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Agone 43
« Comment le genre trouble la classe »
Coordination Thierry Discepolo & Gilles Le Beuze
Parution : 18/06/2010
ISBN : 9782748901221
Format papier : 272 pages (15 x 21 cm)
22.00 €

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Table des matières

Ce que le tournant postmoderne a fait au féminisme La rédaction

Le marxisme et l’origine de l’oppression des femmes : une nécessaire réactualisation Christophe Darmangeat

« Une force féminine consciente et responsable qui agisse en tant qu’avant-garde de progrès » Miguel Chueca

Le mouvement Mujeres Libres (1936-1939)

Une femme de mineur à la tribune de l’Année internationale de la femme (1976) Domitila Barrios de Chungara

Pourquoi le poststructuralisme est une impasse pour le féminisme Barbara Epstein

Féminisme & postmodernisme Sabina Lovibond

Peut-on penser une construction performative du genre ? Bruno Ambroise

Cent ans de sollicitude  en France Jules Falquet et Nasima Moujoud

Domesticité, reproduction sociale,  migration & histoire coloniale

La Leçon des choses

Au service de Robert Walser (1878-1956) Anne-Lise Thomasson et Thierry Discepolo

Notes éditoriales

Un point c’est tout !

Note du traducteur Walter Weideli

Postface à L’Homme à tout faire, Robert Walser (1970)

Histoire radicale

Victor Serge (1890-1947) : De la jeunesse anarchiste à l’exil mexicain Charles Jacquier

Introduction aux textes de Rirette Maîtrejean, Julián Gorkin & Claudio Albertani

De Paris à Barcelone Rirette Maîtrejean

Un homme de pensée et d’action au service de la vérité et de la liberté Julián Gorkin

Le groupe Socialismo y Libertad Claudio Albertani

L’exil anti-autoritaire d’Europe au Mexique et la lutte contre le stalinisme (1940-1950)

Le féminisme (?) postmoderne et le mouvement queer croient pouvoir changer une roue, mais la pente est savonneuse. Et, à chaque fois que chez moi je lave les vitres (tâche demeurée féminine, sauf quand elle est payée : il n’y a que des hommes pour laver les vitrines de magasins), je me dis que je préfère clarifier l’économie politique du genre que la « troubler » à l’économie.
Nicole-Claude Mathieu, « Dérive de genre / stabilité des sexes », 1994

Le féminisme matérialiste est une démarche intellectuelle dont l’avènement est crucial, et pour les mouvements sociaux, pour la lutte féministe, et pour la connaissance. Cette démarche ne saurait – ne pourrait, même si elle le voulait – se limiter à la seule population, à la seule oppression des femmes.
Christine Delphy, « Pour un féminisme matérialiste », 1975

  • 1 Est-il nécessaire de préciser que pareille observation n’implique en rien une hiérarchie d’importan (...)
  • 2 Danielle Kergoat, « Dynamique et consubtantialité des rapports sociaux », in Elsa Dorlin (dir.), Se (...)

À l’origine de ce numéro de revue se trouvent quelques perplexités de béotien-ne-s devant ce qu’on nous propose comme les dernières métamorphoses du féminisme. D’une part un certain succès médiatique des franges les plus radicales de cette contestation – dont on devrait, a priori, se féliciter. De l’autre le recul général de l’intérêt pour les rapports de classe (parfois au profit des rapports de race1) en même temps que pour les classes populaires (notamment au bénéfice des classes moyennes). Du côté des médias au moins, il est difficile de ne pas partager ce dernier constat. Et, du côté des études féministes, on doit pouvoir faire confiance à l’une de ses représentantes éminentes, qui remarquait récemment, à propos des recherches insistant sur la « nécessité de croiser les rapports de genre avec les rapports de classe et les rapports Nord-Sud », que « ces travaux ont été minorés dans l’université » et que les inégalités de classe ont « plus fait l’objet de pratiques conjuratoires que d’analyses approfondies » ; que « le croisement privilégié est celui entre race et genre tandis que la classe sociale ne reste qu'une citation obligée » ; enfin, que « bien peu d’études ont été consacrées, en termes de rapport de genre, aux pratiques des femmes populaires […] ; l’impasse sur les classes sociales continuant dans la période actuelle »2.

  • 3 C’est le constat que fait Barbara Epstein, au moins pour le territoire américain, en post-scriptum (...)
  • 4 Selon Barbara Epstein, le féminisme nord-américain aurait même été, avec le militantisme gay et les (...)

On voit mal comment le féminisme, comme tous les autres mouvements (intellectuels, politiques, artistiques, sociaux, etc.), existant dans ce monde-ci, aurait pu échapper complètement, d’une part aux effets de l’effondrement de représentativité du monde ouvrier ; d’autre part à l’« esprit du temps ». Et au sein de ce dernier, la nébuleuse postmoderne fait et défait certaines modes depuis plus d’une vingtaine d’années, notamment sous les bannières du « poststructuralisme » et de la French Theory. La France joue donc un rôle singulier dans cette partition, du fait que le postmodernisme résulte d’un import-export entre deux arrondissements parisiens et quelques universités étatsuniennes ; et qu’au moment où celui-ci reflue de l’autre côté de l’Atlantique il se montre de ce côté-ci3. De plus, le féminisme est peut-être, comme activisme et mouvement de pensée, celui qui a été le plus profondément marqué par les influences postmodernes – avec un certain retard en France et sans doute moins profondément qu’aux États-Unis4.

  • 5 Si les influences de Jacques Derrida et de Michel Foucault se font sentir dès la fin des années 196 (...)
  • 6 Ce thème est traité par Sabina Lovibond, « Féminisme et postmodernisme », infra, p. 107 sq.

En revanche, il ne fait pas de doute que si le féminisme français s’est renouvelé via l’exportation anglo-saxonne du postmodernisme, au rang des origines françaises de la French Theory ne figure pas le féminisme matérialiste, pourtant à peu près contemporain des auteurs français importés par les universités américaines5. Ne doit-on pas se demander pourquoi un quarteron d’intellectuels très en vue a eu plus d’influence dans la constitution de la pensée féministe sur le continent américain que sur ses plus proches voisin-e-s ? Par ailleurs, ce n’est pas le moindre paradoxe que ces mêmes noms français à l’origine du postmodernisme soient surtout des hommes et que leurs grandes références, également masculines, soient, pour le moins, aussi peu progressistes que féministes : sans parler du recteur nazi Heidegger, un Nietzsche n’a-t-il pas décrit sa pensée comme étant en général « hostile à tout le féminisme »6 ?

  • 7 Cité par Elsa Dorlin en introduction à son « anthologie du féminisme africain-américain » : Black F (...)
  • 8 Sur le seul point des limites du slogan de Audre Lorde, citons Nicole-Claude Mathieu à propos de «  (...)

Il n’est pas acquis qu’on puisse suivre sans discernement le conseil, donné par la poétesse noire lesbienne Audre Lorde, selon lequel « On ne démolira pas la maison du maître avec les outils du maître7 ». Mais on doit constater qu’avec pareilles références le féminisme postmoderne s’est choisi de bien curieux outils – sans parler des maîtres…8

Rapports sociaux de sexe

La dimension que désigne le « genre » est pensée en France bien avant que ne soit adopté le mot. En 1949, dans Le Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir y affirme : « On ne naît pas femme, on le devient. » Autrement dit, le sexe n’est pas une donnée naturelle, déterminée à la naissance, mais il est construit par l’éducation, elle-même prise dans les codes sociaux en vigueur i. C’est cela le genre, même si le mot, en tant que tel, n’est employé pour la première fois qu’en 1968 par Robert Stoller, psychiatre américain, qui travaille sur l’intersexualité, c’est-à-dire sur les anomalies de développement du sexe biologique. On différenciera donc le sexe biologique du sexe social, autrement dit du genre.

Au cours des années 1960 et 1970, des historiennes, des anthropologues et des sociologues travaillent sur les différences de sexe et l’apprentissage des rôles sexués. Ce dernier requiert une éducation constante, faite d’attitudes et de comportements sociaux conformes au sexe biologique. En fait, chacun et chacune connaît, dans sa culture, les rôles associés à son sexe. Ces rôles sexués sont le plus souvent abordés par le biais des stéréotypes sexuels de la masculinité et de la féminité ii.

En s’inspirant – y compris de façon critique – de ces recherches, les féministes matérialistes ont montré que le genre est socialement et culturellement construit dans un rapport de domination des hommes sur les femmes. C’est cette hiérarchie qui induit la division sociale des rôles entre hommes et femmes ; si cette division n’existait pas, ce qu’on appelle le sexe ne serait pas perçu comme aussi important mais comme une différence physique parmi d’autres iii.

Si les rapports de sexe comportent des variables se manifestant à travers les diverses périodes de l’histoire et les diverses cultures, ils comportent un invariant : celui de la domination iv. Pour souligner ce caractère à la fois systématique et omniprésent de la domination masculine, les féministes matérialistes ont renouvelé le concept de patriarca  v.

  • 9 Dans la même optique, sur les coûts, pour tout mouvement émancipatoire, de l’abandon des concepts d (...)

En tant que mouvement de libération, le féminisme trouverait dans le postmodernisme les avantages d’un dépassement de la modernité des Lumières en même temps qu’une critique radicale de la pensée rationnelle. Ces fausses universalités auraient été imposées partout dans le monde comme norme par l’impérialisme de l’homme blanc occidental hétérosexuel ; bénéfice supplémentaire de la déconstruction postmoderne : l’abandon des « grands récits », souvent associés à l’échec des révolutions socialistes. Dans son texte sur « Féminisme et postmodernisme » [infra, p. 107 sq], Sabina Lovibond revient, pour les mettre en doute, sur les avantages qu’aurait tout mouvement égalitaire et libérateur (en particulier des femmes) à faire siennes les « avancées théoriques » du postmodernisme9.

  • 10 De l’anglais « queer » : « bizarre » – à l’origine avec une connotation très négative. Comme concep (...)
  • 11 Didier Éribon, « Hommage à Eve Kosofski », Mediapart, avril 2009 – cité in Séverine Denieul, « L’of (...)
  • 12 Judith Butler, « Introduction (1999) » à Trouble dans le genre…, op. cit., 2005.

La pointe avancée de l’avant-garde féministe postmoderne est attachée au nom de Judith Butler ainsi qu’à la Queer Theory10 ; et personne n’en parle avec autant d’enthousiasme que Didier Éribon : « La théorie queer a bouleversé l’ensemble du champ théorique : les interrogations sur le genre, sur la sexualité, sur l’articulation et l’intersection de ces questions avec celles qui concernent les classes, les races, et d’autres enjeux encore, ont provoqué une onde de choc qui a affecté l’ensemble des disciplines intellectuelles. Et qui a obligé à repenser ce qu’on croyait penser. Ce fut d’une extraordinaire fécondité […] : une force déstabilisatrice des évidences et des impensés et une incitation à l’invention intellectuelle et politique.11 » D’une pareille fortune critique, Butler s’étonne elle-même : à propos de son livre fondateur, Gender Trouble (1990), elle expliquera dix ans plus tard qu’elle l’avait écrit alors qu’elle « pensait être en conflit et en opposition avec certaines formes de féminisme » – en l’occurrence le French Feminism et son « dogme de la pensée de la différence sexuelle » ; précisant qu’elle définit son travail « dans l’esprit de la critique interne qui cherche à faire l’examen critique du vocabulaire de base du mouvement de pensée auquel il appartient » – en l’occurrence le féminisme lorsqu’il est pris à répandre la « présomption d’hétérosexualité » ; enfin qu’elle avait le projet de « saper toute tentative d’utiliser le discours de la vérité pour délégitimer les minorités en raison de leur genre et de leurs sexualités »12.

À l’évidence, s’il est indissociablement intellectuel et politique, le programme vu par son initiatrice paraît bien modeste en comparaison de la vision qu’en donnent ses prosélytes. Quoi qu’il en soit, l’importation de cette œuvre dans le féminisme français ne s’est pas faite sans difficultés – elle fut même, un temps, accusée d’« anti-féminisme » –, et la position de Butler y est devenue centrale, du moins si on en mesure l’importance par le nombre de traductions, livres, entretiens et articles désormais disponibles en français. Mais aussi en dehors des sphères médiatiques et académiques, tant le travail de Butler est une référence pour les militant-e-s qui fondent leurs actions sur la « subversion des identités », et spécialement sur les vertus de sa conception de la « performativité » pour déconstruire non seulement le genre (sexe social) – la dénaturalisation déjà au ­programme du féminisme matérialiste ; mais, plus radicalement, le sexe (biologique), avec les bénéfices politiques attendus contre les assignations sociales négatives.

La réflexion de Bruno Ambroise débouche sur le questionnement de la portée politique et de la radicalité supposée de la théorie queer ; mais c’est d’abord à l’examen des conditions d’exercice du « performatif » et de la théorie des actes de parole de John Austin qu’il s’attache dans son texte « Peut-on penser une construction performative du genre ? » [infra, p. 143 sq]. Dans cet article, il revient sur la manière dont, selon Butler, sont censées agir des pratiques subversives comme la parodie des normes sociales par les dragqueens, dont les performances révéleraient le caractère non naturel des normes (notamment sexuelles) au point de les faire vaciller sur leur fondement et perturber la sexuation des corps imposée par l’ordre dominant. En conséquence de quoi les identités non seulement masculine et féminine mais mâle et femelle seraient remises en cause – avec les bénéfices attendus dans les luttes, par exemple, contre l’homophobie. Où l’on verra que si la finalité politique est louable, les bases théoriques de la « performativité » sont bien fragiles, et très incertaines les chances d’effet pratique contre l’hétérosexualité en tant que système social oppressif.

  • 13 Elsa Dorlin, « Une nuit de Noël en enfer… », 28 décembre 2009 <http://observatoire2.blogs.liberatio (...)
  • 14 Richard Bennahmias, commentaire posté le 5 janvier 2010 à 19 h 22, ibid.

Maintenant, on pourrait se demander ce que change, dans le monde social, la subversion des identités genrées – lorsqu’elle fonctionne. En décembre 2009, la philosophe et féministe queer Elsa Dorlin a posté sur le blog « Observatoire des questions sexuelles et raciales » un récit de son réveillon de Noël en famille13. Que cette parodie vibrante et mordante soit réaliste – comme certains commentateurs semblent le croire – est secondaire pour notre propos. Voyons, « en ce soir de Noël », comment « Elsa [Dorlin a] fait bouger les lignes », ainsi que l’affirme un blogueur exalté, qui conclut : « Vous méritez la croix de guerre.14 »

  • 15 Écrit en 1968 par Valerie Solanas ce manifeste de la « Society for Cutting Up Men [pour couper les (...)
  • 16 « Documentaire féministe, porno, punk roboratif et passionnant sur la “post‑pornographie lesbienne” (...)

Quel fut, selon Dorlin, le « plan machiavélique animé par [son] esprit vengeur, qui a marché bien au-delà de [ses] plus folles espérances » ? Offrir à son oncle un exemplaire du Scum Manifesto de Valerie Solanas15 ; à sa mère un « fabuleux dildo tri stimulator de chez Babeland » ; à sa petite sœur la « copie pirate de Mutantes, de Virginie Despentes16 » ; à son frère un « superbe robot ménager multifonction » ; à ses neveux une « jolie “caisse enregistreuse” et un nécessaire de maquillage » ; à ses nièces un « stage d’autodéfense féministe ». S’il ne fait pas de doute que la performance « trouble les genres », on peut se demander si elle ne reproduit pas, en même temps, assez strictement l’ordre social quant aux pratiques « festives » et consommatoires – en l’occurrence des classes moyennes. Et ce jusque dans la mise en ligne du récit de la parodie aux vertus libératoires : en plus du bandeau publicitaire pour Xerox avec lequel s’ouvrait le blog en avril 2010, le nom des produits « subversifs » offerts sont mis en lien : on peut acheter tout de suite un godemiché chez Babeland et des coupes menstruelles chez Diva Cup mais aussi, indifféremment, contacter les militant-e-s d’Act-up ou des Panthères roses…

  • 17 Pour une analyse des insuffisances théoriques et stratégiques, du point de vue de l’émancipation de (...)
  • 18 Toni Morrisson, entretien avec Gie Goris, Fenwib Digest, février 2007, vol. 30, n° 13 ; <http://sis (...)

Encore une fois, il ne s’agit pas d’établir (ou de rétablir sous les anciennes bannières17) une hiérarchie d’importance entre les dominations comme entre l’urgence des luttes, mais peut-on combattre le patriarcat sans, en même temps que dénaturaliser le genre (dévoiler la construction sociale des sexes et les inégalités afférentes), rester vigilant-e au rôle de la consommation, des médias, de la distraction au cœur du système capitaliste ? Ainsi ne va-t-on pas accuser la romancière noire américaine Toni Morrison de hiérarchiser les urgences lorsqu’elle conclut sur l’importance primordiale de la résistance à la consommation – qui remplace les « choix de vie » par des « choix d’achat » – après avoir expliqué que, « derrière les tensions raciales aux États-Unis, se cache, en réalité, un conflit entre classes sociales : et c’est un tabou beaucoup plus grand que le racisme »18.

Si la subversion des genres n’a pas attendu (loin s’en faut – pensons à ce bon vieux carnaval) le féminisme queer pour être mise en pratique, sinon théorisée, on va voir, sans remonter au-delà du cinéma de George Cukor, comment son film Adam’s Rib (Madame porte la culotte, 1949) peut remettre brillamment en question les rôles masculins et féminins tout en laissant chacun-e à sa classe – si l’on peut dire.

Cette comédie met en scène deux couples et un procès : en haut, l’avocate Amanda et son mari Adam, substitut du procureur, s’affrontant à la barre ; en bas, le petit bourgeois volage Warren et Doris, son épouse et « femme au foyer », qui a tenté de l’assassiner à coups de revolver sous les yeux de sa maîtresse. Pour ce qui nous intéresse, toute la démonstration tient dans la manière dont, du procès d’une criminelle, Amanda fait celui du système judiciaire, des époux et, pour tout dire, de la domination masculine comme une loi non écrite mais bien réelle et en contradiction avec les principes d’égalité universelle affichés au fronton du tribunal. L’implacable stratégie utilisée par Amanda consiste à faire « bouger les lignes », à bouleverser les frontières entre lois votées et normes sociales, mais aussi entre privé et public, puis entre les sexes (sociaux).

Afin de dévoiler les préjugés fondant l’inégalité des sexes – relativement à l’intelligence, l’autorité et la force physique –, Amanda appelle à la barre une scientifique bardée de diplômes ; la responsable d’une usine où près de quatre cents personnes (dont son mari) travaillent sous ses ordres ; une femme de cirque enfin, qui peut porter jusqu’à cinq hommes. Pour déconstruire le genre, Cukor procède à un brouillage des identités au sein du couple d’avocats : en échangeant ou en partageant accessoires et attributs indifféremment « masculins » ou « féminins », Amanda et Adam gomment ou neutralisent les distinctions de genre ; mais surtout, lors du procès, en changeant le genre de Doris, de Warren et de sa maîtresse par surimpression des attributs (vêtements, cheveux, maquillage, pilosité, posture). Enfin, illustration de l’imbrication du politique et du privé, le couple d’avocats se défait après qu’Adam, mis à mal par les succès d’Amanda, s’est montré brutal, révélant que, pour lui, différence des sexes, ordre hétérosexuel et domination masculine sont bien les piliers de la société.

Sur le plan de la critique postmoderne de la division ontologique des sexes, la démonstration est irréprochable – qui rejoint d’ailleurs la plus pure tradition moderne : Amanda-Doris gagne le procès et remporte la cause de l’égalité des femmes. Mais sur l’argument cardinal de l’avocate pour réclamer l’acquittement de la meurtrière, on peut se demander si en appeler au droit pour les deux genres à la possessivité et à la violence au nom du respect de l’institution matrimoniale est progressiste à tous égards : au cœur de sa plaidoirie, Amanda invoquera le cas célèbre d’un homme qui, ayant tenté de sauver son mariage par la violence, avait, lui, été acquitté – c’est pour illustrer ce parallèle qu’Amanda-Cukor joue avec la surimpression des attributs genrés.

Pour finir, voyons quel trouble a subi l’ordre social suivant la position sociale des protagonistes. En haut, le couple d’avocats se recompose, chez leur avocat (et ami), alors qu’ils se partagent leurs biens, reculant devant le divorce, pour des raisons sentimentales (et financières), au moment de solder la maison de campagne qu’ils s’étaient offerte dans le Connecticut… où la dernière scène les montre à nouveau complices, prêts pour leur prochain combat (privé et politique) : Amanda se présentera chez les démocrates et Adam chez les républicains. En bas, du couple petit-bourgeois, on ne saura pas grand-chose (d’une manière générale, d’ailleurs), sinon qu’à l’issue du procès, dans la liesse de la victoire (partagée), Doris et son lamentable époux sont réunis avec leurs enfants sous les flashs des journalistes qui insistent pour inclure la maîtresse dans le tableau : acquittée, l’épouse meurtrière reste tout de même condamnée à vivre…

  • 19 Judith Butler, Trouble dans le genre…, op. cit., « Introduction (1990) », p. 56.

Arrive-t-il aux militant-e-s qui se réclament de la Queer Theory de se demander à qui s’adresse une proposition comme celle-ci : « En guise de stratégie pour dénaturaliser et resignifier les catégories relatives au corps, je décrirai et proposerai un ensemble de pratiques parodiques fondées sur une théorie performative des actes de genre, des pratiques qui sèment le trouble dans les catégories de corps, de sexe, de genre et de sexualité, et qui amorcent un processus subversif de resignification et de prolifération du sens débordant du cadre strictement binaire19 » – non seulement en ce qui concerne le programme et les finalités attendues de son hypothétique réalisation mais en termes de niveau de langue et de soucis (quotidiens) : aux mères de famille des militant-e-s issu-e-s des classes populaires ?

  • 20 Paola Tabet, La Grande Arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel, L’Harmattan, 2004 (...)

Une chose qu’il n’est pas possible de se demander lorsqu’on s’intéresse, par exemple, à la « manière simple et habituelle de faire passer pour un fait de nature ce qui est le produit d’un rapport social. Dans une écrasante majorité des relations [hétérosexuelles], l’échange se fait de la façon suivante : de la part des femmes, il y a fourniture d’un service ou d’une prestation, variable en nature et en durée, mais comprenant l’usage sexuel ou se référant à la sexualité ; de la part des hommes, il y a remise d’une compensation ou rétribution d’importance variable, mais de toute façon liée à la possibilité d’usage sexuel de la femme, à son accessibilité sexuelle 20 ».

  • 21 Sur ce point, et notamment les ambiguïtés de Judith Butler, lire Bruno Ambroise, « Peut-on penser u (...)
  • 22 Cette formule traduit l’éviction des sciences sociales par une certaine philosophie comme disciplin (...)

S’il est courant qu’une certaine facilité à jargonner soit le péché véniel de la production savante, au moins celle-ci n’a que rarement prétention à l’« émancipation des masses ». Mais l’une des particularités du postmodernisme, y compris parmi leurs prétendant-e-s au politique, est justement l’inflation de babélisme. Et ce n’est pas le moindre paradoxe que les outrances verbales associées au féminisme queer s’accompagnent très souvent chez leurs auteur-e-s de positions académiques. C’est toutefois un paradoxe général du postmodernisme (plus encore que de ses prédécesseurs en -isme) que d’être un mouvement à grandes ambitions politiques mais cantonné aux campus universitaires et aux tribunes médiatiques. Dans son cas, on peut se demander s’il n’y a pas, du fait de son idéalisme (stratégiquement plus ou moins assumé21) et du « tournant linguistique 22 » qui le fonde, une certaine cohérence : un-e universitaire membre de classe moyenne ou supérieure ne prend pas grand risque à faire le pari – pas même pascalien – de la disparition de l’oppression par les seules vertus de la subversion des identités de genre.

  • 23 Nicole-Claude Mathieu, L’Anatomie politique…, op. cit., p. 157-158.

Que l’on compare encore une fois, et pour finir, ce programme avec l’enquête socio-historique et anthropologique sur le seul point de l’origine de l’interprétation des différences physiques entre hommes et femmes. Après une analyse des « implications mentales limitatives » de la « double journée » des femmes, Nicole-Claude Mathieu conclut, sur les différences dans l’accès à la nourriture : « Que pouvons-nous supposer de la consommation alimentaire ? Dès un an, la différence de poids entre garçons et filles [chez les Indiens] yanomami est marquée : 5,5 kg pour le garçon, 4,4 pour la fille. Or des études de comportement menées en Europe […] ont fait apparaître le nourrissement différentiel des bébés selon le sexe, à la fois en quantité et en qualité d’attention […] : la différence de poids entre les hommes et les femmes […] n’est-elle pas due, de fait, à une alimentation moindre ou plus mal équilibrée, ajoutée à une plus grande dépense énergétique et un moindre repos ? 23 »

  • 24 Sur la manière dont une historienne française du féminisme répond à cette question – de la retraduc (...)
  • 25 Miguel Chueca, « “Une force féminine consciente et responsable qui agisse en tant qu’avant-garde de (...)

À ce stade, on peut chercher ce qu’il reste du féminisme comme mouvement d’émancipation collective dans sa version postmoderne24. Et ce n’est pas un moindre paradoxe lorsqu’on la compare au groupe peu connu des Mujeres Libres, qui, à la fin des années 1930, se démarquant d’un féminisme alors dominé par son programme le plus bourgeois, mit en œuvre certains des thèmes dont s’emparera le féminisme radical post-Mai 68. Ainsi les Mujeres Libres ont-elles milité pour l’émancipation sociale et féminine (pour la « liberté extérieure » et la « liberté intérieure » des femmes) par l’établissement d’une organisation non mixte dévolue à l’autonomie économique et à l’accès au savoir des femmes. Que cette lutte ait été menée au cœur de la guerre civile espagnole et se soit opposée aux aveuglements de l’organisation syndicaliste révolutionnaire dont ces militantes étaient issues n’est pas le moindre de ses mérites25.

  • 26 Domitila Barrios de Chungara, « Une femme de mineur à la tribune de l’Année internationale de la fe (...)
  • 27 Christophe Darmangeat, « Le marxisme et l’origine de l’oppression des femmes, une nécessaire réactu (...)

C’est d’une autre manière que le témoignage de Domitila Barrios de Chungara, militante révolutionnaire bolivienne, indienne et femme de mineur, interroge, à la fin des années 1970, l’institutionnalisation du féminisme : où l’on voit le poids que fait peser sur la perception des luttes ce que ne peuvent pas vivre les femmes blanches des classes moyenne et supérieure 26. Mais pareil détour historique se devait de commencer (et d’ouvrir ce numéro) avec une analyse de l’imbrication du marxisme et du féminisme comme mouvement de libération à la fois spécifique et partie prenante de tout projet d’abolition de l’« exploitation de l’homme par l’homme » vraiment universel 27.

  • 28 Jules Falquet et Nasima Moujoud, « Cent ans de sollicitude en France. Domesticité, reproduction soc (...)

Enfin, si le postmodernisme constitue l’un des pôles les plus en vue du féminisme, il n’en résume pas le présent et n’en sera pas forcément l’avenir. Par exemple, dans le texte qui clôt ce dossier, Nasima Moujoud et Jules Falquet reviennent sur les conditions matérielles de l’exploitation des femmes migrantes, racialisées et appauvries, confinées aux métiers de service dans un marché mondialisé. Une synthèse menée en historiennes et sociologues qui interrogent la construction des classes de sexe, leur imbrication avec les classes sociales (souvent racialisées), le rôle de la division sexuelle du travail dans la reproduction sociale dévolue à la classe des femmes, et la responsabilité des politiques migratoires mises en place par les États. Mais aussi un travail de réflexivité sur les positions (de classe, de statut, etc.) des universitaires dans le choix des thèmes de recherche28.

On se permettra d’espérer en conclusion que les universitaires et militant-e-s féministes les plus engagé-e-s ne comptent pas trop sur la seule subversion des identités pour combattre l’économie politique et l’organisation sociale qui perpétuent l’exploitation des femmes – entre autres.

Antescriptum 2009

Nous préparions ce numéro de revue sur le thème « Comment le genre trouble la classe » depuis un moment déjà quand paraissait le précédent, sur « Les intellectuels, la critique et le pouvoir » (Agone, 2009, n° 41/42). Mi-octobre 2009, quelques heures après la diffusion de l’annonce de parution, nous commencions à recevoir par email une série de réactions très critiques ; la dernière, envoyée deux mois plus tard, en réponse à notre souscription pour l’année 2010, revenait sur la réception de ce numéro, dont « la publication a provoqué un large fou rire de nombreuses femmes intellectuelles et militantes de gauche (cf. les messages de moqueries qui ont circulé sur au moins deux listes de diffusion cumulant plus d’un millier de “connectés” du monde intellectuel francophone – mais aussi anglophone) ».

Un simple coup d’œil sur le sommaire avait suffi pour nous valoir d’être condamné-e-s sans appel pour « production strictement masculine et de fait sexiste ». Plus exactement, ce numéro était critiqué pour n’avoir édité qu’« exclusivement des intellectuels de sexe masculin [parlant] d’intellectuels de sexe masculin ». À juste titre puisqu’une seule auteure y a écrit et que les productions de deux intellectuelles seulement sont mentionnées.

Les critiques ne pouvaient toutefois deviner, à la lecture du seul sommaire, que les intellectuels traités dans ce numéro ne le sont que pour leur participation exemplaire au reniement des idéaux d’émancipation ou pour le détournement de la critique sociale et politique au service de leur carrière dans le monde qu’ils prétendaient vouloir changer.

  • 29 Jean-Jacques Rosat, « Le constructivisme comme outil de pouvoir aux mains des intellectuels », Agon (...)

Il est vrai que nous aurions pu trouver quelques figures féminines pour illustrer les mécanismes de captation de pouvoir par les intellectuel-le‑s de gauche (analysé-e-s comme classe) ; mais tout de même, pour l’essentiel, n’est-il pas évident que ce fut surtout un rôle historiquement tenu par des hommes ? En outre, du point de vue de la démonstration que nous voulions donner, la différence de genre fait-elle une différence ? Par exemple, l’article sur le constructivisme de la connaissance critique de la même manière, et pour les mêmes motifs, Isabelle Stengers, Barbara Cassin et Bruno Latour ou Michel Foucault, précisément sans faire de distinction29. Et puisque, sur ces questions (douter des vertus émancipatoires du relativisme généralisé comme des avantages de l’émergence d’une classe d’intellectuels d’État ou de parti), la différence de genre est indifférente, un ratio d’auteurs plus équitablement genré aurait-il changé quelque chose sur le seul point de savoir si les analyses proposées sont correctes et opératoires ? La preuve reste à faire que le seul fait pour un acteur social d’être d’un sexe particulier agit sur les effets nuisibles de la captation du pouvoir en tant qu’intellectuel (de gauche) au nom de l’émancipation sociale et politique.

En attendant, la critique portant sur la lourde sous-représentation de signatures féminines au sommaire de ce numéro était tout à fait recevable. Mais ça n’était pas la première fois. Ce qui n’est pas une excuse. Voire qui aggrave notre faillite. Après comptage, sur une vingtaine de numéros édités pendant une dizaine d’années, le nombre de signatures féminines, souvent unique, n’a jamais dépassé 20 % – à une exception près : un ratio de 50 % sur le thème « Lutte des sexes, lutte des classes ». Autant dire que, sur ce point, nous suivons donc piteusement l’ordre social dominant.

Enfin, pourquoi ne pas avoir reçu cette critique plus tôt ? Sur des thèmes aussi variés que le syndicalisme, la ville, la propagande, l’éducation, le modèle étatsunien, les luttes sociales, etc., l’absence d’auteures dans la revue Agone n’est, de ce point de vue, pas moins problématique. Le thème du numéro qui nous a valu ce légitime rappel à l’ordre – « N’y a-t-il aucune intellectuelle engagée qui mérite qu’on commente ses œuvres et positions politiques ? » – serait-il déterminant pour déclencher la prise de conscience et la critique ? Cette interrogation ne fut pas étrangère à la rédaction de l’éditorial qui ouvre ce numéro.

Notes

1 Est-il nécessaire de préciser que pareille observation n’implique en rien une hiérarchie d’importance entre les dominations dans la balance historique des négligences dont elles ont fait tour à tour injustement l’objet ? Mais qu’il n’est pas vain de réfléchir aux raisons socio-historiques des intérêts (provisoires) dont elles sont le jouet.

2 Danielle Kergoat, « Dynamique et consubtantialité des rapports sociaux », in Elsa Dorlin (dir.), Sexe, race, classe, PUF, 2009, p. 115-116.

3 C’est le constat que fait Barbara Epstein, au moins pour le territoire américain, en post-scriptum de son texte, « Pourquoi le poststructuralisme est une impasse pour le féminisme », infra, p. 103 sq.

4 Selon Barbara Epstein, le féminisme nord-américain aurait même été, avec le militantisme gay et lesbien, l’un des principaux laboratoires du postmodernisme, infra, p. 85.

5 Si les influences de Jacques Derrida et de Michel Foucault se font sentir dès la fin des années 1960, La Condition postmoderne de Jean-François Lyotard est édité en 1979. Quant aux pionnières du féminisme matérialiste, Christine Delphy fait paraître « L’ennemi principal » en 1970 et « Pour un féminisme matérialiste » en 1975 ; Sexe, race et pratique du pouvoir par Colette Guillaumin date de 1978 ; les premiers articles de Nicole-Claude Mathieu rassemblés dans L’Anatomie politique sont parus en 1971 ; enfin, l’article fondamental de Paola Tabet sur « Les mains, les outils, les armes » date de 1979.Il existe bien un pendant féministe à la French Theory, le French Feminism, mais ce dernier ne doit pas grand-chose non plus au féminisme matérialiste français ; il aurait même plutôt « contribué à effacer ou trivialiser tout autre position féministe, [… et] occulter le fait que la majeure partie des luttes féministes ont été menées en dehors et parfois contre ces positions » (Eleni Varikas, « Féminisme, modernité, postmodernisme : pour un dialogue des deux côtés de l’océan », Futur antérieur, 1993, « Féminisme au présent », p. 63).

6 Ce thème est traité par Sabina Lovibond, « Féminisme et postmodernisme », infra, p. 107 sq.

7 Cité par Elsa Dorlin en introduction à son « anthologie du féminisme africain-américain » : Black Feminism (L’Harmattan, 2008, p. 42).

8 Sur le seul point des limites du slogan de Audre Lorde, citons Nicole-Claude Mathieu à propos de « ce que disent beaucoup de femmes : que les dominé-e-s devraient abandonner les valeurs “générales” (dites “mâles”) pour les valeurs “spécifiques-dominées”. C’est aussi en s’appuyant sur des valeurs “générales” (c’est-à-dire forgées à partir de la situation du dominant – et servant donc au mieux, dans chaque culture, l’expression de la notion de “personne”, de la notion d’“humanité”) que les dominés ont tenté de, ou se sont libérés. Mais ce n’est tout de même pas la même chose de reprendre une notion générale à son bénéfice après avoir compris qu’elle vous desservait que de l’utiliser avant – auquel cas elle n’est qu’un instrument de mystification » (Nicole-Claude Mathieu, L’Anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe, Côté-femmes, 1991, p. 196). Il y a tout simplement là – mais développer ce point nous ferait sortir du cadre de cet éditorial – une mise en question du projet de solder l’héritage de l’universalisme des Lumières au prétexte qu’il aurait trompé les dominé-e-s…

9 Dans la même optique, sur les coûts, pour tout mouvement émancipatoire, de l’abandon des concepts de « vérité » et d’« objectivité », lire Paul Boghossian, La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance, Agone, 2009.

10 De l’anglais « queer » : « bizarre » – à l’origine avec une connotation très négative. Comme concept, « queer » aurait été introduit par Teresa de Lauretis en 1991, en vue de « contrer les effets d’invisibilisation que générait déjà à l’époque l’expression passe-partout de “gay and lesbian” en matière d’oppression de classe et de race. La théorie queer connaît un fort développement dans les années 1990 [aux États-Unis] à partir des travaux de Foucault, des féministes postmodernes comme Butler et Sedwick, et des nouvelles formes que prennent les luttes sur les droits civiques ». Extrait du « Petit vocabulaire queer » des Lettres françaises (août 2004) cité en note par Cynthia Kraus, traductrice de Judith Butler, Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité, La Découverte, 2005, p. 25.

11 Didier Éribon, « Hommage à Eve Kosofski », Mediapart, avril 2009 – cité in Séverine Denieul, « L’offensive des Gender Studies : réflexions sur la question queer », L’Autre côté, été 2009, n° 1, p. 33.

12 Judith Butler, « Introduction (1999) » à Trouble dans le genre…, op. cit., 2005.

13 Elsa Dorlin, « Une nuit de Noël en enfer… », 28 décembre 2009 <http://observatoire2.blogs.liberation.fr/normes_sociales/2009/12/une-nuit-en-enfer-.html> – consulté le lundi 5 avril 2010.

14 Richard Bennahmias, commentaire posté le 5 janvier 2010 à 19 h 22, ibid.

15 Écrit en 1968 par Valerie Solanas ce manifeste de la « Society for Cutting Up Men [pour couper les couilles des hommes] » en appelle à créer une société sans homme. Si l’auteure fut internée après sa tentative de meurtre sur Andy Warhol (3 juin 1968), la fortune critique de ce texte, largement traduit et régulièrement réédité, couvre plusieurs domaines artistiques et politiques.

16 « Documentaire féministe, porno, punk roboratif et passionnant sur la “post‑pornographie lesbienne” », selon Ursula Del Aguila, <www.tetue.com>, 11 décembre 2009 – consulté le 5 avril 2010.

17 Pour une analyse des insuffisances théoriques et stratégiques, du point de vue de l’émancipation des femmes, des « partis communistes traditionnels et des groupes gauchistes » qui traitent « l’oppression des femmes comme une conséquence secondaire à la lutte des classes » ; et donc de la nécessité d’établir l’« exploitation patriarcale [comme] l’oppression commune, spécifique, principale des femmes », lire Christine Delphy, L’Ennemi principal 1. Économie politique du patriarcat, Syllepse [1998], 2002, spéc. « L’ennemi principal » et « Nos amis et nous. Fondements cachés de quelques discours pseudo-féministes ».

18 Toni Morrisson, entretien avec Gie Goris, Fenwib Digest, février 2007, vol. 30, n° 13 ; <http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2625>, mars 2007– consulté le 31 janvier 2010.

19 Judith Butler, Trouble dans le genre…, op. cit., « Introduction (1990) », p. 56.

20 Paola Tabet, La Grande Arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel, L’Harmattan, 2004, p. 8.

21 Sur ce point, et notamment les ambiguïtés de Judith Butler, lire Bruno Ambroise, « Peut-on penser une construction performative du genre ? » [infra, p. 143]. Mais c’est chez Elsa Dorlin qu’on en trouve une illustration digne de la « double pensée » qu’un Orwell a immortalisée dans la formule « La guerre, c’est la paix » (1984) ; ainsi : « Le queer est un matérialisme » (Les Cahiers de Critique communiste, « Femmes, genre, féminisme », Syllepse, mars 2007).

22 Cette formule traduit l’éviction des sciences sociales par une certaine philosophie comme discipline cardinale d’analyse des rapports de domination, avec les « avantages » afférents : « dépouiller la “culture” de ses présupposés matériels – il n’est question ni de “classes” ni de leurs équivalents sociaux, il n’y a pas non plus quelque chose qui ressemblerait aux intérêts économiques » (Lutz Musner, « Études sur la culture et économie politique », L’Homme et la Société, 2003, vol. 3, n° 149, 126).

23 Nicole-Claude Mathieu, L’Anatomie politique…, op. cit., p. 157-158.

24 Sur la manière dont une historienne française du féminisme répond à cette question – de la retraduction en luttes collectives, après Mai 68, des analyses de Simone de Beauvoir jusqu’aux tensions contemporaines sur les solidarités politiques contre les discriminations en régime patriarcal –, lire Françoise Picq, « “Vous avez dit queer ?” La question de l’identité et le féminisme », Réfractions, printemps 2010, n° 24.

25 Miguel Chueca, « “Une force féminine consciente et responsable qui agisse en tant qu’avant-garde de progrès”. Le mouvement des Mujeres Libres (1936-1939) », infra, p. 47 sq.

26 Domitila Barrios de Chungara, « Une femme de mineur à la tribune de l’Année internationale de la femme (1976) », infra, p. 69 sq.

27 Christophe Darmangeat, « Le marxisme et l’origine de l’oppression des femmes, une nécessaire réactualisation », infra, p. 23 sq.

28 Jules Falquet et Nasima Moujoud, « Cent ans de sollicitude en France. Domesticité, reproduction sociale, migration et histoire coloniale », infra, p. 169 sq.

29 Jean-Jacques Rosat, « Le constructivisme comme outil de pouvoir aux mains des intellectuels », Agone, 2009, n° 41-42.

Note de fin

i  Françoise Collin, « Genre et sexualité », Actes de l’Université du MFPF, 2001, p. 23.

ii  Chantal Picod, Sexualité : leur en parler, c’est prévenir, Eres-« Pratiques du champ social », 1994, p. 103.

iii  Christine Delphy, L’Ennemi principal 2. Penser le genre, Syllepse, 2001, p. 26.

iv  Françoise Collin, « Genre et sexualité », op. cit., p. 23.

v  Irène Jami, « Sexe et genre : les débats des féministes dans les pays anglo-saxons (1970-1990) » in « La distinction entre sexe et genre », Cahiers du genre, 2003, n° 34, p. 129.

La rédaction

Réalisation : William Dodé