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Sous l’État d’oxymore
 [LettrInfo 23-XIX]

Dans notre tentative désespérée d’accrocher l’actualité en y échappant, notre dernière LettrInfo revenait sur l’« esprit du temps ». Le nôtre. Celui où l’on marche sur la tête comme si c’était un mode de progression sensé !

En Macronie, la déconfiture est si avancée qu’elle a balayé même le « front républicain ». Au point qu’on en vient à la regretter, cette grande union sacrée qui voyait magnifiquement défiler, sous les feux d’artifice médiatiques, les élus et élues et leurs électeurs et électrices de la bonne droite à la fausse. Marée tricolore contre marée brune. Irréprochable imposture. Tout ça, c’est fini. Du passé, faisons table rase. Le minimum pour être dans l’esprit du temps.

De nos jours, on défile toujours, de la bonne droite à la fausse gauche et sous les feux d’artifice médiatiques, bien sûr. Mais désormais, au nom du « danger antisémite », main dans la main avec les héritiers pas même grimés des mouvements fascistes. Et pour qui ne s’aligne pas, l’excommunication ! Partout en Europe, les partis-frères néonazis du Rassemblement national et de Reconquête doivent ses frotter les yeux, et certains les mains.

On a beaucoup admiré François Mitterrand pour avoir introduit le parti de Jean-Marie Le Pen dans le jeu électoral. Ce qui lui permit – ainsi qu’à ses continuateurs « socialistes » – de battre (presque) à tous les coups la droite aux présidentielles. Mais c’est une bien piètre prouesse à côté de celle d’Emmanuel Macron, escamoteur deux fois élu au nom de la sacro-sainte lutte contre l’extrême droite, qui a plus fait que quiconque pour (avec l’aide des médias) offrir à Marine Le Pen, ses avatars et rémoras, légitimité et place sous le fronton républicain.

Profitons qu’aucun révisionniste mondain n’ait encore exigé qu’on « oublie » aussi Orwell*. La république macronienne, c’est un peu l’Océanie de Mille neuf cent quatre-vingt-quatre en manches de chemise blanche et sans moustache, non ? On a déjà évoqué, dans notre dernière LettrInfo, le retour des « lois scélérates ». La Liberté, c’est la Garde-à-vue. Maintenant que (presque) tout le parlement défile bras dessus, bras dessous, avec l’extrême droite , le fronton est complet. La Fraternité, c’est la Haine. L’Égalité, c’est la Discrimination.

Soyons positif. Tout ça, c’est de la « politique politicienne », affaire de professionnels de la communication. Le plus grand nombre, même intoxiqué par les chaînencontinues, n’est pas dupe. Et ils doivent être nombreux, ceux et celles qui se disent (en silence) que les propos de l’ancien président de Médecins Sans Frontières Rony Brauman sur la nature de la manifestation de dimanche dernier relèvent du bon sens élémentaire.

La semaine dernière, sur ce même arrière-plan désolant, on proposait l’« utopie comme programme politique ». C’était déjà imprudent.

Que dire cette semaine avec la réédition en poche du troisième volume de témoignage des années de formation du militant antifasciste JMarc Rouillan qui précèdent son engagement dans la lutte armée ?

Impudent !

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De (ou sur) JMarc Rouillan, lire :

— «Mes voisins sont de drôles de types», Le Monde diplomatique, juin 2011
— « La nouvelle adresse », Siné Hebdo, 9 novembre 2009
— « Célébration du [quarant]ième anniversaire de l’abolition de la peine de mort », L’Envolée, 2001.
Bibliographie complète de JMarc Rouillan
— « Joffrin tel quel. Ce que JMarc Rouillan fait aux médias (I) », Au jour le jour, avril 2023
— « Portrait de l’administration pénitentiaire en agent littéraire », Au jour le jour, février 200910
— « Retour sur les conditions de rupture d’une semi-liberté », Au jour le jour, septembre 2009