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Agone 44
Rationalité, vérité & démocratie 
Coordination Jean-Jacques Rosat
Parution : 28/10/2010
ISBN : 9782748901306
Format papier : 240 pages (15 x 21 cm)
20.00 € + port : 2.00 €

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Table des matières

Éditorial Jacques Bouveresse

Russell, Orwell, Chomsky : une famille de pensée et d’action Jean-Jacques Rosat

La vérité peut-elle survivre à la démocratie ? Pascal Engel

Tout ça n’est pas seulement théorique Thierry Discepolo

Notes sur la pratique d’une politique éditoriale

Bertrand Russell, la science, la démocratie et la « poursuite de la vérité » Jacques Bouveresse

La soif de pouvoir tempérée par l’auto-aveuglement  Noam Chomsky

Dialogue sur la science et la politique Jacques Bouveresse et Noam Chomsky

entretien avec Daniel Mermet

La Leçon des choses

« Les intellectuels, la critique et le pouvoir » – II Thierry Discepolo

Recadrer Mai 68 Une révolution prêt-à-porter Alexander Zevin

Racisme, sexisme et mépris de classe Walter Benn Michaels

Conjonctions, conjonctures, conjectures Pierre Bourdieu

Introduction aux notes prises par Pierre Bourdieu en décembre 1981 et janvier 1982 lors des réunions à la CFDT et des conférences de presse en soutien à Solidarnosc

Histoire radicale

Au-delà du marxisme, de l’anarchisme et du libéralisme : le parcours scientifique et révolutionnaire de Bruno Rizzi Paolo Sensini

Aux États-Unis, une structure appelée Love Makes a Family [C’est l’amour qui fait une famille] fut créée en 1999 pour soutenir le droit à l’adoption des couples homosexuels. Elle a également joué un rôle central dans le développement des unions civiles. Dix ans plus tard, sa directrice, Ann Stanback, annonçait qu’ayant atteint ses objectifs Love Makes a Family arrêterait son activité à la fin de l’année, et qu’elle-même en profiterait pour passer plus de temps avec sa femme Charlotte: «L’essentiel de notre mission a été accompli.»

  • 1  Les émeutes de Stonewall sont une série de manifestations spontanées et violentes contre un raid d (...)

Il est bien sûr possible que cette déclaration se révèle être, avec le temps, aussi malavisée que d’autres prononcées pendant cette dernière décennie. Le mariage homosexuel est certes légal dans le Connecticut, où Love Makes a Family est basé, mais certainement pas partout aux États-Unis. Personne ne peut nier les progrès significatifs de la lutte pour les droits des homosexuels au cours des quarante années qui ont suivi Stonewall 1. Et les avancées de la lutte contre l’homophobie ont été accompagnées par des progrès similaires dans celles menées contre le racisme et le sexisme. Il est bien entendu faux que l’élection d’Obama a fait entrer les États-Unis dans une société postraciale, mais il est assez clair que le pays qui vient d’élire un président noir (et qui a partiellement voté pour une femme à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle) est beaucoup moins raciste et sexiste qu’il ne l’était auparavant.

Mais ce serait une erreur de penser que, parce que les États-Unis sont une société moins raciste, moins sexiste et moins homophobe, cette société est aussi plus égalitaire. En fait, sur certains point cruciaux, elle est bien plus inégale qu’il y a quarante ans. Aucun groupe luttant contre les inégalités économiques ne pourrait aujourd’hui penser à déclarer victoire et à rentrer à la maison. En 1969, le quintile supérieur des revenus des Américains représentait 43 % de l’argent gagné aux États-Unis ; et le quintile inférieur 4,1 %. En 2007, le quintile supérieur représentait 49,7 % ; et le quintile inférieur 3,4 %. Tout en étant à la fois genrée et racée, cette inégalité l’est bien moins que ce qu’on pourrait croire. La population blanche, par exemple, représente 70 % de la population totale et 62 % de ceux qui sont dans le quintile inférieur. Les avancées de la lutte contre le racisme ne leur ont pas profité : ce n’était pas l’objectif. Plus largement, même en éliminant tous les effets du racisme et du sexisme, nous ne ferions pas pour autant de progrès en matière d’égalité économique. Une société dans laquelle la population blanche serait proportionnellement représentée dans le quintile inférieur (et la population noire proportionnellement représentée dans le quintile supérieur) ne serait pas plus égalitaire pour autant ; et pas plus juste, mais proportionnellement injuste.

La question évidente est : comment comprendre le fait qu’il y ait eu autant de progrès dans un domaine pendant que nous reculions dans d’autres ? Une réponse presque aussi évidente est que les domaines dans lesquels nous avons progressé sont ceux qui sont en accord avec les valeurs profondes du néolibéralisme, et que ceux dans lesquels il n’y a pas eu de progrès ne le sont pas. Concrètement, la croissance simultanée de la tolérance à l’égard des inégalités économiques et de l’intolérance face au racisme, au sexisme et à l’homophobie est une caractéristique fondamentale du néolibéralisme. Ce qui explique les extraordinaires avancées dans la lutte contre les discriminations et les difficultés à en intégrer les acquis dans une politique de gauche. Les inégalités croissantes du néolibéralisme n’étant pas causées par le racisme ou le sexisme, elles ne seront donc pas réduites par l’antiracisme ou l’antisexisme – qui, d’ailleurs, ne les vise pas.

Je ne dis pas que l’antiracisme et l’antisexisme ne sont pas de justes causes. Plutôt qu’elles n’ont actuellement rien à voir avec des politiques de gauche, et que c’est dans la mesure où elles s’y substituent qu’elles peuvent être nocives. Les universités américaines en sont exemplaires : elles sont moins racistes et sexistes qu’elles ne l’étaient il y a quarante ans et dans le même temps plus élitistes. L’un sert d’alibi à l’autre : quand on demande à ces universités plus d’égalité, elles répondent avec plus de diversité. Le cœur néolibéral s’emballe au rythme des échelons hiérarchiques grimpés et à la vue des docteurs, juristes et professeurs de couleur arrivant dans la classe sociale supérieure. D’où ces entreprises qui recherchent la diversité avec presque autant d’enthousiasme que le profit, et proclament partout, à maintes reprises, que non seulement les deux sont compatibles mais qu’en plus ils sont liés de façon causale – que la diversité est bonne pour les affaires. Mais lorsque l’apparition d’une élite diversifiée, qui n’en est pas moins une élite, est utilisée pour répondre à une revendication pour plus d’égalité, ce n’est plus une politique de gauche, mais une politique de droite.

  • 2  En juillet 2009, l’affaire Gates-Crowley, qui a défrayé la chronique aux États-Unis, fut déclenché (...)

Le récent tapage à propos de l’arrestation pour « conduite contraire aux bonnes mœurs » de Henry Louis Gates permet d’éclairer cette logique 2. Gates, d’après l’un de ses collègues de Harvard, est « un homme noir ­célèbre, riche et important », ce qu’il a voulu lui-même expliquer à ­l’officier qui l’a arrêté de la façon suivante : « Vous ne savez à qui vous avez affaire. » Malgré cet indice précieux, le policier n’a pas su reconnaître un principe essentiel de l’Amérique néolibérale : il ne suffit plus de s’abaisser devant les gens riches et blancs, il faut maintenant aussi s’abaisser devant les gens riches et noirs. Le problème, d’après un sympathique auteur du Guardian, serait que « la race de Gates rabaisse sa classe sociale » et que, comme l’a dit Gates au New York Times, « je ne peux pas porter ma toge de Harvard partout ». Dans notre bonne vieille époque raciste, cette situation ne pouvait pas se produire – les policiers pouvaient traiter sans problème tous les Noirs, en fait tous les gens de couleur, de la même façon qu’ils traitaient les Blancs pauvres. Mais maintenant que nous avons fait de vrais progrès dans l’intégration de nos élites, il est nécessaire de ­prendre du recul et de comprendre « à qui nous avons affaire ». Il faut surtout ­veiller à ce que personne ne voie son statut social rabaissé par sa race.

À la suite de l’arrestation de Gates, parmi les centaines de personnes protestant contre l’injustice du profiling racial, une cardiologue blanche mariée à un homme noir a mieux cerné le problème en se plaignant que, « dans le quartier diversifié » où elle vit (Hyde Park, l’ancien quartier d’Obama), elle a entendu des gens dire, nerveusement : « Regarde ces adolescents noirs venir vers nous. » Ce à quoi elle a répondu : « Oui, mais ils portent des shorts de hockey et des jeans Calvin Klein. Ce sont probablement les enfants du professeur en bas de la rue. Vous devriez être capables de voir les différences entre les gens, a-t-elle poursuivi. C’est vraiment très frustrant. » Les différences en question sont celles qu’il y a entre enfants riches et pauvres, et sa frustration est générée par ceux qui ne comprennent pas que la classe sociale est supposée prévaloir sur la race. Mais alors qu’il est facile de comprendre sa frustration – les enfants noirs et riches sont moins enclins à vous agresser que des enfants noirs et pauvres ou des enfants blancs et pauvres –, il est plus difficile de voir cela comme le résultat d’une politique progressiste.

  • 3  Nom de la célèbre plantation de la famille de Scarlett O’Hara. [ndlr]

Pourtant, les choses ont bien l’air de se passer ainsi. L’idéal néolibéral est un monde dans lequel les hommes riches de tous sexes et de toutes races peuvent joyeusement profiter de leur opulence ; et où sont discrètement passées à la trappe les injustices produites par l’exploitation et non par la discrimination – il y a moins de pauvres à Harvard (7 %) que de Noirs (9 %), et Harvard n’est pas le pire endroit de ce point de vue. Par conséquent, tout le monde est indigné qu’un professeur vivant dans la prospère Ware Street (et louant pour les vacances d’été un « mas » sur l’île Martha’s Vineyard, qu’il appelle en plaisantant « Tara » 3) puisse être traité avec irrespect ; mais cette indignation ne s’applique pas au système social qui crée le fossé entre Ware Sreet ou « Tara » et les lieux où vivent la plupart des Américains. Tout le monde est indigné par le fait que Gates puisse être traité ainsi, mais personne ne l’est par le fait que lui et le reste des 10 % des personnes ayant les plus gros revenus gagnent autant d’argent. En réalité, il se passe exactement le contraire. Les libéraux – spécialement les libéraux blancs – sont enchantés du succès de Gates puisqu’il témoigne de leur propre légitimité : puisque ce n’est pas le racisme qui leur a permis de faire tant d’argent, c’est qu’ils l’ont mérité !

  • 4 Wendy Bottero, in Kjartan Pàll Sveinsson (dir.), Who cares about the White Working Class?, Runnymed (...)

Ainsi la primauté de l’anti-discrimination ne remplit pas seulement la fonction économique de rendre les marchés plus performants, elle remplit aussi la fonction thérapeutique de faire dormir sur leurs deux oreilles ceux qui ont profité de ces marchés. Et, peut-être plus important, elle a aussi permis, « pour un long moment » – comme le dit Wendy Bottero dans sa contribution au recueil du Runnymede Trust, Qui se soucie de la classe ouvrière blanche ? 4 –, de concentrer les analyses sociales sur ce qu’elle appelle les « questions d’identité raciale ou sexuelle [et] les différences culturelles » plutôt que sur la « façon dont l’économie capitaliste génère des emplois précaires, à bas salaires et faibles compétences ». La thèse centrale de ce recueil est que les classes sont réapparues : « Ce que nous apprenons ici », d’après son introducteur Kjartan Pàll Sveinsson, est que « les perspectives de vie des enfants d’aujourd’hui sont massivement liées aux revenus des parents, à leurs professions et leurs diplômes scolaires – en d’autres termes, à la classe sociale ».

Cette affirmation, qui peut sembler banale, représente une avancée sub­stantielle sur l’antiracisme multiculturel, puisque la logique de cet anti-racisme n’exigeait jusque-là la correction des disparités qu’à l’intérieur des classes et non entre elles. Dans cette logique, si environ 1,5 % de la population est d’origine pakistanaise, et que 1,5 % de chaque quintile de revenus correspond à des personnes d’origine pakistanaise, tout va bien. Le fait que le quintile supérieur représente quatre fois les revenus du quintile inférieur – l’avantage que les enfants des Pakistanais riches auront sur ceux des Pakistanais pauvres – n’est pas un problème. C’est pourquoi, dans une société comme celle de l’Angleterre, dont le coefficient de GINI – la mesure standard des inégalités de revenus – est le plus élevé d’Europe, l’ambition d’éliminer les disparités entre les races plutôt que l’inégalité des revenus elle-même fonctionne comme une forme de légitimation plutôt que comme une condamnation. C’est également pourquoi, lorsqu’une organisation comme le Runnymede Trust, qui pendant des années s’est consacré à promouvoir « une Angleterre prospère et multi-ethnique en abordant les questions de l’égalité raciale et de la discrimination envers les minorités », commence à s’attaquer aux classes sociales, c’est un réel changement. L’égalité raciale requiert le respect de la différence raciale ; l’égalité des classes passe par l’élimination des différences de classe.

Maintenant, ce qu’apporte en fait Qui se soucie de la classe ouvrière blanche ? est moins une alternative au néolibéralisme que son extension et un ingénieux raffinement. Ceux qui écrivent dans ce recueil ne comprennent pas la « réapparition des classes » comme dépendant de l’augmentation des injustices de classe (quand Thatcher est arrivée au pouvoir, le coefficient de GINI était de 0,25 ; il est aujourd’hui à son plus haut niveau, soit 0,36) mais comme l’augmentation des injustices de « jugement de classe ». En d’autres mots, ils ne s’indignent pas des différences de classe, mais du « mépris » et du « dédain » avec lesquels sont traitées les classes inférieures.

Cette affirmation est parfaitement illustrée dans l’analyse faite par Beverley Skeggs d’un entretien avec un membre de la classe ouvrière. Cette personne raconte une sortie avec ses amies au magasin Kendals à Manchester : « Tu sais, le rayon de l’épicerie de luxe, on rigole en voyant tous ces chocolats et en pensant à combien on pourrait en manger – si on pouvait les acheter. Et une femme nous regardait. Si un regard pouvait tuer… C’était comme si c’était son endroit, et qu’on n’avait pas à y être. » Ce que soulève Skeggs est que « le regard qui révèle les représentations symboliques de ces femmes les fait se sentir “pas à leur place”, produisant ainsi une idée de ce que devrait être leur “place” » ; alors que sa thèse centrale est que la « classe moyenne » devrait être « tenue responsable des degrés de violence symbolique qu’elle impose au quotidien » aux classes inférieures.

La cause de son indignation (en fait, dans la mesure où nous connaissons l’histoire, la cause de l’indignation de cette femme) n’est pas le fait que certaines personnes puissent acheter ces chocolats et que d’autres ne le puissent pas mais que ceux qui le peuvent soient méprisants envers ceux qui ne le peuvent pas. C’est une innovation dans le point de vue politique de la gauche progressiste. Alors qu’on a toujours désapprouvé le fait d’ajouter l’insulte à la blessure, on peut maintenant considérer l’insulte comme la blessure elle-même.

Ainsi, il est significatif que, dans Qui se soucie de la classe ouvrière blanche ?, Ferdinand Mount, autrefois conseiller de Thatcher, soit cité deux fois et loué pour avoir condamné le comportement grossier de la classe moyenne lorsqu’elle montre ouvertement du dédain pour la culture ouvrière. Sa façon de penser représente un progrès face à ceux qui ­veulent blâmer les pauvres pour leur pauvreté et considèrent comme un problème la culture du pauvre et non la structure du capitalisme. C’est ce qu’on peut désigner comme un néolibéralisme de droite, qui se résume à l’expression de préjugés de classe. Les néolibéraux de gauche, eux, veulent offrir « une définition positive des classes ouvrières ». Au-delà de la race, il faut considérer la classe. Et, pour ce faire, aborder la classe comme une race ; pour commencer, traiter la classe ouvrière blanche avec le même respect que les Somaliens par exemple, en donnant « une valeur et un sens à la fois à l’appartenance à la classe ouvrière blanche et à la diversité ­ethnique ». Lorsque les néolibéraux de droite condamnent la culture ouvrière, les néolibéraux de gauche veulent la faire apprécier.

La grande vertu de ce débat est que, des deux côtés, l’inégalité est transformée en stigmate. Une fois qu’on a redéfini le problème de la différence entre classes comme un problème de préjugés de classe – c’est-à-dire une fois achevée la transformation de race, genre et classe en racisme, sexisme et jugement de classe –, il n’est plus nécessaire de se soucier de la répartition des richesses. L’enjeu de la lutte consiste alors à définir si les pauvres doivent être traités avec respect ou dédain. Et même si, sur le plan humain, le respect semble être le plus convenable, il est aussi politiquement vide de sens que le dédain.

Cette redéfinition est vraiment évidente lorsqu’il s’agit des classes sociales. Kjartan Pàll Sveinsson écrit que « la classe ouvrière blanche est discriminée sur beaucoup de ses attributs, comme ses accents, ses manières, sa nourriture, ses vêtements » – et c’est certainement vrai. Mais l’élimination de ces discriminations ne va pas altérer la nature du système qui a généré les « emplois précaires, à bas salaires et faibles compétences » décrits par Bottero. Cela va juste modifier le procédé pour décider de qui va prendre ces emplois. Et il est difficile d’imaginer comment même l’enthousiasme le mieux partagé pour les survêtements et les chaînes en or va pouvoir compenser les inconvénients de ces emplois.

La race, d’autre part, a fait l’objet d’un procédé de mystification encore mieux réussi. Aux États-Unis, une des plus importantes utilisations du racisme a été d’induire chez les Blancs pauvres un sentiment fondamental et complètement fallacieux de fraternité avec les Blancs riches ; l’une des plus importantes utilisations de l’antiracisme est d’induire chez les Noirs pauvres ce même sentiment fondamental et fallacieux de fraternité avec les Noirs riches. En outre, sous la forme d’une célébration de l’« identité » et de la « diversité ethnique », il est même possible de créer un lien entre Noirs pauvres et Blancs riches. Donc l’Afro-Américaine qui nettoie mon bureau est supposée ne pas vivre trop mal le fait que je gagne dix fois son salaire parce qu’elle peut être sûre que je ne suis ni raciste ni sexiste et que je respecte sa culture. Et elle est aussi supposée être fière parce que le doyen de notre collège, qui gagne plus que dix fois son salaire, est afro-américain comme elle. Et puisque la présidente de notre université, qui gagne plus que quinze fois son salaire, n’est pas seulement afro-américaine mais aussi une femme (à la fois le fruit de l’antiracisme et de l’antisexisme !), elle peut se sentir deux fois mieux grâce à elle. Mais, et j’avoue que c’est le moins scientifique des avis, je doute que ce soit le cas. Si le revers des politiques anti-discrimination est d’avoir pour fonction de légitimer les inégalités croissantes qui ne sont pas produites par le racisme ou le sexisme, leur bon côté est le degré de visibilité de la façon dont la croissance de ces disparités n’a effectivement rien à voir avec le racisme ou le sexisme. Un sociologue aussi perspicace qu’une femme de ménage de l’université de l’Illinois partirait de là.

Notes

1  Les émeutes de Stonewall sont une série de manifestations spontanées et violentes contre un raid de la police qui a eu lieu dans la nuit du 28 juin 1969 à New York, au Stonewall Inn (dans le quartier de Greenwich Village). Ces événements sont souvent considérés comme le premier exemple de lutte des gays et lesbiennes contre un système soutenu par les autorités et persécutant les homosexuels. Ils représentent le moment symbolique marquant le début du mouvement des droits civiques pour les homosexuels, aux États-Unis et partout dans le monde. [ndlr]

2  En juillet 2009, l’affaire Gates-Crowley, qui a défrayé la chronique aux États-Unis, fut déclenchée par l’arrestation de l’universitaire Henry Louis Gates, par le sergent Crowley, devant la porte de sa maison, qu’il essayait de forcer de retour d’un voyage. Après un vif débat sur la question de savoir s’il s’agissait d’un acte marqué par le racisme, l’affaire trouva sa conclusion à la Maison-Blanche, où le président Obama organisa la réconciliation publique du professeur et du policier autour d’une pinte de bière. [ndlr]

3  Nom de la célèbre plantation de la famille de Scarlett O’Hara. [ndlr]

4 Wendy Bottero, in Kjartan Pàll Sveinsson (dir.), Who cares about the White Working Class?, Runnymede Perspectives, Londres, 2009. Le Runnymede Trust est un think thank britannique fondé en 1968 et dont l’objectif est de promouvoir une société multi-ethnique en soutenant des recherches sur les minorités, l’éducation, l’intégration, etc. [ndlr]

Walter Benn Michaels

Table des matières

Éditorial Jacques Bouveresse

Russell, Orwell, Chomsky : une famille de pensée et d’action Jean-Jacques Rosat

La vérité peut-elle survivre à la démocratie ? Pascal Engel

Tout ça n’est pas seulement théorique Thierry Discepolo

Notes sur la pratique d’une politique éditoriale

Bertrand Russell, la science, la démocratie et la « poursuite de la vérité » Jacques Bouveresse

La soif de pouvoir tempérée par l’auto-aveuglement  Noam Chomsky

Dialogue sur la science et la politique Jacques Bouveresse et Noam Chomsky

entretien avec Daniel Mermet

La Leçon des choses

« Les intellectuels, la critique et le pouvoir » – II Thierry Discepolo

Recadrer Mai 68 Une révolution prêt-à-porter Alexander Zevin

Racisme, sexisme et mépris de classe Walter Benn Michaels

Conjonctions, conjonctures, conjectures Pierre Bourdieu

Introduction aux notes prises par Pierre Bourdieu en décembre 1981 et janvier 1982 lors des réunions à la CFDT et des conférences de presse en soutien à Solidarnosc

Histoire radicale

Au-delà du marxisme, de l’anarchisme et du libéralisme : le parcours scientifique et révolutionnaire de Bruno Rizzi Paolo Sensini

Réalisation : William Dodé