-ci les « meilleurs de tous les temps », faisant ainsi la démonstration que la Chine est un pays de premier rang capable de réussir de grands projets. Le succès de ces JO doit cimenter la confiance des investisseurs étrangers et provoquer en conséquence un afflux de capitaux. Le gouvernement déploie ces arguments ad nauseam pour que les citoyens appuient les efforts officiels pour les Jeux.

Cette stratégie de communication des « JO les meilleurs de tous les temps » met une énorme pression de l’opinion publique sur les habitants qui rechignent à quitter leur logement. Le message implicite est qu’à défaut que toute la ville et le pays soient unis derrière l’objectif des JO l’échec est possible, aboutissant à faire perdre la face à la Chine sur la scène internationale. De nombreux témoignages prouvent que les habitants sont totalement résignés à l’inéluctabilité de leur déplacement. Les moins susceptibles d’être victimes d’expulsions soutiennent que sacrifier le bien-être de 10 à 20 % de la population de la ville n’est pas un prix élevé à payer si les JO permettent de maintenir ou d’accélérer la croissance actuelle et ainsi empêcher que d’autres perdent leur emploi ou sombrent dans la pauvreté. De nombreux habitants nous ont déclaré soutenir les Jeux à la fois en raison des bénéfices futurs que la ville pourrait en tirer et de la fierté qu’ils ressentent d’être la première ville chinoise hôte des JO. Les plus privilégiés expriment souvent ouvertement le sentiment qu’« au final la nation en profitera, il est donc peut-être préférable que certains soient “sacrifiés” pour le bien de tous »…

La violence et la répression contre les militants du droit au logement et leurs avocats a été bien documentée par les ONG internationales et les médias. Citons quelques exemples :

— en 2004, Zheng Enchong, un avocat représentant des centaines d’habitants de Shanghai réclamant la restitution de leurs biens spoliés dans le cadre d’un gigantesque scandale immobilier portant sur des milliards de yuans fut condamné à trois ans de prison pour avoir rendu public des documents prouvant la corruption de responsables de haut rang. Aujourd’hui en liberté après avoir purgé sa peine, M. Zheng est toujours assigné à résidence et interdit de rencontrer ses anciens clients III ;

— un autre avocat, Xu Yonghai, fut condamné à la prison en 2004 pour avoir révélé des secrets d’État concernant des contrats immobiliers à Beijing IV ;

— en 2003, Ye Guozhu fut expulsé de son logement à Beijing dans le cadre des grands travaux olympiques. Après avoir organisé différentes manifestations, il fut arrêté le 27 août 2004, pour « troubles à l’ordre social » et condamné à quatre ans de prison en décembre 2004. Selon Amnesty International, il a été torturé en détention, suspendu notamment par les mains et battu avec des bâtons électriques V ;

— Qi Zhiyong a été obligé de fermer son magasin à plusieurs reprises en raison des travaux. En février 2006, suite à sa participation à une grève de la faim, les autorités lui retirent sa licence commerciale et le condamnent à 51 jours de détention VI.

Dans ce climat répressif, les avocats et les défenseurs du droit au logement ont été dissuadés de porter des cas d’expulsions devant la justice. La Cour suprême a ainsi ordonné aux tribunaux de première instance de ne plus accepter de plaintes des personnes expulsées et le gouvernement a réduit les possibilités pour les avocats de défendre collectivement des groupes d’expulsés VII. En mai 2006, l’association All China Lawyers a présenté son document Guiding Opinion on Lawyers Handling Mass Cases dans le même but. Celui-ci recommande aux avocats la plus « extrême circonspection » et leur impose, s’ils décidaient de s’engager dans de telles procédures, d’en référer à l’association pour obtenir « soutien, supervision et guidance ». En conséquence, de moins en moins d’avocats acceptent ces causes et leur indépendance est en péril.

La violence et la répression ne frappent pas seulement les dissidents. Les habitants courent les mêmes risques, et parfois leur vie, en résistant ou tentant d’éviter l’expulsion. Par exemple, en avril 2007, un blog chinois rapportait qu’une vieille femme avait menacé de se suicider en sautant par la fenêtre de son appartement (situé sur le site du futur siège de la télévision) après qu’il eut été vidé de tous ses biens par l’entreprise de démolition. Elle fut arrêtée pour trouble à l’ordre public en compagnie d’une autre personne lui ayant témoigné de la sympathie. « La perspective d’être expulsé peut être tellement terrifiante qu’il n’est pas rare que les gens risquent leur vie en tentant de résister ou, dans des cas extrêmes, se suicident lorsqu’il devient évident que l’expulsion ne peut être évitée. VIII »

Dans d’autres cas, certains directement liés aux JO, Human Rights Watch rapporte qu’en août 2003 « un habitant de la ville de Nanjing revenant de sa pause déjeuner, découvrant sa maison démolie, a mis le feu au bâtiment du service municipal des démolitions et des expulsions. En septembre, Wang Baoguan s’est immolé par le feu lors de son expulsion à Beijing. Le 1er octobre, le jour de la fête nationale, Ye Guoqiang a tenté de se suicider en se jetant du pont Jinshui à Beijing après son expulsion dans le cadre des grands travaux pour les JO IX ».

Le droit au logement devant les grands événements internationaux

Le droit au logement n’autorise le déplacement d’habitants, évidemment sans violence, qu’à condition que toutes les autres solutions aient été envisagées et que les individus concernés aient épuisé tous les recours pouvant aboutir. Il exige que les dommages soient minimisés et que la situation du logement soit améliorée de façon continue.

  • 19 Il s’agit particulièrement du « Commentaire général n° 4 sur le droit au logement », adopté par le (...)

La protection de ce droit suppose l’adoption et la mise en œuvre de politiques de logement qui correspondent aux prescriptions du droit international 19. Ces politiques doivent avoir un caractère permanent et ne peuvent être mises de côté à l’occasion de l’organisation d’un grand événement international. Elles doivent être conçues de façon inclusive pour permettre la participation de la population. Par exemple, les gouvernements doivent veiller à une coordination réelle entre les différents ministères, les autorités régionales et municipales afin de permettre une cohérence d’ensemble. C’est particulièrement vrai dans le cas de grands événements, où les entités en charge d’organiser les manifestations sportives et culturelles doivent impérativement coordonner leurs efforts avec les autorités responsables du logement et de la protection sociale.

Les grandes manifestations attirent en général d’énormes capitaux. Le respect des droits humains impose accès égal et utilisation efficace de toutes les ressources, notamment pour la mise en œuvre du droit au logement. Toutes les parties prenantes devraient connaître la façon dont ces moyens sont utilisés pour veiller à ce que le droit au logement soit protégé et effectivement appliqué de la façon la plus étendue possible.

Si l’article II du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (HCNUDH) postule que le droit au logement est réalisable « progressivement », cela ne saurait signifier que les efforts nécessaires pour assurer la pleine jouissance de ce droit peuvent être indéfiniment repoussés à plus tard ou suspendus dans le cadre des préparatifs d’une grande manifestation internationale. De plus, aucune régression n’est autorisée dans la réalisation de ce droit, les nécessités des JO en seraient-elles la cause… Le concept de réalisation progressive du droit au logement doit être compris à la lumière d’autres articles du HCNUDH, qui comportent une obligation d’« amélioration continue des conditions d’existence ». Par ailleurs, il y a de nombreuses dispositions du droit au logement qui peuvent être réalisées immédiatement, par exemple la protection contre les discriminations.

Les aspects centraux du droit au logement peuvent se résumer en trois mots : respecter, protéger et réaliser.

L’obligation de respecter le droit au logement signifie que les gouvernements et les parties prenantes doivent s’abstenir de tout acte en entravant la jouissance par les populations. La plupart du temps, cela revient seulement à s’interdire certaines pratiques, telles que les expulsions. Rien ne devant être fait susceptible d’aggraver ou de faire régresser la situation du logement, on ne saurait arbitrairement et illégalement expulser des habitants et détruire leurs logements. Cet aspect du droit est immédiatement réalisable.

Afin de satisfaire à la protection du droit au logement, les gouvernements et les parties prenantes doivent empêcher efficacement la violation de ces droits par des parties tierces telles que propriétaires, promoteurs et autres entités ou individus appartenant au secteur privé. Cela requiert aussi, dans le cas où des violations ont été commises, d’y mettre fin et d’en permettre la réparation par des voies légales. Par exemple, les gouvernement doivent empêcher les promoteurs d’expulser avec violence les habitants situés sur les futurs sites olympiques. Afin de prévenir les expulsions forcées notamment par des organismes privés, des mesures immédiates doivent être prises pour sécuriser légalement l’occupation de leur logement par tous les résidents. De plus, les résidents doivent être protégés par des lois et toutes autres mesures efficaces contre la discrimination, le harcèlement, la coupure des services essentiels et autres menaces. Les gouvernements doivent aussi prendre des mesures pour assurer que le coût du logement pour les individus et les ménages soit ajusté aux revenus. Par exemple, des politiques de contrôle des loyers pourraient être introduites lors de la préparation et du déroulement des grandes manifestations internationales afin de garantir que le logement reste abordable pour les plus vulnérables. Des mécanismes légaux ou quasi légaux, administratifs ou politiques, doivent être instaurés de façon à rendre possible les réparations pour les victimes de violations du droit au logement. La protection du droit au logement ne peut être délaissée, particulièrement dans le contexte des grandes manifestations internationales. Étant de la responsabilité de toutes les parties prenantes, elle ne peut non plus être déléguée ou sous-traitée à des sociétés privées ou d’autres acteurs.

Enfin, réaliser le droit au logement comporte des obligations positives, comme les subventions au logement ou le logement social, et l’utilisation maximale des moyens disponibles pour y parvenir progressivement sans discriminations. Les grandes manifestations internationales devraient être considérées comme des opportunités majeures d’avancer dans la réalisation de ce droit. La construction de logements neufs, par exemple pour loger les athlètes pendant les JO, peut potentiellement augmenter le stock de logements publics et à bas prix si les infrastructures léguées par les Jeux étaient utilisées dans ce but.

Principaux impacts des JO sur le droit au logement

« Accueillir les JO, c’est un peu comme organiser une soirée, mais à une échelle épique. Vous fixez le lieu, lancez les invitations et, quand c’est fini, avec un peu de chance tout le monde a passé un bon moment. Mais quand les invités sont partis, il vous reste encore à tout nettoyer. Dans le cas d’une soirée, on vous laisse en général avec une lampe cassée et des restes. Mais dans le cas des JO, c’est surtout le temps du bilan des conséquences sur le logement du plus important événement sportif et médiatique du monde. X » Les conséquences typiques des JO sur le logement sont les suivantes :

— déplacement et expulsion de groupes et/ou d’individus pour la construction des infrastructures olympiques ;

— déplacement et expulsion de groupes et/ou d’individus suite au réaménagement et à la gentrification liés ou induits par les JO ;

— déplacement et expulsion de groupes et/ou d’individus (particulièrement des locataires) en raison de l’augmentation du coût du logement provoquée par les JO ;

— hausse des prix de l’immobilier ayant un impact réel sur la capacité de la population à se loger à un coût abordable ;

— réduction du nombre de logements sociaux et bon marché disponibles avant, pendant et après les JO ;

— criminalisation des SDF et opérations de « nettoyage » visant à soustraire les sans-abri au regard avant et pendant les JO ;

— prise de mesures législatives ou d’ordres de police « spéciaux » pour faciliter la préparation et la tenue des Jeux – par exemple, lois d’expropriation, mesures concernant les sans-abri ou les minorités, restrictions des libertés comme le droit de réunion ou de circuler ;

— discrimination et effets disproportionnés sur des groupes marginalisés, les pauvres, les populations à faibles revenus, les résidents sans titre de propriété, les sans-abri, les peuples indigènes, les minorités ethniques, les personnes âgées, les handicapés, les vendeurs de rue, les travailleurs du sexe, etc. ;

— limitation de la transparence et de la participation des habitants et de la société civile aux décisions ayant des effets sur le logement.

La protection contre les expulsions forcées

  • 20 UNCESCR, General Comment No. 7, (1997).
  • 21 UNCESCR, General Comment No. 4, (1991), § 18.

La question des « expulsions forcées » se pose particulièrement dans le cas de la préparation et de la tenue des grandes manifestations internationales. Même si celles-ci n’en ont pas le monopole, elles en constituent une caractéristique constante. Les expulsions sont pourtant contraires aux droits humains. Par « expulsions forcées », on entend le déplacement de personnes contre leur volonté de leurs terres ou de leur logement, temporairement ou définitivement et sans recours ou accès à une protection légale 20. Selon l’UNCESCR, les expulsions forcées sont prima facie incompatibles avec les exigences du HCNUDH 21. Par le biais de la Commission des droits humains, la communauté internationale a condamné de façon répétée la pratique des expulsions forcées, considérée comme une violation grossière des droits humains, en particulier du droit au logement ; et ces dernières années, les organes des Nations unies mais aussi les tribunaux internationaux et nationaux ont rendu directement responsables de nombreux gouvernements, qu’ils aient directement diligenté ou simplement toléré des expulsions. Les expulsions ne peuvent intervenir, selon les normes internationales, que dans des circonstances exceptionnelles et quand toutes les autres solutions se sont révélées inapplicables. Même dans ce cas, les procédures suivantes en accord avec le droit international doivent être respectées :

1. consultation effective des personnes concernées ;

  • 22 Principes de base et directives concernant les expulsions et les déplacements liés au développement (...)

2. notification préalable aux intéressés ; pour les expulsions et les déplacements liés au développement, les Nations unies préconisent un délai minimum de 90 jours 22 ;

3. l’information concernant les expulsions et l’usage prévu pour les terrains doit être au préalable communiquée aux intéressés dans un délai raisonnable ;

4. présence sur place, lors des expulsions, de représentants des autorités ;

5. recensement effectif de toutes les personnes concernées par les expulsions ;

6. interdiction de pratiquer des expulsions la nuit et lorsque les circonstances météorologiques sont particulièrement mauvaises ;

7. instauration de procédures d’accompagnement juridique destinées aux personnes expulsées et dans le besoin ;

8. relogement adapté.

  • 23 Respectivement Concluding Observations of the Committee on Economic, Social and Cultural Rights : D (...)

Que les personnes expulsées soient propriétaires ou locataires, elles ont droit à des compensations et au relogement. Celui-ci doit intervenir à une distance raisonnable du lieu d’expulsion, avec un accès aux services de base tels que eau, électricité, emploi, écoles, hôpitaux et transports 23.

  • 24 Sheridan Bartlett, « Urban Children and the Physical Environment », http://www.araburban.org/childc (...)

Enfin, même si ces expulsions sont tenues pour légales et satisfont à ces critères, en aucun cas elles ne doivent conduire quiconque à se retrouver sans-abri. Les conséquences des expulsions pour les familles et les communautés, particulièrement les pauvres, sont graves et profondément traumatisantes. Les biens sont souvent endommagés ou détruits, le capital productif est perdu ou rendu inefficace et l’accès aux services de base est coupé. Dans des cas extrêmes, des violences – notamment viols, agressions physiques ou meurtres – sont utilisées comme moyens d’expulsion. Une étude récente a souligné que les expulsions peuvent avoir le même effet sur le développement des enfants que les guerres 24.

Les normes du droit international quand Beijing se prépare aux JO

En référence aux dettes contractées pour l’achat d’un nouveau logement après que lui et sa famille eurent été expulsés de leur maison de Qianmen, Wang Daming déclara : « Les conditions de logement s’améliorent ; le niveau de vie s’écroule : un cas classique d’appauvrissement pour cause d’expulsion. Dès que tu es expulsé, tu perds ton gagne-pain. XI »

La dégradation de Hujialou nous raconte une histoire typique des expulsions en Chine, particulièrement la façon dont un quartier voué à la démolition peut se transformer en un bidonville se développant autour des habitants les plus déterminés (dingzihu) qui, à défaut de toute autre solution viable, restent malgré tout.

Des habitants de Hujialou nous ont expliqué que l’entreprise de démolition-déplacement (Chaiqian Gongsi) avait retiré les fenêtres et les portes de sécurité en métal de tous les immeubles et appartements vides, creusé des tranchées à travers les espaces verts et les chemins, retiré les bouches d’égouts et l’éclairage public, brisé les murs et les aménagements intérieurs des appartements abandonnés, répandu les débris dans les escaliers et les halls d’entrée, là où les dingzihu continuaient à vivre XII. En effet, les autorités locales sont désormais obligées par la loi à passer des contrats avec des entreprises pour libérer les terrains qui ont été voués au réaménagement, ce qui inclut l’évacuation des résidents, de leurs biens, et de tout ce qui occupe le sol. Il est fréquent que les responsables locaux ne soient pas pour rien dans la création des entreprises en question et soient intéressés à leurs profits. Les cas de versement de pots-de-vin abondent. Les habitants ont également dénoncé l’emploi par ces sociétés de « voyous » pour les harceler la nuit, jetant des ordures et déféquant dans les halls d’entrée. Certains des porte-parole les plus critiques des démolitions ont aussi été agressés physiquement. La situation s’est aggravée durant l’hiver 2006-2007, avec des températures frisant ou descendant en dessous de 0 °C, alors que les immeubles étaient privés de chauffage et d’électricité et la pression d’eau résiduelle. Le risque d’incendie était permanent. Les intéressés disent qu’ils ont demandé de l’aide au comité de quartier (juweihui), aux responsables municipaux de tout niveau, jusqu’au bureau du maire. Apparemment ces appels à l’aide sont tombés dans l’oreille de sourds. Les habitants sont persuadés que le comité de quartier, acheté par l’entreprise de démolition, ne fait rien pour soutenir leurs revendications.

Environ trois cent trente personnes, soit un tiers des habitants du quartier, occupaient toujours leurs appartements malgré la précarité de la situation. La plupart des ménages restants comptent des personnes très vulnérables : enfants d’âge scolaire, adultes au chômage et peu formés, handicapés ou malades chroniques et retraités vivant de maigres pensions. On retrouve le même type de population parmi les dingzihu des quartiers de Donghuashi, Qianmen, Liulichang et Sanlitun que nous avons visités entre 2003 et 2006. S’y ajoutent les immigrés qui ne peuvent prétendre à des indemnités car ne possédant pas de titres de propriété ou de baux – même s’ils ont pu récemment se domicilier légalement. La raison donnée par les habitants de Hujialou pour rester sur place, malgré ces difficultés, est la même que dans les autres quartiers. Les indemnités offertes aux propriétaires et locataires par les chaiqian ne leur permettent pas de se rétablir dans les mêmes conditions. Même dans le cas peu probable où ces sommes permettent l’acquisition d’un appartement à bas prix, celui-ci sera situé à vingt ou trente kilomètres du centre-ville. Ce qui a pour conséquence de couper les personnes en état de travailler des opportunités d’embauche et, pour les autres, de les éloigner des services essentiels tels qu’hôpitaux, cliniques, écoles et magasins. Les banlieues éloignées sont très mal desservies par les transports publics, ce qui rend le déménagement inacceptable pour la plupart des habitants de Hujialou. De plus, même quand l’achat d’un nouvel appartement est rendu possible, les frais liés à la propriété ne peuvent pas être assumés, notamment le chauffage, l’eau et l’électricité fournis au prix du marché, ce qui représente plusieurs fois les charges payées à Hujialou. Enfin, personne ne peut assumer les frais de recherche et de location d’un logement temporaire précédant l’emménagement dans le nouvel appartement, ni d’ailleurs les frais d’aménagement de ce dernier dans la mesure où les appartements bon marché, très peu finis, nécessitent encore l’installation des planchers, de la plomberie, de l’électricité et de la cuisine.

Dans les quartiers comme Hujialou, anciennes « unités de travail » (danwei), beaucoup d’habitants ont utilisé l’épargne familiale pour acheter leur appartement à leur employeur au tournant des années 1990. Mais tous ne le purent ou le voulurent, et les locataires constituaient une proportion significative des habitants demeurant sur place. N’étant pas propriétaires, ces familles n’avaient droit à aucune indemnité. Ils habitaient dans un environnement sûr, propre et socialement stable, payant un loyer de 100 yuans (19 €) pour des revenus inférieurs à 1 000 yuans. Au prix du marché, un logement de même standing dans un quartier équivalent se loue, en fonction de l’emplacement, entre 1 000 et 2 000 yuans et a de fortes chances d’être en mauvais état, voire d’être menacé de destruction avant les JO ou peu de temps après.

Pour tout arranger, en plus des difficultés extrêmes à payer de tels loyers, les locataires déplacés (et même les propriétaires) ont beaucoup de mal à se reconstituer un réseau social et à s’approprier leur nouvel environnement. En effet, dans le quartier d’origine, ils disposaient de réseaux d’entraide. Les Chinois ont l’habitude de s’organiser collectivement, par exemple pour aller payer les factures, emmener les enfants à l’école et autres tâches qui nécessitent en général de faire longtemps la queue. Travailler pour le même employeur et résider dans le même immeuble rend ce degré de confiance et de dépendance mutuelles tout à fait normal. Par ailleurs, une bonne connaissance du quartier consiste à savoir à qui s’adresser pour certaines tâches ou demander de l’aide en cas de difficultés financières. Cette perte des réseaux sociaux fait partie intégrante du traumatisme provoqué par l’expulsion.

Conclusion

Depuis maintenant des décennies, les grandes manifestations internationales ont des impacts communs. Des milliers de personnes ont été et sont déplacées et victimes d’expulsions pour la seule nécessité de libérer les sites d’événements internationaux petits ou grands : 300 000 personnes à New Delhi pour les jeux du Commonwealth de 2010 ; 18 000 à Shanghai pour l’Exposition universelle de 2010 ; 42 familles à Lapu-Lapu pour le sommet de l’ASEAN en 2006. Ces manifestations induisent aussi indirectement des expulsions dues aux réaménagements urbains dont elles sont le prétexte : 400 000 personnes à Shanghai pour 2010 ; 1 000 maisons détruites à Abuja pour l’élection de Miss Univers ; 200 à 300 personnes à Dallas pour la coupe du monde de football de 1994 ; 180 000 personnes (30 000 familles) à Saint-Domingue pour le 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb ; 5 000 personnes à Bangkok, encore pour Miss Univers ; 2 000 habitants de bidonvilles, toujours à Bangkok, pour le sommet FMI/Banque mondiale en 1991 ; 400 familles pour le même événement à Manille en 1976 ; des centaines de maisons détruites à Jakarta pour les jeux Asiatiques de 1962 ; etc.

Les expulsions indirectes sont aussi monnaie courante, dues à l’augmentation des prix et à la diminution des stocks de logements sociaux ou bon marché : 1 400 à 3 000 personnes concernées à Brisbane à la suite de l’exposition de 1989 ; 1 000 à 2 000 logements à bas loyer disparus à Vancouver pour cause d’exposition internationale en 1986 ; 1 500 locataires perdent leur logement à Knoxville pour l’expo de 1982 ; etc.

La discrimination et le harcèlement des plus faibles est un autre trait commun : expulsions de Roms lors de « Patras capitale européenne de la culture 2006 » ; 28 campements de sans-abri (journaliers au chômage et dépourvus de la nationalité japonaise) démantelés par 800 agents de sécurité à Osaka en 2006 pour la Convention mondiale de la rose et 300 autres chassés dans la même ville en 2002 pour la coupe du monde de football ; sans-abri, mendiants et autres « indésirables » chassés de l’espace public à Bangkok en 2002 pour les jeux Asiatiques ; etc.

Ces faits ne sont pas des dommages collatéraux mais bien des violations des droits humains garantis par les conventions internationales, plus précisément le droit au logement. Ces droits sont protégés par de nombreux instruments internationaux, dont la Déclaration universelle des droits humains, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, des traités régionaux et les résolutions de la Commission des droits humains – pour n’en citer que quelques-uns. La prévention des violations du droit au logement, sa concrétisation pleine et entière et la protection contre les expulsions engage ainsi la responsabilité de toutes les parties prenantes : gouvernements, villes-hôtes, organisateurs, sponsors et autres entités privées, et même les participants et les spectateurs pris individuellement.

Notes

1 Lire Henri Kissinger, « Minutes de la 110e session, Lausanne, 11-12 décembre 1999 », CIO, p. 7.

2 Nations unies, document A/RES/58/5.

3 Les membres du Mouvement olympique s’engagent à respecter la Charte olympique et reconnaissent l’autorité suprême du CIO. En font partie les Comités nationaux olympiques, les comités d’organisation des JO, les commissions consultatives et les groupes de travail, les fédérations sportives, les athlètes, juges et arbitres, les associations et les clubs, de même que toutes les organisations et institutions reconnues par le CIO.

4 Gary Cox, « Showing off or Showing Up the City ? The Social Impacts of Major Events », 16th Annual Meeting of the International Association for Impact Assessment, Lisbonne, juin 1996.

5 Les investissements consentis pour les JO de Montréal de 1967 ne furent remboursés qu’en 2006, notamment le stade olympique, construit pour un million de dollars canadiens.

6 Helena Smith, « Venues Rot as Greece Loses Its Olympic Gains’ » The Observer, 6 Mars 2006.

7 UNCESCR, General Comment 7,1997.

8 United Nations Commission on Human Settlements, An Urbanizing World, 1996, p. 245-246.

9 Outre le rapport d’UN-Habitat, lire aussi Asian Coalition for Housing Rights (ACHR), « Evictions in Seoul, South Korea », Environment and Urbanization, 1989, vol. 1, p. 89-94.

10 Helen J. Lenskyj, The Best Olympics Ever ? Social Impacts of Sydney 2000, SUNY Press, 2002, p. 95.

11 Solomon J. Green, « Staged Cities : Mega-events, Slum Clearance and Global Capital », Yale Human Rights and Development Law Journal, 2003, vol. 6, p. 61-187.

12 Kristopher Olds, « Canada : Hallmark Events, Evictions, and Housing Rights », in A. Azuela, E. Duhau and E. Ortiz (dir.), Evictions and the Right to Housing : Experience from Canada, Chile, the Dominican Republic, South Africa, and South Korea, International Development Research Centre, 1998, http://www.idrc.ca/en/ev-32007-201-1-DO_TOPIC.html.

13 Kristopher Olds, « Canada… », op. cit.

14 Entretien avec un expert local, Barcelone, 5 juillet 2006.

15 Michiyo Nakamoto, « Goldman to back Fukuoka Olympics », The Financial Times, 26 août 2006.

16 On estime qu’environ 2 700 Roms ont été affectés par la préparation des JO d’Athènes. Soit qu’ils aient été victimes d’expulsions, soit que les projets programmés pour les installer sur des terrains jouissant de l’accès aux services publics eussent été abandonnés à cette occasion. L’UNCESR s’est déclaré « gravement préoccupé par les nombreux témoignages de démolition de campements et d’expulsions extra-judiciaires de Roms de leurs lieux d’installation par les autorités municipales, souvent sous le prétexte de projets de constructions pour les JO de 2004 et sans compensation adéquate ou mise à disposition de logements de remplacement » (Nations unies, Concluding Observations of the Committee on Economic, Social and Cultural Rights : Greece, 2004, UN Doc. E/C.12/1/Add.97, p. 21).

17 Kristopher Olds, « Canada… », op. cit.

18 Ibid.

19 Il s’agit particulièrement du « Commentaire général n° 4 sur le droit au logement », adopté par le UNCESR le 12 décembre 1991 (UN Doc. E/CN.4/1991/4). [L’exposé de l’ensemble des normes internationales est disponible dans le document dont est tiré cet article, p. 30-36 – ndt.]

20 UNCESCR, General Comment No. 7, (1997).

21 UNCESCR, General Comment No. 4, (1991), § 18.

22 Principes de base et directives concernant les expulsions et les déplacements liés au développement, 1997, Nations unies, UN Doc. E/CN.4/SUB.2/1997/7, http://www2.ohchr.org/english/issues/housing/docs/guidelines_fr.pdf.

23 Respectivement Concluding Observations of the Committee on Economic, Social and Cultural Rights : Dominican Republic, 1994, UN Doc. E/C.12/1994/15, § 319 ; Concluding Observations of the Committee on Economic, Social and Cultural Rights : the Philippines, UN Doc. E/C.12/1995/7, § 131.

24 Sheridan Bartlett, « Urban Children and the Physical Environment », http://www.araburban.org/childcity/Papers/English/Sheridan%20Barlett.pdf.

Note de fin

I  David Schearf, Alex Sullivan, « Beijing’s Traditional Neighborhoods Fall Victim to Olympic Building Frenzy », Voice of America, 5 juin 2006 ; Anthony Kuhn, « The Lost Sounds of Old Beijing », NPR, 30 janvier 2006 ; Rob Gifford, « Olympic Preparations Change Beijing’s Landscape », NPR, 22 mai 2006.

II  Entretien avec Larry Keating, 13 juillet 2006.

III  Peijin Chen, « A Tale of Two People : Zhou Zhengyi and Zheng Enchong », Shanghaiist, 27 juin 2006, http://shanghaiist.com/2006/06/27/zhou_zhengyi_an.php.

IV Ibid. Lire aussi Amnesty International, « People’s Republic of China : The Olympics countdown – failing to keep human rights promises », AI Index ASA17/046/2006, 21 septembre 2006, p. 4.

V  Human Rights Watch, « Demolished : Forced Evictions and the Tenants’ Rights Movement in China », Human Rights Watch, 2004, vol. 16, n° 4(c).

VI  Amnesty International, « People’s Republic of China… », op. cit., p. 3-4.

VII Ibid.

VIII  Jean du Plessis, « The Growing Problem of Forced Evictions and the Crucial Importance of Community-based, Locally Appropriate Alternatives », Environment and Urbanization, 2005, vol. 17, p. 125.

IX  Human Rights Watch, « Demolished : Forced Evictions… », op. cit.

X  Canadian Broadcasting Corporation, « Hosting the Olympics », Creative Resistance, 22 novembre 2002, http://www.creativeresistance.ca.

XI  Xianghong Nan, « Xiushi chengshi chaiqian jingji : Beijing pingmin chaifang maifang de kanke jilu [A review of the urban eviction economy : the painful record of an ordinary Beijing famliy’s eviction and purchase of a new apartment] », Nanfang Zhoumo, 12 octobre 2006, http://www.dzwww.com/caijing/cybd/200610/t20061012_1801620.htm.

XII  Entretiens avec des habitants, octobre 2006.

Centre on Housing Rights and Evictions

Table des matières

La parabole de Gino Benoît Eugène

Naissance du promoteur Louis Chevalier

Le paysage contemporain de la ville de Marseille Alèssi Dell’Umbria

Aux origines de l’avant-dernière destruction (1960-2005)

La volonté de non-savoir Jean-Pierre Garnier

Comment la gentrification est devenue, de phénomène marginal, un projet politique global Mathieu Van Criekingen

Un déguerpissement exemplaire à Ouaga (Burkina Faso) Patrick Taliercio

Revitaliser la ville indienne Solomon Benjamin

Milieux d’affaires, société civile & politiques anti-pauvres

Les jeux Olympiques, médaille d’or des expulsions Centre on Housing Rights and Evictions

Les mirages du partenariat public-privé Pierre J. Hamel

Le cas des municipalités au Québec

L’international sera le genre humain Benoît Eugène

Une expérience de planification néolibérale au quartier Midi (Bruxelles)

« Ce ne sont que les émanations toxiques de la cerfelle d’un prof ! » Borislav Pekic

Histoire radicale

Pierre Monatte & le congrès d’Amiens Miguel Chueca

Souvenirs Pierre Monatte

Le Centre américain de secours après le départ de Varian Fry Daniel Bénédite

La Leçon des choses

Le besoin de croyance & le besoin de vérité Jacques Bouveresse

Le rêve de Bismarck (novembre 1870) Patrick Taliercio

Un inédit d’Arthur Rimbaud en jeune patriote ?

Vidéos jointes au numéro

Art Security Service (Bernard Mulliez ) et Les indésirables (Patrick Taliercio)

Réalisation : William Dodé