couverture
Agone 41 et 42
« Les intellectuels, la critique & le pouvoir »
Coordination Thierry Discepolo, Charles Jacquier & Philippe Olivera
Parution : 13/10/2009
ISBN : 9782748900811
Format papier : 288 pages (15 x 21 cm)
22.00 € + port : 2.20 €

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Table des matières

Orwell et la dictature des intellectuels James Conant

Le rôle de l’intelligentsia au sein des partis politiques marxistes Jan Waclav Makhaïski

Introductions aux analyses de Makhaïski

Ante Ciliga & la nouvelle classe dirigeante soviétique Ante Ciliga

Une critique prolétarienne de la bureaucratie révolutionnaire Bruno Rizzi

Les analyses de Bruno Rizzi

Régis Debray, « Maître ès renégats » Thomas Didot

Exercice d’admiration

Sollers tel quel Philippe Olivera et Thierry Discepolo

François Furet entre histoire & journalisme (1958-1965) Michael Scott Christofferson

Genèse sociale de Pierre Rosanvallon en « intellectuel de proposition » Christophe Gaubert

Radical, chic, et médiatique Adam Garuet

Sur la fonction de deuxième et de troisième couteau (de poche) Camille Trabendi

À propos de l’« intellectuel de Région » Thierry Fabre, de Jérôme Vidal et de sa « puissance d’agir », de Pascal Blanchard en « free lance researcher »

Sur la responsabilité sociale du savant Alexandre Grothendieck

Les choix du mathématicien Alexandre Grothendieck

« Dire la vérité au pouvoir au nom des opprimés » Gérard Noiriel

Entretien avec Gérard Noiriel

Le philosophe, les médias et les intellectuels Jacques Bouveresse

Entretien avec Jacques Bouveresse

Le constructivisme comme outil de pouvoir aux mains des intellectuels Jean-Jacques Rosat

Vous avez dit « anti-intellectualisme » ? Philippe Olivera

(Auto-)dérision Alain Accardo

  • 1 Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, préface de Serge Hali (...)

On a l’embarras du choix. Pas pour le procureur mais pour l’accusé. Quand on veut regarder comment tous (ou presque) les meneurs de toute (ou presque) la « Génération 68 » ont fait du reniement de la critique (politique, intellectuelle, artistique et sociale) l’instrument d’accession aux postes de pouvoir (politique, médiatique, intellectuel, artistique et d’argent), on doit commencer par revenir à la « lettre ouverte » que Guy Hocquenghem adresse « à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary » 1. Indéniable visionnaire, Hocquenghem a posé, avant la fin du premier septennat de François Mitterrand, un diagnostic qui n’a cessé de se préciser depuis, avec l’enrôlement, par Nicolas Sarkozy, des survivants de ceux qui, en 1986 déjà, composaient l’« affreux portrait du Protée aux cent visages » : il a « le nez de Glucksmann, le cigare de July, les lunettes rondes de Coluche, le bronzage de Lang, les cheveux longs de Bizot, la moustache de Debray, la chemise ouverte de BHL et la voix de Kouchner » [LO, p. 36]. Sont absents de ce portrait-robot de l’« ennemi » – mais pas du jeu de massacre d’Hocquenghem – quelques figures plus (provisoirement) durables, dont Pascal Bruckner, Roland Castro, Patrice Chéreau, Jean-Pierre Chevènement, Daniel Cohn-Bendit, Yves Montand. Ou encore Philippe Sollers, autre mineur-majeur, à l’époque, de la troupe de danseurs mondains [lire infra, p. 85].

  • 2 Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich (dir.), Comment Nicolas Sar (...)

Plus que l’accusation morale d’opportunisme (et de s’en être mis plein les poches) portée contre les « “ex” de Mai 68 devenus conseillers ministériels, patrons de choc ou nouveaux guerriers en chambre » [LO, p. 33], c’est leur fonction (leur « mission historique », a-t-on envie de dire) qu’il faut retenir. Au milieu des années 1980, Hocquenghem faisait leur « bilan de carrière » alors que Mitterrand Ier perdait la majorité au Parlement et que s’ouvrait la cohabitation avec un gouvernement sous la houlette de Jacques Chirac. Ces ex-contestataires avaient permis au parti socialiste de faire revenir sur le devant de la scène « tous les conformismes, tout ce qui avait été critiqué, contesté depuis vingt ans : le culte de l’arrivisme, de la bombe, de la Raison d’État et du fric » [LO, p. 34]. Vingt ans et deux présidents plus tard, les mêmes sont plus que jamais (il y a de quoi désespérer) au service de la Restauration bourgeoise : de ces apôtres du « consensus droite-gauche-ex-gauchos » remisés sous les présidences de Chirac mais auxquels les règnes de Mitterrand avaient donné les moyens de s’épanouir pleinement, les compétences de propagandistes attendaient la « démocratie irréprochable » de Nicolas Sarkozy, un espace politique sans conflits, où le clivage traditionnel droite/gauche n’a plus cours, plaçant, au prix d’un brouillage historique, le nouveau règne dans un « continuum mythologique et consensuel » 2. N’était-ce pas déjà la mission du renégat à qui Hocquenghem s’adressait en 1986 ? « Son nom, en politique, est Consensus ; sous la gauche, il s’est chargé d’effacer le pôle contestataire et toute différence entre idéologies. Non en les critiquant toutes, mais en les assemblant bout à bout. Une démocratie se mesure à ses différences internes ; en enterrant la contestation, en faisant la jointure, le pont entre toutes les répressions, vous, les ex-gauchos, avez enterré la démocratie. [Vous avez] rendu unanimes la politique d’austérité et la haine antipacifiste. Le technocratisme scientiste, le réarmement nucléaire, la pub-média, le retour d’un sacré répressif et d’un Dieu de police, le libéralisme contre les pauvres et la valorisation du Pouvoir et de la Raison d’État contre les libertés, voilà les traits de votre consensus. » [LO, p. 37]

L’embarras du choix donc, aujourd’hui, quand on veut regarder dans les yeux les derniers petits traîtres à leurs idéaux de jeunesse. Pourquoi s’arrêter sur Régis Debray, finalement si discret quand on le compare à ses compagnons de manœuvre ? Alors qu’il n’était même pas sur les lieux (Paris) quand sa cohorte s’entraînait à prendre le pouvoir comme on prend une pose. Relisons donc Hocquenghem avant de poursuivre. Mais en remarquant qu’il n’a pas consacré mille mots à Debray quand il tutoie sur des pages entières Serge July, Bernard-Henry Lévy, André Glucksmann, Jack Lang ou encore Roland Castro – dont c’est d’ailleurs le portrait qui donne au pamphlétaire l’occasion de l’envoi de cette « Apostille à son concubin Régis Debray » :

Cher maître ès renégats, cher aîné en reniement, ce livre n’aurait pas été complet sans vous. Je profite de ce courrier expédié à votre grand copain Roland Castro, votre collègue à la cour élyséenne ; vous avez tant de beaux souvenirs en commun, habillés de votre romantisme de trench-coat et de son « lyrisme » graisseux, ou dénudés, mais toujours délicatement sentimentaux ! « En 1960, à La Havane, tout coexistait, l’espoir et les bordels », confie Roland Castro à Radio Nova. « On arrive comme ça, à trois dans un bordel, et une fille vachement belle [lyrisme !] qui s’appelle Lætitia nous dit : “Vous trois, c’est pour moi !” Je crois que c’est Régis qui est passé le premier. » Vous avez dû vous en taper, hein, des chaudes-pisses au rhum quand vous mettiez tout en commun, communisme des nanas ! Partageant le même lit et la même pute, vous fûtes concubins.

  • 3 Dans leur diptyque Génération (Seuil, 1998), Hervé Hamon et Patrick Rotman racontent comment Régis (...)

Assurément, un gros plouc comme Roland Castro, vous, le fils de famille à la moustache ténébreuse, le théoricien guérillero des beaux quartiers, le guévariste venu du 16e arrondissement, vous n’aviez aucune peine à l’impressionner. Toute première place se mérite, même en reniement ; et vous l’avez payé, votre trône de renégat, d’années de prison à Camiri, lors de ce triste épisode qui permit aux militaires anticastristes de retrouver Guevara en suivant vos traces. Petit Poucet apprenti révolutionnaire ! Ils n’eurent qu’à ramasser les indices dans la jungle pour vous retrouver, peut-être les bouts dorés des anglaises expédiées par votre mère 3.

Devîntes-vous l’instrument de la CIA, ou bien, comme on l’a dit, l’appât d’un piège habile monté par Fidel Castro pour se débarrasser de son encombrant rival le Che ? Le fait est qu’en son journal Guevara ne vous ménage guère. Ridicule ou provocateur, peu importe ; mais il est établi que, conseiller du Lider avant de l’être du Grand François, vous portez la poisse ; vous passez à Santiago, et Allende tombe. Vous accompagnez le Che, il meurt. Constant en votre rôle de père Joseph de mauvais augure, ou de naïf qui se prend pour l’oreille du chef, vous n’avez changé que de patrons.

Mais ne pleurons pas sur Guevara. Après votre sacre, qu’il paya de sa vie, vous devîntes mitterrandiste. « Vous avez fait le tour du monde et de la révolution, et même de la révolution dans la révolution. Des hommes se sont fait massacrer, vos écrits à la main. Les idiots avaient suivi vos conseils d’expert en guérilla », condense L’Express (octobre 1982). Et ç’aura été pour écrire, le 26 janvier, à propos de Mitterrand, sous le titre « Le temps du respect » : « De Gaulle, aujourd’hui, c’est Mitterrand. […] Je choisis le respect. » (Le mot est quatre fois répété.) « Respect : contrainte acceptée », dit le Robert. Vous ajoutiez : « Si telle est la contrainte, je l’accepte, je la veux, j’en suis fier. » Jusqu’à défendre bec et ongles la force de frappe à Mururoa. Fier de votre livrée. « À croire, décidément, que la Révolution est une école de respect pour les chefs et de mépris pour le peuple », note avec justesse Philippe Simonnot dans le même Express. Docteur en reconversion, agrégé de retournements, vous avez bien mérité la chaire de Reniement ; et même si pour un temps vous « pantouflez » dans quelque haute administration, trou préparé pour vous par la prévoyance mitterrandienne, c’est pour mieux nous préparer un nouvel avatar, une nouvelle abjuration.

À une époque, vous pourfendiez les médias et la médiocratie journalistique. Je me rappelle même ce jour où vous me bourriez le crâne, Jean-Pierre Ramsay et vous-même, pour me convaincre d’attaquer à votre place, à la télé, tel rédacteur en chef en l’accusant de l’assassinat d’Henri Curiel. Ce que je fis d’ailleurs, tout en ignorant le dossier. Vous m’aviez gentiment envoyé au casse-gueule ; c’est chez vous une manie d’intoxiquer les jeunes idéalistes. Mais votre idéalisme à vous a ses brides ; le pourfendeur des compromissions intellectuelles, du réseau pouvoir-culture, du temps que vous étiez dans l’opposition, était devenu « chargé de mission auprès du secrétariat général de la présidence de la République » sous Mitterrand Ier. Et surtout l’ex-Don Quichotte s’est fait sergent recruteur d’intellectuels à la botte, poussant le culot jusqu’à reprocher à Foucault d’avoir refusé un poste officiel – conseiller culturel aux USA – que vous lui aviez proposé. Et vous écriviez à ce propos, dans Le Monde (juillet 1983) : « Les intellectuels français ne veulent avoir aucun rapport avec l’État, car l’État est le mauvais objet, pour reprendre une expression maurrassienne. » Qui n’est pas à vendre au pouvoir est maurrassien. Anar = extrême droite. On connaît l’équation.

Que l’ex-tiers-mondiste à revolver à bouchons se fasse l’apôtre du réarmement européen (Les Empires contre l’Europe) comme un vulgaire adepte de la Nouvelle Droite ne m’a même plus étonné. Ce virus renégat, que vous avez dû attraper dans les bordels de La Havane, vous l’avez transmis à ma génération ; vous êtes notre aîné, mais votre maladie, hélas, est la nôtre. [LO, 135-138]

Déclinons maintenant les avatars qui ont suivi, les « nouvelles abjurations ».

Comme tous ses semblables, Régis Debray a très bien survécu à son exécution symbolique par Hocquenghem. Mais on lui doit, plus qu’à d’autres, presque autant qu’à Bernard-Henri Lévy, un véritable culte. Celui qui est dû aux anciens combattants. Peu importe la cause. La différence de style et les batailles à coups d’ombrelle ne comptent pas non plus. Ainsi aux prouesses de ce dernier dans le clinquant médiatique Debray répond-il au même niveau de virtuosité avec le pantouflage de vair administratif ; au tapage de l’un, qui lui a valu des salves presque universelles de critiques, l’autre fait écho par un dosage raffiné d’épate qui lui a permis d’être reçu à peu près partout.

  • 4 Données issues du site de Régis Debray par lui-même, page biographique : <www.regisdebray.com/cont (...)

Au moment où Hocquenghem en croque le portrait, Debray est donc, depuis cinq ans, « chargé de mission auprès du président de la République pour les relations internationales » ; peu après il accepte la fonction de « secrétaire général du Conseil du Pacifique Sud » puis (vraie consécration d’un « grand corps ») celle de « maître des requêtes au Conseil d’État ». Se lasse-t-il des titres ronflants ? Il n’est plus, en 1992, que « responsable culturel du pavillon français à l’Exposition universelle de Séville ». À moins que, doutant du pouvoir socialiste, il n’ait commencé, pendant qu’il était encore temps, à chercher d’autres sommets ? Deux ans plus tard, alors que commence la seconde cohabitation, dite « de velours », Régis Debray passe une thèse de doctorat à Paris-I sous le titre « Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident » 4.

L’ancien guérillero devenu conseiller présidentiel est maintenant décoré des universités. (Il y a chez ce Debray-là du maréchal russe, mais qui aurait préféré le justaucorps de ballet au large poitrail illuminé.) Et ce n’est pas fini. Moins d’un an après, nous sommes en 1994, il passe, sur travaux, en Sorbonne, son « habilitation à diriger des recherches » – ce qui, comme chacun ne le sait pas, ouvre l’accès au plus haut de l’institution mandarinale. Mais pas plus qu’il ne voulait vraiment « auditer » au Conseil d’État Debray n’a l’intention de s’enfouir dans la médiocrité facultaire. Morne période que la première présidence de Jacques Chirac. Les deux années qui suivent sont passées à l’invention d’une nouvelle discipline, la « médiologie », dotée de Cahiers semestriels édités par Gallimard, évidemment. Tout change sous le gouvernement de Lionel Jospin : Régis Debray se fait offrir en 1998 une médaille de directeur de programme au Collège international de philosophie en même temps que la présidence du conseil scientifique de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques et… un poste de professeur de philosophie à l’université Jean-Moulin, Lyon-III.

  • 5 Le rapport « L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque » est en ligne sur <http://lesra (...)

S’il s’était égaré dans les guérillas d’Amérique du Sud, Debray est comme chez lui dans les jungles administratives. Et pas seulement sous juridiction socialiste… Certes, c’est un compère qui lui met le pied à l’étrier : alors ministre de l’Éducation nationale, Jack Lang lui confie en 2001 une mission sur « l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque ». Mais un parti de losers ne retient pas un Régis Debray : le très mitterrandien conseiller pousse bientôt son bâton de pèlerin sur les terres de l’UMP. Le voilà, un an après avoir rendu son rapport à Lang, associé aux travaux de la Commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République, la bien nommée « commission Stasi », qui préconisera une loi prohibant les signes d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires 5.

  • 6 Site de Régis Debray par lui-même, page biographique, op cit. ; sur l’IESR, voir <www.iesr.ephe.so (...)

À ce stade, on peut se demander si Régis Debray est toujours « médiologue ». Il faut dire que son invention semble bénéficier de la même fortune que la « dromologie » – cette science du « rôle joué par la vitesse dans les sociétés modernes » promue par un autre professeur nimbus mégalomane, Paul Virilio. Quelqu’un chez Gallimard ayant dû faire les comptes, Debray réussit à refourguer ce produit périmé à Fayard, nouvel éditeur, depuis, des Cahiers de médiologie. C’est un détail : Debray a obtenu en juin 2002, par arrêté de Luc Ferry en ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche, l’incrustation, dans l’École pratique des hautes études, d’un Institut européen en science de religions (IESR). En 2005, ce n’est pas encore la retraite mais Régis Debray obtient une médaille de retraité : la présidence d’honneur de l’IESR 6.

  • 7 Site de Régis Debray par lui-même, pages bibliographiques : <www.regis debray.com/content.php?pgid (...)
  • 8 Ibid.
  • 9 Bernard Miège, « Le communicationnel et le social : déficits récurrents et nécessaires (re)-positi (...)

Une vie bien remplie ! Mais de quoi exactement ? Qu’y a-t-il sous ces présidences, missions, directions successives comme sous la couverture de la soixantaine de livres qu’il fait paraître avec une moyenne de deux par an – sans parler des fournées d’articles et même de quelques films… – rangés sous les rubriques « Œuvres littéraires », « Œuvres philosophiques », « Œuvres médiologiques », « Œuvres politiques » et « Critiques d’art » 7? Ce serait l’objet d’une thèse (d’État, forcément), voire de plusieurs : pour chaque vie de cette vie, pour chaque œuvre de cette œuvre. La bibliographie autorisée cite bien une demi-douzaine de sources, mais comment faire confiance à cette maigre liste des « Études sur Régis Debray 8 » qui ne mentionne rien du « flot de critiques et d’incompréhensions » ayant forcé le médiologue à « limiter quelque peu ses ambitions », au point qu’« on ne sait plus si son objet est toujours la communication » mais dont on ne peut douter que « la force des idées réside dans la logistique qui en assure la transmission » 9.

  • 10 Jacques Bouveresse, Vertiges et prodiges de l’analogie. De l’abus des belles-lettres dans la pensé (...)

Également absent de l’autobibliographie, le petit livre de Jacques Bouveresse, pourtant presque tout entier consacré aux usages « philosophiques » de la notion d’incomplétude et du théorème de Gödel par Régis Debray 10. Il est vrai qu’à l’issue de cet opuscule sur l’« abus des belles-lettres dans la pensée » on n’espère rien non plus du pauvre médiologue et piteux guérillero du côté de la pensée.

  • 11 Régis Debray, intervention au séminaire Philippe Lejeune sur « L’autobiographie en procès », Nante (...)

Certains pourraient rétorquer que l’« abus des belles-lettres » a bien assez de valeur propre pour justifier une œuvre, une vie. Nous devons toutefois prendre Debray au moins autant au sérieux qu’il ne s’y prend lui-même, si c’est possible, et le suivre quand il explique à ceux qui l’ont invité pour ne parler que d’autobiographie : « Mes livres, disons, personnels (à la première personne du singulier), me semblent bien accessoires et secondaires par rapport à mes travaux de philosophe ou de médiologue. Ils se vendent beaucoup mieux, certes, mais m’intéressent beaucoup moins. […] On ne juge pas un bonhomme sur ses moments de faiblesse, ses retours sur soi après dix heures du soir, quand il digère au coin du feu et commence à divaguer. […] Sans parallèles indécents ou comiques, j’aurais été plus flatté de pouvoir exposer mes vues (que je crois avisées et prévoyantes) sur l’axiome d’incomplétude à l’UFR de philosophie, que de disserter devant vous sur mes aveuglements passés et présents (y compris ma cécité à ma propre nature d’écrivain autobiographe). 11 »

  • 12 Jacques Bouveresse, Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi, Agone, 2007, p.  (...)

Cette dissertation a au moins le mérite de la clarté : l’écrivain Debray passe aux yeux de Régis très loin après le penseur Debray. C’est justement le même professeur de philosophie au Collège de France qui a trouvé la même patience pour regarder de près les dernières prétentions de Régis Debray à penser – et pas seulement à penser ce qu’il écrit ou ce qu’il dit mais à penser, désormais, sur la religion comme institution sociale, producteur culturel, organisation mentale, etc. Contentons-nous des remarques suivantes sur les termes « sacré » et « religieux », dont le genre d’usage « non seulement étendu, mais également, selon toute apparence, indéfiniment extensible, que l’on rencontre chez Debray » fait dire à Jacques Bouveresse que « l’on peut se demander si, dans ces conditions, on réussit encore à dire quelque chose d’intéressant et même tout simplement à dire réellement quelque chose en les utilisant ». Constatant que, du reste, Debray lui-même est « vaguement conscient du problème qui se pose sur ce point », puisqu’il concède que « “religion” est un mot trop commode auquel il nous faudra sans doute un jour renoncer », Bouveresse précise : « En attendant que le moment soit venu réellement de chercher un autre mot pour remplacer celui de “religion”, rien n’interdit, bien entendu, d’exploiter, avec toute la virtuosité dont est capable un philosophe aussi bien entraîné et aussi brillant que celui dont il s’agit, toutes les possibilités, les commodités et les avantages rhétoriques que comporte l’usage d’un terme un peu trop vague et général pour être tout à fait honnête » ; pour conclure que, « en dehors d’une application assurément originale, mais plus que douteuse, de la notion logique d’incomplétude et du théorème de Gödel au domaine religieux, il n’est pas facile de déterminer ce que [Debray] a été capable de découvrir exactement, à propos du phénomène religieux » 12.

Mais à quoi donc Debray est-il bon ? On dit que le pire chercheur peut être le meilleur des enseignants… Malheureusement, de ce côté-là, l’enquête tourne court : rares sont les confrères et plus rares encore les étudiants qui ont croisé Régis Debray alors qu’il était chargé de cours à Lyon-III. Un temps l’occasion de ricanements de couloirs, l’affaire a mal tourné lorsqu’un jeune diplômé en philosophie politique, engagé pour diriger les mémoires à la place de l’Arlésienne fut renvoyé sur le marché du travail quand le médiologue partit présider l’Institut européen en sciences des religions. Un début de jacquerie d’étudiants réclamant voix au chapitre sur le recrutement fut matée par Jean-Jacques Wunenburger, le maître des lieux, bien connu pour son urbanité.

  • 13 Régis Debray, Mai 68, une contre-révolution réussie, Mille et une nuits, 2008, p. 9 et 13.

Le bilan n’est pas brillant… Au moins Debray semble-t-il en avoir conscience. Si l’on en croit l’auto-attribution chronique de modestie à ses travaux. Ainsi a-t-il sous-titré en 1984 son Plan Vermeil « modeste proposition » puis qualifié son rapport sur « l’enseignement du fait religieux » de propositions « délibérément pragmatiques et modestes ». En 1978 déjà, il avait fait paraître une Modeste contribution aux discours et cérémonies officielles du dixième anniversaire. Lors de la réédition de cette dernière, en 2008, il justifia d’ailleurs ce projet sur un ton de simplicité qui va droit au cœur : « Quelques préhistoriens de mes amis, bibliophiles et mal-pensants, ont souhaité voir exhumer un opuscule enfoui dans les tréfonds et devenu trente ans après rareté bibliographique. […] Je remercie ces amicaux fouilleurs de ténèbres de m’avoir fait redécouvrir cette incongruité. […] Elle a plutôt gagné que perdu en actualité, ce dont je suis bien le dernier à me réjouir. […] Si ce petit livre peut aider à dérider quelques mélancoliques et à prendre les parades du jour avec philosophie, le couac n’aura pas été tout à fait inutile. 13 »

  • 14 En l’occurrence le bombardement de la Serbie, depuis le 23 mars, par l’Alliance atlantique (OTAN), (...)
  • 15 Ignacio Ramonet, introduction à « Une machine de guerre », Le Monde diplomatique, juin 1999. (...)

Il faut dire que si Debray manque de réussite dans ses entreprises intellectuelles il ne manque ni d’entregent ni d’entrées dans la presse. Une affaire d’importance va nous permettre d’en mesurer l’ampleur. Ignacio Ramonet nous rappelle qu’« après un bref séjour en Macédoine et au Kosovo Régis Debray a publié le 13 mai 1999, dans Le Monde, une “Lettre d’un voyageur au président de la République”, où il reprochait à Jacques Chirac d’“avoir une perception erronée des motifs et du déroulement du conflit actuel dans les Balkans” 14» ; cette lettre ayant suscité « une grande polémique d’une agressivité rarement atteinte, attaqué à l’aide d’arguments parfois vils et affligeants, Régis Debray a choisi de répondre sur le fond, en démontant les rouages d’une “machine de guerre” symbolique et médiatique, de plus en plus rétive à la critique, à la dissidence et à l’insoumission. Il a souhaité le faire dans Le Monde diplomatique » 15. Il est vrai que du Nouvel Observateur à Libération et au Monde, en passant même par Les Dernières Nouvelles d’Alsace, ce fut la curée ; mais enfin, rien que de très normal chez nous en matière de traitement médiatico-policier des fausses notes : le silence ou toutes les chorales.

  • 16 Régis Debray, « Une machine de guerre », Le Monde diplomatique, juin 1999.

À ceux qui auraient pu s’imaginer qu’il avait monté cette affaire pour faire parler de lui, Debray explique qu’il avait certes « faxé à BHL et à Alain Joxe [son] projet d’article, vingt-quatre heures avant publication », mais que c’est le montage, dès le lendemain, par Le Monde qui « déviait le coup et le rabattait sur la classique partie de catch au Flore [entre Debray et BHL], inventant une polémique inexistante, en trompe-l’œil. Car [il] ne [s]’adressai[t] nullement à BHL, Dieu [l]’en garde […] : un débat qui se voulait sérieux, pragmatique et surtout contemporain, [un montage médiatique] le faisait verser côté aboyeurs, non côté décideurs, en y intéressant les salons, non les bureaux. Excellent pour les ventes et aussi pour le gouvernement, ainsi exonéré 16 ».

Qui peut croire de pareilles calembredaines ? Mais enfin, rétorquent ses (nouveaux) amis, outragés à l’idée qu’on ose demander s’il s’agissait d’une erreur de calcul : il s’est opposé à ses (anciens) amis pour défendre ses convictions (du moment) et toutes les portes lui ont été fermées !

Il est sans doute peu de mots aussi étrangers à une personnalité d’exception comme Régis Debray que celui de « conviction ». Ce serait d’un vulgaire ! Et rien chez lui ne l’est. Même quand il recopie un poncif comme « Les meilleurs penseurs sont ceux qui pensent contre eux-mêmes » (Le Scribe), c’est pour en faire le contraire d’un appel au doute. Chez quelqu’un d’aussi (bien) élevé, « penser contre soi-même » est un blanc-seing que s’offre le joueur habile à anticiper les fluctuations du baromètre des positions. Les « meilleurs penseurs » de cet acabit ne « pensent » qu’à rester sur le devant de la scène.

Et puis, que peut bien valoir une conviction ramenée d’un « bref séjour » sur le « terrain » ? Lorsque cette posture de la « conscience mandatée » est incarnée par Bernard-Henri Lévy, tout le monde s’esclaffe – sauf les journalistes, bien entendu. Que ces deux-là ou un autre reviennent, après une semaine où l’actualité (et le gouvernement ou leur éditeur) les a envoyés, avec une leçon de morale pour le président de la République (et le reste du monde), voilà qui relève déjà d’une anomalie dont le seul fait qu’il se trouve des gens pour en parler est le symptôme. La leçon est-elle bonne (pour certains) ou mauvaise (pour d’autres) ? Quelle importance ? Ces interventions ne sont que des coups sur un échiquier, où le jeu perdrait vite toute efficacité si les participants étaient de la même eau qu’un BHL. Il faut un Debray, qui est autant le comparse que le roi des pions. Et qui, pour cela, aura toujours sa place dans les salons où les politiques viennent recruter leurs figurants.

  • 17 Pour quelques éléments de critique du livre de Debray et le traitement auquel il eut droit, lire H (...)

D’ailleurs, un an plus tard, les portes allaient de nouveau lui être « fermées » : grâce au soutien d’un éditeur marginal (Gallimard), Régis était revenu avec un livre sur cette « affaire Debray » – qui avait entre-temps fait passer au second plan l’intervention de l’OTAN au Kosovo. Et ce fut un nouveau « lynchage » médiatique : dans Le Point, Bernard-Henri Lévy veut le bannir de la communauté intellectuelle ; dans Le Figaro, Philippe Sollers « trouve comique qu’on [le] prenne au sérieux » ; Le Monde a nommé pour l’occasion Olivier Mongin et Jean-Michel Helvig exécuteurs des basses œuvres ; pour Le Nouvel Observateur, ils s’y sont mis à trois : Laurent Joffrin, Jacques Julliard et Jean Daniel – ce dernier se répétant dans Le Figaro 17.

  • 18 La liste des lauréats de ce prix (de 1995 à 2008) rassure déjà un peu sur l’ostracisme médiatique (...)

Plutôt qu’une étude fastidieuse de la vitesse à laquelle l’ami de tous a repris pied partout, prenons l’année 2008. Intervenant fin avril aux côtés, notamment, de Ségolène Royal à l’« Université populaire de Désirs d’avenir », Debray présidait, début avril, à l’Assemblée nationale, le jury du « Livre politique », qu’il décernait à Jacques Julliard – prix qu’il avait lui-même reçu, en 1998, des mains de Laurent Fabius 18. Avant la fin du premier trimestre, le paria avait déjà publié cinq tribunes dans Le Monde (11 et 25 janvier, 8 et 22 février, 7 mars). Et une autre le mois suivant (11 avril), au cours duquel Le Nouvel Observateur consacra sa rubrique « Les raisons d’un succès » à l’un de ses livres ; cet hebdomadaire fera paraître en juillet un texte de lui sur les « Pauvres riches ». En février, Le Figaro avait accueilli Régis Debray et Élie Barnavi, l’ancien ambassadeur d’Israël en France, pour « débattre de la situation en Israël, des religions et du rôle de l’Europe ». En février toujours, c’est Nicolas Demorand qui lui tient le micro de France Culture ; puis, en mai, Daniel Mermet celui de France Inter, pour un entretien avec Leïla Shahid, représentante de l’Autorité palestinienne en France. En mai encore, L’Express profite de la réédition de « son brillant pamphlet Mai 68, une contre-révolution réussie [pour livrer] son analyse sur le nombrilisme d’une génération ». Etc., etc., etc.

  • 19 Régis Debray, « Post colloquium animal triste », Manière de voir, avril-mai 2009, p. 12 ; rééditio (...)

Sur tout médium de toute tendance politique, tout le monde honore Régis Debray : ce « corsaire de l’intelligence » pour Le Figaro (11.03.09) est « admirable en tous sens » pour L’Humanité (16.02.08). Mais si l’on peut comprendre que celui qui, en moins de dix ans, par la seule force de ses talents, a ramassé sans forcer une guirlande de reconnaissances universitaires méprise le monde académique, faut-il encore le louer d’avoir trouvé Le Monde diplomatique pour nous montrer avec quelle élégance il crache dans la soupe : lorsqu’il évoque les colloques, « ces rhapsodies cérémonieuses faiblement nutritives, auxquelles la politesse ou l’amitié nous commandent quelquefois de céder » ; ou lorsqu’il ricane sur ces « chercheurs réputés mais scandaleusement privés d’audience, [qui] peuvent enfin, leur tour venu, micro bien en main, […] montrer à un public captif et qui n’en pourra mais de quel bois précieux ils se chauffent… » 19?

Cette dernière phrase va sans doute donner un haut-le-cœur aux âmes sensibles. Il faut l’expliquer. Cette année-là, en 2008, rappelons-nous (toute la presse nous le rappelle) : Régis Debray dialoguait avec Israël (Élie Barnavi) et la Palestine (Leïla Shahid), côtoyait Ségolène Royal, présidait toute la presse française à l’Assemblée nationale. La morgue avec laquelle le médiologue des religions traite les besogneux lui échappe : simple réflexe de classe devant les prolétaires du savoir.

  • 20 Claude Durand, quatrième de couverture au recueil de deux nouvelles de Régis Debray, La Frontière, (...)

Quelle cause Debray n’a-t-il pas trahie, au nom de laquelle il a obtenu que lui soit fourni un marchepied, qu’il laissera bientôt pour un autre ? La seule cause pour laquelle il court : lui-même. Peut-on lui en vouloir ? Au contraire, il faut ajouter aux louanges de la gratitude pour la démonstration qu’il nous offre depuis plus de quarante ans. En 1967, son éditeur avouait déjà, en larmoyant, alors que la France entière attendait sa libération, l’antiphrase du projet existentiel de Régis Debray : « Ces écrits témoigneront pour ce jeune talent dont l’unique préoccupation fut d’écrire ce qu’il avait vu et de donner à comprendre ce qu’il croyait juste et vrai. 20 » Loué soit ce « jeune homme à la page » d’avoir passé sa vie (qui n’est pas finie !) à révéler les intentions de ceux qui servent et se servent des individus de son espèce.

Notes

1 Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, préface de Serge Halimi, Agone, (1986) 2003 – désormais [LO].

2 Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich (dir.), Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Agone, 2008, « Introduction », p. 18.

3 Dans leur diptyque Génération (Seuil, 1998), Hervé Hamon et Patrick Rotman racontent comment Régis Debray se fait proprement virer de la guérilla bolivienne après avoir volé des rations de nourriture. Mais le jeune Parisien fut aussi accusé d’être à l’origine de l’arrestation du Che, encore récemment par sa fille, Aleida Guevara ; sur cette affaire, vite étouffée, certains commentaires factuels sont bien plus décapants que l’ironie mordante d’Hocquenghem et les méchantes insinuations d’Hamon et Rotman – lire Eduardo Febbro, « La mort du Che et Régis Debray », Página 12, 7 octobre 2007, traduit de l’espagnol pour El Correo

de la Diaspora argentine par Estelle et Carlos Debiasi, <www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=3782>. [ndlr]

4 Données issues du site de Régis Debray par lui-même, page biographique : <www.regisdebray.com/content.php?pgid=bio>.

5 Le rapport « L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque » est en ligne sur <http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/024000544/0000.pdf> ; et celui de la commission Stasi sur <http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/034000725/0000.pdf>.

À propos de l’orientation de ce dernier, signalons seulement qu’en matière d’interdit de signes d’appartenance religieuse il mentionne deux fois l’« étoile de David », cinq fois la « croix », six fois la « kippa » et trente et une fois le « voile islamique ».

6 Site de Régis Debray par lui-même, page biographique, op cit. ; sur l’IESR, voir <www.iesr.ephe.sorbonne.fr/index3841.html>.

7 Site de Régis Debray par lui-même, pages bibliographiques : <www.regis debray.com/content.php?pgid=bibdate> et <www.regisdebray.com/content.php? pgid=bibthema>.

8 Ibid.

9 Bernard Miège, « Le communicationnel et le social : déficits récurrents et nécessaires (re)-positionnements théoriques », Loisir et société, 1998, vol. 21, n° 1 <http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux/2000/Miege/index.php>. Du même auteur, lire « Quatre bonnes raisons de ne pas suivre le courant médiologique » (Cahiers de médiologie, 1999, n° 6), repris in L’Information-communication, objet de

connaissance (De Boeck/INA, 2004, p. 216-218). [Cette autobibliographie ne recense pas non plus la « lettre ouverte à [ses] collègues bibliothécaires vautrés dans la médiologie » que Nicolas Morin a fait paraître dans la revue Agone (2001, n° 25, p. 39-50), où l’on voit que la précision, l’exactitude, le sérieux ou même le simple bon sens ne sont pas les vertus cardinales du médiologue. ndlr]

10 Jacques Bouveresse, Vertiges et prodiges de l’analogie. De l’abus des belles-lettres dans la pensée, Raisons d’agir, 1999.

11 Régis Debray, intervention au séminaire Philippe Lejeune sur « L’autobiographie en procès », Nanterre, 19 octobre 1996, <http://adperso.phpnet.org/content.php?pgid=litart>.

12 Jacques Bouveresse, Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi, Agone, 2007, p. 193 et 199-200.

13 Régis Debray, Mai 68, une contre-révolution réussie, Mille et une nuits, 2008, p. 9 et 13.

14 En l’occurrence le bombardement de la Serbie, depuis le 23 mars, par l’Alliance atlantique (OTAN), à la suite de l’échec des pourparlers engagés, à Rambouillet, entre les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Russie, des représentants des autorités de Belgrade et des principales formations albanaises, y compris l’Armée de libération du Kosovo (UCK), qui mène depuis 1996 une lutte armée pour l’indépendance de ce territoire serbe à majorité albanaise. Sur ce conflit et notamment son traitement médiatique, lire Serge Halimi, Dominique Vidal et Henri Maler, « L’opinion, ça se travaille… » Les médias et les « guerres justes » : Kosovo, Afghanistan, Irak, Agone, (2000) 2006. [ndlr]

15 Ignacio Ramonet, introduction à « Une machine de guerre », Le Monde diplomatique, juin 1999.

16 Régis Debray, « Une machine de guerre », Le Monde diplomatique, juin 1999.

17 Pour quelques éléments de critique du livre de Debray et le traitement auquel il eut droit, lire Henri Maler, « Les maîtres tanceurs, entre le sceptre et le goupillon », L’Humanité, 17 mai 2000, <www.acrimed.org/article65.html>.

18 La liste des lauréats de ce prix (de 1995 à 2008) rassure déjà un peu sur l’ostracisme médiatique et politique dont fait l’objet celui qui le préside : François Furet, Laurent Fabius, Jean-François Revel, Régis Debray, Alain Duhamel, Jean Guisnel, Robert Badinter, Laurent Joffrin, Alexandre Adler, Fadela Amara, Denis Tillinac, Caroline Fourest, Dominique Schnapper, Jacques Julliard ; la liste des membres du jury (2008) a dû définitivement rassurer les (nouveaux) amis de Régis Debray sur la mise au ban dont il avait risqué de faire l’objet : Max Armanet (Libération), François Bazin (Le Nouvel Observateur), Alexis Brézet (Le Figaro magazine), Arlette Chabot (France 2), Élisabeth Chavelet (Paris-Match), Michèle Cotta (IDF1), Gérard Courtois (Le Monde), Nicolas Demorand (France Inter), Chantal Didier (L’Est Républicain),Sylvain Gouz (France 3), Bernard Guetta (France Inter), Anita Hausser (LCI), Jean-Michel Helvig (République des Pyrénées), Laurent Joffrin (Libération), Valérie Lecasble (I-Télé), Dominique de Montvallon (Le Parisien), Luce Perrot (Lire la politique), Hélène Pilichowski (Le Dauphiné libéré), Pascal Riché (Rue89.com), Michel Sailhan (AFP), Antoine de Tarlé (Ouest-France), Brice Teinturier (TNS SOFRES) – voir <www.assemblee-nationale.fr/13/evenements/ livre-politique-2008.asp>.

19 Régis Debray, « Post colloquium animal triste », Manière de voir, avril-mai 2009, p. 12 ; réédition d’un texte paru dans le n° 16-17, 2008, de la revue Médium (créée trois ans plus tôt par Debray au sein de la « toute nouvelle maison d’édition Babylone, qui ouvre des portes sur la création et la pensée contemporaines et développe des objets éditoriaux multimédia innovants (livres-DVD) : “Trouver des passeurs pour entrer dans une œuvre complexe, telle est l’idée des éditions Babylone” », <www.editions-babylone.com/>).

20 Claude Durand, quatrième de couverture au recueil de deux nouvelles de Régis Debray, La Frontière, suivi de Un jeune homme à la page, Seuil, « Écrire », 1967 — <www.regisdebray.com/pages/bibpop.php?bibid=la%20frontiere>.

Thomas Didot

Réalisation : William Dodé